jeudi 30 octobre 2014

ZOO HORS LES MURS




Certains animaux ne se reproduisent pas en captivité. On imagine que ce refus, ou cette absence, passe par une sexualité à l'arrêt et que cet arrêt est le fait des femelles, évidemment décisionnelles en ces questions.



Il n'est pas interdit de penser que ces animaux ont l'intelligence instinctive de ne pas envisager de suite à donner à leur privation de liberté, ni pour eux ni pour une descendance éventuelle, peut-être placée dans une future situation domestique pire que la leur, dans une perte totale de leur vérité vitale.



Il paraît fort regrettable que les femelles humaines ne ressentent nullement l'inutilité de la reproduction de leur servage social systémique, pour elles et pour leur triste progéniture, comme si la perpétuation de l'esclavage naturalisé pouvait apporter quelque chance future de libération, parfaitement illusoire, et même, dans certain cas, criminelle dans son mensonge propagé.



Dans ces cas-là, leur responsabilité morale est si lourde, que comme pour beaucoup de crimes ordinaires ancrés dans des moeurs surveillées par un système intéressé au plus haut point par le produit de leurs « amours », on ne peut s'empêcher d'examiner les circonstances atténuantes de leur psychologies de construction sociale.



On fait reposer sur leurs épaules, apparemment si fragiles, des impératifs si catégoriques pour leur propre survie sociale-statutaire, économique-affective, pathologique-sentimentale et traditionnelle-révolutionnaire-narcissique, qu'on ne peut qu'imputer au système inhumain de conditionnement établi, la responsabilité réelle de leur délinquance morale globale, puisque nous n'irons pas jusqu'à parler de la vraie.



De l'idée de parc et d'élevage industriel, ailleurs évoquée, on arrive à celle de zoo humain, et des incitations d'une équipe de soignants désignés devant les problèmes d'acclimatation au-dit système.



Sauf que dans ce véritable zoo hors les murs, on dirait que la révolte a été délicatement retournée en révolution maternaliste, peut-être avec l'idée, apparemment subversive, d'une surproduction révolutionnaire de bons sentiments positivés, apte à napper une civilisation orientée vers une violence pure de pseudo-liberté, d'un voile émollient d'angélisme exterminateur de ce qui serait censé être l'idéologie patriarcale de la cruauté éternelle du monde.



Dans leur premier âge, les enfants étant censés adoucir le monde et féminiser les mâles les plus sauvages en les attelant à des devoirs domestiques attendrissant le sens de leur poil dans celui d'une dépendance systémique latérale élargie. Après la remotivation amoureuse, la familiale, doublant des liens d'obligations de type social-religieux.



Pour ce qui est des animaux sauvages, ou ce qu'il en reste, on peut noter, pour eux, la lenteur naturelle du processus de domestication, les moyens, souvent au niveau du bas-ventre, utilisés pour l'accélérer, et surtout le fait que la domestication d'un adulte a des limites, qui laissent voir une distance définitive dans la relation construite.



On peut croire sans aucune peine que leur intelligence instinctive a l'intuition de ce que peut leur coûter, et à leur espèce avec, une trop grande familiarité avec un système humain si parfait. Nous n'arriverons jamais à admettre, pour notre part, comment un exploitant agricole, après avoir si affectueusement aimé (l'investissement dans, malheureusement – ) la bête, depuis sa naissance émue, pouvait la vendre aussi froidement à l'abattoir, derrière l'impératif réaliste.



Enfin, il y a ces « animaux humains » redevenus sauvages, ces sans-abris refusant définitivement tout contact avec une société qui les blessa un jour à mort, préférant tout endurer plutôt que la fausse chaleur d'un foyer normalisé, collectif ou individuel, et qui se laissent mourir, un peu à la façon de d'autres frères éloignés de captivité, redonnant à la crasse d'antan un peu de cette dignité du refus qu'un hygiénisme ultra-moderne a dissoute, reléguant avec une douceur ferme les « expressions » d'un corps malade du côté d'une animalité encagée debout dans les besoins honteux d'une nature criminalisée par l'éternelle bien-pensance systémique.



« C'est un beau jour pour mourir. » proclamèrent une fois pour toutes des « animaux rouges », comme naturellement sanglants, accouchés de vie sauvage, face à des bêtes cruelles, blanchâtres, mécanisées, peintes en bleu. Nous aussi avons perdu tous nos bisons humains, notre nourriture spirituelle. Nous sommes les derniers Mohicans de France, ces sales français qui puent le passé, les origines. « On ne lave pas la poésie / un poète, ça sent des pieds. » disait Ferré, l'anarcho-bourgeois revenu, sur le tard, du couple-épuisette à de meilleurs « sentimens ».



mardi 28 octobre 2014

CEUX QUI SONT EN NOUS




Certaines personnes nous sont, par delà le temps et l'espace, tellement proches qu'elles sont en nous-mêmes. Parfois depuis le début de notre vie, mais en tout cas pour toujours. Des personnes tellement en nous qu'on ne peut pas même parler d'elles, tellement leur présence, ou plutôt leur esprit nous a intégrés, non pas à elles-mêmes, mais à leur milieu naturel spirituel.



