vendredi 29 août 2014

LA MÉMOIRE DES MÉSANGES ET LE VIEIL ENTENDEMENT

Selon des scientifiques bien informés, les mésanges auraient une mémoire d'espèce capable de sauter 4 ou 5 générations d'oubli, ou d'oblitération, pour se retrouver intacte et opérante. "On" imaginait qu'après un conditionnement entièrement domestique elles ne sauraient plus tisser finement leur nid, mais la nature et sa mémoire ont bluffé ces docteurs.

Il y eut un temps, pas si lointain, où l'on osait encore parler d'instinct mais la religion établie dans les sciences semble avoir changé. Sa puissance avait force de loi et de limite; mais il n'y a plus de lois, il n'y a plus que des résultats et plus de limites du tout. Tout est devenu possible : on devrait pouvoir effacer le monde pour tout refaire à notre idée, comme chez un personnage d'une nouvelle de P.K. Dick qui supprimait de la réalité ce qui le gênait pour laisser subsister un univers bizarre, avec des trous.

En attendant d'en arriver là, à un monde avec des trous de mémoire au sens propre, nous nous réjouissons de la nouvelle de l'irréductibilité prouvée de celle des mésanges : quelle leçon d'espoir, quelle pacifique et têtue négation du négationnisme  barbare de nos modernes apprentis sorciers. Nous nous prenons à rêver d'une vertu naturelle semblable chez nos semblables.

« Semblable » : ce mot miroir en trompe-l'œil dès qu'un instinct est attaqué par des prédateurs-sociologues. La mémoire serait-elle, très paradoxalement, le futur de ce qui est de toute éternité ? Et le "semblable" une ligne, une lignée d'unité supérieure traversant toutes les différences, très loin du "même" quantitatif ? 


Semblable. Ce vieux mot est magnifique de force et de justesse, avec en plus une espèce de possibilité sonore ouverte qui, dans l'acception positive du mot – curieusement la plus rare –  libère du sommeil une partie du vieil entendement oublié. 

« Mésange », ce mot aussi sonne étrangement dans nos têtes farcies de chiffres romains. Tant de mémoire inouïe de l'espèce  dans la musique d'un mot ! Il faudrait qu'elles sachent parler, les mésanges – comme certaines femmes, peut-être.




jeudi 28 août 2014

LES PARQUES, LE PARC ET LE TISSERAND

Nous allons tous mourir, non d'être mortels, mais de honte. D'être, une fois de plus, redevenus la honte de nous-mêmes, comme aux époques de nos pires capitulations, et cette honte nous tuera plus sûrement qu'un virus. D'ailleurs cette honte nous vient de nos fièvres, ces démones aux bannières noires et or. Cette honte imbuvable qui n'est jamais la mer à boire, mais qui fait toujours déborder le vase de la vie, de la vraie vie. Chose qui nous empêche petit à petit de bouger, comme le gars qu'on « en-cimente » avant le grand plongeon dans les eaux opaques du port de l'angoisse. Cette Chose qu'est aussi et encore, et toujours, la honte de la honte, si bien dissimulée, mais qui immobilise aussi sûrement qu'une camisole de force. Et cette camisole, chimique du cerveau, pour la majorité robotisée d'entre nous, est tissée de toutes nos lâchetés, si bien épinglées au vol par un Céline en son temps, nos trahisons, bassesses et mensonges organisés en système autonome de survie pratique. Mais qui est le  Grand Tisse-Rang depuis que les Parques sont mortes ? Qui gère le « parc humain »  sur ses écrans panoramiques, La-Haut, dans sa Tour de Contrôle ?




mercredi 27 août 2014

LE DROIT JOUISSIF DE SALIR

A la radio, sur France Culture : un jeune dandy musicien de rock français heureux d'avoir, « avant un américain ,  « corrompu » un morceau de folk américain traditionnel (du Cajun), par l'ajout de sonorité « sales » au niveau des guitares ». Tout est dit. Le résultat est intéressant mais l'esprit est pourri : c'est le cas de le dire. 

