mardi 30 septembre 2014

LA MYSTIQUE DES ROBOTS








Dans une méditation globale sur la Technique, nous pouvons partir de vérités personnelles qui nous contredisent, autant que du système face auquel elles survivent désespérément. Il n'est pas de mystiques qu'irrationnelles.


La vérité inavouable est que nous « fonctionnons » tous dans, et selon des mystiques sécularisées bien délimitées, bien contrôlées par un système prétendument auto-régulé, alors qu'il ne régule qu'une concurrence illimitée de tous contre tous, dans son désordre pur d'accroissement propre, en dehors de toute humanité et de toute valeur autre que l'intérêt exclusif de son fonctionnement, devenu évidemment incontrôlable; un peu comme le système d'argent qui lui est subtilement associé.



Ce désordre durera tant que l'humain, non pas en tant qu'élément agrégé, mais comme valeur essentielle, à laquelle le système moderne doit se remettre, dans un accord pacifique et authentique, n'aura pas repris la place qu'il n'aurait jamais dû perdre. 

Il ne s'agit pas d'agiter un slogan publicitaire ou politique : c'est une nécessité interne absolue rejetée il y a trop longtemps dans les ténèbres extérieures du monde et de nous-mêmes.


Mystiques d'appellation contrôlées, absolument fragmentées et individualisées : Arts, Sciences, Technologies, Modes, Religions, Familles, Politiques, Économies, Sports, Sexualités, Aventures, Bricolages, Luxe, Social (…) 

Toutes les spéculations sont ouvertes et permises, sauf les vraies, celles liées à la vérité inavouable de notre moderne condition, celle qui fait de nous des producteurs-consommateurs privilégiés, au sens d'obligatoire, de la vie et du monde, au lieu d'en être partie intégrante et essentielle; partie qui partage.



Vérité inavouable, aussi et surtout, que celle où plus personne, dans ces mystiques en concurrence, n'accède à, ni même ne cherche plus aucune unité du tout : la fragmentation définitive est présentée comme un avantage à la carte : chacun fait ce qu'il veut dans les limites autorisées de la science et du marché associés.


Nul ne peut plus remettre en cause ni l'un ni l'autre sans se remettre lui-même en question -- merveilleuse intégration -- ou même simplement les questionner, dans un certain sens, perpétuellement périmé par le progrès même de nos avancées

Nous sommes devenus des mystiques sans mystère. Comme l'a dit Ellul, la seule unité qui nous est laissée, contre nature, est celle du système scientifique-technique moderne, dans lequel nous sommes désormais immergés pour très longtemps.


Comme tout et tous se tiennent, rien ni nul ne peut plus sortir de ce cercle vicieux présenté comme vertueux. Toute cette vertu de système associé, en réseau, mutualisé, partagé, intégré, mondialisé, standardisé jusque dans ses moindres recoins et besoins, comme réponse à ces besoins, et création de besoins nouveaux liés à la rationalisation et à l'adaptation de cette réponse, font que tout est dans tout, et que tous sont dans tous, pour la survie de tous, et pour le profit de quelques pilotes; mais tout ça pour rien : tout devient gratuit, facile, mécanique, intégré-étranger, artificiel et inhumain, humainement et inversement inutile.


Tout devient prédictible ou disparaît de fait, par manque de demande. Le sens du monde est devenu son seul fonctionnement, sa tautologie, son auto-création. Le sens de cette mystique générale cachée, derrière la négation de tout ce qui n'est pas elle, est uniquement donné par un système qui ne fait que répondre au mieux à chaque mystique autorisée, qui, par sa légitime demande le fonde rationnellement et démocratiquement en soi.


Plus le progrès est grand plus nous dormons, plus nous ronronnons comme le moteur d'une machine allemande ou américaine de luxe. Notre science-système-fiction est inconsciente, au sens de sans conscience d'abord.

Pour elle, la conscience serait un résultat final, comme une sorte de preuve a posteriori, qu'il faut d'abord commencer par croire, plus aveuglément qu'aucune religion ne nous y obligea jamais, puisqu'il n'est plus aucun domaine de notre vie qui ne lui soit livré d'abord, avant toute croyance; sans plus aucun accord. Le système est d'abord de conditionnement, comme le remarqua Krishnamurti.


