dimanche 26 avril 2015

L'ORIGINEL ET L'ORIGINAL


Texte initialement publié comme commentaire du post :
Identité(s) nationale(s)




Qu'on ne puisse rien effacer de son histoire, en tant que peuple, voilà bien une vérité qui mérite d'être soulignée pour ceux qui oublient que l'histoire, comme la Création ou le Monde, dont elle est autant une expression particulière que celle d'hommes et de femmes d'un pays nationalisé précis, ne s'arrête jamais : elle est un univers en expansion depuis le début d'un cycle comprenant aussi les autres, donc depuis l'éternité.

Maintenant, définir « les identités nationales » est chose bien difficile, même si en périodes de crises il y a des nécessités dialectiques, en quelque sorte. Dialectiques parce qu'il semble bien qu'elles soient culturelles d'abord, et que la guerre culturelle devienne, malheureusement, le fait essentiel d'une modernité cherchant à redistribuer mondialement les cartes, en vertu de seuls intérêts dits « supérieurs », connus de tous, autorisant, depuis le début, tellement de barbaries au nom de sa civilisation industrielle.

Il est évident qu'une évolution qui ne tient pas compte de ce qui évolue ne ressemble pas à grand -chose. Le noyau primordial, au sens d'originel et d'essentiel à la fois. Nul peuple qui se respecte encore ne peut, sans doute, accepter la réécriture de son histoire, première négation culturelle, déracinement inacceptable en soi au niveau le plus élémentaire de la personne humaine. 

C'est pourquoi une certaine mondialisation culturelle cherche autant à éliminer les peuples que les personnes d'origine : les native en Amérique en furent un bel exemple, natifs d'origine et de culture d'un pays. Les indigènes, les autochtones, les aborigènes, les paysans européens (...) bref les fruits naturels humains d'un pays, au sens du mot « paysan », qui fonctionne aussi en sens inverse : celui qui modèle par son travail, sa culture, sa présence, le paysage.

Dans un monde qui soit disant « bouge », les lignes de colonisation nouvelles n'ont jamais cessé de fluctuer, c'est vrai, au gré des influences et des violences, et sans doute, il faut bien que tout respire d'un certain mouvement, que les échanges et flux vitaux se fassent, mais de là à re-brasser sans cesse la et les cartes « démographiques », selon un jeu d'échec lié aux cours et aux coup de la bourse, par exemple, organiser des famines, des guerres, des révolutions, des "redistributions" politico-commerciales (…) il y a toute une belle différence, évidemment. 

Brouiller, battre et rebattre enfin sans cesse toute ces cartes, c'est la cerise sanglante sur le gâteau d'une information corrompue, d'une « culture » de gangsters.

C'est pourquoi seuls les principes comptent, au sens non-comptable : ils sont les liens directs concrets à nos origines, et c'est bien pourquoi tout est fait pour dynamiter toute tradition, rétrograde en soi. Ici, certains peuples qui n'ont pas beaucoup d'histoire, mais de puissance matérielle, sont évidemment en position de force dans ce jeu de massacre pour l'hégémonie. Là, d'autres, « ascétiquement » enracinés dans la leur, participent pourtant au massacre : ce n'est pas leur culture qui est menacée, au contraire, la civilisation maritime est adaptée au pillage des continentales.

On peut discuter de l'identification de l'identité aux origines : les origines elles, ne sont pas statiques, elles sont cycliques : elles apparaissent et évoluent en conservant des éléments immuables dans leur devenir même, qui s'avère, s'il est authentique, développement nécessaire et naturel.

Par contre, les origines sont cohérentes, aussi têtues que l'histoire, ce qui est bien normal, sinon il y aurait quelque incompréhensible hasard dans leurs sources, et il n'y a bien que le mondes des affaires qui semble croire, quand la chose prétend s'imposer, à une sorte de hasard d'interchangeabilité dans ses stratégies de communautarisation commerciale de démocratie du même nom.

La raison comme le cœur ne peuvent évidemment pas s'accommoder de ce genre de superstition rationnelle affairiste, quand celle-ci prétend pouvoir toucher au cœur de peuples-familles : leur culture, la culture qui les a humainement constitués dans leurs qualités profondes. 

La question, posée depuis longtemps, et qui revient en force au fur et à mesure de l'anarchie destructrice consommatoire qui nous envahit, est bien celle des limites de la manipulation des cultures et, dans ce sens, celle de la disparition de leurs espèces menacées. C'est pourquoi celui qui ne prétend défendre que son identité propre peut devenir son involontaire destructeur futur, s'il ne défend pas, en même temps, toute destruction correspondante chez l'autre, le différent chez lui, dans le même mouvement finalement impersonnel et inactuel. Chaque spécificité rejoignant le même courant essentiel, évidemment.