Il y a proximité organique en quelque sorte, non dans une fusion romantique, mais dans un partage complet, une complétude partagée, une sorte d'unité humaine supérieure, défiant analyse et déterminations extérieures.



Impossible d'ailleurs de faciliter une approche de la réalité non phénoménale de ce fait étrange, mystérieux, fait de liens que certains qualifieraient d'inconscients, pour dire combien ils nous échappent, tant que l'on n'a pas commencé à les éprouver au niveau même de sensations qui les expriment, ou plutôt nous conduisent à eux. Il n'y aucune coupure du lien physique et spirituel, au contraire le physique menant à l'esprit, en l'exprimant.



En général ces personnes n'ont pas vraiment d'ego démesuré, elles ont des retenues discrètes, parfois secrètes, jusque dans leurs positions les plus tranchées, et qui sont alors comme retranchées : elles savent laisser le jeu nécessaire à la différence dans la même ligne de vision.






Elles ne semblent vivre ni pour elles-mêmes ni pour les autres, mais plutôt pour un autre monde immédiat, subtil, aussi réservé dans ses affirmations que ferme dans ses directions. Un monde qui rejoint sans doute celui des peuples premiers, et qui depuis une époque si reculée qu'elle est impondérable, aurait mystérieusement échappé à la normalisation, dans une autonomie originelle préservée. Préservée parce que globalement reliée à l'intérieur de soi.

samedi 25 octobre 2014

HUMANITAS PERDIDAS



Aux Ingénieurs et Architectes du Monde Nouveau, qui n'inventerons jamais rien pour ce, et ceux que leurs rationalisations tuent.




Humanité quantitative : bientôt 9 milliards d'êtres humains, comme si ce « résultat » était naturel. Tombait du 7ème ciel de la déesse Fécondité. Comme un tsunami imprévu. Alors que nos experts, dans le même temps, nous parlent d'un avenir à 50 ans ou plus, et des conséquences merveilleuses de nouvelles politiques, inventées pour notre bonheur.



Nous ne parlons pas de volonté précise mais de mesure vérificatrice complice puis manipulatrice, celle liée au contrôle, au pouvoir et à la puissance matérielle. Cette puissance acquise, ce feu volé, courbe qui nous inverse dans sa subtile dialectique interne post-hégélienne de moyen : la supériorité du nombre devient son infériorité, l'accumulation est pesanteur
weilienne. Les premiers, en vérité, sont bel et bien devenus les derniers. L'horrible travail de Rimbaud, le "misérable miracle" s'est "historiquement" réalisé.


Comme si la science démographique n'était jamais née, ni les politiques familiales, ou les planifications à l'échelle planétaire. Comme si personne n'avait fabriqué de courbes liées au progrès et à ses « projections », comme si la prospective était du latin et la division internationale de la production-consommation, du grec.



Comme si les progrès de la médecine, par exemple, avaient, depuis quelques siècles, des conséquence tout à fait inattendues, des impacts de hasard divers et variés non envisagés, escomptés, spéculés, et manipulés par ces armées d'experts patentés, financiers, économiques, militaires (…) auscultant le monde depuis qu'il est à acheter, vendre, conquérir ou coloniser, comme mari jaloux fait surveiller le lait de la vie de sa femme.



Par ailleurs, et parallèlement, comment s'empêcher de songer « mauvaisement » aux stratégies géniales des divers élevages industriels qui pourrissent nos campagnes comme indispensable pendant « alimentaire » rural au cancer de la concentration urbaine ? Le mal par le mal, toujours a posteriori.



La ressource humaine est fortuitement devenue « excédentaire » par tous ses calculs théorique possibles. Les exigences posées ont bel et bien produit le problème résolu en contrainte technique.



Elle subira le même sort que ces trains entiers de blé que les USA déversèrent en mer dans les années 20.



Cette ressource excédentaire-là permet aux cuistres criminels qui le gouvernent, de tout déséquilibrer, de prétendre et claironner aux quatre coins du monde, civilisé d'Europe par exemple, que les conditions normales d'existences de notre humain « genre » ne sont plus réalistes, ni adaptées aux techniques nouvelles appelées par les nouvelles conditions de leur application délinquante.



Pour ce qui est des trains humains, on nous répondra, à raison, que ça a déjà commencé en 14 pour finir à Buchenwald ou Dachau. Nous nous rappelons de certains des maîtres de notre jeunesse, passés par ce détour ferroviaire de l'histoire, et de leurs avertissements avisés et tragiques, que les plus stupides d'entre nous prenaient pour folie passagère. Mais nous étions des jeunes. De cette catégorie humaine élevée au mensonge et au jouet, comme on élève un autre bétail au maïs ou au blé. Nous n'avions pas encore pris de train vers l'abattoir 5.



Mais rassurez-vous, les conditions catastrophiques auxquelles notre démographie dirigée nous mène ont été planifiées par des esprits compétents. La valeur qualitative d'une humanité digne de ce nom a été dévaluée et dégradée, comme le goût du poulet d'élevage en batterie, ou comme un traître à la patrie du Chiffre. L'homme nouveau a des caractéristiques conformes aux exigences techniques de la rationalité industrielle moderne inaugurée par les nazis. C'est un « adapté ».



