lundi 21 août 2017

TROIS FEMMES OU LA BLESSURE FERTILE




" On est tous citoyens de cette forêt primordiale. Nos fardeaux et nos faiblesses persistent indéfiniment. Ce sont des pans de nous-mêmes que l'on ne peut pas totalement éradiquer, ils participent de notre humanité. Mais lorsqu'on leur apporte la lumière, on devient maîtres de notre présent et leur capacité à déterminer notre avenir diminue. (...) Aucune guerre psychologique ne prend jamais fin, il faut se concentrer sur le jour présent, sur l'instant présent, et croire, malgré les hésitations, en sa propre aptitude à changer. (...) C'est un processus de mutation toujours en devenir, plein des insécurités et du chaos de nos personnalités (...) "   BRUCE SPRINGSTEEN, BORN TO RUN










Trois femmes m'ont appris la liberté. La première la chevalerie. La seconde le Christ. La troisième la vérité. Trois femmes m'ont appris la guerre et la résistance parce que la vérité de la paix n'est pas sa possibilité ni son espoir, mais son instantanéité absolue. Elles m'ont appris que la blessure de l'enfance ne guérit pas ni ne se guérit. Que cette blessure est sacrée : elle ne se referme, en surface, que par la blessure qu'elle inflige au système, qu'elle tient en respect comme un dragon vicieux ou une hydre séduisante. L'enfance ne demande pas la guérison, mais la même chose que la vieillesse : elle veut la liberté.
La liberté n'est pas la guérison, elle est au dessus et au-delà de toute médecine, de tout bien-être. La liberté est au dessus de la vie et de la mort : elle guide sans rien préserver. La paix est un douloureux combat contre le mal et ses racines subtiles. C'est un Christ dans le désert.

Ces trois femmes ont été trahies pour des idées pratiques de survie aveugle, quand elles ne se sont pas sacrifiées pour la liberté sociale du peuple et de la personne humaine concrète et incarnée dans un corps vivant. La première a été un modèle de paix, la seconde de guerre et la troisième d'intelligence. La blessure de leur mort est un symbole éternel, un hymne intérieur chantant comme le soleil de juin, pleurant comme la pluie d'octobre ou soufflant comme le vent de décembre. Elles sont la marque d'une intégrité naturelle qu'aucun raisonnement ne change, qu'aucune raison n'atteint, elles sont le sang de la passion pure fertilisant la terre et la lavant de la misère. Trois femmes m'ont appris à être homme.
Aucune ne m'a appris à être mari ou père de famille. Elles m'ont appris à partager le bonheur et ses rares moments, pas ma vie, qui est à Dieu et nul autre, fut-il curé, évêque ou pape.

Ces trois femmes savaient que la guerre est le centre du monde et qu'elle ne peut cesser que si nous cessons d'être ce monde de violence instituée et de peur établie en forme de « paix intérieure ». Ménagère, psychologique, familiale, civile, classique et sociale, nationale et mondiale. Elles savaient qu'il n'y a pas de remède au mensonge ni à la trahison et qu'il faut aller au bout des blessures qu'ils infligent pour les vaincre, sans s'épargner aucune souffrance ni sacrifice. Elles ont montré qu'il est hors de question d'accepter l'inacceptable et que la paix ne peut surgir que de l'acceptation de cette vérité première animale, humaine, naturelle et transcendante.
Elles m'ont clairement indiqué qu'il n'y a pas d'issue hors de cette voie. Elles ont, chacune à leur manière, tragique ou muette, exprimé qu'il ne peut y avoir d'oubli que si la paix est une mémoire rétablie et honorée. Que la paix est respect. Et que celui-ci, armé ou désarmé, est le seul moyen d'éviter la guerre, dès qu'il se pare de la patience de l'amour que seul Dieu donne et reprend.

Elles m'ont appris, dans ce monde shakespearien et kafkaïen, à être et à ne pas être, sans que cela soit la question, ni remis en question. Que le reste est sans valeur, illusion, rêve dangereux comme une nouvelle guerre, une nouvelle trahison.






dimanche 6 août 2017

LA VÉRITÉ # 54 DU CAPITAINE CONAN À AL CAPONE




" ILS ONT PERDU LE CENTRE DU MONDE."
 Peau de la Vieille Hutte, FILM LITTLE BIG MAN





 
Certains « parlent trop ». D'autres se taisent trop, sans que cela soit un problème pour autant : il faut « savoir mentir », « savoir se taire », savoir pratique, savoir être, long apprentissage de mort-vivant. On dit que les cimetières sous la lune sont pleins de gens qui n'ont pas su se taire. Oublier Bernanos pour continuer à vénérer un Saint Georges Reliquaire, dans la paix impeccable du Mal des gens de bien qu'il affronta, en vieux chrétien, jusqu'à la fin, « devenu fou ».

Sans même parler « d'abstention », amicale ou pas, au plan « professionnel » strict, ou de « précaution » pratique, technique, nécessaire, à préciser en préalable explicite, l'implicite ne pouvant être « objectif » que pour de sales initiés ; ni de « la rétention » pure et simple d'information : le pouvoir est toujours « stratégique » dans un monde en guerre réaliste (pas le temps de penser, d'être ou vivre), ouverte ou secrète ; sans même tout cela, il n'est pas acceptable de ne pas dire les choses comme elles sont, à un niveau professionnel correct et honnête, et encore plus à un niveau humain élémentaire ou vital. « À l'école de la poésie, on n'apprend pas... » disait un vieux lion.

Le reste est fascisme, mou, moelleux ou purifié par le feu sacré. Mais le fascisme serait la bonne réponse à l'anarchie à répétition comme le fusil. Anarchie à l’œuvre permanente et unique, comme la révolution, la technologique, du système moderne. Pour continuer à prospérer et « donner du travail », et donc du sens dans un monde où la voyoucratie est vue comme le dernier héroïsme, hélas crédible, pauvres de nous, la dernière foi qui vaille ce que vaut l'argent, depuis l'implosion de 14, partout productive et recyclée, implantée. Du Capitaine Conan à Al Capone.

Que l'on parle trop et doive se modérer dans la forme ; ou pas assez, et doive se bouger la langue pour s'expliquer en vain, le problème est le même : on ne peut pas en rester sans agir, il faut se mettre d'accord comme de vrais « partenaires » au poker menteur, rouages de la machine que l'industriel permet, à l'inverse de l'humain. Il n'y a donc plus, comme disent les Américains, que du problème humain, pas de souci technique à la robotisation de la vie et des âmes. Que le grand bluff de l'impossible francisé. De l'incroyable et du formidable.

Les choses « qu'on ne comprend pas », tout le monde en a sa responsabilité : trop facile de faire retomber sur quelqu'un, au hasard, l'erreur standard ou réglementaire apparente des mots, de communication. De trouver des boucs-émissaires. Si l'on est incapable d'aller chercher la vérité, avec ses limites bien nettes et propres, alors aucun travail valable et intelligent, créatif, n'est possible. Plus que production et reproduction sérielles. Choix qui commence par les mots : toute propagande ne le sait que trop, qui les utilise tous, à sa sauce pimentée, celle du Chef de Clan, de Gang ou d'État, jamais d’œuvre.

