samedi 20 décembre 2014

LA VERITÉ #7 LE NOUVEL ORDRE DOMESTIQUE






Il est faux de croire, ou pire, de faire croire que ceux qui ne connaissent pas le monde de l'Entreprise, cette soit-disant enclave de soit-disant liberté et de progrès, aux monstrueuses dimensions psychologiques d'abord, seraient de dangereux incompétents et irresponsables dans les domaines de l'activité humaine contrôlée. Ils sont, malgré eux-mêmes, et malgré le système qui les exclut, pour mieux les inclure défaits et soumis, au contraire, tout l'espoir du monde. Notre bien le plus précieux, notre spiritualité cachée et vraie.

D'un monde sous influence. L'espoir du monde, comme limites naturelles survivantes de ce que n'est pas l'Entreprise, ne sera jamais, mais dont nous aurons absolument besoin pour rester humains. Cette réserve d'être est même ce qui sauvera un jour l'Entreprise de ses dévoiements infinis actuels, trop souvent abjects, à travers les figures adulées du self made businessman et du voyou efficace.

L'Entreprise, cet État dans l'État prétendant vivre en apesanteur monopolistique-concurencielle, comme toute dictature idéologique, dans l'arbitraire réaliste de ses valeurs obligées, se paie de plus en plus le luxe, impuni et encouragé, d'une agressivité illimitée et d'une violence ignoble vis à vis de ceux qui échappent naturellement, mais malheureusement sursitairement, si rien n'est dit ni fait , à son emprise mentale poulpesque : peuples, femmes, enfants, vieillards, animaux, climat, nature, biologie, religion ou tradition, mais aussi novateurs, artistes ou science classique.

La chasse d'extermination productive est ouvertement ouverte. La ressource humaine vraie, avec ses hautes valeurs, est en voie d'épuisement et d'extinction par le fait ce braconnage culturel impitoyable. Ethnocide et génocide larvé et masqué, sous l'intérêt général obligé, ou plutôt contraint sous les limites montantes des expansions de consommation et de démographies liées à la modernisation systémique sauvage normalisée de la condition humaine.

Ceux qui ne connaissent pas le monde de l'Entreprise sont les dernières tribus. Des innocents aux mains pleines, que d'autres mains, plus sales, peuvent scandaleusement manipuler pour occulter les fausses ingénuités d'un système qui fonctionne toujours mieux à son cynisme le plus bestial, et même de plus en plus sous-animal ; innocents déstabilisateurs de leur seul fait d'être, « introduits », non dans la bergerie, mais dans le cloaque des affaires de ce monde, pommadé parfumé au légalisme et à l'humanisme le plus formellement calculateur calculé.

Le scandale n'est donc pas tant, aux yeux « dollariens » d'orfraie offusquée de tout intégrisme financier unifié par le Plan Comptable Universel, l'heureuse et salvatrice incompétence de ces analphabètes des systèmes évolués de gestion intégrée, que l'inadmissible risque que leur toute relative blancheur fait courir à l'opacité cohérente d'un monde construit en sociétés secrètes de fabrication et de transformation du monde.

Nul ne peut ignorer ce secret mondial, et encore moins sa Loi. Tout ce qui ne relève pas de l'Entreprise est donc brutalement mis hors la loi économique commune, et donc aussi, dénoncé, par les chiens de garde de ces systèmes, comme responsable des malheurs programmés du monde, après Dieu. Les belles âmes, pas plus que Dieu, ne veulent voir cette réalité construite par eux-mêmes dans leur foi panurgienne, de leur propre vie, dont autant qu'autrefois la présumée, mensongère et spectaculaire colère de celui-ci, ils redoutent les effets sur leur sécurité conforme devant laquelle ils s'agenouillent impuissants, infantilisés et tétanisés comme devant un autel terroriste et sacrificiel majeur, surpuissant, omnipotent et omniscient, leur nouvelle mère cruelle, leur nouvelle maîtresse à penser et à jouir sous le fouet psychologique de sa loi étincelante.

Comme le remarquait déjà, en un sens, Aristote il y a longtemps, la comédie humaine de la Cité heureuse-malheureuse commence d'abord par celle des familles. Dévoyées, égalitaires, fraternelles et enrichies à la misère commerciale démocratique commune d'une pensée unique, universalisant sa stérilité en sentiment de bonheur conforme, partagée idéalement dans des pratiques privées d'être de vie privatisée, dans leur consommation d'avoirs inutiles, produits pour agents standards schématisés dans leurs droits fonctionnels existentiels à péage.  

Désormais trop heureux d'être embauchés, agents interchangeables que l'Entreprise se targue exhibitionnellement de produire pour produire son nouveau monde à elle, bien séparé de tout, et sans but autre que son infini développement réducteur-destructeur. Le monde unifié de sa haute débauche. La guerre est ouvertement ouverte au non-monde et au dés-ordre qui n'est pas le sien. Comme autrefois aux Païens barbares, animaux et infernaux.


lundi 15 décembre 2014

LA VÉRITÉ #6 MALSAINE CONCURRENCE








On dit la concurrence saine face à l'esclavage monopolistique. Mais c'est la peste et le choléra. L'évidente vérité est que la concurrence de tous contre tous ne fait pas baisser que les prix, elle fait tout baisser, jusqu'aux pantalons. Le niveau intellectuel, en développant l'esprit de jalousie ; le niveau moral, comme à la guerre ; et même le commerce honnête, ou ce qu'il en reste, quand les Grosses Bertha font la loi. La concurrence, dans une économie mondialisée, n'est que la continuation de la guerre mondiale par d'autres moyens, sans doute pires, au final, et ce n'est pas peu dire, quand on y pense. Mais c'est sans doute ce que veut dire la guerre commerciale, par delà les mots, puisqu'elle en est aussi le nerf naïvement reconnu par l'imbécile économique.