La sélection naturelle a été totalement relayée. Plus loin, nous sommes déjà dans la sélection biologique sociale la plus massive concernant le parc humain. Seuls survivront les Adaptés. La contrainte bientôt directe de la reproduction sanitaire contrôlée de ce parc submerge déjà tous les domaines, sans exception, comme dans un immense camp de réfugiés concentré en zones urbaines.





Nous sommes de trop, l'humain est un surnombre coupable autant qu'un facteur responsable de la destruction des ressources et de leur production, ne méritant plus que l'automatisation de la Fourmilière géante, pour un bonheur conforme au Plan et à l'ensemble de ses prévisions systémiques, celles des machines connectées du Marché de la survie.



Plus aucun rapport vrai avec ce que nous sommes en profondeur au sens d'humanité ou de société profonde. Une humanité sans qualité, dans la singularité perdue de sa nature et de sa culture. Nous avons troqué pensée et sentiment pour du chiffre et du code dans l'espoir maladif de nous libérer d'une condition jugée injuste par une raison devenue folle comme la roue libre d'un véhicule civilisationnel crashé. Véhicule militaire dinosaurien comme un tank de 14 piégé ou un cuirassé américain de 1880 retourné sur le flanc.



Nous ne sommes déjà plus qu'une sorte de numérisation modélisée de la forme humaine unitaire, sans plus rien d'unique unifié d'origine.

(...) "unité fonctionnelle synthétique positive" : " L'objet technique concret [ici l'humain] est celui qui n'est plus en lutte avec lui-même, celui dans lequel aucun effet secondaire ne nuit au fonctionnement de l'ensemble." (Simondon par Ellul).

Nos rêves vont vers des mouvements intérieurs perpétuels de camés en quête de doses compensatoires. Nous avons tellement perdu de poids et mesure dans nos calculs d'astronomes-apothicaires qu'il ne nous reste plus, comme destin commun, que la vérification aidée, sans fin, de la bande passante de procédures stabilisatrices évanescentes, crachotante comme une vieille TSF abandonnée au milieu de nulle part. Sorte de mélange cinématographique surréel dérisoire du Meilleur des mondes et de A.I.



Ne plus entendre parler d'humanité standard en fabrication est un luxe inabordable, comme ces terres utopiques et mythiques que seuls quelques modernes miséreux profonds, ceux qui coulent et touchent le fond, ont la chance cruelle de croire diablement connaître, en bas, aurait dit Rimbaud, fils maudit, dans l'horrible agonie à laquelle les voue, à la suite de Frère Baudelaire, le pire du meilleur des mondes possible, au sens scientifique terminal. Au sens matériel, noyé pensif.

Bingo crépuscule des Hommes !










jeudi 23 octobre 2014

LES BONS BERGERS




Point plus dangereux que remarquable, point technique, où le totalitarisme libre-échangiste pur et dur se jette dans les eaux troubles du socialisme total. Jonction d'extrêmes sous l'illusion du combat : quand le moyen n'est pas le but (Camus), il devient, de lui-même, le but (Ellul), pris en lui-même. Troupes de choc et troupeaux de masses.

A l'intersection des courbes, la personne humaine, démembrée, courbée, exclue ou niée, réduite à une abstraction, une forme de principe ou d'intention affichée. 

Membre fantôme, comme on dit en chirurgie, intellect décervelé, désincarné, désossé, dévitalisé, dénervé, dé-sexué, dénaturalisé, déminéralisé, décalcifié – détaché en orbite molle, en course sursitaire perfusée de chiffres corrigés



 

dimanche 19 octobre 2014

L'ARCHE ET LA QUILLE RECOMPOSÉE, CONTRE-HOMMAGE A RIMBAUD LA SCIENCE







Cher C.,


Je trouve particulièrement intéressantes les remarques sur les vérités de notre nature, de la souffrance et de la mort, ainsi que ce qui concerne l'ego, comme chemin spirituel permettant de mettre entre parenthèse ce que vous nommez, à juste titre, la contingence -- finalement globale systémique de n'importe quelle époque, devant les vraies questions

Cette contingence concerne aussi le formatage générationnel comme adaptation à l'évolution du milieu social dans son adaptation au progrès technicien, où nous baignons tous dès la naissance, et même avant.



Le socle d'éternité humaine dans lequel s'enracine pourtant notre humanité, face aux vents et marées de l'histoire et de ses chimères n'est pas une culture acquise, c'est notre être même, y compris dans ses transmissions « mystérieuses », face au néant qui nous menace -- mais aussi, qui fait notre grandeur au milieu du gouffre spatio-temporel-spirituel, un peu comme celle du marin face aux déferlantes mouvantes et bouillonnantes, accroché à son mât, son roc de bois flotté, le sisyphien...



Et pourtant, sans doute, comme l'esprit technicien qui le noie impitoyablement, il créé aussi lui-même cet être, dans sa propre « culture organique » liée, mais par une ouverture infinie au monde et même aux mondes, qui replace toute technique dans une perspective morale, effectivement. C'est à dire humaine. Et tout moyen devant l'obligation d'une fin liée, et reliée, à ce qui n'est pas lui.