Basse-cuisine mafieuse commençant et finissant par la langue, celle du bœuf. De chaque instant pratique professionnel, obsessionnel ou confessionnel. D'où la personne est évidemment exclue comme un étranger inassimilable, incompatible ; comme le sentiment des affaires, faute impardonnable, péché puritain. Langue se tient, non pas pendue, mais de bois, comme la gueule, bouche bien cousue d'un mort égyptien sur le billard des grands-prêtres embaumeurs des pyramides du pouvoir ou d'un Fédéré encaissé de force de 1871.

Liberté d'expression : Lingua Tercii Imperii. Chaque mot, chaque parole, ainsi ; un beau jour pour mourir, sous le vernis et l'étiquette, pourrit lentement, mais sûrement, jusqu'à l'agitation du bocal. Ces Stranges Days de Lord Jim, rejetés sur nos rivages de vieux parapets du Moyen-Âge, traversé l'Atlantique dans son rideau de fer blanc et de verroterie écumant le monde « libre ». Tous ses chevaux hennissant d'affolement little-big-hornien dans le naufrage planétaire des débarquements de Reconquête. Depuis une Démocratie arraisonnée en douceur, subtilement devenue d'opinion contrôlée, vulgaire marque commerciale supérieure de terroir, rachetée en promesse de réserve Indienne.















lundi 24 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 53 ALIEN 1 LE LONG DÉSERT




" Ô mes animaux, êtes vous donc cruels vous aussi ? (...) Car l'homme est le plus cruel de tous les animaux.
C'est en assistant à des tragédies, à des combats de taureaux et à des crucifixions que, jusqu'à présent, il s'est senti le plus à l'aise sur la terre; et lorsqu'il s'inventa l'enfer, ce fut, en vérité, son paradis sur la terre. "  Nietzsche, Zarathoustra





La vérité est compliquée parce qu'elle n'est pas belle. Sans beauté, elle ne peut ni être ni ne pas être, seulement être en souffrance, être souffrance. Partage contraint destructeur. Souffrance, avec lois et règles, qui, au lieu de la diminuer, l'augmentent, la déformant comme le visage d'un noyé dérivant dans la vie.

Du besoin et du désir absolu d'éviter cette souffrance naissent ces peurs qui font l'esclavage et la prostitution, avant la guerre elle-même. D'où l'absurdité d'un monde construit tout autour d'un abîme qu'on ne peut combler, épuisant énergie et liberté dans une course folle – celle du prisonnier lâché zigzagant en vain devant des mitrailleuses nazies ou « unionistes »...

Courant après un idéal qui n'a rien d'idéal, étant essentiellement négatif et déconnecté de la vérité de la vraie vie. Vraie vie par delà les vieilles lois de la force, si bien décrites par Simone Weil. La vraie vérité n'est pas le contraire du mensonge ou son évitement : elle ne lui ressemble en aucune manière, elle est allogène, étrangère, camusienne, divine.

Rien à voir avec le bon vieux confort bourgeois, illusion collective contrainte qui fait tourner en rond la bourrique du système, le manège et la ménagerie. Kerouac constatait qu'il n'y avait pas de lois positives, des « lois pour », de confiance et de valeur, qui mériteraient d'être aimées jusqu'au bout pour ce qu'elles sont, à l'image de celles de nature, nourricière, dignement consolantes et consolidantes.

« Il n'y a que des lois contre. », disait-il avec la tristesse sans doute infinie d'avoir raison ou d'être obligé de se rendre, à elle, là dessus, comme à une sinistre fatalité de temps noirs. Lois qui deviennent par le malheur du pouvoir et pour le malheur collectif de peuples abêtis de peur, des contre-lois, contre-nature, anti-humaines, contre-vérité et contre-réalité, engendrant sans fin la pire des souffrance, la psychologique, psychique, mentale et sentimentale, comme un long désert morrisonnien, celui du si beau texte : « The End ».

Morrison le blakéen, voulait aller au bout du mal pour trouver le bien. Il n'est pas sûr que ce soit le chemin le plus sûr pour beaucoup, il n'est pas sûr que ce soit le pire pour quelques uns : le bien a des mystères parfois barbares, parfois innocents. Mais il parlait de condition de base, de naissance. Kerouac voulait des lois belles, vraies, stimulantes et bénéfiques, satisfaisantes, pures et créatrices comme un bonheur à partager, aristocratiques pour le peuple.

Morrison, fils des sixties, savait par expérience qu'il est trop tard. L'auteur de Sur la Route, fils de la guerre, qu'on peut tout larguer pour trouver Dieu en soi ou en face. Morrison voulait tout tout de suite, ou rien, avant le chamanique passage ultime, non comme un chrétien trop fidèle, mais comme un Indien christianisé révolté. Ils se rejoignaient dans la vérité pure et simple.

Ils ne voulaient rien de cette malédiction relevée si précisément par Nietzsche : la vie n'est ni scandale ni autoflagellation sur le chemin-de-croix d'une illusion masquant une pitoyable condition d'évitement de l'abject et de la saleté du fond du verre et du tonneau. Et donc de leur manipulation débile, de leur entretien courant, de leur perpétuation puante ou raffinée, cynique ou philosophique, commerciale ou éthique, sociale, religieuse ou guerrière, traditionnelle ou moderne.

Ne pas respecter sa nature profonde, sa vraie nature – comme dit le Taoïsme, c'est n'être ni viable ni enviable. Misérable parmi les misérables – mendiant ou maître, exilé du royaume, en ce monde ou hors de lui, sous-humain, nihiliste en puissance, dont le terrorisme est la seule destination logique et idéologique, existentielle. N'être qu'un existant contre-spirituel, fut-on Premier-ministre, premier magistrat ou premier Évêque, milliardaire ou chef d'état-major (…), dernier des humains devant chaque situation, lever ou coucher du soleil, chaque rencontre.

Souffrance de ce « n'être que », inacceptable insuffisance, irrattrapable manquement, si intolérables au fond, qu'ils nécessiteront toujours – comme une drogue – le moyen le plus violent et radical de l'illusion pure de sa négation et de sa dénégation. Là, Nietzsche, mieux qu'aucun autre, plus concrètement que Stirner, diagnostiqua tout au fond, le cancer d'Occident, l'identifiant dans ses racines profondes et communes, effectives et nocives, toxiques, vénéneuses, incurables, normalisées, instituées, centrales, constitutives et congénitales.

Le système ne serait rien s'il n'était que d'argent. Ou de pure force technique. Il est perpétuation de son propre mouvement d'inertie et bassesse, de néant et de chute, d'effondrement – usine à gaz psychologique et surtout à brouillard, immense écran de fumée. Derrière le rideau, c'est un truc à la K. Dick, le visionnaire, dans son meilleur délire de réalisme.