Système de masse dans lequel chacun exerce, pratique ou survit. Auquel chacun contribue mécaniquement et psychologiquement, par, et dans un credo autonome intéressé, dans une sorte d'union d'assemblage uniformisant et diversifiant, en série, les satisfactions. Mais hors toute unité de sens. 

Système passionnant, passionnel, de souffrance et de plaisirs sans limites, mais régulés dans le sens des moteurs du progrès, c'est à dire d'une croissance rationnelle indéfinie de désirs de plus en plus techniques, vides et absurdes, sans le sens procuré par un système technico-mystique : celui d'un bonheur et d'un progrès automatiques intégrés, supposé les produire dans une sorte de compensation perpétuelle de la perte du sens naturel des choses, par des surenchères et des ivresses toujours plus délirantes et abstraites du vrai monde. Ce que Stirner nommait des hochets.


La souffrance sert de monnaie d'échange : son universalisation ascétique nous procurant, au prix fort, la belle illusion existentielle et sensationnelle, spectaculaire, d'une protestation normalisée de nos « droits » contre tout devoir humain universel, contre toute intelligence, contre toute beauté, contre toute culture, contre toute nature et contre toute vérité.


Celles-ci sont devenues des objets de luxe hors de prix, que le mensonge seul de quelques profiteurs abêtis, prétend, pour quelque temps encore, pouvoir tutoyer, et donc nous faire croire qu'elles existent toujours, c'est à dire qu'une autre vie est encore possible que celle d'un système robotisé des esprits, à l'intérieur du même système de robotisation du monde.

Automatisation qui nous engloutit depuis son encyclopédisation soit-disant éclairée, en sortie d'un Moyen-Âge pré-individualiste, non fragmenté, mais dont il est de bon ton depuis, de scientifiquement ricaner.

Édition originale de l'article : Darkhaiker / Pearltrees / Collection "Le technique et l'humain" http://www.pearltrees.com/darkhaiker/le-technique et-l-humain/id12678026


mardi 23 septembre 2014

DE QUEL DROIT LA CHIMIE


DAMAS LA GHOUTA. « Un massacre de grande ampleur au gaz toxique (…) perpétré en Syrie (…) Le nombre de victimes (…) s'élèverait à 1300 morts. Les images de dizaines de vidéos montrent des cadavres alignés, des enfants qui agonisent (...) »



Peu importe, dans un sens actuel, nous suggère le système, le nombre ou même les gaz, au stade où nous en sommes arrivés systématiquement : la guerre c'est la guerre, et la loi d'efficacité qui domine le monde s'y applique peut-être encore plus qu'ailleurs, dans une horreur toute moderne. Les façons « propres » de tuer sont périmées, depuis longtemps, par le rendement terroriste psy pur. Tout est total, froidement, scientifiquement. Froid comme de docteur Josef Mengele au milieu d'une récolte de cadavres.

De toute façon, la propreté de tuer sans barbarie, avec un minimum de souffrance, n'est absolument pas la direction prise par les professionnels de la guerre, sous la coupe réglée technique des industriels de l'armement : à ceux-ci revient la responsabilité des conséquences de leurs « production de richesses » depuis 14, d'autant plus scandaleusement qu'ils s'en enrichissent (vrai sens du slogan) abjectement.



Cette image à la Une du journal le Monde n'est pas sans rappeler celles qui furent affichées lors des « évènements » des vrais-faux charniers de Timisoara. La vérité historique n'est jamais simple.

Des enfants, sous une sorte de suaire qui les « borde », dorment yeux et bouche ouverts. Ils ont chacun, non pas le rimbaldien « trou rouge au côté droit », mais une étiquette de n° d'ordre collée sur le front et sont encastrés les uns dans les autres, têtes entre deux pieds.