Enfin, et pour rassurer les tenants des guerres culturelles offensives ou défensives (l'une dissimulant de préférence « ostentatoire », l'autre), il faut leur dire bien en face qu'une culture qui ne se définit que par rapport à une autre est une imposture

 Le relativisme culturel n'a rien à voir avec le relativisme, il n'a pas ici, d'horizontalité du relationnel, même et surtout dans un monde décloisonné, dénaturé, chaotique, dérégulé, désaxé. Son autonomie n'a rien à voir avec l'hégémonie, en positif ou en négatif. Une vraie culture est une technique géniale propre de l'être d'un peuple ou d'une personne.

A côté de l'originel il y a l'original. De cette double qualité de source, coule une sorte de logique organique qui a plus à voir avec une coexistance pacifique, une coopération naturelle qu'avec la concurrence de la prétendue loi de la jungle, même en incluant une sorte d'espace vital qui pourrait hypothétiquement être celui du marché : les animaux de cette jungle, dans la vraie nature, ne s'entre-dévorent nullement : ils cohabitent dans des limites claires, même dans la contestation, plus ou moins persistante, comme dans une sorte de dynamisme interdisant le sommeil de l'acquis pour toujours, chez ces « innéistes » personnifiés. « Éveil » si on veut, pas si darwinien que ça, finalement...

L'original est un créateur lié à la création, travailleur, révolutionnaire conservateur, comme chez Orwell. Le pillage culturel est sans doute l'une des sources des maux les plus « incompréhensibles » de nos civilisations avancées dans le nihilisme industriel et commercial. Pour celui-ci, une culture authentique, c'est l'Eldorado : pur rêve de pillage et de profit, aussi bien au niveau du producteur que du consommateur, matière première d'un côté, produit de l'autre, identité au milieu, en otage. Faites vos jeux ! Choisis ton camp, camarade Coluche !

Parfois, quand on réfléchit hors de clous de la pensée unique et de sa police, on en vient à se dire, avec un certain dégoût irrépressible pour les belles âmes qui prétendent diriger le monde, que les « traditionnels » pillages de villages, ces horreurs existentielles vieilles et sales comme l'humanité, seraient peut-être, finalement, moins déracinant et destructeurs que les pillages intérieurs, métaphysiques : ils engendraient, dans leur atroce barbarie primaire peut-être moins d'enfants soldats d'un esprit privé de lui-même dans son essentiel, son être, sa vérité, sa nature... 

Certains animaux préfèrent la mort à la captivité culturelle. Nous ne croyons nullement que ce soit pour eux-même, mais par une sorte d'instinct responsable de descendance directe et de transmission, si on peut formuler ainsi la haute et naturelle conscience de soi qui, visiblement, les « animent ».



 

samedi 18 avril 2015

CHRÉTIENS DES MONTAGNES # 1 DE NATURE







Ce christianisme-là était si naturel, si naturalisé que nous n'en étions pas conscients : c'était un christianisme de transmission orale, familial, spirituel, fraternel comme la jeunesse non corrompue, populaire et noble à la fois, pas une propagande, une caricature étayée par des livres dogmatiques, étrangers aux sensibilités innées et acquises, un fond de commerce aux prêches répandus par des sorciers en soutane sombre, même si quelques uns d'entre eux étaient visiblement des exceptions, et quelques autres, encore plus rares, des saints. Aux yeux de qui savait voir encore l'humain dans le divin.



Pas de croyance donc, mais un art, une raison – l'art d'une raison, la raison d'un art d'aimer, une joie franche, soumission enthousiaste et tranquille à ce qui, passant par le sens commun, le dépassait en le fondant, et aussi, une belle rébellion spontanée contre le mal, comme cette dernière guerre encore fumante – contre le fascisme ouvert et découvert, tellement on avait du mal à imaginer le mal ! Non seulement volontairement, mais encore par delà son malheur, comme si le bien était chose plus désirable que l'argent, jusque dans des détails aujourd'hui bizarrement réservés au Diable : l'amour était ordre sacré et volupté, jusque dans son anarchisme, pas encore un désordre sacralisé obligatoire.



Cette Ancienne Religion n'avait rien de logique, tout d'une liberté, et même d'une liberté populaire supérieure. C'était la culture naturelle de France et d'Europe, lumière sensible, innée, ouverte à tout et à tous – yeux grands ouverts sur la misère et le devoir imposé à celui qui n'est pas déchiré par ses griffes de fer, yeux ouverts à toutes les discussions, tellement elle éclairait bien, cette culture populaire, tellement on voyait et se sentait bien en elle. 