Machine, simulacre ambigu, gélatineux et tranchant, protéiforme, incertain, informel et mou, visqueux et sec à la fois, flexible et inflexible comme l'esprit le plus rompu et corrompu. Matière étrangère à l'humain, extra-terrestre, extra-territoriale : le mensonge dans sa racine pathologique et pathogène, tentaculaire, monstrueuse, matricielle. Simulacre de vie, s'il en est. Parallèle au Néant, stupéfiant et méfiant, méticuleux et pervers comme un nazi anhistorique dans ses œuvres de « charité ».





lundi 17 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 52 LE DEVOIR DES NATIONS UNIES








« Mr Lane avait décidé que, à toutes les époques et pour toutes les races, ce même amour de la nature (…) cet amour donc était le plus subtil et le plus dangereux des péchés, une idolâtrie raffinée, qu'il faut redouter davantage que la méchanceté grossière, parce que le pécheur grossier sera alerté par la profondeur de son avilissement et en remontera la pente avec effroi, tandis que les malheureux idolâtres de la Nature se laissaient abuser par le raffinement de leur péché et seraient les derniers à entrer dans le royaume. (…) Et Mr Alcott a répondu avec vigueur que c'était parce qu'ils avaient dépassé les simples objets matériels et qu'ils n'étaient plus qu'amour et sensibilité spirituels (…) qu'aux yeux de Mr Thoreau, ils ne semblaient pas apprécier la nature extérieure. » HENRY DAVID THOREAU À RALPH WALDO EMERSON, P.S. PAR MRS EMERSON, 1843


Si les mots ont encore un sens hors du système manichéen qui les emprisonne le temps d'un sens relatif et arbitraire de contrôle de leur expression naturelle, s'ils ont encore un sens historique original et essentiel propre donc, s'ils ont encore un peu de liberté de parole et de conscience, on voit bien que le mot culture, dans une définition non systématique, contient deux racines liées, celle, religieuse, de culte et celle, naturelle, de cultiver, idée hélas devenue de production au sens industriel, production culturelle de masse, par exemple.
 
Les deux pouvant être perçus comme pré-rationalistes, non pas tant au niveau d'incertaines origines, que d'une pratique originale transmise vivante, non comme simple survivance du « passé », mais comme un esprit immortel, proche de la nature dans un destin lié et relié, dans d'horreur du vide des idées abstraites et de leurs théories fragmentant de la réalité.

Concernant la Nature, celle-ci a été concrètement tronçonnée, puis pragmatiquement éclatée entre deux coins à bois : la religion « monothéisée » et la science analytique, instituées successivement au sommet du pouvoir autoritaire unifié. Pour ce qui est de la valeur relative abstraite des idées technicisées, il est de toute première urgence de saisir que l'analytique et le quantitatif sont, après la soumission totalitaire au Dieu monothéiste, responsables de la fragmentation du monde et de la nature. Le monde, la nature, l'humanité dissociés sont leur chef-d’œuvre au noir, d'obscurité, d'obscurantisme.

Le Grand Tout autour duquel tout s'organisait organiquement et s'équilibrait dans le temps et l'instant à la fois, a éclaté, volé en éclats, en domaines, en spécialités, en champs, en ordres dits nouveaux dont le désordre interne n'a que l'alibi d'une tragi-comique prétention de chaos créateur ou de destruction créatrice, comme illusion centrales des diverses pseudo-religions qui font rage au sein de cette anarchie positiviste-commerciale de reconstitution de synthèse, de reconstruction et de remplacement de la réalité première ou éternelle qui constituait l'âme du monde des Premiers.

Grand Tout par rapport auquel tout s'ordonnait par pure foi, a explosé sous la pression dissolvante du relativisme de la raison pure généralisée par une violence et une énergie inédites, celle du désespoir rationnel au bout de ses logiques déclarées et cachées.

S'ils ont donc un sens vrai et premier, les mots transmis sont aussi le vecteur d'une culture en voie de disparition, puisque le remplacement progressif ou le glissement du sens leur fait une impitoyable guerre de direction, d'amarrage ou d'arraisonnement : la langue et son intégrité ont sans doute toujours été un incroyable champ de bataille et d'horreur, entre colonisations, lois, pratiques, massacres et asservissement, réemploi et dévoiements ou corruption.

Par exemple, depuis le coup d'état intellectuel du structuralisme, on nous dit que les mots n'ont plus qu'un sens de communication, commutatif, dialectique, relatif, tributaire et attributif, social pur, systémique et instrumental, objectif. Sans doute pour mieux masquer leur génocide mondial. Combien de langues disparaissent chaque année ? Combien de bibliothèques orales ? Combien d'histoire humaine ? Combien de cultures, de spiritualités, de civilisations « solitaires » pour reprendre le bon mot de Claude Lévi-Strauss ?

En ces temps de barbarie techniciste, c'est un honneur de parler des mots anciens ou disparus, et surtout de leur sens ancien lié à une histoire perdue, effacée, réécrite, qui est aussi celle de nos filiations spirituelles conscientes et inconscientes, non au sens institutionnel, mais au sens primaire et naturel, spontané, animal, instinctif profond, non comme le mal « bestial », mais comme le bien naturel, l'équilibre, le bon sens, le sens commun ou celui de la vie naturelle, donnée, respectée, source d'équilibres vitaux partagés et menés à leur perfection évidente et indiscutée par tellement de sociétés « solitaires » – qualifiées parfois par de très grands esprits de « résidus » indubitablement possibles de grandes civilisations, disparues en fin de cycle, pour certains...

Le mot civilisation parle, lui, de cité, de civilité, de citoyenneté, de civisme, d'unité urbaine morale et comme spritualisée, d'organisation disciplinaire tentaculaire, de son ordre collectif fermé, de son cadre fabriqué, construit de toute pièce ou sur un mythe arrimé orienté vers la puissance et la défense d'intérêts coalisés et communs. L'idée dans ce mot : civilisation, nous parle de communisme et de super-socialisme, de socialisation spécifique, impériale, colonisatrice, hégémonique, de technique sociale et de surhumanité sociale-progressiste. Il y a aussi quelque chose, comme ces assemblages de pierres défiant l'éternité, d'irréversible ou plutôt, l'expression d'une forme de volonté qui se veut irréversible, imperméable comme un vieux mur de deux mètres d'épaisseur de forteresse romaine. Il y a l'idée d'une frontière absolue, d'une sécession définitive, d'un « empire pour mille ans ».

L'idée de culture fait penser au peuples d'abord. Celle de civilisation, aux élites « éclairée-éclairantes ». Y a-il là opposition ? Y a t-il élite sans peuple, et inversement ? C'est ce que ne sait que trop la coalition culturelle civilisée décrite par Lévi-Strauss dans Race et histoire.