La violence de l'image, qui naît de l'imagination réaliste de ce qui les a « endormis », monte en nous – d'autant plus que l'article précise : « (…) des enfants qui agonisent, des hommes terrassés, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, les bras et les jambes agités de convulsion. » Nul ne peut avoir de doute sur la « non-sérénité » de l'agonie de tous ces gens, d'abord civils, ensuite enfants.



Comment nommer les salauds qui arment de telles armes « létales », ou de destruction massive, ces criminels de masse qui gouvernent certaines parties du monde ? Sans exclure du cercle de ces criminels ceux qui décident d'Hiroshima, dans le prétendu "camp de la liberté", en théorie et en pratique.
 – Qui, au nom des industries et des pouvoirs, justifient des décisions, toujours présentées comme préservatrices de vies ?



Assassiner froidement, mais aussi salement femmes, enfants, vieillards... Quand avions-nous déjà vécu ces programmes ? Lors de quelles conquêtes, de quelles guerres civiles, de quelles croisades, de quels génocides, de quelles exterminations, dans quels buts très légitimes ? Perpétrés sur quelles population ? Contre quelles cultures, quelles résistances au progrès ou à quelles affaires ?



Des gaz, on remonte de 14 aux camps de la mort : 110 000 tonnes de gaz de combat dispersés sur les « théâtres d'opérations », provoquant plus de 90 000 morts lors de la Grande Guerre, puis la fourniture du Zyklon B aux camps d'extermination nazis par la « chimie » (...) 


Qui demanda jamais de comptes à cette « branche » industrielle essentielle, « la chimie », qui lui en demande, aujourd'hui pour ces enfants de Damas-Ghouta ? 

Qui en demande au nom de l'humanité incorruptible, non pas celle des théories juridiques, philosophiques ou humanitaires, mais de celle qui, partant de notre plus mystérieuse conscience humaine, nous dit de parler haut et fort, de ne pas oublier la sale envie de vomir qui nous vient de cette abjection naturalisée.



Que vaut cette image ? Rien, si elle ne nous donne qu'une envie de guerre, une envie de "gazer" de plus. Si elle ne vaut pas mieux que celle de Timosoara, si celle-ci fut manipulation des sensibilités . Et il est malheureusement fort à craindre que là soit son objectif latent à long terme, future justification pour "venger et sauver des vies", directement ou indirectement, y compris par les moyens les plus efficaces.  
Nous donner l'envie violente d'en finir avec la barbarie, par une barbarie toujours plus haute ou radicale. Peut-être. Il y a pas beaucoup de doute.



Mais, par delà l'instrumentalisation sytémique obligée, restent ces enfants, tous les enfants du monde, non dans leur "socialité" nationale, raciale ou idéologique mais dans leur vérité humaine, dont les traditions les plus authentiques persistent seules à maintenir l'absolue et imprescriptible exigence de respect

La modernité ne produisant que des émotions à consommer dans sa fanatique autant qu'illusoire fonction de remplacement. Voyons en face les résultats objectifs du 11 Septembre...


De quel droit la chimie ? Quiconque ne se pose pas cette question ne mérite ni de penser ni d'avoir des enfants.



lundi 22 septembre 2014

L'ISOLATION ET LE FEED BACK







Bienveillance contre bien-pensance. Non-puissance, non-contrôle. Respecter, veiller à la bonne destination, hors système, des choses, des êtres donnés, dans une pensée, un regard ni calculé, ni calculateur, sauf la connivence, la complicité pure, isolée, instinctive.

Absolu et détaché, impossible en acte et en secret, au cœur du système, sans lui, sans logique conforme, dans la cohérence héroïque d'une liberté animale consciente

Veiller bien. Sourire intérieur neutre, redresseur comme un ancien feed-back invisible, imprévu.

jeudi 18 septembre 2014

L'ARBRE ET LA TEMPÊTE






L'arriviste absolu Voltaire, technicien progressiste d'une tolérance radicale, moquait les superstitieux « criminels » de la Colère de Dieu.

A quand un Génie Sécuritaire absolu qui nous ordonnera de supprimer les arbres pour éviter les tempêtes ?



