samedi 29 novembre 2014

CHASSE AUX IDÉES VIRALES # 1 L'ODEUR DE GROUCHO



Avertissement : La chasse aux idées virales est une discipline de l'esprit, proche de l'humour zen, fondée dans les années 70 par l'humoriste motard Coluche, assassiné d'un coup de portière de camion.

Dialogue imaginaire sur le Titanic :


"Les pauvres sont des cons, responsables de leur malheur, pour ne pas travailler à acheter moins cher un monde en solde, ni à se vendre moins cher au premier marchand d'hommes venu. Leur responsabilité éthique protestante et économique libre dans leur propre malheur est patente et inacceptable pour une société de marché avancée."

Voilà une idée toxique qui circule beaucoup ces temps-ci dans la bouche des prétendues nouvelles élites gestionnaires du nouveau désordre mondial. Une idée qui rappelle au moins la cynique cruauté cinématographique d'un Groucho à son top.

   
Pour l'ironie du mot et d'un de ses sens non-encore neutralisé par le novlang transatlantique en vigueur, et donc toujours applicable en France au terme : « avancé », dans le domaine « temporel » du périssable, et contre le proverbe osé mais usé, prétendant que l'argent n'aurait pas d'odeur, nous dirons que cette avancée morale du temps marchand a toutes les caractéristiques idéologiquement malodorantes d'un Camembert "de luxe" obséquieusement servi grouillant d'asticots,  au Restaurant Social Libéral Potemkine, sensibles jusque dans l'escalier, monumental et tragique, à la poussette, cette odeur de sainteté économique conforme à la néo-nazification en cours des esprits.
 





vendredi 28 novembre 2014

MOHICANS D'EUROPE



Ne pas abandonner la culture de nos pères. La Culture-Mère. Même et surtout corrompue ou décadente. Les raisons de la corruption ont des raisons que la raison ignore, comme tout ce qui nous dépasse. Le désir juvénile de pureté, contrebalançant celui de délinquance, tout en le rejoignant, manipulé par de vieilles mains sales, confronté à une corruption virale devenue chronique, devient noyau dur d'un nihilisme mou prenant prétexte du cynisme moral des voyous du monde pour jeter le bébé avec l'eau souillée des ancêtres. Mollesse du rien, celle qui lâche et amène logiquement à nier les valeurs éternelles, à travers l'abandon, la non-assistance et la non-obligation.

Les derniers Mohicans d'Europe préféreront la misère, les camps, la torture ou la mort à la lâcheté sociale d'un système sans valeur ni sens. Une culture remplacée est un peuple mort. Mieux vaut le génocide réel que culturel. Raison pour laquelle on meurt, non pour les idées de la chanson de l'anarchiste, mais pour les vraies valeurs. Celles d'un Giono. Résistance non-violente à une dégradante collaboration, dignité d'une personne humaine préservée jusque dans, ou par la mort même. Aujourd'hui, d'ores et déjà, un bon jour pour mourir. Absence de peur de traverser le miroir des images chez ceux qui n'ont jamais imaginé cette peur-là. Aimer la vie au point de ne pas la trahir en cherchant indûment à la conserver. Monde animal non modifié, exemple de pure noblesse, valeur de nature cachée.

Ils vendront chèrement leur symbolique peau, leur esprit n'est pas à vendre. Grand Esprit gréco-celtique-chrétien d'Occident, Culture-Mère dont la lumière unique mesure l'humain jusque dans le plus qu'humain. Ils n'oublieront pas la culture de leurs pères dévorés pour et par le rêve doré du pays d'où l'on ne revient pas. Aube à la pâleur massive de mort vive. Le royaume souterrain de nos morts, lui, aura les couleurs perdues d'un monde rétabli dans sa mémoire immaculée, celle qu'on oublie pas : amnésie provisoire ouverte du secret des peuples les plus humbles, culture non écrite, toute Histoire vraie. Nos esprits parcourront labyrinthes, catacombes et ossuaires de la Grande Guerre contre la Parole le temps qu'il faudra aux langues pour refleurir des choses. La montagne des images n'empêchera pas le printemps des cycles de percer, comme l'eau des citernes, l'étanchéité du joint le plus serré.

Le temps est un espace fin dont les mailles ont des ficelles trop grosses pour la corde raide : le fil du rasoir est un chemin de cimes subtil menant aux saints héros anciens de l'ordinaire ultra sécularisé des temps futurs. Sur le chemin miné, ils avanceront, déterminés face aux machines, sans idées ni pensées, ni plus rien d'humain qui ne soit supérieur. Jeunesse libérée des bestialités intellectuelles comme de l'angélisme des religions d'extermination massive. Quand l'âme-mère des Anciens sort et s'élève d'un Temps soumis, au point où l'aube perce l'obscur réduit, pour l'ouvrir, par delà l'arène hurlante du temple sacrificiel, sur l'infini des mondes niés et reniés, celui des cultures -mères englouties, dont la béance de l'amour défie le néant des heures.







dimanche 23 novembre 2014

LA VÉRITÉ # 3 DE SOURCE






La vérité n'est pas le sommeil du « juste » dans ses certitudes conquises, encore moins le doute inquiet du relativisme triomphant. Le mensonge est toujours acquis, lui, quand il se leurre avec méthode. La vérité n'est ni confession catholique, ni strip-tease protestant, ni dépouille antique ni maquillage frais.

Elle est paix de l'âme au combat, ni juste milieu ni calculée, ni dionysiaque. Équilibre des contraires, sans choix, prise en compte sans compter, ni dialectique jésuitique. Ne fait pas la guerre ou la paix, elle part en paix à partir de la paix. Elle ne fait pas de comptes, elle les rend possibles ou impossibles.