Quand on prend la technique comme moyen, elle devient automatiquement une fin de par « la vertu » secrète et ambiguë de son autonomie fermée, un peu comme celle d'une fille strictement reproductrice ou matrice réglée, à cette différence que la nature reste, là, relativement ouverte au métissage, dans la mesure de son indépendance réelle au système familial-sociétal fabriqué

Notre système, non, absolument, dans le structurel fonctionnement autistique-moral-religieux de la dominance technicienne acquise de son élan, mécanique un peu, mais surtout, passionnel-fanatique latent.





Nous sommes face à une double fermeture : celle du système et celle des hommes, formatés par ce système. Nul, véritablement, n'y échappe, que par une sorte de miracle renouvelé de chaque instant.

Le miracle d'un combat désespéré, un peu comme une fille fait face à un violeur avec les moyens du bord... Certains le nomment foi, d'autre lucidité, d'autre encore combat pour la vérité...


Tous ont raison, à ce niveau plus ou moins conscient ou déterminé, d'être au moins conscients de la qualité et de la responsabilité de leur attitude, et de leur aptitude à "faire face" autant qu'à "lâcher prise", c'est vrai, selon l'intensité vécue de la folie pulsionnelle automatisée déchaînée, ou froide, de l'agresseur aveugle.



Tout ceci ne peut que nous rendre extrêmement prudents et courageux en même temps, tout en respectant les limites de chacun, mais sans renoncer effectivement à dépasser ces limites pour autant, puisqu'elles ne sont jamais, bien souvent, qu'une illusion sur notre vraie nature perdue, ou plus exactement chassée.



Mais tellement peu ont la force de faire face à leur vraie nature que cela devient un acte surhumain : nul ne sait s'il y parviendra, ce qui casse toute possibilité de sortie même du simulacre technicisé  en soi : génération après génération d'un côté l'espoir subsiste, comme le fait remarquer H., d'un autre, le désespoir reste évidemment le plus fort, compte tenu du rétrécissement cataclysmique intérieur et interne d'un monde en auto-fabrication, ne fabriquant plus que des objets techniques structurels efficaces.



A ce niveau nous sommes effectivement au cœur du problème"technique" contemporain, puisque "que faire ?" signifie bien, comme le remarqua Ellul, "quel moyen ?", dans un univers où toute fin a été méthodiquement éliminée au préalable comme extérieure, et inexistante, au monde rationalisé-dialectisé qui nous produit, et que, si nous ne nous désintoxiquons pas de ce préformatage, nous n'accéderons jamais plus ni à notre être lié ni à notre nature profonde comme racine moyeu.



Notre nature a été pliée à la Technique comme une matière première. Il nous faut la déplier et la redéployer sans faire l'erreur d'utiliser les moyens de cette Technique, ni pour autant de l'exclure absolument. Elle doit être désacralisée et reconnectée selon la vérité reliée de notre nature, pour lui redonner de l'être, non comme servo-système dominant, mais comme l'Arche d'une nouvelle alliance avec les mondes qui nous dépassent et nous orientent.



Contre la pression, fatale comme femme nous tient, que le système nous injecte, d'un absolu tabou de non-retour organique, doublé d'une culpabilisation liée à une fidélité obligée, non à un esprit clair et net, mais à une appartenance charnelle-passionnelle plus qu'ambigüe.

 Si souvent personnifiée par une amante (la vérité), et encore plus, par une mère aveugle (église, science, patrie...), dont le pouvoir tient plus secrètement de la déesse Kali, que de la raison soit disant-célébrée par la science révolutionnaire moderne « supérieure » d'occident.



D'esclaves aveuglés volontaires, il nous faut passer effectivement à une dignité libre, dans cette lumière aveuglante où nous baignons, pour le meilleur si peu souvent, et pour le pire la plupart du temps : lumière quasi-incestueuse, au niveau spirituel, comme une chute, le retour à une barbarie matérielle médusienne, sociale-organique, issue peut-être de ce que le matriarcat comprenait de pire : le pouvoir exclusif de fabriquer tout le monde, de faire et défaire tout par instrumentalisation « naturelle » totale des relations humaines. 

La doxa programmée étant de considérer que ce pouvoir aurait disparu par l'impitoyable cruauté d'un patriarcat de barbarie et d'animalité pures, venue d'obscures sources naturelles.



En tous cas, ce n'est pas ce que les Grecs, et bien d'autres, nous ont enseigné, pour prendre un exemple hors de l'horreur, dénoncée par les progressistes technicistes, du judéo-christianisme romain. 

Et pour aller plus loin, on peut émettre l'hypothèse qu'un tel pouvoir exclusif aurait pu s'effondrer de lui-même, par une sorte de décadence naturelle liée à sa débilité, au sens propre, parfaitement comparable à celle qui surprend aujourd'hui ceux qui considéraient les femmes comme des êtres inférieurs ou sous-humains. Par consanguinité intellectuelle en quelque sorte.



Et si nous ne pouvons lever une ambiguïté éternelle qui nous dépasse, au moins pouvons-nous essayer de la comprendre, ou encore plus humblement, la regarder en face, sans peur ni volonté de puissance, sans se faire piéger ni fasciner.

En hommes, et femmes, conscients autant de nos faiblesses que de notre honneur, maintenu dans la légitime volonté de notre être vrai vivant naturel (au sens de non touché par la main violeuse de l'homme).