Il y a trop longtemps que la corruption est à la mode : salir est devenu un jeu malsain, aussi malsain que s'amuser à corrompre jouissivement ce qui est jeune, sain, préservé ou innocent. C'est sans doute un haut fait de libération culturelle, encouragé en tant que tel comme contre-culture. La misère et ses traditions, donc sa noblesse humaine profonde et « étrange »,  devient un spectacle jouissif dont on essaie de parodier les formes en les dénaturant avec un cynisme qui lui est étranger, tout en s'appropriant leur force et leur beauté sauvage ou marginale.

A ce train-là, on va finir par comprendre la haine du noir pour le « sale » pillard blanc, pour qui tout est bon pour faire de l'argent, le vol comme le viol. On pense tout de suite à ces blancs grimés et noircis, singeant les premiers orchestres de rue nègres, dont le simulacre ferait plutôt vomir que rire, quand on y repense : quelle bassesse artistique !

Autant on peut admettre, au niveau culturel primaire, sous certaines réserves, la saleté urbaine comme un bain dont certains sont les heureux  bébés d'être les bassement révoltés d'un prétendu « droit », pour être « salement » malheureux, par une sorte de snobisme commercial final, puisque cela correspond à une logique du ghetto liée à son enfermement de principe, retourné contre ceux qui en sont responsables, et que cette logique, comme toutes les autres, est à vendre ; autant il semble ignoble que certains petits bourgeois culturel (bobos de la « révolte artiste) prennent du plaisir à salir ce qui est resté propre – justement –  en contraste avec l'urbanité d'en bas, même si souvent elle n'est pas pire que celle d'en haut... (on leur accorde).

Non seulement on pille des traditions qui doivent rester mais on les dénature un peu comme on fait au zoo, ce que releva il y a longtemps déjà le bluesman Jimmy Dawkins, refusant d'être le nègre de service pour l'amateur petit blanc qui rappelle étrangement le maître de plantation autorisant le nègre enjoué à le divertir. L'état d'esprit est le même dans sa « génialité » et sa « générosité » négrière. Un ghetto sans dignité n'est plus un ghetto, c'est un bordel à ciel ouvert où personne n'a plus à se plaindre de se faire avoir.
C'est juste une « sale » copie du système – qui ne le sait que trop bien – à moins que ce soit l'inverse.

Une certaine culture officielle, au sens d'au pouvoir, en fera toujours son fond de commerce : sa prétendue culture est d'abord un bordel « génial » définissant une modernité « qui ose tout », tout en s'outrageant en même temps politiquement des colères déclenchées par des excès parfois assez ignobles. L'artiste moderne est protégé : sa « provoc » utile, sous couvert de révolte conforme, n'a pas de limites puisqu'elle permet objectivement de détruire gratuitement ce qui est resté vrai ou préservé de la corruption généralisée.




dimanche 24 août 2014

L'EFFORT ET LE FOUET

On entend beaucoup parler de « goût de l'effort » et de « valeur travail » qui se perdent ou qui doivent être retrouvés.

Quand on approfondit ces affirmations, on a  l'impression bizarre que ce constat trop simple cache quelque chose, sans qu'on puisse mettre la main dessus. A croire que personne n'ait jamais aimé travailler – ce qui ne  se réduirait apparemment plus qu'à « faire des efforts », à une sorte de lutte contre un sommeil insidieux – celui que procure l'argent ?

Forcer, se battre... Mais forcer quoi et contre qui ? Quelle est cette violence qu'il faudrait se faire, cette pression psychologique contre l'aisance et la simplicité pour qu'ils ne soient pas simplement assimilés aux « honteux » relâchement et paresse ? Comme si la maîtrise, dans sa force tranquille, n'était plus tolérée, non plus, que dans le tourment et la culpabilité générale générée par une sorte de nouveau patriotisme économique.

Climat de tension par  lequel les esprits semblent se militariser vers le bas, avec son conformisme fainéant et peureux, ses trahisons, ses petits crimes ordinaires et sa haine réchauffée : ça sent la guerre tiède psychologique, la crise et les coups tordus avant la tuerie, dont l'odeur fétide s'insinue déjà dans les idées de gens exaspérés exprès. Combien de temps pour cuire la grenouille, messieurs les Pathologistes Sociaux ?