La vérité permet d'aimer absolument, sans posséder ni déposséder, à chaque instant, par delà rationalisme et ultra-violence, sans les combattre, en les dépassant sans cesse, les rendant à leur mesure et démesure. Ni établie ni déstabilisée : elle se contente d'être dans l'espace-temps, sans lui appartenir ni le renier.

Elle est continuité dans la discontinuité des jours et des temps, reflet infini face aux questions et aux réponses, aux défis faits ou défaits dans son esprit, dans la vertigineuse négation et la lumineuse ouverture, croisées, métissées, tissées, de son éternité non contradictoirement unie et séparée.







mercredi 19 novembre 2014

VICHY REQUIEM




« Refuser le changement est une souffrance que nous nous imposons nous-mêmes » aboient les nouveaux chiens de garde de la modernité triomphante au troupeau en route vers l'abattoir encore lointain, dans ces wagons plombés du dernier train du soir crépusculaire, tombant de fatigue sous la haine froide des bouches nominalistes molles aux commandes médiatiques, sous une pluie battante d'insultes voilées et de mépris en dégradé tout autour. Vichy requiem.

Accepter le changement nous donne une opportunité de vie patriotique nouvelle où nous nous sentirons mieux dans notre peau et mieux compris. Acceptons la réalité d'un monde qui bouge et tout ira mieux, en attendant mieux. Il faut rejeter le passé, l'ignorer, le dévaloriser, le brader, le sacrifier joyeusement, l'oublier, le ridiculiser, le maudire, le diaboliser. Il faut tout changer en nous. Changer ou mourir de faim, à petit feu. Brûler ce que nous aimons, ou mourir. Qui veut mourir ? Les vocations se font rares en ces temps noirs. Acceptez tant qu'il est encore temps... Ne soyez pas candidats au suicide, ne soyez pas fanatiques ou extrémistes de vous-mêmes. Ne vous rendez-vous pas coupable d'être ce que vous êtes : changez d'attitude ! Changez de chemise ! Coopérez, concessionez ! Soyez réalistes ! Vendez tout ! Ne gardez rien ! Bradez-vous !

Nous sommes seuls responsables de nos propres difficultés, si nous ne suivons pas les changements dans lequel nous vivons aujourd'hui. Nous devons travailler sur nous-mêmes pour nous changer plutôt que de vouloir que le monde change et s'adapte à nous ; c'est à nous de nous adapter aux réalités nouvelles. Le monde n'est pas statique, mais en perpétuel devenir, l'équilibre est instable, rien n'est jamais acquis, nous devons nous remettre en question en permanence pour pouvoir suivre le cours des évènements mondiaux actuels. Tout est relatif, pas de certitude établie, il n'y a que des vérités dynamiques, en mouvement perpétuel, la vérité est mouvante. Nous devons accepter ce fait accompli de nos sociétés modernes, les avancées et les victoires du progrès, en travaillant à notre propre adaptation, à notre rééducation.

Vouloir changer le monde est prétexte à immobilisme, à conservatisme, à rigidité et à ne rien faire, à ne pas changer vous-mêmes. Une révolution nationale et internationale est en nous-mêmes, non à l'extérieur, qui lui, est révolutionnaire par définition, par équilibre instable, toujours à rétablir dans sa marche en avant perpétuelle.

Refuser le changement est une souffrance inutile que nous nous infligeons : toute résistance est inutile, rendez-vous à l'évidence d'un monde que personne ne maîtrise, mais qui a gagné et qui nous fait tous avancer. Accepter le changement c'est accepter de comprendre et d'être en phase avec un monde qui bouge. Il faut dénoncer le statique, l'immobilisme, l'équilibre, l'harmonie, la mesure, la règle, la tradition, le sens, la raison, les certitudes, la vérité, la clarté, la simplicité, l'homogénéité, la solidarité, le mensonge de ce qui est établi, stabilisé, dépassement du devenir et de l'incertain. Il faut casser la culture de l'être. Réveillez-vous ! Révoltez-vous ! Indignez-vous ! Changez-vous !

Il y a peu tous voulaient le changement. Mais il fallait laisser du temps au temps : le monde ne s'était pas fait en une journée, le Bon Dieu lui-même, pour sa création ... Et puis, on ne pouvait changer tout sans savoir quoi mettre à la place. Il n'était pas raisonnable de changer pour changer. Il fallait être réaliste, tenir compte des équilibres en place, de la stabilité du monde. Il ne fallait pas s'agiter, courir après des rêves, mais rester les pieds sur terre, réfléchir avant d'agir ou de changer quoi que ce soit. Ne pas se laisser déstabiliser par des idées venues d'ailleurs, toutes belles et nouvelles, mais dont on ne connaissait pas les risques, les dangers, les implications, les conséquences inévitables, la face cachée. On préférait tenir que courir : un bon « tiens » valait mieux que « tu l'auras ». On se méfait qu'on nous fasse pas prendre des vessies pour des lanternes, l'ombre pour la proie.

On préférait vieillir d'abord et voir après, en se fiant à l'expérience, à la maîtrise d'un long et patient apprentissage permettant de bien voir toutes les données des problèmes.
On s'en tenait au bon vieux bon sens du bon vieux temps pour maintenir un cap, et l'on n'acceptait de changement que dans la continuité. Mais Dieu est mort depuis longtemps, savez-vous. Maintenant il faut rajeunir d'abord pour un monde nouveau, « émergent ».

Quelques uns ont commencé à s'apercevoir que c'était plus pareil, que plus c'était pareil, plus ça changeait, pendant que d'autres constataient l'inverse. Changement et non-changement ont fini par revenir au même. Du « on ne change rien », on passait au « on change tout », et au « ça change tout le temps », avant de comprendre, enfin, que c'était nous-mêmes qui devions changer tout le temps, dans un monde où rien ne changeait, sous couvert de changer tout le temps, à force de changer, puisque les résultats de tout étaient invariablement les mêmes.