C'est aussi la perversion molle d'une dictature communiste commerciale où les multinationales reçoivent leurs ordres d'un Bureau Exécutif Mondial du Marché, bien loin de Moscou et de son sentimentalisme orthodoxe slave. La concurrence rend fou furieux ceux qu'elle fascine. La propagande sale que véhicule ce mot n'est pas acceptable pour un esprit libre ou dans une culture de décence commune digne de ce nom, il sent la porcherie. Voilà la vérité toute nue dans un monde où plus personne n'ose parler, franc, franchement, français. Quand on pense que les puritains du profit osent prétendre que les français ne se lavent pas..., pensant sans doute que l'argent n'a pas d'odeur. Mieux vaudrait pourtant être une bête sauvage qu'un agent civilisé de la concurrence.



Sauvage, c'est à dire dérégulée, sans foi ni loi ni lieu, la concurrence permet sournoisement au commerce et à ses cafés de s'affranchir de toute règle, de corrompre les jeunes esprits comme les plus expérimentés. Le temps est bien fini où elle présentait des alibis de loyauté, comme un leurre, comme un permis de tuer. Comme l'efficacité technique, ce qu'elle est d'ailleurs aussi dans un sens, la concurrence est sa propre fin, et tous les moyens sont bons, dans le possible de ses développements illimités. Comme au poker menteur, tous les coups sont permis. La table de jeu est le marché, la nouvelle idole, – le marché – cet euphémisme, trempé et frappé au bon gros bons sens des affaires et du maquignonnage humain, pour dire l'Argent. L'argent, comme dans un mauvais western où tout le monde finit par tuer tout le monde, et d'abord père et mère, pour une poignée de dollars numérotés. Là aussi, plus qu'ailleurs et que jamais, le Diable en rit encore.
 
Nul n'est interchangeable. Le bonheur des uns ne fait pas le malheur des autres, sauf dans un monde de concurrence. Ce serait même le contraire, dans un monde libre, qu'interdit la loi du marché. Ce qui ne veut pas dire que pour être heureux il ne faille pas vivre avec pudeur.








dimanche 14 décembre 2014

DERNIERS PREMIERS






Dans cette guerre sans fin, nous sommes en paix jusqu'à la fin. Face aux terrorismes des uns et des autres, nous sommes debouts, seuls, impassibles, armés de paix : nous ne nous battons que pour la vérité, le reste est mensonge, leurre, illusion, manipulation, engrenage. La non-violence, celle des premiers chrétiens – parmi d'autres premiers nous pensons, chez nous en Europe, aux stoïciens oubliés, est le seul moyen qui soit la vraie fin. Le refus de la puissance, la seule voie sans sentiment d'impuissance. La voie du Samouraï, là-bas, à l'autre bout du monde, dit aussi que le vrai guerrier n'a pas besoin de se battre. Sereins sont le combat spirituel et l'esprit d'enfance : même la mort est heureuse dans notre Tradition, comme au Japon ancien. Le reste est propagande ordinaire, moderne, vieille comme le vieux monde. Un monde qui a perdu son honneur au jeu du hasard et de la nécessité. Nous sommes les derniers premiers, et c'est tous les jours un beau jour rouge. Les sagesses se rejoignent, non sur les mots, mais sur la chose, le principe et son langage.



LINGUA TERTII IMPERII




« La langue est plus que le sang . » Franz Rosensweig, cité par Victor Klemperer, « LTI, la langue du IIIe Reich »


Contre le laxisme provoqué par les dérégulations sauvages et secrètes en cours d'achèvement, pour chaque problème une loi et pour chaque loi, tolérance zéro. Laissez-faire d'une main, flicage dur de l'autre : marteau et enclume de la force mécanique pour forger le nouvel ordre sur les cadavres de l'ancien. Forger méthodiquement les extrêmes en extrémisant les esprits, paralysés sous le choc des propagations orchestrées : vieille triade efficace des guerres, des révolutions et des fascismes. Déstabilisation maximale avant solution idéale finale.



QUAND J'ENTENDS PARLER DE CULTURE




La guerre culturelle, dont personne ne parle en Europe, n'est qu'une surface, une première peau. Sinon, elle serait non-violente dans son refus de la puissance. Ce leurre dissimule, bien efficacement, dans l'usure du temps et l'expansion mentale du nouvel âge psychologique, la psychologique pure et dure, qui n'est rien d'autre que la déconstruction méthodique de toute forme vraie de culture en soi.