Comment se fait-il qu'il nous faille lutter toujours et éternellement contre le sommeil, la fatigue, le découragement, qu'on nous fait si subtilement confondre avec l'envie de ne rien faire, comme si cette non-envie bizarre n'était que pure paresse naturelle ? Comme si tout était encore possible, malgré tout, là où nous avons fini par en arriver, à force de forcer et de se forcer ?

Quelle est cette démotivation, cette démoralisation contre laquelle il nous faut réagir, quand les médias nous traitent quotidiennement de champions du pessimisme et presque de saboteurs, nous les Français, comme si tout le monde avait oublié les deux dernières guerres, leur traumatisme de masse et la destruction de notre culture ? Quel est ce poids sur nous contre lequel il nous faut résister, celui de la Vérité ?

Ne serait-ce pas celui du sentiment de  l'Absurde et de l'Inutile pour ne pas dire de la Nullité, du Néant, non comme une fatalité, ce qui serait trop simple, mais comme de quelque chose au dessus de nos forces, justement, ou d'au-dessous des valeurs qui nous restent. Il y a des vérités qu'il faut taire sous peine d'être traité de collabo démoralisateur ou de déserteur, n'est-ce pas ?

Quel est cette moraline active insidieusement injectée, cette morale de l'effort qu'il nous faut respecter et surtout pratiquer dans le désert des journées standards pour lutter contre ce qui, désespérément, est ; contre la trahison de ceux qui prétendent diriger le monde, quand tous savent, et beaucoup en se réjouissant, que ce n'est plus que l'argent qui fait tourner le système, l'argent sale ou  l'argent soit-disant responsable (blanchi) ?

Nous n'y croyons plus : et pour cause ! Tant de mensonges, d'humiliation, de mépris ou de haine, de cynisme et de cruauté... Mais il faut remonter à la racine, la vraie, pas à cette prétendue et supposée nature humaine minable, grossière, grotesque, molle, avilie, avachie, vautrée, assistée, abêtie, dégénérée comme il y aurait des races ou des cultures dégénérées de naissance. Cette sale nature humaine qu'il faut briser, décérébrer, anéantir, déraciner, comme la forêt d'Amazonie. La tuerie qui vient nous réconciliera avec l'existentialisme primaire post-traumatique d'une nouvelle culture, celle de la servitude enfin volontaire, enfin intégrée.

Mais il ne faudrait pas trop oublier que ces tares – malheureusement si réelles parfois – ne sont pas vraies. Sinon il n'y aura pas de retour possible, ni de paix pour personne d'ailleurs – sans doute l'objectif visé : contraindre psychologiquement à l'effort d'une guerre permanente sous couvert de révolution industrielle, ladite 3ème.

Regardons à quoi notre belle civilisation industrielle a réduit ceux qui « restent » des peuples premiers, partout dans le monde. Dans leurs ghettos, favelas, bas-quartiers, banlieues, réserves, camps et autres « zones ». Plus tangibles encore ces réfugiés que la faim, et toutes les misères du monde, amènent au stade d'une sous-humanité effrayante, rappelant les camps SS, et qu'il est si facile de rendre responsables de leur état, de leur dégradation, de leur désespoir, pour justifier ensuite toutes les expérimentations.

Il faudrait faire l'effort et le travail de les comprendre, ce qui est au dessus de nos forces : nous en avons juste assez pour nous-mêmes, paraît-il. Mais nous ne comprenons pas bien que ceux-là en aient moins que nous et demandent plus pour être sauvés ! Ce salut plus ignoble encore que ne le fut jamais parfois celui d'une certaine religion romaine. Nous avons tout perdu au change, même ce que nous n'avions pas : cette rédemption, précisément.