Du « on ne se change pas », on est passé au « on se change très bien tout ». D'avis, de travail, de valeurs, de façon de voir, de style, de tête, d'habitudes, d'idées, de coin, de références, de cadre, d'amis, de famille, de pays, de personnalité, d'orientations diverses, de centres d'intérêts, de culture, de religion, bref de tout. Du coup on ne fait plus rien que tout changer en permanence sans plus rien mettre dans ce tout, pas même soi-même : inutile, dangereux, trop cher, contre-productif, ringard !

Pour quelques uns encore, mais pour combien de temps, nul ne le sait, tous ces changements sont et ne sont qu'une souffrance immense, une sorte de trahison et d'absurdité, de déracinement, d'arrachement, de malheur, de perte de soi, d'une culture, d'un monde, de repères, de valeurs, d'équilibre, d'humanité, de vérité, de force, de confiance, d'amour, d'énergie, d'intelligence et de créativité.

C'est à ceux-là, nos frères, nos parents, que l'on intime l'impératif moral du changement. Cette humiliation suprême, c'est sur leurs épaules meurtries, brisées comme celles d'un Poilu de 14 en marche forcée, que l'on fait peser toute cette sale responsabilité morale nauséabonde, et toute cette pression égoïste-collective de survie aveugle pendant occupation, des retards, des échecs, des inerties, des résistances, des refus, des insoumissions, des incapacités et impuissances, des défaites et des trahisons. L'urgence de tout l'argent sale du monde les tuera sans que personne ne bouge justement, là, dans l'immobilisme moral le plus répugnant, celui de la peur et de la collaboration.

Ceux-là, que nous ne cesserons d'aimer, de respecter et de soutenir, d'honorer, il est de notre devoir de les accompagner jusqu'au bout de la nuit d'un siècle agenouillé dans la boue, sont les boucs-émissaires d'une chasse au sorcières nouvelle : les inadaptés du changement, facteurs désignés d'improductivité, de coût supplémentaire, d'assistanat inadmissible, d'avantages indus, de partages iniques et insupportables de charges, comme tous les inutiles de la terre, ces damnés qui plombent une société qui gagne la guerre des marchés, des points de croissance, qui se bat pour être devant, à la pointe du progrès et de l'innovation, ces magiciens imaginaires qui font vivre tout le monde avant d'enrichir justement ces humanistes libéraux qui nous dirigent heureusement vers leur monde meilleur.

Ces inadaptés tombent évidemment malades de leur propre incapacité chronique, naturellement liée à un refus inconscient, ou en toute conscience, à se vendre au marché militarisé du travail. La façon de leur faire comprendre l'impératif absolu non avoué : « marche ou crève », doit aujourd'hui se garder de tout autoritarisme, mais emporter leur conviction, leur intime conviction. 

Il faut les responsabiliser, les pousser au résultat sur eux-mêmes, les aider à marcher sur leur dignité périmée pour parvenir à avancer comme tout le monde, sans se poser de questions, sans réfléchir, sans tenir compte de ce qu'ils sont ou ont été, mais de ce qu'ils doivent devenir. Seul compte la projection effective de leurs objectifs de changement pour être acceptés dans le mouvement de troupes récupérables en marche vers l'avenir radieux d'un grand bonheur collectif sans nous ni personne

Un bonheur anonyme, instable, invisible et virtuel, au milieu du grand feu sacrificiel technicien de la Solution Finale, sans chant ni corbeau ni ami ni oreille.




mardi 18 novembre 2014

LA VÉRITÉ # 2 LES INVERSEURS




Les imposteurs extrémisent pour réduire au dilemme ce qui est clair, au mensonge utile la peur de la vérité, à l'aliénation la vraie culture trahie, la raison commune au hors la loi, la sagesse à la réaction, la force intérieure au conformisme, le crime au bien commun et la liberté au crime.




TOMBÉS SUR LA TÊTE




Rééduquer des gamins décapiteurs ? Pourquoi n'a t-on jamais pensé, aussi, à rééduquer ces anciens gamins, usés par l'erreur nazie, figurant parmi les grands responsables assis sur les bancs du tribunal de Nuremberg ? On se paie la tête de qui ? A t-on encore la sienne bien accrochée ? Ne l'a t-on pas déjà symboliquement perdue ? Qu'on en retourne certains : peut-être. Qu'on ramène de force, ou par tout moyen vraiment convainquant et sans barbarie aucune –, au service d'un minimum de réalité humaine, ceux qui sont « récupérables », au sens noble du terme, bien sûr ! Qu'on ramène ceux-là à la raison et au bonheur d'une réparation rédemptrice susceptible de sauver -racheter des vies et des équilibres, naturellement !



Mais on ne respecte pas un ennemi qui ne respecte rien en le faisant passer pour fou : l'ennemi est la folie d'inhumanité de gamins décapiteurs en soi et en eux, mais après et à la suite de ceux, ennemis majeurs de l'intérieur et de l'extérieur, qui ont inoculé, ou greffé savamment cette démence fasciste à leur relative innocence perdue. Ces derniers manipulateurs devant évidemment être plus redevables de comptes que les bas exécuteurs corrompus qui horrifient tant. Ce sont eux qui ont d'abord perdu la tête et réclament celle des autres pour faire bonne démesure.



Ceux-là sont les premiers criminels de guerre contre l'humanité dans leur responsabilité morale et intellectuelle, et leur triste peine ne peut en aucun cas être minimisée par rapport à ceux assis à Nuremberg figurant comme non embrigadés, mais embrigadeurs du crime planifié idéologiquement. La tête du poisson chinois doit être tranchée dès le départ, pour que des adolescents-bouchers ne tranchent plus celles qu'on leur désigne, à partir de celles  demandées dès du commencement théorique.