LE MÉCANO DE LA GÉNÉRALE





Ceux qui n'étaient pas des tout TGV étaient en retard d'un train, des passéistes, des réacs. On s'aperçoit maintenant, après suppression des lignes non-rentables, que le Transport-À-Grande-Vitesse coûte de plus en plus cher à ceux qui ont encore la chance d'avoir des liaisons, et que le progrès fait invariablement passer par Paris. On s'aperçoit d'un seul coup que les liaison bus sont sous-développées en France, où Greyhound n'a pas encore mis les pieds, pour des raisons monopolistiques d'État inadmissibles, et qu'elles sont 10 fois moins cher ! Vous vous rendez compte ?



On va donc « mailler » le vieux pays de France, en l'ouvrant à ce nouveau marché mis en bouche, pour le plus grand profit d'une population enclavée-rançonnée, et de l'emploi ; marché qui, une fois installé et rentabilisé, ne manquera pas de flamber ses prix à la première occasion obligée et nécessaire (énergie, parc, péages, réseaux...).

Libéralisation oblige. Au lieu d'avoir dès le départ entretenu, rénové et rentabilisé honnêtement les liaisons SNCF existantes très bien faites. Du passé faisons table rase... Dérégulons, dérèglementons les freins à la croissance : déréglons un monde bien fait, il faut tout refaire selon les vrais critères américains !



C'est que les rails du progrès, un peu comme ceux du ferroutage, sont impénétrables : il passent par l'inévitable route du pétrole contre celle de l'électricité propre, qui a toujours été le mal de la dernière révolution intelligente ; un peu comme celle de l'électricité passe par celle de l'inévitable route de l'atome de masse comme alternative pacifique positivement sociale-économique du monopole et de la finance industrielle énergétiques, dans leur domination sécularisée du marché des bien et des besoins communs, « au service des hommes ». Le génie et la culture de notre technique ouverte sont aussi en voie de désarticulation molle, en amont de la neutralisation industrielle rampante. 

A la table d'hôte, nous mangerons par-terre, comme les larves, les miettes du Progrès. Le cul par-dessus la tête, mettons les trains sur les camions pour un transport moderne de ces miettes ! Qui ne voit le beau sabotage, le beau dommage et intérêt ?



vendredi 12 décembre 2014

LA VÉRITÉ # 5 FARENHEIT 451






L'internationale terroriste gagne l'opinion – l'opinion, ce confor(t)misme de ceux qui ne croient en rien –  Elle réussit partout, avec force rhétorique et syllogismes, suffisamment bien propagandés par l'orchestre noir des médias, à faire admettre la légitimité « normale » d'une sorte de droit à la torture d'exception, finissant par discréditer, comme immorale et laxiste, et donc faisant le jeu de l'ennemi, l'obligation la plus élémentaire d'humanité. Nous sommes en guerre psychologique permanente, ne l'oublions pas. Le principe d'humanité est devenue un luxe hors de prix, un truc de nantis, une lubie de bourgeois.



Depuis les nazis et leur responsabilité collective, nous avons vu, mais déjà oublié, comme il est facile de faire basculer un peuple dans cette libération pure et dure de la morale des faibles, un peu comme les riches, depuis quelques temps, veulent se libérer de l'insupportable oppression des pauvres ! Qui a intérêt à ce basculement psychologique de masse ? A ce déséquilibrage mental d'un peuple, comme celui de France, il n'y a pas si longtemps respecté partout pour son intelligence ? En tout cas, l'heure a sonné, c'est clair, de parachever l'oeuvre de destruction massive des meilleurs esprits européens, entamée à partir des deux dernières guerres mondiales.



On peut et doit donc torturer de nouveau en paix, au nom du contre-terrorisme, ce que les services compétents français, formés en Algérie, s'étaient fait un honneur d'enseigner à nos amis des écoles militaires américaines, avant les exercices pratiques du Chili... Torturer pour le bien de tous, on l'a évidemment toujours fait : la raison d'État, contrairement à la normale, n'a pas de limites réelles. Ce qui est nouveau, c'est que tout le monde, ou presque, soit aujourd'hui en résonance et en raisonnance avec les pratiques sous-humaines de gens que les lois d'exceptions placent au dessus de la loi morale la plus humainement basique.




Les terroristes de tous poils ont gagné : nous sommes enfin devenus comme eux : la meilleure fin justifie les pires moyens. Nos frères en haine nous ont contaminés : la raison pratique prime sur la morale supérieure, le principe de réalité sur celui de vérité. La terreur répond à, et justifie la terreur. Il est bien et juste de terroriser les terroristes, faute de solution, comme on dit et répète, impuissants.




 




Comme aux périodes les plus noires de notre histoire, à cette impuissance construite, répond une puissance de destruction nue, qui neutralise et liquide les principes éternels. Le terrorisme a gagné : les guerres de religion sont de retour, plus implacables que jamais, mais bien déguisées en tribunal révolutionnaire de la raison pratique universelle, avec son nouvel ordre par le chaos, son nouvel équilibre de la terreur, ce grand carnaval de la peur fascinée autour du grand feu.

lundi 8 décembre 2014

DE NOTRE DAME








De Notre-Dame à Sivens, les écologistes dits « radicaux » sont dans la ligne de mire. Sans que soit définie jamais, évidemment, la nature de cette radicalité, amalgamant donc violence et exigence, violence et conscience, désobéissance civile et révolte violente, les médias sont lâchés contre ce qu'ils assimilent à un « terrorisme écologique » bien connu du renseignement américain depuis les années 70. S'appuyant sur, et en généralisant, pour mieux les condamner à raison a priori, en les isolant et abstrayant des contextes, les actes de violence objectivement inacceptable, gratuits, niant la liberté individuelle de certains, délinquants, criminels ou terroristes... Juste et triste retour des choses de la propagande dans un sens, mais dans un sens seulement.