Le revolver de Goebbels exprime bien, sans complexe ni filtre, le non-dit masqué-justifié de ces méga-coalitions claniques, impériales nationales pour le progrès dans la conservation expansionniste des avantages réunis contre toute communauté réelle insoumise étrangère à la loi de la force du nombre, des armes, ou de moyens technologiques contre-nature. Voyez 1914 et ses horrifiques apothéoses, après lesquelles le sort et la question résistante des « prétendues » cultures spirituelles fut apparemment définitivement réglé, comme le meurtre de masse, plus tard, devait permettre de le démontrer « pour mille ans » à toute dissidence, en Russie comme ailleurs, hors couleur idéologique.

Le progrès culturel existe t-il ? S'il existe, peut-il être social, national ou international ?
On ne peut, après les XIXèmes et XXèmes siècles surtout, assimiler progrès de civilisation et progrès culturel : la civilisation en voie de mondialisation est devenue commerciale, scientifique et technique. La culture authentique, elle se définit par une spécificité ouverte, spirituelle ou universelle, non par une spécificité fermée par des normes ou des lois matérielles.

Deux directions dont les différences ne peuvent être réunies en coalition d'intérêt : le spirituel ni l'universel n'ont jamais été en concurrence avec le temporel ou le droit ; les valeurs de vie, avec les techniques d'exploitation des ressources. Il y a cohabitation plus ou moins équilibrée et heureuse, dans la mesure où une unité spirituelle ou morale sous-tend et unit chaque direction. Encore faut-il qu'elle soit authentique.

On ne moralise pas des sciences éclatées, autonomisées, on ne « scientifise » pas l'éthique, les mœurs ou la nature, on respecte ou pas ce qui fonde une science holistique, équilibrée, inclusive, pacifique, universelle. Prétendre le contraire est un leurre pour cervicaux formatés en série, ruse de guerre des civilisations, éternelle manœuvre des pouvoirs coalisés en place pour l'hégémonie « humaniste » économique.

Entre « les choses de la vie » il y a une dynamique qui vient de leur différence, non de leur concurrence supposée : y a t-il une identité de nature entre un chêne et un acacia ? Ils ne sont nullement en concurrence pour la vie, il sont sa diversité inaliénable, imprescriptible, celle qui fait son équilibre, libre et heureux, ou pas. Le péché d'essentialisme, en soi et dans l'idée, est une hérésie contre nature, évidemment, comme le racisme ou le rationalisme ou le monothéisme intégriste. Il y a d'autres civilisations que les dominantes, que l'humaine, d'autres « coalitions », qui ne sont pas de guerre ou d'hégémonie culturelle, mais de vie, de nature.

« Les arbres ont un comportement social, ils partagent leur nourriture avec leur congénères via leur système racinaire et s'avertissent mutuellement par des signaux chimiques lorsque des prédateurs attaquent l'un d'entre eux. Ils s'allient étroitement avec des champignons, ainsi qu'avec certains animaux pour leur reproduction. Les forêts sont des superorganismes (…) » REVUE SILENCE N° 456, LE LIVRE DU MOIS, LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, PETER WOHLLEBEN

La Nature, jusqu'à preuve du contraire, n'est faite que d'essences, plus ou moins subtiles et différenciées, plus ou moins rares, jamais instrumentalisables, mesurables ou comparables en termes quantitatifs, puisqu'elles définissent la liberté de ce qui est et demeure en devenant, là où rien ne se perd ni ne se gagne, si l'on n'y modifie pas les subtils équilibres universellement ordonnés et distribués selon une apparence de hasard qui n'a rien de scientifique ou de spirituel. Chaque Église ici a des limites au-delà desquelles commence l'hérésie : l’Église humaine, hélas, ne sera jamais plus qu'une expression subtile ou grossière du temporel le plus brutal, le plus brut, spirituellement le plus bas.

Pourtant, ici, dans la nature, chaque direction différente ne fait que le tour de l'ensemble sans le remplacer ni le modifier ni le résumer. Elle n'est qu'un rayon soufiste du cercle, ni plus ni moins. Le cercle n'est pas et ne sera jamais humain. L'humain fait partie du cercle à condition de les respecter en tant que tels, ce cercle et cet humain. Nature et transcendance, en tant qu'elles constituent une culture authentique, doivent être respectées au même titre que l'humanité des personnes : ce sont des valeurs positives éternelles qui se fondent et confondent, confortent et consolident mutuellement. Et non des valeurs soit traditionnelles ou religieuses, soit progressistes ou marchandes.

Ainsi, les objectifs que donne Lévi-Strauss aux plus hautes instances civilisationnelles ne doivent-ils pas concerner l'aspect culturel d'un peuple ou d'un groupe, ce qui est si délicat, dans la contiguïté logique moderne, de ne pas assimiler, toujours très dangereusement, avec l'aspect civilisationnel pur et simple, pur domaine du relatif. Il ne peut concerner dans ce qu'il nomme le « vivre ensemble », que des aspects pratiques, matériels, transitoires et provisoires, non des racines premières insondables, si profondes qu'on ne peut qu'ignorer ce qu'elles enracinent humainement et même économiquement, écologiquement et ce qu'elles transmettent et communiquent. Y a t-il une science de l'amour cosmique ? Heureusement non : à partir de quel point fonder la droite qui en ferait le tour ? La racine du crime est toujours de confondre ses désirs avec la réalité : voyez la morale pratique.

La question étant que quand on nie, par principe, scientifique ou pas, ou pire : quand on « oublie  involontairement », le transcendant, il reste difficile de le respecter en tant que tel, puisque rien de tel ne peut plus apparaître, différentiellement. Nous pensons particulièrement ici, au traitement spécial opéré par les autorités soviétiques (et bien d'autres, partout ailleurs) aux religions chamaniques. Traitement à mettre en parallèle avec tout racisme, scientifique ou pas, de droite, de gauche et du milieu, entre deux chaises :

« (…) la mission des institutions internationales est double ; elle consiste dans une part dans une liquidation, et pour une autre part, dans un éveil. Elles doivent d'abord assister l'humanité, et rendre aussi peu douloureuse et dangereuse que possible la résorption de ces diversités mortes, résidu sans valeur de modes de collaboration dont la présence à l'état de vestiges putréfiés constitue un risque permanent d'infection pour le corps international. Elles doivent élaguer , amputer s'il est besoin, faciliter la naissance d'autres formes d'adaptation. » CLAUDE LÉVI-STRAUSS, RACE ET HISTOIRE 

Nous ne voyons pas bien à priori quel est ce corps international dont parle l'ethnologue. Par contre, nous voyons clairement ce que les multinationales ont toujours fait et continuent à faire, tranquillement et officiellement. Et s'il s'agit d'une allusion au terreau des fascismes qu'il faudrait désertifier ou stériliser, par exemple, il serait judicieux de se méfier de ne pas, finalement, reprendre quelques unes de leurs orientations « supérieures », de gauche ou pas, en essayant de les interdire au nom d'un idéal humaniste multinational, dont on ne comprend pas bien les fondements éthiques, notamment.