Comme le précisait Simone Weil, il y a bien une responsabilité morale incontournable sur le plan intellectuel, responsabilité absolue dont personne, imprescriptiblement, ne devrait jamais être exonéré, quelque soit son niveau de pouvoir intellectuel. 

Tant que nous ne viendrons pas à cette certitude de base, aucun moyen ne sera jamais trouvé qui puisse s'accorder au devoir absolu d'humanité exigé par nos vraies valeurs. Le propre de ceux ayant perdu la tête étant de ne pas voir comment (…). Weil toujours : l'humanité ne peut être une valeur ou un devoir « normal » : c'est une obligation absolue, sans relativisation possible, celle qui permet, justement de nous maintenir comme humain envers (et face à lui) qui l'autre est tenu à l'humanité.



Cette obligation est capitale, sous peine de mort clinique morale, pour ses amants ordinaires et extraordinaires, et d'annulation du contrat d'humanité, pour tout triste fonctionnaire normal de la Vérité.



samedi 15 novembre 2014

PANURGIS





Un animateur radio du sud, apprécié pour son souci de « donner la parole aux gens », nous donne une belle boucle de l'absurde des temps, ce matin. Impeccable et implacable démonstration de notre moderne enfermement dehors comme aurait dit Dupontel, notre Buster Keaton des Temps Post-modernes .

Cette parole apparemment rendue aux gens, comme faveur insigne en temps d'omerta, comme fissure ellulienne ouvrant sur cette vérité sacrée disparue qui fut l'honneur passé, parmi d'autres, de notre peuple au sommet d'une gloire ordinaire, confisquée, ici, par le pouvoir même des machines censées la lui restituer et l'amplifier authentiquement comme jamais, dans une ironie dont la hauteur vertigineuse tient plus du gouffre et de la chute que du sommet de la bêtise organisée. Puisque le système nous enferme bien hors du monde et de tout, comme une abstraction purifiée de notre trop humaine condition.

Coup de sonde habituel donc, plein de bonnes intentions, dans une France profonde où se déroule l'évènement, autant extraordinairement lamentable que paniquant, pour une population invitée à rester chez elle, révélateur de la superficialité du système social engendré par celui de médias pure caisse de résonance, mécanique d'écho en chambre de représentation d'une réalité où les nouvelles en boucle ne font qu'accélérer leur clôture répétitive, absurde et abstraite, face à un réel de plus en plus étrange et étranger à l'information, donc hostile à l'homme éduqué, l'information pur compte rendu, schéma d'elle-même. Qui rendra vraiment jamais la parole rendue folle, à elle-même, aux gens ? Le SDF de Dupontel, comme jadis celui de Charlot, sur une route traversée de haillons cruels et de sourires aux larmes ?

Mais revenons à nos moutons de Panurge. L'animateur interroge une personne sur l'évènement en train de se dérouler. La personne commence à parler des « rumeurs de la matinée » en temps réel, communiquant cet état d'esprit urgent, témoignant-communiquant autour des nouvelles vraies du direct improvisé, mais ne peut que répéter et rapporter, finalement, ces seules « rumeurs » dont il semble lui-même douter,  en même temps : l'homme qui a peut-être vu l'homme...

Sauf qu'au bout du compte, il s'avère que ce qui circule, ce qui est dit avoir été vua été dit d'abord à la radio comme ayant été vu par quelqu'un du coin : c'est comme ça qu'on le sait, en tout cas... Plus on communique directement et plus on comprend que plus rien n'est avéré, dans un monde atomisé de ruines de guerre psycho-culturelle. Un univers virtuel, à la K. Dick, avec ses cercles concentriques mous, parallèles aux pavés dans la mare contre tout soit-disant pouvoir, tout autour du trou noir du réel. La boucle, le beau circuit fermé, le rat, actionnant le bouton à volonté, dans le déroulé de son rouleau de laboratoire du futur.

L'origine originale de la rumeur tue l'originel. Ne vivons-nous pas « une époque formidable », où pour aller d'un département à un autre il faut passer par Paris ? Les médias ne nous permettent-ils pas de communiquer entre nous, entre voisins, ou au sein d'une même famille sous l'autorité d'un médiateur neutralisant ? On peut même apprendre son licenciement en direct à la télé, sans avoir à perdre son temps à chercher à voir son patron avec l'envie éventuelle de « taper », comme dans Obélix. Sauf que là, en général, il s'agit rarement, malheureusement, d'une rumeur plus ou moins fondée. Pour une fois qui devient de plus en plus coutume, elle est au service d'une vérité qu'on ne cherchait pas à rencontrer vraiment, dans un sens indirect.

Le direct, si prisé des médias, interdit bien le contact direct immédiat, finalement. Et qu'on en parle à son patron, à son voisin ou même à sa femme, puisqu'il n'est plus jamais sûr que sachions le faire, ni que nous ne nous trompions pas de vérité, par mégarde ou manque de discernement. C'est le SDF d'Enfermé dehors essayant de parler au Commissariat : ce qu'il dit dépend de sa tenue, inaudible puisqu'illisible, illettrée en soi, irrationnelle. La pédagogie médiatique est remarquable en ceci qu'elle nous apprend à penser aussi bien qu'à dire « comme il faut » « ce qu'il faut en penser » en écartant soigneusement le reste, par mesure, conforme et implicite comme la loi d'opinion, de précaution. La cruauté est dans ce soin automatisé de bien-pensance.

Si les scientifiques sont un nouveau clergé, ils ne sont pas les seuls peupler ce nouveau beau monde : il y a tout un système clérical d'information moderne inédit, aussi discret que la sainte trinité maçonnique, avec entrisme dans les moeurs d'en haut et d'en bas, une sorte de pseudo magistère « spirituel » masqué, moral-social, internationaliste rationaliste médiatique d'affichage, totalement irrationnel aliénant dans ses œuvres (au sens protestant) en temps réel continu travaillant au corps ému chaque îlot « local » mondial, sous surveillance mentale et sentimentale lointaine rapprochée des meilleurs services secrets.