C'était un ancien – mais très jésuitique, avec de rares essences américaines – Jardin du Bon Dieu. Transformé en parc par une "sénioriale" cité résidentielle. Un matin, une grosse branche de pin parasol tombe devant les fenêtres. Le lendemain, un bel arbre, dans la force de l'âge, tombe, sur la pelouse de derrière, sous les dents d'acier d'une tronçonneuse.


Comment a t-il été reconnu que cet arbre était dangereusement creux ?



Arbre magnifique, à terre, débité en tronçons pour une hache de vengeance, dans l'éclatante couleur d'une santé parfaite, comme ce jeune "nègre" non armé, récemment abattu d'un demi-douzaine de balles policières en pays du Nouveau Monde, avant la tempête annoncée d'une émeute virtuelle.



Comment ces deux communautés, hommes et arbres, en sont-elles venues à de pareils extrémismes unilatéraux ? Nous ne répondrons pas à cette question, qui relève de la science et de ses inhumains experts humains.

Mais nous savons, de douloureuse expérience – d'abord pour nos frères arbres –, que la santé parfaite de cet arbre était d'un autre monde, d'un au delà naturel disparu, après le surnaturel. Monde où le bois de leur chair ne menaçait nullement le béton armé des esprits, mais était sacrifié avec amour et respect pour armer longtemps les montants de façades de terre battue.



Mais dans le nouveau monde qui nous a « construit », toute force naturelle non contrôlée est devenue, par la force des choses humaines les plus inhumaines, une insupportable menace pour notre si ridicule et cynique sécurité d'esprit.

dimanche 14 septembre 2014

JESUS ET LE CHRIST

Ce qui va et vaut pour un Chrétien de Grand Vent n'est pas le Jésus historique, mais l'histoire du Christ. Ce n'est pas l'interprétation de ses paroles, mais leur valeur symbolique, ce n'est pas le Dieu-fait- homme, mais l'humanité d'un sage, d'un Bouddha d'occident. Ce n'est pas sa race, sa place auprès du Père ou ses « idées », mais la vérité de son humanité, en actes et en paroles. Ce n'est pas l'horreur de sa mort, mais la beauté et la force sereine de sa vie libre et ordonnée. Non l'exemple de la souffrance infinie d'un sacrifice institutionnalisé dans le sens de la soumission au mal au pouvoir. C'est une souffrance symbole de la condition humaine, vécue, mais subie et dénoncée, au nom de l'Humain et de Dieu, contre certains hommes et certains dieux. Là réside le miracle de sa parole et de son esprit, de son histoire, non l'histoire de ses miracles, ou celle d'un « magicien » apparent. C'est qu'il soit apparu et que dans son apparence, il ait été absolument vrai. C'est qu'il ait été, entier, – radical symbolique.




 

vendredi 12 septembre 2014

L'ARCHE ET LA VOÛTE, SERMENT AUX FORÊTS




Ô peuple des derniers grands arbres non encore abattus ni malades, protégez nous, pauvres humains, cachez  notre fatigue et notre désespoir. Aidez-nous et protégez-nous du mal.

Nous, dernière tribu d'Amazonie occidentale, réduite à un territoire spirituel de misère. Nous, Derniers des Mohicans, ultimes Robins des Bois du Dedans et de l'Intérieur, Frères des Bêtes.

Avec vous toute culture disparaît. A vous, divins géants, qui étiez l'air qu'on respire, le souffle même de nos âmes et  de nos premiers villages, nous jurons – croix de bois, croix de fer – de ne pas vous survivre au combat. Vous, odeurs de l'enfance de l'humanité.

Nous, qui n'avons pas retenu nos larmes à la vue du documentaire « GREEN »,  par ce serment du cœur, refusons de vivre plus longtemps sans arbre aux oiseaux, sans Arbre ni Rivière de Bouddha. Nous nous battrons jusqu'au bout pour vos vies, mettant nos têtes à couper sous la hache des bourreaux.

Nous qui savons depuis toujours qu'il n'y a pas d'Être sans clairière, savons aussi que la survie du « parc humain », programmée comme élevage en batterie, est un crime contre l'humanité comparable à celui des camps de la mort et de l'abattage industriel de vos peuples.