Puisque le camp le plus hétérogène n'est sûrement pas celui du système, dont les objectifs sont simples, comme tout objectif financier en soi, à vendre. Du côté des zadistes, assimilés désormais à des terroristes standards, les vrais pacifistes, les vrais amants de la Nature ont du souci à se faire d'avoir trop longtemps laissé des extrémistes de tous poils les protéger, un peu comme de l'autre côté, les mafias, légales ou pas, protègent la finance en action. S'il y a un camp qui ne peut grenouiller sans tout perdre, avec les basses mains et les basses œuvres, ce sont bien ceux qui prétendent, parfois avec toute honnêteté et intention voulue, défendre la Nature. Cette chose en voie de disparition galopante qu'on nomme, avec les pincettes voulues : l'environnement, neutralisant bien ainsi, des deux côtés, son essence sacrée et éternelle, pour en faire un objet savant normalisé, calibré. L'objet d'un enjeu politico-financier.



Les stratèges de la guerrilla de zad feraient bien de changer leur fusil à fleur d'épaule, et pas seulement à cause des conséquences, parfois plus que dramatiques de leur manque de conscience morale, et de morale tout court, et de laisser ce cynisme terrorisant aux seules forces chargées de maintenir l'ordre financier.

L'internationalisation par le haut de ces forces répondant à la leur par le bas... Chacun de bien né sait que le haut, en ce qui concerne la bassesse, est invincible. Quand la machine de guerre de sa propagande est lancée, on peut être assuré que beaucoup de morts vont venir couvrir et fabriquer beaucoup de mensonges – jusqu'à plus soif de victoire.



Une sale guerre est en train de naître, et non seulement les zadistes vont la perdre, mais ils vont surtout permettre et provoquer toutes les expérimentations légales, qui pourront ensuite entrer en vigueur partout dans le monde pour très longtemps. Puisqu'il faut quand même pas mal de temps avant qu'une loi soit discréditée, et à refaire autrement. Les légalistes de tout poil bien rasé ne diront pas le contraire, qui pensent, par principe, que toute désobéissance est déjà un acte violent en soi, une violence sociale inacceptable faite à leur déesse de la force nue du plus grand nombre.



Que cette sale guerre, comme toutes les autres, soit activée, en sous-main, des deux côtés, ne peut faire aucun doute. La défense, ici, armée de la Nature est une trahison, une infamie, une abjection morale et même politique. La vraie guerre sainte, celle des saints, se fait en la refusant au niveau de la puissance, comme n'importe quel objecteur de conscience le sait. La sainteté d'une cause, ce mot qui fait peur, n'a jamais rien eu à voir avec la terreur ou la violence, qui prétend ne pas le voir ?



La « guerre sainte » vraie et raisonnable est celle du martyr que l'on subit passionnément sans l'accepter en raison, pas celui que l'on inflige : on ne tue pas pour une cause, on meurt pour elle. Ce qui n'a absolument rien à voir. Mourir pour notre mère Nature est une cause sainte, et même très chrétienne, même si elle ne paraît pas très catholique, bien qu'un pape se soit engagé sur la Création. Gandhi et Luther King l'ont assez montré. Mais n'est pas saint qui veut, et encore moins qui calcule. Le saint, comme le Christ, ne peut être que ridicule et crucifiable, symboliquement, et parfois, réellement. Sa position en tout cas est très claire : toujours du côté des victimes, comme le voulut le révolté athée Camus, dans son sens de l'histoire sainte laïque. Nous ne disons pas victimisation, ce terrorisme à l'envers. Nous parlons de ce qui est, et de celui qui est en voie d'être détruit, sous les meilleures raisons rationnelles du monde, et qui reste debout, comme un arbre, face aux légions de tronçonneuses en marche.



Les nouvelles lois en fabrication découperont aussi bien les trahisons extrémistes offensives et criminelles, les purs anges défenseurs de l'idéale nature éternelle que les bêtes de sincérité brute de nature décoffrée. Celles qui, passant par une Loi Biodiversité, en cours de lecture chez nous, en France, permettront l'introduction de « réserves d'actifs naturels » et « d'obligations de compensations écologiques » sous les lobbyings compétents, créant des « banques d'actif biodiversité » permettant de développer « une compensation par l'offre », appuyée, ici, par la Commission Européenne (…) ; mécanique stratégique de précision qui permettra de poursuivre toujours plus loin l'expansion « constructiviste » mondiale contre la Nature et son royaume peau de chagrin. Il est déjà trop tard pour ne pas se battre : la vérité est une arme de paix. Il faut aussi au système technicien déforester les hommes dans la tête pour atteindre le cœur du bois.






dimanche 7 décembre 2014

ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES # 1 LE BON GRAIN






Ce monde est corrompu jusqu'à la moelle, mais ce qui reste de vraie tradition chez les vrais gens fait que beaucoup, plus que ce que l'on pense trop logiquement, ne le sont pas vraiment.