Mais la suprême ironie anéantissante de l'Histoire est qu'il n'y a plus que des mensonges à vérifier par des faussaires-contrôleurs, depuis qu'on a noyé la vérité dans le puits de science. Du Kafka dans le texte de son Procès, étrangement oublié. Du Orwell de Police de la Pensée, bureaux des Ministères du Bonheur, de l'Optimisme et de la Bonne Humeur informés. Puisque la science peut tout fabriquer, faire croire et fonctionner, en tout cas, c'est ce que dit la rumeur vérifiable appelée opinion publique, celle qui remplace un peuple qui parlait haut et fort il y a si peu encore.

Ce peuple premier, ce peuple oublié remplacé, c'était hier, cet hier qui fait regretter, la magnifique, la splendide et joyeuse bêtise célinienne de ses bon sens et sentiments, sa liberté d'Ignorant volontaire, au sens primaire prémédité. Peuple d'en bas, mais d'avant la Chute, d'avant l'abîme, forgé aux flammes d'une lucidité brute de décoffrage face aux « docteurs » de Bernanos, ceux de 14, ceux qu'on fait semblant de commémorer pour un meilleurs bon débarras définitif : il faut apprendre aussi, nous dit-on, par de médiatiques musées et émissions, à leurs descendants directs, non ce qu'ils, mais comment ils étaient. Tellement comme il faut, ces Poilus puants dans leur trous de boue nationale.



 

Ces hommes trop humains, dans la violence vraie de mots, aujourd'hui, pour un oui, pour un non, justiciables. Le vrai devoir de mémoire, c'est de continuer à parler comme eux, sans concession, sans réfléchir, dans l'immédiat pré-médiatique de l'humain, sans avoir besoin qu'on nous explique la beauté sensuelle-spirituelle d'une langue libre bien née à sa culture. Avant qu'il soit trop tard. Ces hommes étaient nous, avant nous, descendants de leurs hauteurs ordinaires d'une humanité simple comme un ancien boulet de charbon, foi du charbonnier, à l'image personnelle liée à l'intérieur de chacun. Avant, au sens d'avant le passé, d'en avant du passé à venir. Du passage normalisé à l'image construite, sociale-matérielle, du boulet de canon et de son vent vain et vide. Ce passage qui nous jette hors du monde « d'un coup d'un seul », disait le père de mon père, et de la vraie vie des gens, sans plus de parole : l'oubli programmé de ce que nous sommes.

mercredi 12 novembre 2014

LE MUR DU POSSIBLE






LE MUR DU POSSIBLE


LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN 3



LE MUR DU POSSIBLE ET LA VOIE ROYALE DU PERMIS



Comme l'avait fait Kerouac avant tout le monde, il faut revenir un peu à Dostoïevski, cet immense génie interrogeant un monde moderne en gestation – surtout par ses intuitions rationnelles, déjà remarquées par Camus. Dosto, que le gouvernement russe est en train d'essayer d'interdire dans les écoles et les bibliothèques. Y revenir pour saluer sa lucidité très simple sur l'avenir de l'Occident et du monde.

« Si Dieu n'existe pas, tout est permis. »
Il faut développer en sortant des ornières religieuses-moralistes des doxa. Ou tout est permis ou tout ne l'est pas, et si oui ou non, pourquoi. Saluons donc d'abord ces anarchistes scientifiques chrétiens russes exterminés au début du siècle 20, désormais anonymes, et donc encore plus beaux, ces possibles qui ne furent pas permis. Frères dans le temps, assassinés sur ordre de qui, obéissant à qui, loin de là ? C'est que non seulement leur possible à eux n'était pas rationnel, mais encore, conséquence ou cause (là et seulement là, il y a poule et oeuf, comme on le verra ultérieurement), il n'était nullement réaliste, au sens des affaires de ce monde.

Si tout n'est pas permis, tout n'est pas possible, et tout ce qui est possible n'est donc pas réalisable – contre la direction prise par la science technique moderne. Ou plutôt ce non-réalisable là, transgressé remet tout en question : derrière un prétendu progrès scientifique-technique se cache la régression, « l'évolution régressive » dont parlait déjà un Elysée Reclus.

Ce qui compte n'est pas l'épouvantail Dieu, ce sont les valeurs qu'il symbolise, laïcisées ou pas d'ailleurs, comme par exemple l'esprit et non la lettre des Droits imprescriptibles et universels de l'Homme, non chez leurs doctrinaires roués, mais dans l'esprit d'un peuple et ses sentiments, tous deux non étrangers à leur ancienne culture chrétienne. On peut penser à un Hugo aussi pour faire le lien entre esprits conscients et sentiments du cœur.

***

Il faut se tenir à un plan qui ne soit ni religieux ni philosophique ni scientifique, tout en les englobant, en les tenant tous sans en lâcher un, la vérité ne relevant pas des champs spécifiques du réalisme relativiste, mais d'une attitude d'esprit absolument ouverte et non séparée du monde dans sa diversité universelle incluse et interne, active et virtuelle dans les lois de la permanence de son être.

Il faut retrouver l'absolu du monde dans sa qualité pour préserver son intégrité. Absolu lié, organique et pour cela les contributions non alignées des sciences et des religions sont nécessaires en se séparant des logiques qui séparent, y compris pour les questions essentielles de morale et de transcendance ou de vérité. Les logique analytiques doivent cependant ne plus pouvoir s'appliquer que dans la relativité restreinte de champs respectifs pratiques et techniques irremplaçables mais absolument limités, sous contrôle d'une raison véritablement universelle, c'est à dire acceptant la part métaphysique essentielle d'une vérité directrice unifiée indiscutable, par delà toute réalité sensible dans ses instabilités pratiques.