Beaucoup de travail sur la planche, un océan où il n'y a de salut que dans la reconnaissance de ce qui est, et dans, effectivement, une approbation ou un consentement qui renforce le refus de ce qui le nie, mais qui refuse aussi et encore absolument, sous le fallacieux prétexte d'ordre ou de cohérence, de nier ce qui refuse de nier quoi que ce soit, au nom de quoi ou qui que ce soit.



La vie est un combat, pas une guerre, même si ce combat finit toujours contre nous, dégradé en guerre, à partir du moment où tous les moyens sont bons, dans l'esprit technicien d'un temps "égaré", au sens propre de sans destination, errant dans le labyrinthe de Machiavel. 

On nous presse de ne pas manquer le TGV, mais le train fantôme dans lequel on nous pousse et embarque de force a les wagons plombés, comme nos ailes, celles des canards sauvages, celles des anges de jadis, ou de notre esprit "moderne".



La vie est le combat, sans fin, de la libre paix frontale de mondes en éternelle recomposition.
Des mondes penchés, mais vers l'unité perdue de leur équilibre premier, comme un bateau ivre, corrigé par sa quille ressuscitée.



Ce n'est pas le surf qui importe, l'enfant qui lâche « le frêle esquif » au ruisseau de son âme « libérée », mais la qualité de l'esprit stabilisateur; et que la cargaison ne défonce pas la structure civilisationnelle par sa folle autonomisation molle de science dure.



Nous en sommes précisément là, exactement à cet endroit historique, sur la carte.
Que le lent et scientifique "dérèglement de tous les sens" aille se faire voir Ailleurs, vers des Inconnus que nous ne voulons plus connaître : nous n'aimons que l'Inconnaissable, sur lequel il n'y a nulle illusion.Dans l'obscur, au moins, tout est clair, comme dans une certaine peinture.



Ce que nous voulons n'est plus la folie des embarquements légers, même joyeux ou festifs, mais le voyage immobile et lourd, comme un ventre porte l'enfant rimbaldien armé d'amour, des eaux vives d'une conscience liée. 

Là est notre désert fertile et frais, comme une fille sauvage, et surtout pas la Belle apprêtée pour le sacrifice rituel de la Bête. Pas la déesse-Mère Mécanique, religieuse comme une mante moderne à cordes, à trappes ou à guillotine. Cette Jument de Troie en mauvais bois, on vous la laisse, et tout le bordel avec comme dérive.




jeudi 16 octobre 2014

LA BALLADE DES PENDUS




Que ce qui reste du pays, sous la forme d'État commercial, ait avancé, et leur ait attribué, depuis l'élevage, et parfois le dressage, de nos petites personnes enfantines, des sommes prélevées à d'autres sans leur consentement, n'alimente en rien ni gratitude, ni dette envers ce dit Système. Ce fait prénatal n'engage moralement, en vérité, que vis à à vis de frères de misère, puisque ce sont toujours les plus pauvres qui paient.



Ainsi l'endettement moral n'a pour contrepartie que leur misère physique. Par ailleurs, l'investissement réalisé sur nos personne endette à vie sur le plan moral et de l'honneur : nous voici vassaux tacites des Seigneurs d'État, ni toujours bons ni loyaux, ni même humains, un peu comme l'Église ou la Patrie, Bonne Mère. Le monde moderne ne demandant que d'être bon calculateur.



Cet investissement « citoyen » est par contre très rentable pour le banquier administatif, qui peut demander n'importe quoi en retour, et même mieux : il peut contraindre à ce qu'il veut. On ne discute pas une loi, sauf entre amis, aux Parlements. Quel parent penserait à rançonner un enfant après l'avoir élevé ?



Que l'on fasse les choses contre la volonté des gens annule valeurs et crédits, dans tous les sens du terme.

Transformant les uns en spoliés révoltés et les autres en assistés humiliés, mais tous à maintenir. C'est une fabrique de guerre intestine totale, où la terreur sociale maintien son minable équilibre de comptes, que chacun est tenu de rendre en permanence, un peu comme dans un couple moderne

D'où les diarrhées de stress et de mal-être chroniques de nos sociétés démocratistes ou républicanistes, sociétés, paraît-il, antichambres du « Meilleur des Mondes » possibles, et peut-être aussi, impossibles.



Le partage et l'amour, n'en déplaise à la Science sociale, n'a jamais été un devoir moral, une mystique politique, pointée par Péguy, dégradée-dégradante, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne peuvent se matérialiser ou s'incarner pour autant.



Mais pourquoi le naturalisme apparent du rousseauisme contractualiste actuel nous fait-il préférer l'ersatz de toute vie naturelle et ses sentiments, à la liberté première et vraie d'être ce que nous sommes, dans le sens du tout aussi apparemment bon Saint Thomas ? Il est des femmes que nul, y compris elles-mêmes, ne pourront jamais comprendre, et pour cause. Il faut mettre le doigt dans le trou de le croix pour y croire.



Pourquoi alors ? Par bien-pensance coupable ou bernée ?



Notre système technicien d'affaires rachète l'égoïsme naïf pré-cynique en indulgence sociale pré-fasciste, obligatoire comme une assurance-vie, pour et contre un Club de tristes fêtards porcins , petits yeux écarquillés et spéculateurs. La consommation de droits, non pas imprescriptible mais sournoisement accordés (si on peut justifier l'emploi d'un tel terme en régime démocratique, et qui par ailleurs fait violemment insulte à toute notion d'entente naturelle).