Ces peuples autrefois si fiers, si fougueux, si naturellement dynamiques, dotés d'un incompréhensible amour du travail, de son risque, et des principes naturels de la vie, qu'ils en chantaient toute la sainte journée, pour certains, sans pour autant vivre dans une vision naïve des choses, mais dans leur vraie vie à eux, brutale et tendre, autant que la nôtre, tiède et molle, abrutie de travaux forcés, comme on disait autrefois naïvement.

Ici, en France, les anciens survivants ont connu il n'y a pas si longtemps des jours de joies populaires et laborieuses que n'effrayait pas plus le plus doux repos que le plus rude travail.  Mais il faut oublier notre histoire  archaïque et regarder l'utopie qui vient avec ses nouveaux mensonges convergents, concertés.

Quant à ceux qui vivaient sans beaucoup travailler, nul ne croira jamais qu'ils ne faisaient – comme ceux d'entre nous qui tournent désormais en rond – rien de leur journée. A ne plus savoir que faire, à plus être ni vrais ni libres. Ce Rien est le grand objectif visé à long terme pour tout refaire.

Il faut dire que les pionniers de la vraie vie ont des satisfactions et des bonheurs que les esclaves qui suivent, dans la progression à marche forcée plus que dans le progrès, ne connaissent pas, et que ces esclaves conscients – on ne met pas une conscience en esclavage si facilement – ne parviennent pas à remplacer par de la... consommation. Au niveau utilitariste, il y faudra donc quelque traitement de choc pour aider la Raison dans l'Histoire à nous retrouver encore et enfin soumis à ses crimes comme à des vertus.

Le travail sans dignité, effort pour l'effort, argent pour l'argent n'est plus ce principe sacré – autant que celui de la liberté – pour l'amour duquel il n'est pas nécessaire de se motiver pour y croire ou faire semblant, et qui, s'il gagne en valeur marchande, n'a plus de valeur humaine ni vraie pour personne. Il a été soigneusement vidé de sa métaphysique, et rempli de socio-économie à la sauce piquante de la concurrence pour la survie. Parler de valeur... quand tout vaut tout... reste très surévalué qualitativement.

Qui parle encore de donner, de contre-donner ou de se donner ? Le moins naturel n'est-il  pas de vendre, de se vendre, de trafiquer et de se trafiquer, cet effort inhumain et contre nature ? Le moins naturel n'est-il pas l'égoïsme ou pire : l'altruisme intéressé ? L'argent pour l'argent, caché derrière les mots d'ordre répétés sans fin d'effort et de valeur travail pour masquer le « toujours plus toujours plus vite » de la quantification du monde ?

Si le travail n'avait jamais été qu'une valeur marchande ou l'effort un simple goût, on peut douter beaucoup que rien jamais n'ait été fait de grand dans ce monde, hors esclavage. Il faut demander un peu de pudeur à ceux qui entonnent certains slogans bien dans l'air du temps : la  religion péripatéticienne, dans son grand libéralisme, a des limites que le cœur n'a jamais ignoré. Mais nous parlons esclavage, pas de cœur à l'ouvrage.

Quant au vrai Travail, celui « qui rend libre », comme écrivaient atrocement les SS pour mieux l'écraser sous leur rationalisation bottée, lui, il est aussi sûrement condamné par ceux qui prétendent, des deux côtés du manche, le défendre ; aussi condamné, sans effort aucun contre le mal, que le christianisme social du Moyen-Âge le fut. 
Il n'y a plus d'avenir du travail que dans le privilège de l'esclavage volontaire ou dans le combat spirituel, auprès duquel le goût de l'effort n'est que celui du mal qu'on nous enseigne et auquel on nous contraint par la pire des terreurs : la psychologique pure. Celle de l'effort et du fouet.




vendredi 22 août 2014

NEW-YORK NEW-YORK # 2

La statufication de la liberté matérielle comme illumination du Nouveau-Monde a sacré l'argent empereur des nations et des familles. Abattant les vieux chênes sacrés des invariants culturels pour y planter le verger industriel du Diable, avec sa Grosse Pomme génétiquement modifiée. Verger d'illusions hybridées et débridées, avec son palais des plaisirs célestes pétillants, accroupi sur le Port de l'Angoisse, d'où les sirènes rauques de cargos tragiques montent dans les nuits et les brouillards masquant l'aube levante.