Non l'indiscutabilité stupide et dangereuse du dogme, mais l'indiscutabilité de conviction non vérifiée, mais avérée par une parole et un engagement personnel social qui vaut et non valide, non par la logique, mais par l'exemple vivant ordinaire et extraordinaire et la visibilité inévitable, mais non recherchée, des fruits qui l'accompagnent. Un indiscutabilité du cœur aussi, puisque les sentiments traduisent non une sentimentalité psychologique, mais un instinct sûr, quand cette indiscutabilité est exclusivement (à l'exclusion de tout argument logique rationnel systémique) guidée par la vérité et son souci, respectée et honorée comme telle, comme ce fut le cas de certaines périodes pré-logiques et pré-techniques de notre immense histoire.

Ces sentiments et cette parole-là étant à la base de toute dignité des personnes dans leur relation globale au monde. Les périodes de décadences doivent au moins être maîtrisées, les leçons à tirer ne pouvant que remettre au moins au pouvoir intellectuel juste le rôle éternel joué par la vérité une et indivisible au sens analytique, pour le maintien d'une vie et d'une société digne de ce nom. L'épisode technicien de notre civilisation aura au moins montré, négativement, l'impossibilité absolue de s'écarter de toute chevalerie morale, intellectuelle et spirituelle, un peu comme dans « Excalibur » de John Boorman. Seule la parole spirituelle et humaine présente une garantie de vérité, de liberté et de dignité.

A un autre niveau, les leçons du Zen doivent être tirées autant en science qu'en spiritualité face au tout en paix dans tout, sous peine de prolonger les totalitarisme de pensée et d'attitude, sans parler d'autorité ou de pouvoir. Le centre de la réalité n'est nulle part, comme le pressentit le génie « hybride » de Pascal, dans son esprit de logique et de finesse.

Les machines ne doivent être que des outils matériels soumis au jugement critique, au tamis de la raison transcendante, celui qui laisse passer la lumière, et du cœur spirituel, sans autre considération que celle de la vérité humaine et de la réalité du monde qu'elle impactent, au départ et à terme. Réflexion qu'initia génialement en son temps Simone Weil à partir de l'expérience et de la pensée personnelle sociale, sans être, évidemment, écoutée. Mais la force de sa parole témoignante appartient au futur. Il faut briser l'entente abjecte des machines et leur congénitalité dégénérative-dépressive. Mais la briser dans l'esprit, le rationnel, pas comme des luddites, même joséboviens.

***

Il faut partir non du système et de ses contraintes, de ses données ou de sa « logique interne », mais de la personne humaine, comme sut le faire absolument Simone Weil dans " L'Enracinement ". Partir des besoins humains fondamentaux, des matériels pour aller vers les spirituels, et en ceci, le travail inégalé en intelligence humaine profonde qu'elle fit et légat au monde, et en particulier à la France Éternelle, est une arme (et un outil) chargée de futur, comme disait un poète espagnol en exil. Celui qui part du système est mort ou esclave en tant qu'humain. Simone, « Jeanne » et honneur de notre Culture, moniale laïque, dont l'anarchisme chrétien tremble comme une Voie Royale sous le soleil de Satan, ouvrant les Grandes Portes à deux battants pour la Sortie en armure de lumière au devant de l'éternel assiégeant Anglais. Le barbarie anglo-saxonne ne se combat pas avec les armes du sensible.

Les « problèmes » advenus et à venir ont toujours été liés au tout systémique, ou non systémique, puisque la nature n'est ni machinerie ni système. Totalitarismes, dialectiques instrumentalistes envahissantes (comme il y a des troubles envahissants du comportement), horizontalités technicistes sans limite, et toutes les formes de pathologies systémiques nouvelles à venir. Mais là où la nature ouverte réparait et restituait l'intégrité atteinte, l'enfermement du système technicien interdit tout retour en arrière, toute réparation humaine ou naturelle, puisque ces deux faces d'un même Être sont inexorablement liées au destin condamné de toute divinité, de tout mythe ou de toute parole, comme le montre si bien, définitivement, Ellul.

Ce que veut dire et désigne le « tout n'est pas permis » dostoïevskien, ce sont des limites aujourd'hui atteintes : écosystème, autodestruction, besoins et productions démesurés, pathologies envahissantes. Ces dérèglements globaux, jusqu'au climatique, sont la preuve et le résultat de « l'expérience » rationnelle systématique déraisonnable d'un monde « climatisé », justement : « maîtrisé et possédé » par l'homme cartésien « libéré » des contraintes de l'irrationnel et de l'ouverture verticale totale au risque de la noblesse et du sacrifice de soi – c'est à dire de la liberté et de la beauté spirituelles conquises au prix fort.

Saccage technique et artificialisation de la vie par et dans une logique infernale de puissance pure appliquée au tout et à tout, au profit arbitraire et fou du renforcement systématique de ce qui est permis par pure et simple absence de règle et et liquidation des limites, comme le discerna encore Ellul. Le possible contre ce qui est. Au lieu du vrai contre le vraisemblable, assimilé, contrefait, usurpé, violé en représentation. Cette solution finale de tout problème humain ou naturel est un anéantissement théorique, seulement et heureusement, dans la mesure où la vérité du monde n'est pas un résultat ou une application, mais un moteur immobile et sûrement pas un désir fou.