Peu importe les traditions et les moeurs – que la modernité corrompt gaiement et intellectuellement par d'illusoires échappatoires hors de l'humaine condition donnée, pour un plat de soupe, ou allumées par un désir de puissance branché sur les réifications psycho-pédago-sociales des nouveaux prêtres de la réalité, obligée ou augmentée, du réalisme révolutionnaire de la démocratie commerciale triomphante.


Seul compte le fait de cet esprit de vérité et de parole libérée que ceux-là, héros ordinaires, anonymes et moqués, maintiennent dans le temps de la fin et de la réunification invisible de l'humanité vraie, coûte que coûte, face aux barbaries montantes.


vendredi 5 décembre 2014

LA VÉRITÉ # 4 FAUTE DE VÉRITÉ







Il n'y a pas de système, pas de complot, il n'y a que paranoïa et subversion, passéisme masqué, des contestataires professionnels, des émotions malsaines, du pathologique, des déséquilibrés, des extrémistes traditionalistes, des pauvres, des drogués, des beatniks et des hippies, des manipulés manipulateurs, des profiteurs de tout sans rien payer, des marginaux qui ne représentent qu'eux-mêmes, des hétérogènes, des anti-tout organisés pour casser, saboter, renverser, accuser, critiquer, déstabiliser, affaiblir, discréditer, terroriser, attaquer, miner, salir, détruire, mentir, pervertir, exploiter, profiter, abuser, diviser.



Il n'y a pas de propagande, de conditionnement de masse, d'orientation de l'opinion, de contrôle des esprits, pas de psychologie sociale, pas de guerre idéologique, pas de guerre psychologique, pas de modes intellectuelles, pas de mensonge d'État, pas d'organisations secrètes, pas de rencontres au sommet, pas de programmes mondiaux, pas de plans secrets, pas d'internationales de l'argent, du pouvoir ou de la puissance. Ce sont des fables, des légendes urbaines, des ragots, des salissures, des infamies, un complot, une diffamation, une sortie de la réalité crédible, un découvert intellectuel insolvable.



Non, rien de tout cela et de tout ce que l'on vous raconte : en vérité, il n'y a que des gens de bonne volonté, de bonne foi, des modérés, des honnêtes, des dévoués, des justes, des méritants, des responsables, des experts, des dignes de confiance, des spécialistes, des savants géniaux, des élus, des représentatifs, des mandatés, des compétents, des autorités en la matière, des reconnus, des officiels comme au foot, des légitimes, des symboles, des raisonnables, des gens comme tout le monde qui font, comme tout le monde, tout ce qu'ils peuvent pour que tout aille pour le mieux, ou mieux : pour le moins pire, ou le moins pire possible pour le mieux scientifiquement prouvé. Tout étant dans les moyennes statistiques, étudiées et interprétées – forêt de tableaux de bord et de leviers.



Mais sans se concerter, se distribuer, se répartir, se soutenir, planifier, calculer, gérer, construire, prévoir, orienter, canaliser, provoquer, fabriquer, justifier, programmer, ajuster, compenser, manipuler, conditionner, soumettre, intervenir, systématiser, rationaliser, moderniser, remplacer, privilégier, choisir, imaginer, détruire, sanctionner, promouvoir, mettre en concurrence, diviser, acheter, vendre, punir, récompenser, trahir, déclarer, révéler, oublier, publier, encadrer, contrôler, maîtriser, dominer, moraliser, mailler, développer, totaliser, exclure, réduire, égaliser, supprimer, exterminer, radicaliser, médiatiser, transformer, chercher, appliquer, expérimenter, imposer, contraindre, faire croire ou discréditer. Pas d'action concertée ni de coordination à aucun niveau. La main gauche ignorant ce que fait la main droite, c'est certain.



Non, il n'y a ni système ni complot, il n'y a que démocratie illimitée, développement naturel des forces productives et créatrices libérées, citoyens idéaux, recherche et régime du bien être humain moyen maximum, sens de l'intérêt général raisonné, dévouement bien ordonné, travail d'exception des dirigeants, que des bons citoyens du monde global, d'irremplaçables entrepreneurs et créateurs multinationaux, des héros de la modernité économique et sociale, un nouvel ordre ontologique mondial, démocratique et juste : celui du marché de la liberté, de la liberté de marché. Des héros du marché, des leaders, des gagnants, des battants, des challengers, des combattants, des skippers, des guerriers, des rugbymen du progrès tous azimuts des gens qui bougent, un monde qui bouge, en révolution permanente.



Il n'y a pas de « système » au sens du mot employé par les subversifs et contestataires, mais synergie spontanée, convergence heureuse des intérêts, heureuse et nécessaire rencontre des grands esprits, transcendance des fruits de leur génie, production culturelle d'un monde neuf, différent, libéré, supérieur, définitif, incomparable, pur, absolu, universel, sans barrière ni substance définie, plastique et total – pétrolier – hautement fidèle aux réalités, fragile comme une technologie de pointe, finement articulé, suprêmement architecturé, efficace, pointu, abouti, affiné, adapté, auto-engendré et infiniment reproductible et perfectible, incontestablement non-négociable et rationnellement moral,
mathématiquement social et économiquement profitable. Une économie-monde libre et naturelle, dynamique comme une place de marché le dimanche matin, bien nettoyée du don et du contre-don de l'humain primitif, de ses représentations et de ses systèmes archaïques rétrogrades et contre-productifs dans un monde en faillite.