Il était une fois en Amérique : salut à toi Sergio, à ta petite musique européenne entêtée, et à toi Grand Walt, parcourant de bon matin l'île enchantée achetée aux Indiens, avec la joie et la barbe démocrates d'une naïveté de russe orthodoxe refaisant le monde devant la vision énergétique de son grouillement animal laborieux, primaire et pur, le tout mis en musique par la 9ème de Dvorak.

Mais ici les anges tchèques tombent épuisés de nostalgie et de souffrances indiennes, ici les anges sont humains jusqu'au cœur de la mort, jusqu'au bout de la nuit des doigts – le peuple de Whitman meurt d'amour fou, d'amour opiomane, projeté sur l'écran de citadelles perdues, comme un Spiderman chutant vertigineusement, sans fin, vers l'abîme d'en-bas, celui du peuple de London. Basse-ville grouillante de ses bataillons de fourmis mécaniques creusant leur profitable sillon, tandis qu'au dernier étage de l'Etat de l'Empire, là où les hélicos sont ciblés, le nerf de la guerre détend son ressort à double tranchant au whisky-cocaïne.

Rue du Mur,  d'étranges muezzins mathématiciens, Mosquée du Papier Vert, lancent leurs appels d'offre au milieu d'écrans matrixiens, panoramiques comme la roue spatiale du destin, déclenchant leur effet papillon aux ailes brûlées, souterrainement relayé dans le verre d'eau à moitié vide du logiciel de simulation des mondes comme ils vont.



lundi 18 août 2014

RÉALITÉ SOCIALE, VÉRITÉ HUMAINE

Il y a des gens pour croire à la mort comme fin de tout pour eux en soi : une sorte de fin du monde personnelle, comme s'ils ne s'étaient jamais rendus compte qu'ils vivent leur vie avec quelque chose qui vient d'avant, qui sera là après, – et qui n'est pas eux-mêmes comme ego, ni eux-mêmes en tant que tel, mais infiniment plus. Il ne s'agit aucunement de réincarnation, qui, finalement, n'est qu'une théorie "scientifique" de plus, mais de continuité d'être, qui n'est pas non plus une forme d'immortalité de l'âme venant du côté d'une croyance religieuse. 

Il y a comme un problème de continuité dans notre raison commune, ou plus exactement un problème de continuité d'esprit, puisque rien ne s'arrête vraiment nulle part sauf la confiance, que l'on nous contraint à confondre avec la science, alors qu'elle ne peut être qu'une forme supérieure de conscience, par delà toute discontinuité réelle.

Nous redoutons  l'effacement complet, l'extinction absolue de ce que nous sommes à l'intérieur, comme une sorte de punition après la vie. Cette superstition angoissée est si répandue qu'elle passe pour du bon sens alors qu'elle est tout simplement incompréhensible pour le vrai sens commun : tout dans la nature et la "surnature" des univers se transpose et se correspond mystérieusement depuis toujours.

La vérité masquée est qu'on nous fait préférer le grand sommeil social d'une vie objectivement sécurisée à un éveil par delà la vie et la mort, par l'imposition terroriste d'une religion sociale-rationaliste. Ce déracinement spirituel de masse nous contraint à vivre morts plutôt qu'à mourir vivants, comme c'est pourtant le premier devoir naturel, objectif au sens du sens, de chaque être vivant. Le "bon vivant" ne pleure pas de la mort. De là pousse toute racine de vérité, humaine ou pas, contre la réalité trop humaine qui nous est subtilement greffée.


dimanche 17 août 2014

CHANGER LE MONDE # 2

Non, on ne va pas refaire le monde. Mais, alors, dites-le bien aux révolutionnaires industriels qui, pour faire toujours plus d'argent, cherchent, par les moyens les plus sales, à éradiquer nos traditions dans ce qu'elles ont de meilleur. Non, on ne va pas changer ce qui reste d'esprit de vérité et de justice au profit d'un utilitarisme prédateur. Oui, il faut lui retourner ses slogans de conservation pour tout ce qui concerne le meilleur de l'homme, et mettre  ses slogans de révolution philanthropique, ses leçons d'humanisme commercial face aux mensonges et aux crimes renouvelés qu'ils engendrent au nom d'un faux progrès et d'une illusion de liberté.