Des termes comme liquidation, diversités mortes, résidus sans valeur, vestiges putréfiés, risque d'infection, amputer, ne parlent pas vraiment ni clairement dans le sens précis de ces fondements-là, mais rappellent, dans leur autonomie hors système, des méthodes et logiques tragiquement, tristement inacceptables, aussi bien au niveau intellectuel que scientifique. Elle rappellent aussi, le traitement infligé aux nations Indiennes d'Amérique et peuvent justifier, au final du temps qui a passé, le racisme et la barbarie ordinaires qu'elles eurent à impitoyablement subir.

On connaît l'histoire de la plupart des « missions civilisatrices » connues, et surtout les dessous de cette histoire de la honte et de l'ignominie, le plus souvent. Trop souvent pour ne pas le prendre en compte, sous les raisons d'État des « coalitions » dominantes. L'ethnologue ne fait qu'effleurer « honnêtement » (reconnaissance minimale du mal absolu, comme, au hasard, le génocide – la plupart du temps non reconnu – évidemment) « le sujet » sans prendre vraiment prendre conscience du tragique et du criminel, de la négation culturelle et humaine, par delà les charniers mêmes, qu'il charrie trop souvent, comme si le sens de l'histoire raisonnée et raisonnable de l'humanité suffisait à caler son futur fauteuil d'académicien sur des montagnes de cadavres, hélas nécessaires et mineures, utiles et logiques, par delà les erreurs, si humaines.

Comment porter ce jugement sur des cultures que, par définition on ignore et nie, au moins dans leur dimension métaphysique ou transcendantale, autant que naturelle ? Puisque celles-ci, par définition, ne peuvent exister en soi bien matériel ? Sinon par infection ou contagion interne, par sa propre culture, comme parle si bien lui-même, dans le texte, notre expert de service, du risque exogène d'infection, sans voir la poutre pourrie et puante sur laquelle il est confortablement assis ?

Aucune culture authentique n'aurait jamais dit qu'il faut en rire. Il faut arrêter de détruire par une pensée détruite : là est l'impensable qui se refuse, comme un Camus eut l'insigne honneur de le faire, de signer et de persister – jusqu'au platane de service, Nobel compris. Camus pour qui la culture n'était nullement une institution, mais la vraie « patrie ». Sans doute la guerre, ou plutôt la Résistance lui aiguisa t-elle le jugement juste comme il faut.








dimanche 9 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 51 LA CULTURE DU MENSONGE ENGENDRE CELLE DE LA CORRUPTION






La culture du mensonge, c'est quand « les gens mentent tellement ! »
Celle de la mauvaise foi comme argument philosophique, politique et surtout de vente. Les anciens appréciaient : « il y a trop de liberté ». Confondant prendre des libertés et liberté au sens pleinement noble du terme, qui ne peut se définir sans principe moral.

Mensonge, surtout quand les mêmes personnes complètent : «  Je ne crois pas que quelqu'un ne puisse pas ne pas mentir (y compris donc moi-même qui parle ou toi à qui on parle ou qui nous parle). Exit donc toute possibilité de vérité ! Le vrai serait illusion et de dictature morales, piège pire que celui du faux, du vrai faux, du faux vrai établis ou subis ! Confusion généralisée permet tout, et le contraire de tout : « Tout est permis » dans le Meilleur des Mondes possible, enfin advenu.

Le mot mensonge dérive ici, et le mot est plutôt faible : le terme exact serait plutôt corruption morale, à commencer par celle de la jeunesse, art libéral, professionnel, s'il en est. Au sens de ruse des sentiments, dissimulation délictueuse, confusion des valeurs, escroquerie intellectuelle, tromperie aggravée en argument de vente nécessaire, de survie économique ou « laborieuse » de l'humanité (…)

Pratique doucement frauduleuse, euphémisée, implicite, imperceptible à l’œil nu. Immoralité douce, assumée sereinement, innocemment, dans l'intérêt le plus particulier du général. Puisque l'irresponsabilité est partagée au sens de généralisée, collectivisée, étatisée : les mots ont tous les sens, tordus qu'ils sont dans celui du vent, de panique molle ou de conformisme dur. Quelle importance ? Ce ne sont que des mots, qui ne durent que l'instant où on les prononce, sans engagement aucun, prostitués, abandonnés, gratuits, aléatoires, vidés de sens. Coquilles, formules, des éléments, codes, automatismes, signes systémiques, purs objets.

Il faut bien mentir un peu pour gagner beaucoup, se compromettre un peu pour passer les compromis vitaux de vie politico-commerciale. Où est le mal ? Le relativisme n'est-il pas raisonnablement le seul universel rassurant et raisonnable, assurant la paix des ménages, et surtout la richesse des nations ? Comment diriger ceux d'en bas, nos bas instincts, sans mentir un peu ou beaucoup, avec amour et raison pure ? Dans les compromis de bon aloi ? Toute vérité n'est-elle pas haïssable, invivable ? Inadmissible ? Ennemi subversif, terrorisme intellectuel ?

Sur le sens des mots, leur odeur et ce qu'on leur fait, Camus a eu quelques formules définitives, à ne pas oublier. « Oui, j'ai une patrie : la langue française. »

Il est évident de voir, sans même avoir lu 1984 d'Orwell, que la première corruption est celle des mots et de la culture : l'industrie culturelle implique le dévoiement vénal du sens des mots, leur soumission au statut d'argument binaire de combat commercial, rabaissé au rang d'objet contrôlé , approuvé par l'économico-financier, ce que le structuralisme, dans son délire systémique n'a ni vu ni prévu, à moins d'avoir été tout simplement basse valeur révolutionnaire pré-vendue. De Saussure précurseur néo-libéral de la langue du IVème Empire (si on lui intègre le communisme idiot post- nazi) ?

Ainsi, est-il non moins évident que la corruption culturelle s'est servi de la « contre-culture » des seventies, notamment, et de la promotion politique d'hérésies de générations abusées et dévoyées, trop longtemps étouffées dans leurs religion naturelle ou leur altérité spirituelle – parfaitement corrélées en général – pour saper un ancien système romain dont l'ambition économique demeurait limitée par un dogme trop rigide pour le financier qui la sous-tend, et qui exigeait, pour arriver à ses fins totales, un nouveau syncrétisme entre « matérialisme social » traditionnel et « spiritualité matérielle » moderne. « Jamais assez », devise de Bête Immonde dans ses alliages criminels-progressistes.

Dans ce sens toute culture authentique, ancienne ou nouvelle a été radicalement dénaturée et dévoyée en quelques décennies d'aboutissement au financier global par ce cheval de Troie idéologique-mystique, dont l'étendue et les moyens (on ne peut pas parler de fin au-delà de lui) demeurent opaques, obscurs et imperméables pour des décennies, au minimum et dans le meilleur des cas – plus qu'improbable.

Quand le mensonge institué est à la fois carburant et moyen, l'espace et le temps sont pris en otage dans une illusion indéfinie qui les domine pour le temps long nécessaire à leur complète régénérescence naturelle interne et spontanée, mythologique et logique, après destruction provisoire. Son institutionnalisation provisoire, maintenue par ruse et force, comme pour chaque empire avant décadence, est le cœur atomique de tout système de domination et d'esclavage. Celui que le Christ défia avec succès, ou Gandhi, par un combat résolu pour la vérité pure et désarmée, mais maintenue jusqu'au bout du moi humain, momentanément et tragiquement désincarné ou réincarné, peu importe les mots à ce niveau de combat spirituel.