Nous, Fils des Arbres et des Rivières, amis des tribus d'Amazonie, du Peau-Rouge et de l'Aborigène du guerrier Massaï ou Celte, déclarons ceux qui promeuvent votre silencieux génocide, héritiers des nazis et devant être jugés comme tels devant un tribunal international de Gaïa.

Nous demandons, si nos deux peuples survivent, que ce jugement soit rendu sous un arbre géant, sous la paix d'un juste plus dur que le fer d'une croix gammée et plus fier qu'un homme. Et qu'il ne soit requis aucune mort ni violence contre ces monstres, mais leur bannissement définitif de la communauté humaine et leur rétrogradation éternelle à l'état végétal le plus humble.

Par l'odeur du chêne fraîchement abattu, par le sang des sciures et des tronçonneuses, par le  hurlement métallique des machines à arracher les arbres, –  nous jurons sur votre bois sacré.

lundi 8 septembre 2014

KEROUAC JACK MEMORIAM # 1 PERDANT MAGNIFIQUE





Kerouac, perdant magnifique, loser transcendantal dans « un monde à l'agonie », un après-guerre de gueule de bois où le jazz des nègres sauve la mise de blancs encore amoureux de la vie et de la vérité – en place de l'argent – puisque vie et vérité ne doivent jamais être séparés, même si, comme dans un satori inexpliqué il admit que celle-ci devait être aussi vendue – comme si il fallait vivre ce "péché" de la condition humaine, là-bas – NYC –, pour s'en libérer ensuite ou la laisser faire son indomptable office.

 Quand tout semblait perdu, le jazz était encore une espérance, tant qu'il survivait pur témoin, original et marginal, tendre et brutal.



Kerouac, révolté artiste, mais parce qu'artiste, non pas artiste parce que révolté, choisit d'écrire par vocation religieuse d'abord, pour la gloire après seulement, ce qui le sauva, à peu prés seul, du pouvoir intellectuel

Jeté sur les routes par la mort de son père autant que par folie d'aventure et de vérité, dans la révolte artiste des beats, dont il fut plus un inspirateur qu'un suiveur, sauf pour les prêtres noirs de la Révolution totale et de la défonce nihiliste prétendument créatrice préfigurant la déviance utile de masse des seventies, il oeuvra pour une fraternité des pauvres – de tous les pauvres – tirée vers une béatitude héroïque de solitaires, américaine, comme dans un grand Blues prolétarien sacré partagé.



L' art pour lui – son art, ou l'universel – était un « devoir sacré » dans le monde matériel "noir" des blancs, réponse transcendante à sa démesure et démence cruelles et inhumaines, un retour au spirituel invoqué et provoquant chez les récompensés de leurs œuvres

Kerouac, révolté révoltant parce qu'artiste ; artiste ayant choisi de témoigner de la souffrance humaine – et parfois aussi de la joie sauvage exultant et exsudant du fond de sa condition, par delà les limites des misères et des geôles – souffrance matérielle psychique karmique, moderne infinie, d'un monde en ruine spirituelle et d'une jeunesse abandonnée au système.



Kerouac oeuvra pour la rédemption de tous, à commencer par la sienne, très nécessaire, sans se faire curé communiste, terroriste intellectuel ou nihiliste pseudo nietzschéen, il choisit d'être un artiste dostoïevskien écrivant dans la misère lumineuse des nuits blanches avec des pensées d'éternitéau milieu même de la déchéance. Ce qu'il fit. 

Il ne passa jamais à la Révolution ni à ses logiques obscures aux mains sales, ou à l'esprit tordu d'angoisse, de haine et de supériorité morale.



Kerouac, même celui que la honte bien-pensante d'une « nouvelle gauche » puritaine en fabrication considéra comme le « repoussant » alcoolique réac de la fin, resta toute sa vie en quête de Révélation et de Satori, errant de Dieu, marginal génial et inspiré jusque dans sa prose la plus populairement folle, déjantée ou carrément mauvaise : la place de l'esprit ou son fantôme y rôda toujours malgré tout. L'esprit de son oeuvre, ouvert, offert aux vents.