Dans cette main-là, on y voyait les lignes d'un destin commun, particulier et fier à la fois. Qui ne cherchait pas d'argument mais la confiance, tellement plus vraie, vivante, libre, éternelle. Des gaulois civilisés, métissés, libres dans la vertu de valeurs sûres, sans moralisme ni bigoterie.



La fraternité ni la charité, majoritairement, n'étaient encore devenues slogans commerciaux, mais principes pratiques de vie largement partagés, de l'enfance à la vieillesse : le mal était réservé aux dirigeants, aux chefs indignes, aux traîtres et aux malades mentaux, ce n'était pas encore un idéal baudelairien de masse répandu par l'instruction moderne, obligatoire et méprisant, corrompu, assoiffé et cruel, d'un mal plus cruel encore que celui des Frères Jésuites... 

Pas encore mondialisé, qui se cantonnait aux terribles ghettos coloniaux lointains et interdits, niés avec une si cynique conviction que ça le circonscrivait de fait, pas encore comme un bien nécessaire... mais comme une honte, comme une infamie. Ce qui excusait un peu ceux qui, s'ils avaient su, n'auraient jamais laissé faire...



On pouvait encore le combattre ouvertement, naturellement, librement, sa suprématie souterraine, sa corruption réduite n'avait pas encore gagné le monde des beaux esprits comme une réalité indépassable, Hitler n'avait pas eu le temps de refroidir dans les mémoires à vif. Les militants étaient inutiles, leur propagande, sur-pondérale. La fin de l'Histoire n'était pas encore une guerre déclarée ni aux vérités premières ni aux peuples premiers d'Europe.



La loi d'oubli productif n'avait pas encore opéré ses « innocentes et vitales » malfaisances, on ne pouvait encore rien ré-écrire des vies effacées, rasées de frais. Mort et souffrance héroïque d'un quotidien terrorisé, si récent, pas encore à vendre, à brader, à liquider. L'oubli, l'officiel, n'avait pas encore collectivisé, gelé les mémoires en rituel, désarmant légitimes indignations et révoltes.



Au milieu, aujourd'hui indifférent, retourné, sentimentalement aliéné, et même hostile, au nom même de ce « droit à la vie » pour lequel tant et tant acceptèrent la mort ; au milieu impitoyable d'une barbarie finalement si trépidante et permissive que la guerre, par certains côtés, libérée du peuple historique et de sa culture propre, naturelle, ressemble à cette paix hors de prix ivresse barbare s'il en est, pour laquelle tous les sacrifiés de frais, tellement de paysans, paraît-il, moururent, sans le savoir, ni vouloir ni pouvoir le croire, morts de cette autre religion que celle de l'argent, qui devait s'effacer aussi, avec eux, laisser place à sa nouvelle Loi, tout droit tirée du bon prophète Darwin...



L'Ancienne Religion, syncrétisme fidèle, pas fidélité de messe seulement, mais partout interdit en Europe « évangélisée », trahissant l'esprit celtique des ses innombrables saints d'origine, sorte de sainte « féerie païenne » face à Rome, avec le Christ au milieu, scandale insupportable, tradition révolutionnaire chrétienne, mobile immobile, ancré, enraciné, établi, stabilisé comme une table ronde stabilisa la fièvre hiérarchique.

Insupportable Moyen-Âge aux Temps Modernes, Charlot survivant arriéré comme un paysan breton crasseux, terre aux ongles, priant sa Sainte-Anne ou son Anne de Bretagne. Ou occitan ou... russe ou polonais. Mais les hommes comme les pommes de terre, pour les consommer hygiéniquement, il faut leur laver le cerveau. Les laver de toute spiritualité, de ce qui sacralise la vie équilibrée, l'exalte, l'embellit, la grandit.



Comme un Kerouac fils d'immigré de France et du Québec, de l'autre côté de l'océan, c'étaient des chrétiens naturels, des transformés, des trans-chrétiens, comme le Bernanos des tranchées et des Cimetières, des transfigurés de vieille chrétienté. Pas des chrétiens de curés, de dogme, d'Église ou de théologie, – des chrétiens de sainteté quotidienne, d'enfer quotidien, de joies quotidiennes, des chrétiens du peuple, des chrétiens de souffrance, d'horreur et de charité, mais des chrétiens d'espérance innée, transmise profond, indéracinable au « Progrès ».  