Un système sans système, abstrait, irréel, insaisissable ascèse rusée de la puissance pure et simple, mais évidente en diable comme un dieu du stade. Que du moyennement bon et positif en catalogue, ce bon vieux remède contre la folie des révoltés contre la volonté et le bonheur des masses catégorielles. Ceux du moins pire des mondes possibles, scientifiquement organisé comme un sursis positif en camp, en parc, en attendant plus rien de mieux ou même historiquement de plus qu'un credo écran comparatif truqué dans le bon sens de son image instantanée, faute de temps et de distance. Faute de vérité.


samedi 29 novembre 2014

CHASSE AUX IDÉES VIRALES # 1 L'ODEUR DE GROUCHO



Avertissement : La chasse aux idées virales est une discipline de l'esprit, proche de l'humour zen, fondée dans les années 70 par l'humoriste motard Coluche, assassiné d'un coup de portière de camion.

Dialogue imaginaire sur le Titanic :


"Les pauvres sont des cons, responsables de leur malheur, pour ne pas travailler à acheter moins cher un monde en solde, ni à se vendre moins cher au premier marchand d'hommes venu. Leur responsabilité éthique protestante et économique libre dans leur propre malheur est patente et inacceptable pour une société de marché avancée."

Voilà une idée toxique qui circule beaucoup ces temps-ci dans la bouche des prétendues nouvelles élites gestionnaires du nouveau désordre mondial. Une idée qui rappelle au moins la cynique cruauté cinématographique d'un Groucho à son top.

   
Pour l'ironie du mot et d'un de ses sens non-encore neutralisé par le novlang transatlantique en vigueur, et donc toujours applicable en France au terme : « avancé », dans le domaine « temporel » du périssable, et contre le proverbe osé mais usé, prétendant que l'argent n'aurait pas d'odeur, nous dirons que cette avancée morale du temps marchand a toutes les caractéristiques idéologiquement malodorantes d'un Camembert "de luxe" obséquieusement servi grouillant d'asticots,  au Restaurant Social Libéral Potemkine, sensibles jusque dans l'escalier, monumental et tragique, à la poussette, cette odeur de sainteté économique conforme à la néo-nazification en cours des esprits.
 





vendredi 28 novembre 2014

MOHICANS D'EUROPE



Ne pas abandonner la culture de nos pères. La Culture-Mère. Même et surtout corrompue ou décadente. Les raisons de la corruption ont des raisons que la raison ignore, comme tout ce qui nous dépasse. Le désir juvénile de pureté, contrebalançant celui de délinquance, tout en le rejoignant, manipulé par de vieilles mains sales, confronté à une corruption virale devenue chronique, devient noyau dur d'un nihilisme mou prenant prétexte du cynisme moral des voyous du monde pour jeter le bébé avec l'eau souillée des ancêtres. Mollesse du rien, celle qui lâche et amène logiquement à nier les valeurs éternelles, à travers l'abandon, la non-assistance et la non-obligation.

Les derniers Mohicans d'Europe préféreront la misère, les camps, la torture ou la mort à la lâcheté sociale d'un système sans valeur ni sens. Une culture remplacée est un peuple mort. Mieux vaut le génocide réel que culturel. Raison pour laquelle on meurt, non pour les idées de la chanson de l'anarchiste, mais pour les vraies valeurs. Celles d'un Giono. Résistance non-violente à une dégradante collaboration, dignité d'une personne humaine préservée jusque dans, ou par la mort même. Aujourd'hui, d'ores et déjà, un bon jour pour mourir. Absence de peur de traverser le miroir des images chez ceux qui n'ont jamais imaginé cette peur-là. Aimer la vie au point de ne pas la trahir en cherchant indûment à la conserver. Monde animal non modifié, exemple de pure noblesse, valeur de nature cachée.

Ils vendront chèrement leur symbolique peau, leur esprit n'est pas à vendre. Grand Esprit gréco-celtique-chrétien d'Occident, Culture-Mère dont la lumière unique mesure l'humain jusque dans le plus qu'humain. Ils n'oublieront pas la culture de leurs pères dévorés pour et par le rêve doré du pays d'où l'on ne revient pas. Aube à la pâleur massive de mort vive. Le royaume souterrain de nos morts, lui, aura les couleurs perdues d'un monde rétabli dans sa mémoire immaculée, celle qu'on oublie pas : amnésie provisoire ouverte du secret des peuples les plus humbles, culture non écrite, toute Histoire vraie. Nos esprits parcourront labyrinthes, catacombes et ossuaires de la Grande Guerre contre la Parole le temps qu'il faudra aux langues pour refleurir des choses. La montagne des images n'empêchera pas le printemps des cycles de percer, comme l'eau des citernes, l'étanchéité du joint le plus serré.