Le pouvoir d'achat, puisque là se niche le pouvoir, comme un coucou logique, c'est du Sade dans le texte pour familles libérées de la pensée patriarcale répressive, pouvoir qui fait que tout y est, dans un système d'échanges, d'abord et finalement emprunté, de façon exorbitante et désaxée.



Un contrat social commercial. Il n'y a de société bonne « qu'entreprenante » au sens sexuel-financier transmissible

Il n'y a de commerce que triangulaire comme une partie fine entre amis, derrière la belle façade de l'Établissement au luxe baroque humaniste d'une République de Frères Ennemis, sans vrai rapport avec aucun de nos villonesques semblables, sains de cœur de corps et d'esprit, pendus et suspendus vivants dans leur très véridique existence terrestre, devenue si terrienne, terre de rien

Reste Villon le François, témoin oculaire de nos temps obscurs, dont l’œil, picoré à Montfaucon, n'a rien de supra-pyramidal. Roi de cœur du blues blême du petit matin, quand l'âme cherche son issue de sortie à la claire lumière – balançant au vent mauvais des changements de sensations gibecières des javas satanistes.










lundi 13 octobre 2014

L'ASSOMMOIR




On dit qu'on peut voir ce que vaut une société à la façon dont elle traite les animaux. Voir un beau boeuf tomber sous la balle précise d'une carabine est chose aussi horrible et révoltante que belle. 

C'est un peu comme assister à l'exécution d'un fusillé pour l'exemple ou d'un déserteur, d'un sacrifié pour une communauté qui n'est plus qu'idée ou ventre. – Scène d'abattage rituel du boeuf dans le film « Apocalypse now".



Le sentiment de malaise qui vous vient et soulève, est celui de l'indignation métaphysique qui prend à la gorge à chaque fois qu'on se retrouve impuissant complice passif, piégé, captif d'un système brutal et cruel. 

Les peuples premiers avaient là dessus trop de choses à nous apprendre pour qu'on les laisse vivre heureux et libres plus longtemps : ils étaient notre Oeil de Caïn – disons sociologique, pour ne pas violer un tabou de la raison moderne.



Pourtant il y a cette beauté de la mort propre et nette, teinté de dignité d'un côté, et de respect de l'autre. Mais la bassesse de notre époque nous a fait perdre les deux, tellement qu'il n'y a que la déchéance qui puisse nous convenir pour nous "punir", comme par une sorte de justice immanente, qui n'avait d'ailleurs pas échappé au jugement de ces peuples premiers génocidés, sur l'avenir de notre morne et arrogante blanchitude intellectuelle d'esprit.



Cette beauté donc, rédemptrice, de la main qui tue quand elle respecte, que les écolos conformes de tous poils haïssent comme ils haïssent, avec la majorité bruyante des femmes modernes, la vue d'une violence naturelle ou culturelle maîtrisée, encadrée et ritualisée, celle de la bête qu'on tue d'un coup d'un seul. Celle des anciens abattoirs où les bêtes étaient assommées « avant », comme on assommait l'animal poilu avec sa dose de gnôle, ce qui demeure, au moins, plus humain que la prohibition.



Le scandale est qu'aujourd'hui la viande, compatible halal, que ce beau monde et sexe consomme consciencieusement ou avec gourmandise, avec son délicieux goût de stress animal aux toxines relevées, mais surtout ses juteux bénéfices, cette viande a poussé des industriels plus porcins que des cochons proxénètes engraissés chimiquement debout dans leurs excréments, à égorger nos belles bêtes vivantes, sans plus d'assommage préalable, laissant nos amies agoniser longtemps, comme on viole longtemps, dans l'indifférence fatale d'un rutilant mouvement psy mécanique industriel.



Les belles âmes engagées du rationalisme positif nous diront qu'il y a des scandales plus grands encore pour nous laisser aller à des sentiments aussi inutiles que démoralisateurs. Il y a ceux de la chaise électrique américaine, et de ces agonies infinies de « nègres » non assommés, qui font signer moultes pétitions et pourraient même faire descendre dans la rue, avec un peu de financement organisationnel... u.s., et de propagande psy conforme aux droits humains.



Ceux qui connaissent DhK savent combien le « problème noir » le touche au cœur, et non le passionne pendant ses loisirs. Comme si cette question diminuait, en importance, en quoi que ce soit, celle de la condition animale : l'homme est un animal pour l'homme, alors que l'animal devrait être un homme pour l'homme, comme le disaient toutes les vraies sagesses, celles qui ne militaient pas.



On nous dira, en vérité et à raison, encore – mais de celle qui provient de, et accompagne la vérité dans son principe, on dira que la tuerie traditionnelle du cochon, par exemple en Allemagne, est une chose à vomir debout, soulevant non plus seulement le cœur mais les tripes. On nous parlera de la matanza portugaise, cette tuerie du thon encerclé dans les filets, rougissant la mer ou l'océan à l'aube tragique. Ou encore du massacre des bébés phoques comme au marteau... rougissant la glace.