Mais on peut aussi parler, et même tout autant, des Amérindiens insoumis et révoltés, qui entrèrent si paisiblement et fièrement dans le génocide, le combat sans issue, et l'extermination lente et abjecte des « réserves », au nom de leurs valeurs supérieures foulées aux pieds : ni la contre-nature ni l'esclavage n'allant, non plus, à ces peuples premiers. Ils dénoncèrent avec une vigueur peut-être inégalée, infiniment fraîche la « langue fourchue » des promoteurs d'un système qui n'eut rétrospectivement rien à envier au nazi, plus tard, qui s'en inspira aussi un minimum, comme tant d'autres : les voies du mal sont infiniment inter-pénétrables et connectées.

La communication et ses techniques, inventées par ces nazi après Rome et ses pouvoirs « éternels », n'est jamais « meilleure » que quand elle ment et se ment au nom du bien et de Dieu. « Les bons – furent toujours le commencement de la fin – (…) Chez qui y a-t-il les plus grands dangers pour l'avenir des hommes ? N'est-ce pas chez les bons et les justes ? » , affirmait Nietzsche.
Gandhi, lui, combattit autrement le mal, n'hésitant pas à dire la vérité sur sa propre personne dans ce qui n'était ni bon ni juste. Les Confessions kérouaquiennes à la Dostoïevski ont joué le même rôle devant Dieu.

Le sourire commercial obligatoire comme un rictus réchauffé, la jupe courte strictement taillée, le rouge-à-lèvre tumescent réglementaire, la cravate à fantaisie standard sertie de l'inflexibilité rapace du bleu sombre de la nuit urbaine, tous ces codes tapinant les principes dits-naturels de socialités fixées avec des boulons d'acier trempé chromé, assortis de l'insistant chantage des sadiques de la suggestion sans preuve ni forme identifiable au commun d'une masse dite laborieuse, troupeau décervelé de production fanatique, tout ceci, bien au-delà de 1984 : les Romains avaient déjà tout réglé, prévu et codifié, dans le public et le privé, puis les théologiens d'au Nom de la Rose. Les nazi le portèrent à sa perfection mondialisée, toujours inégalée, référence secrète, ou pas. « Pourquoi faire la gueule quand on vous assassine ? Souriez dans les petits supplices ! »

Les Chinois, raffinés anciens de la cruauté, en leurs supplices « des cents morceaux », avaient au moins l'humanité de droguer les condamnés. Mais Sade , ce négateur ? Son sourire pourri n'est que calcul malade, la noblesse d'un mal qui s'assume y est absolument absente : son satanique « républicanisme » du romantique bien public par le mal n'a rien de romantique, effectivement. Il n'y a, dans son ignominie littéraire si prisée des Bastilles intellectuelles, qu'un positivisme spéculatif de basse cuisine, privatisation d'état du mal absolu au nom d'une raison pathologique-pavlovienne de le faire impunément en bande organisée moralement au dessus des lois. Automatisme psychique pur, dialectique. Pas d'état d'âme, comme on dit si bien. Juste l'administration des choses, entendez humains compris. A-t-on jamais vu pire fanatisme noir depuis Rome ou certains fascisants grecs antiques ?

Un bordel romain de haut-bas niveau, débordant à ciel ouvert, à son pire, avait, sans doute, étonnement moins de cruauté psychologique incarnée : la dégénérescence barbare avait-elle besoin de mensonge pour commettre sans frein ses ravages de bêtes dénaturées ? La folie n'était pas encore bannie par la raison perverse. Elle n'était que tragique, dans son pire, même si elle jetait déjà les bases du grotesque à venir des empires suivants : le mensonge officiel, partout répandu, "peste émotionnelle", disait Whilelm de "Écoute, petit homme", comme une épidémie, infiniment pire que la folie franche. Monde post-nazi où le monde ment et se ment, concours permanent de mesquinerie et masques naturalisés.

Raffinement romain, léger et cruel comme la lame la plus aiguisée des Saint-Barthélémy, la plus empoisonnée, celle de la langue dans le fourreau doré de son omerta molle. Hitler a gagné beaucoup de temps, tout au bout du compte en Suisse. Répit inutile, dérisoire, temporel, millimétré, parfait. La souffrance et la patience éternelles du monde à venir vaporiseront jusqu'au fantôme calciné de sa nuit et de ses longs couteaux, par leur sérénité de mort naturelle et première. Le mensonge même est leur arme inversée et renversante au sens strict : aucun bas, ici, ne tient bien longtemps en haut.





lundi 26 juin 2017

DIALOGUE AVEC R. # 9 LE GRAND CLIMATISEUR


" L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une cage, ne laisse pas entrer le soleil (…) elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc. (…) L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. Voilà pourquoi les Indiens ne peuvent être d'accord avec lui. (…) " CHEF FLYING HAWK, SIOUX DU CLAN OGLALA, 1852-1931

" Pourquoi nous anéantir alors que nous vous fournissons votre nourriture ? (...) Que pouvez-vous obtenir de la guerre ? (…) Pourquoi êtes-vous jaloux de nous ? (…) " CHEF WAHUNSONACOCK OU POWATAN, INTERROGEANT LE CAPITAINE JOHN SMITH, VIRGINIE 1607 







A l'origine d'une religion ou d'une science, et encore plus de tout super-groupe humain civilisé, il y a, sans doute, comme l'idée chamanique ou magique, cachée ou implicite – et finalement tellement originelle, traditionnelle, classique, comme le rappelle le philosophe platonicien Alain, de se soumettre à la Nature et à ses « lois ». – Incarnant les dieux des mythologies premières – pour mieux les et se, les soumettre et rendre favorables. Les utiliser, les réorienter à l'avantage humain, et finalement, détourner, modifier à notre avantage exclusif leurs applications et mode d'emploi. Détourner le monde de son axe, modifier son cours : quelle gloire historique, hystérique. Mais Alain, au contraire de la plupart des apprentis-sorciers à la solde de la puissance aveugle, connaissait très bien les limites du jeu de dupes. D'où sa sagesse, cachée comme une vertu première.

Sans doute est-ce là l'un des objectifs de la technique en soi, comme idéologie, scientifique ou religieuse. Soit ouvrir à tous les pouvoirs possibles, liés aux désirs humains, leurs champs d'application recomposés à volonté. A ce niveau du désir de puissance, il semble bien que la technique de réalisation des rêves soit première, à cette différence près que le chamanisme, comme technique première, lui, ne prétend nullement utiliser les forces de la nature et de la sur-nature à son avantage exclusif, sans rien payer ni devoir en soi ou à l'intérieur de soi. Pour rien, pour le plaisir et le confort inutile, décadent.