Comme pour la poule, l'oeuf en vérité a besoin d'être fécondé dans la poule, par le sens historique ou spirituel. Les cinq sens ne suffisent pas à produire celui d'une seule chose et encore moins d'un seul être. Le système n'est qu'une batterie de pondeuses stériles tout juste bonnes pour de l'omelette sociale, pas pour une humanité bonne. Le possible contre ce qui est ne sera jamais que la limite des possibilités possibles, pas de ce qui est possibilité de l'être ou d'être. Aucun faux possible ne peut dicter du vrai permis. Seul le vrai est possible, surtout le plus impossible et irrationnel : la raison ne construit pas le bon sens, elle ne fait jamais que le suivre, comme un singe savant ou mieux un perroquet dressé.


Article originellement publié sur http://www.pearltrees.com/darkhaiker/scientifique-technique-humain/id12678026







lundi 3 novembre 2014

LE DIABLE EN RIT ENCORE






Un gamin pacifique, aimant la nature, plus que son jeune confort consommateur moyen de masse, se fait tuer dans une manif « dégénérée » par des extrémistes. Tué par tir tendu de grenade « défensive », légitime aux yeux de beaucoup trop, puisque les forces de police décomptent plusieurs dizaines de blessés, qu'elles doivent maintenir l'ordre, et se « défendre » contre cette sorte de guerre sociale rampante que promeuvent les opposants violents à un projet de trop de plus. De belles légitimités, vite dites, des deux côtés, quand ces deux côtés font la politique.



L'une, comme violence étatique obligée et même nécessaire, pour les légalistes purs et durs, ne se discuterait pas : la fin ordonnée justifierait tous les moyens : à la guerre comme à la guerre civile. De l'autre côté, le progressiste en contre-pouvoir, quand il s'agit de fascistes dénoncés, tout est permis, même les flacons d'acide... parmi d'autres barbaries traditionnelles de rue. Ce ne serait qu'un Carnaval des Méchants sans la jeunesse, la vraie.



Une haine bien rationnelle des deux côtés, mais ce gamin, qui, sans doute, fervent botaniste dit-on, n'a pas supporté qu'on rase impunément une forêt, une de plus, sous prétexte de décisions démocratiques officielles progressistes au pouvoir, c'est à dire nécessairement truquées, d'une façon ou d'une autre, pour faire aboutir un projet contesté, apparemment démesuré. Il n'y a pas qu'en Amazonie qu'elles sont menacées, les forêts, c'est partout. Et même les arbres, presque chaque arbre, des forêts défrichées aux platanes des routes de France, en passant par ceux de centres villes obsédés par les m2 commerciaux.



Pourquoi des décisions truquées ? Parce beaucoup de gens, de plus en plus de gens, ne veulent plus qu'on sacrifie la nature, et surtout des arbres. Mais on ne les écoute pas : leurs arguments n'ont pas de valeur économique ou industrielle, ils ne visent qu'à défendre une culture qui a perdu, celle de peuples et d'une raison de tradition, de sagesse, de partage, d'équilibre et de respect globaux. Il ne s'agit pas de la « ressource naturelle » des spéculateurs, mais de nature, de milieu au sens strict, c'est à dire de référence existentielle autant qu'essentielle. Contre une culture urbaine industrielle de remplacement de milieu, une culture techniciste qui ne veut plus entendre parler ni de nature ni de nature humaine.



La mort de ce gamin innocent, mais conscient des enjeux, regrettable fatalité pour les uns, qui estiment excessif et irresponsable la forme de son engagement de manifester contre un chantier « commencé », et du même coup font peser sur son choix une sorte de suspicion de responsabilité irresponsable, frisant un soupçon de culpabilité diffuse mais subtile. Cette mort, vite devenue, comme à chaque fois, un enjeu pour le camp des victimes « martyrisées », est jetée en avant comme un crime, un assassinat froid et volontaire, ce qu'elle n'est sans doute pas, tout en étant bel et bien un irréparable meurtre légal autorisé.



Côté pouvoir, l'argument-massue amalgamique répété avec une satiété écoeurante, c'est celui de stopper des casseurs organisés, et leur violence nue et ouverte, par une violence supérieure plus aveugle encore, comme toujours. C'est la guerre à la guerre, la terreur à la terreur, l'éternelle rengaine de la puissance publique impuissante, sourde, aveugle et muette. Il y a les principes à chaque fois bafoués par les mêmes ordres irresponsables ou calculés, ce qui revient au même. Toujours les mêmes manipulations des foules grandes ou petites, la même psychologie des camps.



C'est la violence de principe de l'État dans sa défense présumée d'intérêts collectifs d'une majorité dite démocratiquement représentée... contre celle de défenseurs de zones menacées par la cupidité d'affairistes, minoritairement organisés et représentés aussi, même si cette minorité est bien souvent, au départ, non violente. Mais au départ seulement. L'indignation est captée, la révolte canalisée vers des symbolismes logiques de foire d'empoigne ou de bataille rangée contre des fonctionnaires de l'ordre et de la loi, militairement conditionnés, bridés et entraînés. Et les lois de la guerre sans principe reprennent leurs droits dans la majorité des esprits retournés, dans la complicité active ou passive, parfois de l'ignoble.



La violence canalise indignation et colère en exutoire obligé, comme une sublimation de sentiments les plus profonds, qui passent des principes aux actions et situations de masse, d'actualité ou de circonstances, au lieu de se traduire par des choix de vie personnels définitifs. 

Il y a un chantage à l'action, à la réaction : c'est le principe militaire-militant des rapports de forces dualisants, dilemmiques et binaires du « ou bien ou bien ». Le coup de « tous ceux qui sont contre » et de « ceux qui sont pour », avec ses stratégies et tactiques partagées et récupérées, selon d'où vient le vent, par les deux camps, sans parler des propagandes croisées.