De toute cette glaciation-là, nouvelle dans sa haute systématicité, « incarnant » notre moderne époque, qui fait froid dans le dos. Bien sûr. Mais le premier sentiment, le métaphysique, celui du cœur, plutôt que celui, plus graisseux, du vomi spontané, est celui que put ressentir comme universel, sans doute, le premier homme devant le premier meurtre justifié d'un semblable. 

Le boeuf fermier, compagnon immense, quand on partage sa vie paisible et puissante, devient, en s'affaissant de tout son poids de vie, comme le signe obscur d'un deuil de famille inavouable, dont nous sommes les heureux profiteurs, ou au moins, les bénéficiaires.



Sa souffrance ne dure pas, la « déconnection » est directe, seule l'image est dure, masculine. Celui qui le tue bien partage sa souffrance en « homme », en frère, au sens que les Indiens d'Amérique donnaient à ce mot magique.  

Mais nous n'avons aucun sens des paradoxes tragiques : nous n'avons que peur de souffrir. Nous ne voyons qu'un horrible bourreau. Nous préférons ne pas voir ailleurs, non plus, ce qui se passe.



Revenons à nos moutons d'Occident occi-dental moyennement oriental. Les musulmans, chacun sait qu'ils ne sont nullement opposés à l'assommage préalable, comme le fait remarquer un journaliste bien informé. 

Et ce boeuf primordial donc – dans son interminable et presque insoutenable chute, est si beau qu'il résume toute entière la masculine condition d'un monde, si civilisé qu'il nous nourrit pour nous manger, pour résumer et remonter un peu à l'ancienne Egypte et même beaucoup plus loin.



Comment ne pas regretter au moins, dans ces conditions, qui sont, paraît-il, l'humaine obligée des temps nouveaux, ces temps jadis « inutiles et gaspilleurs » d'Occident, où les camps de la mort lente et sale n'étaient pas encore normaux ? Vous savez ces camps où l'on faisait du savon avec des êtres humains... Ces temps bénis où l'on respectait bêtement -- même l'ennemi.











dimanche 12 octobre 2014

LA MUSICA # 1 MILES DAVIS LE DIVIN SECRET D'UN SON




Que le divin morceau de Miles « So what » ait été enregistré dans une ancienne église reconvertie en studio d'enregistrement n'est pas vraiment pour nous surprendre, quand on se laisse porter et emporter par ce morceau de transcendental jazz, dit moderne, de « la nouvelle chose », ou de ce qu'on voudra... pour ne surtout pas parler de spiritualité autre que dé-spiritualisée et dénaturée, et qu'il ne doit y en avoir que pour la Technique Supérieure de Davis.



Rien de nouveau sous le soleil de Satan : le secret de ce chef d'oeuvre – quand bien même ça ne peut que couper la chique aux francs-maçons de la culture, pour qui rien n'est sacré que la fanatique désacralisation du monde –, le secret en question ne gît évidemment pas dans le seul génie du Musicien, du Jazz et du Style, mais aussi et encore dans la réponse matérielle sensée d'un lieu consacré au spirituel en soi, par delà la mécanique du rituel confucéen.



La Maison du Père, même désinfectée, demeure, quand elle est bonne, belle et juste, lieu commun vrai de réception et de résonance, que raisonnements et arraisonnements ignorent. Le sentiment et la raison qui le couronnent, gravé dans le travail de constructeurs-bâtisseurs "oubliés", quand ils sont inscrits dans la pierre humaine, ont l'irrationnelle vertu d'une guérison, en l'occurence quasi-chamanique, des effets calculés des chirurgies les plus blessantes et mortelles d'une civilisation en chute libre.



Mais réponse à quoi, alors dans ces murs ouverts ? A une attitude attentive devant la vie et le monde, devant ce qui les créé sans les produire, comme on ne sait quel effet humainement causé : ici la magie du « Nègre » est blanche, c'est à dire, à partir de lui, par delà l'humain, quand retombe, sacré, le son envoûté dans la coupe entendue et étendue d'une écoute vraie.






mardi 7 octobre 2014

LES OISEAUX MÉCANIQUES

Pourquoi les animaux sauvages se cachent-ils d'instinct ? Il y a bien sûr la crainte des prédateurs ou le stress estimé de la survie. Mais pour les avoir observé souvent, on a ce sentiment étrange qu'il y a autre chose, peut-être lié à la nature sauvage, dont le côté discret et souvent furtif fait penser à une sorte de loi tacite et quasi-universelle d'invisibilité. On peut y voir une saine autant que salutaire pudeur naturelle.



Dans tel milieu tout le monde se connaît certainement très bien, même avec une distance sans doute territoriale, mais l'approche reste toujours difficile ou longue. Tout ceci ressemble à de la prudence mais peut-être aussi dû au fait que la confiance ne peut pas s'établir n'importe comment : il y a des règles, un ordre, un sens qui ne semble pas plus basé sur la peur pure que sur l'autorité des groupes.



Ainsi la loi de la jungle, comme on dit trop souvent pour résumer caricaturalement le monde sauvage, a t-elle, malgré tout, des sortes de codes globaux qui nous échappent. De toute façon les prédations entre animaux n'ont rien à voir avec les humaines : elle ont des limites. Et les relation inter-espèces n'ont pas l'air de se faire au hasard.