Le temps est un espace fin dont les mailles ont des ficelles trop grosses pour la corde raide : le fil du rasoir est un chemin de cimes subtil menant aux saints héros anciens de l'ordinaire ultra sécularisé des temps futurs. Sur le chemin miné, ils avanceront, déterminés face aux machines, sans idées ni pensées, ni plus rien d'humain qui ne soit supérieur. Jeunesse libérée des bestialités intellectuelles comme de l'angélisme des religions d'extermination massive. Quand l'âme-mère des Anciens sort et s'élève d'un Temps soumis, au point où l'aube perce l'obscur réduit, pour l'ouvrir, par delà l'arène hurlante du temple sacrificiel, sur l'infini des mondes niés et reniés, celui des cultures -mères englouties, dont la béance de l'amour défie le néant des heures.







dimanche 23 novembre 2014

LA VÉRITÉ # 3 DE SOURCE






La vérité n'est pas le sommeil du « juste » dans ses certitudes conquises, encore moins le doute inquiet du relativisme triomphant. Le mensonge est toujours acquis, lui, quand il se leurre avec méthode. La vérité n'est ni confession catholique, ni strip-tease protestant, ni dépouille antique ni maquillage frais.

Elle est paix de l'âme au combat, ni juste milieu ni calculée, ni dionysiaque. Équilibre des contraires, sans choix, prise en compte sans compter, ni dialectique jésuitique. Ne fait pas la guerre ou la paix, elle part en paix à partir de la paix. Elle ne fait pas de comptes, elle les rend possibles ou impossibles.

La vérité permet d'aimer absolument, sans posséder ni déposséder, à chaque instant, par delà rationalisme et ultra-violence, sans les combattre, en les dépassant sans cesse, les rendant à leur mesure et démesure. Ni établie ni déstabilisée : elle se contente d'être dans l'espace-temps, sans lui appartenir ni le renier.

Elle est continuité dans la discontinuité des jours et des temps, reflet infini face aux questions et aux réponses, aux défis faits ou défaits dans son esprit, dans la vertigineuse négation et la lumineuse ouverture, croisées, métissées, tissées, de son éternité non contradictoirement unie et séparée.







mercredi 19 novembre 2014

VICHY REQUIEM




« Refuser le changement est une souffrance que nous nous imposons nous-mêmes » aboient les nouveaux chiens de garde de la modernité triomphante au troupeau en route vers l'abattoir encore lointain, dans ces wagons plombés du dernier train du soir crépusculaire, tombant de fatigue sous la haine froide des bouches nominalistes molles aux commandes médiatiques, sous une pluie battante d'insultes voilées et de mépris en dégradé tout autour. Vichy requiem.

Accepter le changement nous donne une opportunité de vie patriotique nouvelle où nous nous sentirons mieux dans notre peau et mieux compris. Acceptons la réalité d'un monde qui bouge et tout ira mieux, en attendant mieux. Il faut rejeter le passé, l'ignorer, le dévaloriser, le brader, le sacrifier joyeusement, l'oublier, le ridiculiser, le maudire, le diaboliser. Il faut tout changer en nous. Changer ou mourir de faim, à petit feu. Brûler ce que nous aimons, ou mourir. Qui veut mourir ? Les vocations se font rares en ces temps noirs. Acceptez tant qu'il est encore temps... Ne soyez pas candidats au suicide, ne soyez pas fanatiques ou extrémistes de vous-mêmes. Ne vous rendez-vous pas coupable d'être ce que vous êtes : changez d'attitude ! Changez de chemise ! Coopérez, concessionez ! Soyez réalistes ! Vendez tout ! Ne gardez rien ! Bradez-vous !

Nous sommes seuls responsables de nos propres difficultés, si nous ne suivons pas les changements dans lequel nous vivons aujourd'hui. Nous devons travailler sur nous-mêmes pour nous changer plutôt que de vouloir que le monde change et s'adapte à nous ; c'est à nous de nous adapter aux réalités nouvelles. Le monde n'est pas statique, mais en perpétuel devenir, l'équilibre est instable, rien n'est jamais acquis, nous devons nous remettre en question en permanence pour pouvoir suivre le cours des évènements mondiaux actuels. Tout est relatif, pas de certitude établie, il n'y a que des vérités dynamiques, en mouvement perpétuel, la vérité est mouvante. Nous devons accepter ce fait accompli de nos sociétés modernes, les avancées et les victoires du progrès, en travaillant à notre propre adaptation, à notre rééducation.

Vouloir changer le monde est prétexte à immobilisme, à conservatisme, à rigidité et à ne rien faire, à ne pas changer vous-mêmes. Une révolution nationale et internationale est en nous-mêmes, non à l'extérieur, qui lui, est révolutionnaire par définition, par équilibre instable, toujours à rétablir dans sa marche en avant perpétuelle.

Refuser le changement est une souffrance inutile que nous nous infligeons : toute résistance est inutile, rendez-vous à l'évidence d'un monde que personne ne maîtrise, mais qui a gagné et qui nous fait tous avancer. Accepter le changement c'est accepter de comprendre et d'être en phase avec un monde qui bouge. Il faut dénoncer le statique, l'immobilisme, l'équilibre, l'harmonie, la mesure, la règle, la tradition, le sens, la raison, les certitudes, la vérité, la clarté, la simplicité, l'homogénéité, la solidarité, le mensonge de ce qui est établi, stabilisé, dépassement du devenir et de l'incertain. Il faut casser la culture de l'être. Réveillez-vous ! Révoltez-vous ! Indignez-vous ! Changez-vous !