Si on ne peut pas changer le monde, on doit d'autant mieux refuser de changer ce qu'il a de meilleur, pour conserver un équilibre face à un terrorisme économique masqué assis dans le sens du quotidien contre la véritable histoire humaine de ce monde. Nous sommes d'accord : on ne va pas changer le monde, il faut le remettre sur son axe, s'il en a encore un, puisque le jeu consiste, depuis 1914, à nous faire méthodiquement douter qu'il en ait jamais eu un.



 

NEW YORK NEW YORK # 1

Que de films, que de cinéma sur cette cité de Dieu du monde protestant, symbole de liberté sans limite, défi au ciel, où le vertige financier et commercial trône en dieu de béton, de verre et d'acier, la statue de la déesse-mère à ses côtés, avec sa torche illuminatiste – accueillant familles de pélerins et d'exilés naviguant vers une consolation palpable de sueur et de rage de vivre – edloradistes fous de désir de puissance à presque lui passer entre les jambes comme sous le colossal dieu Hélios à la torche de Rhodes en 292 av J.C., qui s'écroula en 226 lors d'un tremblement de terre, et dont l'écartement des jambes, selon certaines mauvaises langues, n'aurait pas été compatible avec la posture. Ce qui explique peut-être la modeste et sans doute superstitieuse pudeur de l'ambition statuficatrice de Bartholdi.




samedi 16 août 2014

LA VÉRITÉ # 1

Celui qui ne croit pas à la vérité comme principe supérieur ne croit en rien, ni en lui-même ni en personne, ni à l'humain ni au plus qu'humain. Il n'est plus qu'existence industrielle ballottée d'une opinion à une autre, d'une vague à l'autre, d'une manipulation  l'autre. Un illuminé du néant et de la négation, au bord de la crise de folie et de fanatisme exterminateur – dès qu'il rencontre quelque chose de vrai et qui résiste comme tel à son nihilisme civilisé –  le vrai, véritable miracle marchant littéralement sur les eaux gluantes des marée noires du relatif qui souille les cœurs.




MORTS POUR TOUJOURS


 « Quand on est mort c'est pour toujours ! » On croirait entendre des enfants tellement c'est naïf. Quel apôtre de la finitude et du néant nous a mis cette idée fixe en tête ? Comment briser le carcan spirituel de cette moderne superstition ? Tout ce que nous savons c'est que, non contents de n'être rien, nous ne savons rien. Alors pourquoi ce couperet d'angoisse sur la tête de chacun ? Pour l'obliger à tout donner sans (se) rien demander en retour ? Ce qui est certain c'est que nous payons si cher ce genre de génocide métaphysique qu'il nous pousse au désespoir civilisationnel le plus bas, le plus barbare. Et si la mort cul-de-sac était la plus grande illusion de la vie, après celle de la vie, l'envers trop logique du miroir ? L'ultime et radical déracinement ?




dimanche 10 août 2014

HAUTES BOURGEOISIES




Rendre ridicule ou coupable une fraction de haute bourgeoisie plutôt qu'une autre, c'est croire naïvement que cette autre-là pourrait être meilleure, au lieu de s'en tenir à ce qu'elle est par nature : la plupart du temps une imposture aussi nuisible qu'une autre sans Christ ni Socrate.

MORALE ET NATURE

Donner une signification morale à des actes naturels est contre-nature : si l'on veut que la Nature se soumette librement à ce qui lui est supérieur, il faut la laisser trouver ses propres équilibres et lui donner envie de trouver et de demeurer dans un ordre qui la dépasse et la transcende pour son plus grand épanouissement, un ordre qui permette les formes les plus belles de perfection relative, reconnues et assumées jusqu'au bout de cette relativité même.