Il resta, tant qu'il put, sincère, confessant son bluesmême au hasard, même « ange déchu » final et abandonné, jusqu'au fond sans fond de son licenciement terminal et de son suicide flambeur, vengeur et décadent.

 Jusqu'au fond d'un désespoir solitaire assumé, en Américain libre du fond de ses entraves et de ses peurs, fou comme un Français du Québec, dansant sur le vide et l'horreur, cette "horreur d'être un homme", et la défiant au nom du sacré de la vie, d'une vie déchue mais fière, comme celle de tant. Non normalisable.

vendredi 5 septembre 2014

NEW-YORK NEW-YORK # 3 DAMOCLES

Retour à une statue statufiant les States.  Tiendrait-elle en main gauche de nouvelle tables de la Loi, celle d'un Nouveau Monde ? Prophétesse d'une loi de liberté impérieuse autant qu'impériale, absolue, dont Camus explora les logiques obligées ? Quel est donc l'empire de cette impératrice portuaire ?

Brandissant sa torche comme une arme, un signe de ralliement, comme une meneuse de peuples « rêveurs » oui, mais vers quel abîme protecteur ?  La posture est celle d'une guerrière robuste et déterminée en Amazone. Plus banalement, celle d'un symbole maternaliste transnational : le paradis -bercail d'un bonheur matriarcal pour orphelins de guerre.

Son côté phare dans les ténèbres attirera toujours les révoltés et les incompris, les marginaux, les exilés, pour refaire un monde nouveau sous le soleil, pour libérer « l'énergie des esclaves » (Leonard Cohen), figurant l'illusion d'une libération matérielle du monde. Un pouvoir humain supérieur, prométhéen défiant l'océan mais aussi, en contre-plongée, le ciel.

Il n'y a là pourtant que divers plats amalgamés et réchauffés dans de vieilles gamelles, un vieux « creuset » Babel-Babylone, où des Diables Bleus triment à sauver un monde perdu. Une sorte de colonie pénitentiaire kafkaïenne masquée. Vue d'en bas, la posture de la matrone est un pur défi, mais à quoi ? Au Vieux Monde ? Une sorte d'incarnation massive de la Sécession, du Divorce, de la Rupture et même de la Révolution ?

La souveraine est campée, plantée comme une indéboulonnable maîtresse, puissante, olympienne, mais maîtresse de qui, de quoi ? Assise debout dans le sens du Pouvoir caché derrière l'affiche libertaire ?  Mais sur quoi cette liberté est-elle « assise » ? Sur quelle conquête ? L'America : « Love her or leave her ! ». Le credo, le crédit, la relation à l'amante, à la grande prêtresse, affichant de bien crédibles sentiments. Et si c'était vrai : si les peuples n'étaient que des enfants perdus dans un océan de misère ?

En mère-matrie, l'union libre est entreprise sentimentale risquée et contractuelle à la fois, sous contrôle social dirigé par une pensée très monothéiste, absolue, indépendante de tout, planant comme l'aigle impérial millénaire renaissant de ses cendres. Souvent le mal-aimé sombre corps et biens dans une mégalomanie caligulienne : le « rêve-planète » d'occident est un virus qui a simplement muté ici.

« Tout est permis », sous certaines conditions, prophétisait Dosto – tout étant, dans ces conditions, uniquement question du prix à payer – le fort du prix fort – , une sorte de naturalisme illuminé finalement si proche du germanique, que le vertige, du haut de sa couronne tranchante, nous prend la tête en étau pour forger l'invisible glaive écarlate.




jeudi 4 septembre 2014

LA MOUSTACHE DE NIETZSCHE



« C'est la vie ! ». Ainsi parlent les gens devant la réalité incontournable que le système -, auquel nous avons délégué, depuis trop longtemps, par une sorte de lâcheté progressiste , qui est aussi immobilisation du désespoir liée au confusionnisme rationaliste d'une anarchie organisée,  - le pouvoir de gérer nos vies sans que nous n'y puissions rien. Sans nous ni personne.