Il y a peu tous voulaient le changement. Mais il fallait laisser du temps au temps : le monde ne s'était pas fait en une journée, le Bon Dieu lui-même, pour sa création ... Et puis, on ne pouvait changer tout sans savoir quoi mettre à la place. Il n'était pas raisonnable de changer pour changer. Il fallait être réaliste, tenir compte des équilibres en place, de la stabilité du monde. Il ne fallait pas s'agiter, courir après des rêves, mais rester les pieds sur terre, réfléchir avant d'agir ou de changer quoi que ce soit. Ne pas se laisser déstabiliser par des idées venues d'ailleurs, toutes belles et nouvelles, mais dont on ne connaissait pas les risques, les dangers, les implications, les conséquences inévitables, la face cachée. On préférait tenir que courir : un bon « tiens » valait mieux que « tu l'auras ». On se méfait qu'on nous fasse pas prendre des vessies pour des lanternes, l'ombre pour la proie.

On préférait vieillir d'abord et voir après, en se fiant à l'expérience, à la maîtrise d'un long et patient apprentissage permettant de bien voir toutes les données des problèmes.
On s'en tenait au bon vieux bon sens du bon vieux temps pour maintenir un cap, et l'on n'acceptait de changement que dans la continuité. Mais Dieu est mort depuis longtemps, savez-vous. Maintenant il faut rajeunir d'abord pour un monde nouveau, « émergent ».

Quelques uns ont commencé à s'apercevoir que c'était plus pareil, que plus c'était pareil, plus ça changeait, pendant que d'autres constataient l'inverse. Changement et non-changement ont fini par revenir au même. Du « on ne change rien », on passait au « on change tout », et au « ça change tout le temps », avant de comprendre, enfin, que c'était nous-mêmes qui devions changer tout le temps, dans un monde où rien ne changeait, sous couvert de changer tout le temps, à force de changer, puisque les résultats de tout étaient invariablement les mêmes.

Du « on ne se change pas », on est passé au « on se change très bien tout ». D'avis, de travail, de valeurs, de façon de voir, de style, de tête, d'habitudes, d'idées, de coin, de références, de cadre, d'amis, de famille, de pays, de personnalité, d'orientations diverses, de centres d'intérêts, de culture, de religion, bref de tout. Du coup on ne fait plus rien que tout changer en permanence sans plus rien mettre dans ce tout, pas même soi-même : inutile, dangereux, trop cher, contre-productif, ringard !

Pour quelques uns encore, mais pour combien de temps, nul ne le sait, tous ces changements sont et ne sont qu'une souffrance immense, une sorte de trahison et d'absurdité, de déracinement, d'arrachement, de malheur, de perte de soi, d'une culture, d'un monde, de repères, de valeurs, d'équilibre, d'humanité, de vérité, de force, de confiance, d'amour, d'énergie, d'intelligence et de créativité.

C'est à ceux-là, nos frères, nos parents, que l'on intime l'impératif moral du changement. Cette humiliation suprême, c'est sur leurs épaules meurtries, brisées comme celles d'un Poilu de 14 en marche forcée, que l'on fait peser toute cette sale responsabilité morale nauséabonde, et toute cette pression égoïste-collective de survie aveugle pendant occupation, des retards, des échecs, des inerties, des résistances, des refus, des insoumissions, des incapacités et impuissances, des défaites et des trahisons. L'urgence de tout l'argent sale du monde les tuera sans que personne ne bouge justement, là, dans l'immobilisme moral le plus répugnant, celui de la peur et de la collaboration.

Ceux-là, que nous ne cesserons d'aimer, de respecter et de soutenir, d'honorer, il est de notre devoir de les accompagner jusqu'au bout de la nuit d'un siècle agenouillé dans la boue, sont les boucs-émissaires d'une chasse au sorcières nouvelle : les inadaptés du changement, facteurs désignés d'improductivité, de coût supplémentaire, d'assistanat inadmissible, d'avantages indus, de partages iniques et insupportables de charges, comme tous les inutiles de la terre, ces damnés qui plombent une société qui gagne la guerre des marchés, des points de croissance, qui se bat pour être devant, à la pointe du progrès et de l'innovation, ces magiciens imaginaires qui font vivre tout le monde avant d'enrichir justement ces humanistes libéraux qui nous dirigent heureusement vers leur monde meilleur.

Ces inadaptés tombent évidemment malades de leur propre incapacité chronique, naturellement liée à un refus inconscient, ou en toute conscience, à se vendre au marché militarisé du travail. La façon de leur faire comprendre l'impératif absolu non avoué : « marche ou crève », doit aujourd'hui se garder de tout autoritarisme, mais emporter leur conviction, leur intime conviction. 

Il faut les responsabiliser, les pousser au résultat sur eux-mêmes, les aider à marcher sur leur dignité périmée pour parvenir à avancer comme tout le monde, sans se poser de questions, sans réfléchir, sans tenir compte de ce qu'ils sont ou ont été, mais de ce qu'ils doivent devenir. Seul compte la projection effective de leurs objectifs de changement pour être acceptés dans le mouvement de troupes récupérables en marche vers l'avenir radieux d'un grand bonheur collectif sans nous ni personne

Un bonheur anonyme, instable, invisible et virtuel, au milieu du grand feu sacrificiel technicien de la Solution Finale, sans chant ni corbeau ni ami ni oreille.