Le chaman sait parfaitement ce qu'il doit payer de sa personne, de sa santé, de son équilibre, que les opérations magiques sont dangereuses, états passagers dont on ne maîtrise pas l'entièreté du processus. Infiniment loin de là. Et la plus grande différence consiste peut-être en ceci qu'il semble vouer le plus grand respect et même une certaine crainte vis à vis de forces qu'il « utilise », mais avec une sorte de permission naturelle ou innée, dans un sens profane, hérétique, marginal.

Chez lui, l'extraordinaire ne peut en aucun cas être banalisé ni instrumentalisé, comme un vulgaire objet scientifique de masse ou une méthode purement mécanique, reproductible à la façon dont on appuie sur le bouton d'une machine à vivre. Bref, aussi archaïque puisse-t-il paraître, il ne perd pas de vue l'insondable puissance des forces qu'il invoque, avec lesquelles il entre en contact et communication momentanément. En ce sens le premier scientifique lambda venu, derrière sa machine à savoir est, lui, un total inconscient, super-archaïque et primaire en comparaison du premier.

A cette source commune de la science et de la religion, il y a donc comme une ruse de guerre au et de domination du monde. Ruse de ces ambitieux et ambivalents utopistes. Basse trahison pour d'autres, comme le sont les primitifs, dont le rapport dit naïf à la nature et au monde n'est fait que de respect : il sont les primaires de ceux dont le seul pouvoir sur les esprits est de faire croire à leur pouvoir sur la nature. Poudre aux yeux.

Là s'affrontent deux cultures : celle de la nature et celle, purement humaine au sens négatif, du pouvoir pour le pouvoir, comme l'enfant casse ce qui lui appartient en propre, pour le plaisir gratuit de disposer d'un objet soumis à ses caprices. Les théoriciens de la civilisation, entendons surtout occidentale, sont les parents de ces gamins casseurs, dévoyés par le surplus contre-nature de l'accumulation d'objets soumis, destinés à la destruction consommatoire.

Le rapport, négatif, à la Nature des uns n'est que de force, celui des autres, plus sages et vivants, rapport de coopération positive, unitif ou sacré, fusionnel, privilégié, considéré par l'autre culture, celle qui lui est devenue étrangère, concurrente et même ennemie, comme une dangereuse et catastrophique soumission aux instincts les plus bas, vus de si haut, religion naturelle inacceptable et rétrograde pour le progrès et la dignité de l'humain technicien de Dieu ou de l'Ordre des choses. Car pour eux, la liberté n'est que technicienne, confortable et accumulatrice de richesses ou ressources et cumulatrice de forces ou moyens. Cette liberté-là ne reconnaît qu'un seul dieu : celui du plus fort, celui du Maître.

Le primitif est considéré comme un ignorant vivant du préjugé obscurantiste d'origine, jamais dépassé, conservé intouché, préservé, comme un bien suprême face aux vraies lois naturelles révélées par la science moderne de nations technologiques coalisées pour la domination totale du monde, au nom de l'intérêt supérieur d'un genre intégré de gré ou de force à ce super-groupe. La science du moderne est conquérante, elle le revendique « pour le bien de tous », comme n'importe quel obscur ancien empire oriental rusé et fourbe. Ses résultats sont présentés et vendus comme une libération des lois naturelles, supposées avilir l'humain, un peu comme enfanter avilirait les femmes pour un certain nombre d'entre elles à la recherche du corps sans corps, inodore et éternel, sacralisé en un sens négatif, purement idéel et publicitaire.

Les contraintes naturelles sont ainsi devenues inhumaines, sales, répugnantes : on les réserve désormais aux animaux non domestiques en leur ghetto de nature. Par glissement de sens psychologique, elles sont devenues arbitraires, brutales, bestiales, violentes, barbares, d'un autre âge, qu'on pourtant bien connues des anciens qui se souviennent encore, avec nostalgie, de leur douceur réelle et vivante, exaltante même, sans aucunement idéaliser l'affaire. Mais les vieux singes usés doivent disparaître et leur esprit aiguisé avec eux.

Pour les progressistes, la loi naturelle et le retour à la nature sont une inadmissible régression, incompatible avec la liberté humaine super-sociale de choisir dignement un destin conforme aux religions d'idéaux supérieurs à la civilisation animale, animalière ou naturelle, son mode de vie archaïque et insalubre, sa direction de soumission à des forces aveugles et inconscientes, incontrôlables et arbitraires, incompréhensibles, basées sur une pure hyper-violence, infiniment plus destructrices, ces forces, que les bataillons de films les plus mécaniques de guerre sortant Hollywood à la chaîne pour célébrer une civilisation de paix et d'harmonie planétaire et promouvoir la colonisation des derniers esprits naturels échappés.

Il n'est pas inutile de rappeler que, plus que jamais, à ce niveau-là, même si elles se combattent, idéologie religieuse et scientifique amalgamées dans n'importe quel sens – pourvu qu'on ait l'ivresse – se rejoignent et soutiennent souterrainement face à une nature sauvage incontrôlée, très imaginaire, au sens fantasmatique, pour finir, avec la peur de l'autre ou de l'autre monde, pas celui de l'au-delà, celui de l'au-delà du quartier, de la région, de la nation, du continent ou tout simplement de la culture d'héritage conforme.

De l'autre force, celle qui résiste encore et toujours, malgré génocides et anéantissements, les savants remplacements, à l'empire du savoir et des techniques, défiant leur durabilité, habilitée cohérente et structurante. « Rien n'est jamais acquis » est la joyeuse devise magique des Sisyphes sans autre mythe que celui du pur pouvoir, engagés dans la conquête totale des mondes et des forces, dans La guerre des mondes. Devise par défaut, trahissant bien la frontière d'illusion que doit affronter toute idéologie de domination, car comment dominer une force que nous laissons nous dominer ? Ou plus exactement dont nous construisons psychologiquement la domination sur nous-mêmes, tout en en refusant l'idée-même, pour nous l'approprier à notre pur et simple avantage imaginaire ? Nous-mêmes, notre propre Cheval de Troie, notre propre proie. Ah ! Désirs auto-dévorants !

Si la Nature et le Monde ne sont pas cette maîtresse, ce maître, si redoutés et craints à partir de nos impuissances et insuffisances, de nos insatisfactions honteuses et terrorisantes, retournées contre-nous-mêmes comme un fauve esclave se retourne contre le fouet, comment renverser ce rapport de force imaginaire et vide ? Sinon en fabriquant au fur et à mesure l'ennemi, comme dans toute guerre dans son absurdité psychologique, en toute paranoïa officielle, culturelle ? Paranoïa où, pour rappeler Dostoïevski, tout finit par être permis, pour le pire, dans le meilleur de mondes, surtout le mal le plus absolu et résolu. Résolution du problème par sa négation pure, comme exception et confirmation de la règle, en quelque sorte.