Gandhi n'aurait certainement ni accepté ni validé aucune violence de son « camp », dans ses « actions », même s'il estimait que parfois, la violence peut être légitimité défensive, comme une guerre de résistance, ce que pas mal de « zadistes » d'ici ou là estiment faire, parfois avec une raison pleine et entière. Dans ce sens « extrême », on voit bien qu'il ne s'agit pas que de violence, mais d'une autre chose liée à des principes qui la dépassent, fort heureusement. Principes qu'observait strictement le père des luttes non-violentes et l'inspirateur de Martin Luther King, au même titre qu'un Thoreau.



Il y a une façon pacifique de s'opposer à, ou plutôt de refuser (un chantier ou un "projet"), mais il faut aller jusqu'au bout, risquer les coups, la haine, les blessures et sa vie, sans agressivité, mais fermement, de façon déterminée, sans se laisser enrager par la violence professionnelle psycho-physique du pouvoir d'en face, ni convaincre par sa logique pseudo économico-démocratique médiatisée. 

Cette résistance, ce boycott des logiques et ce refus civils ne sont pas compatibles avec un fanatisme militant de masse aveuglées ou des stratégies politiciennes de contestation intégrée (on conteste pour mieux faire faire autrement, sans s'opposer sur le principe de ne pas faire du tout, puisque tout est relatif au système unique).



Il y a un mépris des principes dans les deux camps : leur morale, bassement utilitariste-systémique – surtout quand il s'agit de défendre des principes respectables, est la même. Le but et le moyens sont quasiment les mêmes : seules deux théories différentes, visant un même objectif de pouvoir rationnel sur le monde et les esprits, s'opposent, dans des logiques parallèles comme deux rails idéologiques systémiques.



Ce qui ne veut absolument pas dire que tous se valent : au contraire, c'est leurs différences que l'on égalise en mobilisant chacun sur un mot d'ordre-chiffon-rouge, fabriqué à partir de vraies convictions souvent, celles d'un monde coupé en deux : l'ancien et le nouveau, où le nouveau s'arrange toujours pour que le vieux monde, méthodiquement frustré de ses droits, et refoulé de son honneur, lui coure après, comme derrière une fille facile, avec une violence d'indigné indigne.



Vers le même trou béant, – gluant – diraient certains homosexuels haineux, théorisant leur ressentiment fielleux envers le féminin fascinant-fascisant le monde de la puissance, plus obsédés encore que le commun des malades sexuels par l'envie égalitariste concurrentielle inoculée à même leur surface sentimentale primaire, trop longtemps niée par le système pour revenir au respect le plus élémentaire de la mère, même la plus désaxée, côté construction sociale contre-humaine.

Quand on patauge dans la bassesse, la tête prend la place du fondement, la chute est sans fond. A ce niveau, interviennent les provocateurs de tous poils, payés indifféremment par les deux camps : ces casseurs, parfois les plus bas criminels qu'on puisse trouver en solde, font avancer ou reculer les mouvements, c'est selon. 1789, 1917, 1968 , dates qui résonnent étrangement à nos oreilles, quand on examine ces éléments là, payés toujours autant par une police efficace que par d'incorruptibles vertus . Peu importe le flacon ou le con...



Un jeune homme vient d'être tué dans une histoire de barrage, celui qui meurt, en général d'overdose compensatoire de cet idéalisme héroïque admirable qui nous manque tellement après, que nous ne pouvons même plus vivre vivants, dès que nous perdons le pucelage de notre esprit d'enfant, le bernanosien ; celui qui meurt pour des idées, comme disait Brassens, n'est pas seulement victime des acteurs actifs de la "circonstance", comme il est bien trop simple de le croire et de le dire sur les toits médiatiques.



Personne n'a raison dans une vraie maison de fous livrés à eux-mêmes. L'idéalisme n'est pas compatible avec les réalismes qui s'opposent dans un bordel sadien conventionnel de guerre intestine larvée...

Les "réalistes" professionnels de la contestation et de la révolte, rationnellement organisés, deviennent les sectaires de  redoutables sectes en action, en imposition mentale, à la manœuvre et manipulation de cœurs purs et innocents, jetés, vierges, au milieu du grand rut criminel collectif de la basse cuisine politicienne d'opposition, acceptant ignomineusement que des éléments incontrôlés viennent leur apporter, par leur bonne barbarie autorisée, des sensations lâchées et des victoires abjectes, propulsant ces amants enragés du réel extasié au 7ème ciel de la défonce psycho-politique ou psycho-critique, dans leur irrésistible élan de prophètes patentés ou de maquereaux officiels des idées nouvelles

Les bavures seront imputées au fascistes de l'autre camp, désarmés dans leur esprit de justice officielle par la grâce du sacrifice au dieu de la plus forte raison marginale, bien séparée du mal à conjurer. Comme par un cordon sanitaire de pestiférés à abattre. Dieu reconnaitra les siens...



Nous avons mal à ce jeune homme, comme à un fils, plus bêtement que méchamment sacrifié -- pour rien. La corruption ne rapporte rien, et même moins que rien. Quand dans le camp des anges, on fait la bête, c'est pire que la bestialité dénoncée des malades systémiques. C'est un gamin qu'on tue aussi, notre gamin, bien plus que notre pauvre chair, c'est notre esprit qu'on trahit, plus loin que le plus bas, par un défi plus criminel que le crime le plus "sauvage"

A patauger dans la haine et la propagande, nous fabriquons sans fin une montagne de honte qui dégoûte même le larron criminel ordinaire. Le Diable, sans doute, rit encore de ce sang si frais, encore si pur, abreuvant les misérables sillons de nos illusions perdues..

 Jamais nous ne remonterons la pente sans une guerre à l'horreur et la cruauté malheureusement la plus inédite. Ainsi, Bernanos avait tristement raison, quand après avoir vécu 14 comme une apocalypse ordinaire radicale, il déclarait, sans l'ombre d'une provocation, hélas, que "la souffrance est une merveille". Sous le Soleil de Satan l'aveugle est roi.