Connaîtrons-nous jamais les secrets des sociétés animales sauvages ? Non seulement personne ne « parle » mais presque tout le monde se planque naturellement, comme fondu avec le milieu, un milieu qui comme eux-mêmes, disparaît maintenant si vite que nous n'y voyons que du feu : 80 000 ha de nature bitumée ou bétonnée par an en France, soit la surface d'un département tous les 7 ans. Le nombre des animaux sauvages divisé par 2 en 40 ans. Plus d'éléphants d'ici 10 ans...

Sur le même territoire "partagé" et à peu près dans le même temps, la population humaine mondiale a doublé. Mais il n'y a aucune illusion à se faire : l'homme, le vrai, celui qui partage vraiment la part animale, n'y est presque pour rien, et il subira la même fin que le monde animal quand la Technique du Surhomme aura couvert ce qui reste de la Terre Mère, Gaïa.

 Celui qui s'était révolté contre les religions naturelles aura alors fini son sale travail de dé-création, par delà toute destruction.



Chez les animaux, ni omerta ni intégrisme, ni haine : on dirait qu'ils préfèrent simplement tous disparaître avec leur milieu plutôt que s'adapter, au mal, comme nous. On sait que certaines espèces se suicident collectivement sans angoisse apparente, en famille, si on peut dire. Qu'est-ce qui les y pousse ? D'autres préfèrent se laisser mourir de faim ou ronger la patte prise au piège (…) D'un autre côté ils savent fuir longtemps à l'avance de grands dangers comme les cataclysmes, les feux (…) Tout est mystère vivant du vivant ordinaire, silence et chant, bien à leur place éternelle. Et pourtant, comme ils sont si loin d'être des automates, comme nous !



Il y a aussi quelque chose de particulièrement émouvant chez ces soit-disant non « civilisés », c'est leur façon solitaire et retirée de mourir. Une façon si courageuse d'accepter la fin. Ce n'est sans doute qu'une apparence trompeuse : ils vivent apparemment aussi de cette façon, mais nous ne pouvons pas le savoir, sauf le jour mauvais qui ne peut que venir où ils finiront tous bagués et équipés de mini-caméras... comme nous.



Comment ne pas aimer d'autant plus, en attendant, le dernier grand mystère sacré de leur vie libre au milieu du bruit et de la fureur des humains, qui paradoxalement les font prendre par les imbéciles positivistes pour de pures machines de vie. On ne peut que les aimer d'un amour qui leur ressemble en attendant la fin du monde, d'un amour muet comme était celui de la mère d'un Camus, celle qu'il préférait à la "justice".




jeudi 2 octobre 2014

DEUX ENFANTS



Cette vieille dame si droite et si naïve, si sensible aussi, n'avait jamais dévié de ses principes. Sa vie durant, qui dura longtemps, elle défendit, dur comme fer, le système bourgeois de notre République dans ce qu'il avait hérité de meilleur de ces progressistes hugoliens du siècle 19, dont l'honnêteté faisait, au yeux des gens du peuple eux-mêmes, l'honneur de ces élites exemplaires dont parla si bien, en rendant cet honneur perdu à ce passé dépassé, un Bernanos. Qui aurait dit que seuls les enfants savent donner.



Elle vécut, dans sa foi du charbonnier, sans jamais douter un seul instant de la valeur de ses valeurs, une magnifique et sereine vie de hussarde amazone ordinaire. Traversant la dernière guerre comme une sorte d'épreuve terrible et malheureuse, mais dont l'issue gaullienne avait rendu au pays de France une gloire à hauteur de sa culture et de son histoire.



Jamais elle ne voulut admettre ni la corruption ni le suicide d'un système qui lui procurait tant d'idéalisme fertile, volontaire et positif, presque aristocratique. Elle admirait beaucoup les amis Américains et aimait leur propagande d'Usine à Rêves d'un amour quasi-catholique, pour une protestante pur jus descendant de sa montagne, nette immaculée.



Mais en 1999, quelques mois avant de mourir, elle émit le souhait – qui fut parfaitement exhaussé – de ne pas voir le siècle 21 : elle disait qu'elle ne comprenait pas le monde que nous avions fabriqué et qu'il lui faisait peur, qu'elle ne s'y reconnaissait pas : elle n'était, sans aucun doute, pas naïve au point de ne pas voir la trahison qu'apportait ce monde rêvé dans le triple zéro de ses progrès avancés.



Elle ne voulait pas voir l'an 2000. Mais elle mentait de toute la sublime, discrète et excusable coquetterie de son âge avancé à elle, quand elle faisait passer son refus sur le compte de la fatigue de vivre. Bien sûr, sa fatigue était immense, mais comment reconnaître, non pas s'être trompé, mais l'avoir été toute sa vie pour le meilleur de ce qu'elle avait pu donner ?



Son très jésuitique mari, qui mourut bien avant elle, était, à sa façon, une sorte de parfait cathare catholicisé, aimant répéter la formule quasi rituelle selon laquelle il sera beaucoup demandé à ceux à qui il a été beaucoup donné. Heureusement pour lui qu'il vit encore moins qu'elle le monde qui venait, un monde où donner est toujours trop demander : il serait probablement mort de chagrin devant une telle négation de son impeccable logique, aussi sûrement brûlé de l'intérieur que ses ancêtres le furent, eux, pour elle, à l'extérieur.