En quoi, depuis ses saintes croisades, l'Occident a t-il changé dans sa négation très chrétienne du Christ ? Que reste t-il de sa vérité, de sa liberté, de son bonheur naturel d'être, dans cet enfer parfait, chaque jour réchauffé « à blanc », imposé dès l'enfance comme potion éducative souveraine et bonne ?

« [le templier] ne se comporte pas en homicide, mais, si j'ose dire, en ''malicide''. Il est tenu pour ''justifier du Christ à l'égard de ceux qui font le mal'' et pour défenseur des chrétiens. Vient-il lui-même à se faire tuer ; on sait bien en cela qu'il n'est pas allé à sa perte mais qu'il est parvenu au but. La mort qu'il inflige est donc un bien pour le Christ ; et celle qu'il reçoit, un gain pour lui-même. » Saint Bernard, Éloge de la nouvelle milice.

Le rapport à la nature, sacré ou laïque est un rapport religieux d'abord, mais médiatisé et dévoyé par la culture scientifique moderne, industrielle. Le plus grand paradis terrestre est un paradis mécanique, un système de jouissance animale anti-animal. Dégénérée, coupée de sa source comme de sa mesure par une machination de la traîtrise, une automatisation douce et confortable de la vie sans la vie. Le traître est notre meilleur ami : le Facilitateur Universel, le Grand Climatiseur.

Dans ce sens, la culture scientifique moderne contre-nature dans son esprit et ses résultats n'est qu'un vulgaire produit de remplacement, pacotille au plan commercial, outil, arme de destruction massive, au plan domination. En tant que produit de remplacement, c'est du simili-totémisme, du sous-totémisme, même, pure imposture, camelote, charlatanerie de crypto-religion, de pseudo-science.

Un monde où la nature ne donne plus est un monde mort. Un monde où elle produit est une usine à gaz, une chambre à gaz. Un monde mort, sans dieu ni Dieu. Privé de sens, camusien dans son pire, celui de Caligula. Privé du don et du contre-don, loi éternelle de la vie, celle que le la loi du commerce en soi combat à mort depuis le Temple, et pas seulement chez les primitifs rescapés, mais au fond de chacun à chaque instant, impitoyablement, sous la forme de l'échange le plus total et absolu possible et obligatoire, dans un monde où tout vaut tout et plus rien du tout, brouillard planétaire de mensonge normalisé et de cruel contrôle robotisé. Plus sauvage et aveugle que la plus dure loi de nature, trop humaine, trop solidaire dans la mécanique libre et spirituelle de ses sentiments et liens biologiques d'origine.






mercredi 7 juin 2017

LA VÉRITÉ # 50 NON PENSÉE ET NON PENSER






Ce sentiment si pénible et, si on s'y laisse inconsidérément aller, mortifiant, de dégoût de sa propre crédulité, de ses illusions perdues – mais qui demande et revendique l'illusion ? Et, d'un autre côté, du refus viscéral et définitif de cette crédulité – puisque rien ne l'est jamais, définitif, justement de ce néant ordinaire empoisonnant à petit feu – vendre âme et innocence au plus cynique système inventé, décadente romanité héritée, indélébile marque de l'esclavage.

A quoi sert la lucidité, quand sous-produit d'un nihilisme cherchant à coloniser l'esprit en terrorisme intellectuel, permettant à ce système impérial de corruption de vider les vies comme on presse le citron ? Pas même à l'expérience, aveugle comme on aveugle le cheval ou le bœuf.

On ne résiste pas par logique ou cohérence : le plus rusé politique y perd la raison. Comment ne pas la perdre, avant l'âme et l'être – ou après ? Difficile de se débarrasser de ce qui colle à la peau en eczéma assimilé, naturalisé civilisationnel.

Quelle maladie, demande le naïf ? Nous savons maintenant : il n'y a qu'une peste, un unique choléra. Tout est faux dilemme, pour paraphraser Rimbaud. Que les vieilles ruses usées d'une corruption généralisée. Brave cancer bénin, brave new world, que les progrès permanents d'un monde en marche ne manqueront pas de vaincre. En attendant, attendez. Patientez, subissez, acceptez, oubliez, circulez. Ne faites pas obstacle : tout est pour le mieux dans le pire des mondes.

Subversion générale de chaque vérité simple en problématique systématique, celle du non-penser intuitif, instinctif, expérimenté, unifié et unitif – destruction pure et simple de toute forme de pensée originale et authentique. Par une forme de non-pensée fixée en cadre mort à sens unique, comme ces gros clous pour aveugles sur le chemin de lumière ordinaire, caricature commerciale de sagesse et du sens, commun ou pas.

Corruption fondamentale, fondements et fondamentaux, passant pour mode d'utilité, pour utilité de mode – re-polarisées en leur contraire négatif exact refondé sur la plus belle joie malsaine de table rase de l'humain et de la nature mèrejamais envisagée, jamais aussi froidement, pour les dos, les échines.

Comment s'étonner de ceux par millions, épuisés, éreintés, vidés de leur vie, qui finissent par croire ce n'importe quoi n'importe comment pourvu que ça rapporte, baptisé monde nouveau, qu'on les force, les pieds dans la porte ou dans le derrière, et poings liés, à acheter et vendre, désirer - consommer ?
 
Comment s'étonner qu'ils finissent par confondre lâcher-prise, d'une vieille carcasse caractérielle dure comme arme rouillée d'avant-guerre culturelle, entre marteau et enclume, entre chose et son contraire, toutes devenues doubles contraintes si ordinaires; par confondre, donc, lâcher-prise et trahison. Celle faisant que non-pensée, absence pure et simple, vide enflé de remplacement, usurpe placidement, cyniquement, le non-penser magistral, devenant de plein droit dénaturé la plus haute façon officielle de penser, la plus haute leçon maléfique, ne pensant pas, rien, à rien ni personne ?

Nous savions que la machine « ferait le job », comme disent les révolutionnaires économiques et les prophètes financiers. Pas que la machine à penser viendrait si tôt ni si vite remplacer l'archaïque moulin à prières. Plus dure sera « la Chute », celle dont parla Camus, pas celle de l'Empire : la révolte qui ne dit jamais « oui » le qualitatif, l'humain, ne résout rien, elle empire, le plus souvent, avec le vent mauvais qui tue gratuitement de froid, glaçant la vieille âme qui n'existait pas.

Non nous ne pensions pas qu'on pouvait ne pas penser : nous n'avions pas même pensé à l'impensable. Comme toute vraie barbarie, il suffisait de le commettre pour la faire être, pour le faire entrer dans la réalité, aussi impunément que le premier haut crime naturalisé venu encombrant les couloirs de la mort d'une humanité ordinaire bien ordonnée. 

Nous avons oublié l'inoubliable au nom d'une prétendue liberté sans vérité, en forme conforme et confortable de fin de l'histoire, bien concrète et matérielle, celle que nous n'avons jamais voulu regarder en face et "sauvegarder" comme mal absolu, à cause du vertige et du vomi infantiles. A cause du rêve d'avenir et du grand sommeil d'adultes enfantins, sans plus d'esprit ni d'enfance.