Ce système qui se prétend, dans sa modernité branchée, gardien d'un "Ordre mondial" par et dans le chaos, comme et dans une espèce d'extension progressiste, une enflure permanente des techniques psychologiques de services secrets planétaires veillant sur nos prétendues libertés, à tous les niveaux de nos vies, sorte d'intégrisme liquide de bon aloi, qui rappelle certaines organisations secrètes des plus ignobles.


De là mettre toute la bassesse générale du monde, subie donc consentie, sur le dos large -, mais éreinté de « la vie », comme sur celui d'une bête de somme malade, dont on sait qu'elle ne va pas aller loin, mais  utilisée jusqu'au bout avant remplacement "naturel", - il n'y a qu'un pas, que franchit allègrement tout un chacun à chaque impuissante prise de conscience subite.

Prise de conscience très partielle puisqu'elle inclut tout naturellement le refus "honnête" et pur au sens de simple, de porter son chapeau personnel : dans la confusion générale, autant salir celle qui se donne sans compter, et rester blanc réaliste aux yeux de l'illusion instituée d'abord du moi social. La "réalité" entretenue de ladite illusion ne manquant pas de sel paradoxal.

Bonne fille, la vie, si belle, otage et enjeu, « donnant » aussi bien pour le pieux mensonge que pour l'impie ? « Contempteurs ! » disait Nietzsche dans sa formidable moustache, dont on peut sans peine imaginer le poilu tremblement.

mercredi 3 septembre 2014

LA GUERRE DE 30 ANS ET LA MÉDUSE

Les générations des, et d'après les guerres sont souvent les meilleures. Celles d'après oublient et s'en moquent comme d'un passé soit-disant révolu : elles rêvent révolutions... 
Oubli de ce qui s'est passé, fortement encouragé : le goût et le sens de l'action « directe » qui caractérisent les meilleures génération, évidemment sacrifiées, mais aussi parfois bonifiées à partir des « sacrifices », comme retour à l'essentiel existentiel et spirituel, se perdent, comme on noie son chien, dans les fêtes de la paix, de la consommation et du retour à la domestication socialisée. Et le vieil esclavage recommence.

Dans l'économie, cette armée du silence, l'horreur des survies heureuses reprend doucement ses droits inhumains : tout, une fois consommé les dégâts de guerre, est reconstruit, après les vies, les souvenirs eux-mêmes sont effacés derrière des commémorations religieusement laïques.


Comme la mère porte l'enfant, la société matérielle porte la guerre et le criminel dans son sein pudique. Mais il arrive qu'à l'occasion des folies et des orgies obligatoires de la guerre, de cet « immense et raisonné dérèglement » collectif (pour citer Rimbaud), l'enfant se rebelle un instant contre la mère-patrie et contre la sainte vierge réunies, renforçant ainsi un peu plus la folie chaude et la cruauté froide d'une maternité maudite, un peu comme il y eut des rois maudits, mais en pire. Et ces générations, de temps en temps si profondément meilleures, finissent dans la culpabilité la plus glacée, comme un bateau ivre se jette sur un iceberg en pleine nuit, ou au bout...

Récemment encore, comme si c'était hier, et ça l'est toujours, nous avons vu de si près ces années de grâce immense et de trahison profonde que furent les sixties et les seventies, comme d'habitude à la fois relayées et gâtées par nos cousins d'Amérique, cette mère des peuples à la torche.





mardi 2 septembre 2014

HAUTS LES COEURS !

Nous sommes amenés à la confusion par un processus, programmé d'en haut, de complexification destructrice. Ce que ferme la raison pure mais confuse, le cœur épuré l'ouvre et le filtre.  Les cœurs purs séparent de nouveau le bas du haut.

La clarté du cœur, le « sentimens » en ancien français, ignore la confusion rationnelle. Il fusionne ce « sentimens » avec la raison, hors la loi de destructuration rationaliste. La vraie géométrie y retrouve sa légendaire finesse.