Des chrétiens de nature. Des chrétiens des valeurs, de parole. Anarchistes chrétiens comme ceux que les Rouges nettoyèrent méthodiquement avant d'injecter le venin de l'Évangile  du rien aux masses. Pas des chrétiens de pouvoir, mais des combattants à l'esprit clair et net, sans haine, de ceux qui ne demandent pas, mais exigent que ce qui est demeure en paix.







jeudi 16 avril 2015

LA TECHNIQUE CONTRE L'HUMAIN " 1 LA LIBERTÉ OU LA MORT






La science moderne, la science technicienne est née de la scission philosophique du sujet et de l'objet : après la mort de Dieu et l'élimination de toute transcendance, tout est devenu objet, tout lui a été assujetti. L'objet assujetti à l'objet et le sujet assujetti à la méthode objective. Derrière la mort de Dieu, d'un dieu absurde parce que corrompu, imposteur parce que matérialiste, c'est en fait toute la Création qui fut condamnée. C'est à dire, à travers sa version religieuse, toute la nature et ses apparentes lois. Nietzsche parle très bien de ces apparences, de leur jeu mystérieux et ambigu constant.



L'objectivation de l'être n'était rien de plus que son assujettissement à la méthode objective quantifiant celui-ci en réserve illimitée de causes et d'effets, en réseau de relations infinies, puisque quantitativement, aucune qualité convergente, ordonnée comme unité de vie, n'était plus calculable. Les limites du calcul ont fini par remplacer l'infini unitaire donné de l'univers, transformé en potentiel illimité de développement du calcul de sa mesure progressive, du « progrès » par définition indéfini, de sa mesure, lié à l'impuissance de sa propre relativité humaine, établie comme nouvelle norme du monde. La religion du progrès tenait son dogme : partir de rien, du rien et du chaos de son affirmation première permet tout...



Mais l'objectivation de l'être n'est pas seulement celle du vivant anthropologique, elle est aussi l'absurdité d'une mesure de l'univers selon des normes anthropologiques dont on vit vite le cul du sac. C'est pourquoi la méthode de l'objet permet de générer quantitativement l'objet à l'infini dans sa mesure et sa démesure, par une dialectique d'agglomérat cumulatif systémique et d'intégrer ce système objet dans une mécanique universelle parallèle à la vie naturelle, dont le pouvoir est une image illimitée, un peu comme l'invention de la perspective appliquée puérilement en astronomie sans tenir compte de la physique, ou l'homme à l'image de Dieu sans tenir compte de celui-ci.



Nous avons oublié que l'harmonie des mondes n'est pas un rêve romantique, méprisé plus que méprisable, mais une réalité de fait écrasante et destructrice, proprement annihilante dès qu'on prétend la nier. Nous avons oublié que l'humain libre, comme toute forme libre et naturelle dans son infinie diversité, n'est pas le fruit du hasard issu des conséquences de la révolte de la science objective contre un prétendu monde subjectif, mais l'expression plus que nécessaire, puisque donnée et constituante, de l'univers. Et, nous avons oublié, derrière la froideur d'âme des calculs astronomiques, nécessaires pour nous, eux, que les raisons de cet univers sont chaudes, passionnelles et proprement fabuleuses, poétiques, vivantes : elles sont celles d'un donné en devenir que ce devenir stabilise dans son être-même. Ce que le spirituel appelle à juste titre l'éternité.



Tout ce que la théorie intellectuelle dominante du sujet-objet des siècles passés a séparé, contrarié et opposé pour le pire, sur un mode analytique objectif, sera dans le futur, réuni pour le meilleur sur un mode universel vrai dans un retour inévitable de manivelle : la nature est patiente et ses ressources, contrairement à celles de l'homme, ne sont pas limitées, mais sont seulement ordonnées selon des vecteurs qui nous dépassent.



Les cycles destruction-créations ont des mystères qui relèvent des grands mythes, aujourd'hui méprisés, comme ceux du retour aux origines ou de l'éternel retour, liés aux forces cosmiques qui nous constituent depuis toujours. Les unités matérielles de vie n'ont été étudiées que dans leur forme objective la plus primaire, où la nature ne révèle pas directement ses énergies spirituelles secrètes.



La démesure technicienne n'est qu'un immobilisme activiste provisoire masquant l'impuissance des impasses, elle n'est que l'expression la plus dérisoire et désespérée d'une rage perverse de domination gratuite, retournée non plus contre Dieu mais contre l'Univers entier. Elle signe l'échec d'une science sans conscience, sans passion ni âme, sans instinct ni sentiment, sans poésie ni imagination, sans partage ni respect, sans amour ni communion, sans lien ni racine, sans transcendance ni sens, sans unité ni dépassement de soi, sans humanité ni monde, sans rien ni personne.



La technique n'est pas le cadre de l'humain, l'humain est le cadre inconscient de la technique, toute science véritable le sait d'instinct en conscience. S'il y a encore un avenir humain viable, il passe autant par l'unification harmonieuse de la technique et de l'humain que par un monde qui les définisse encore une fois, autrement et identiquement tout à la fois, dans une même unité d'énergie, de beauté et d'intelligence créatrices, aussi fusionnellement confondues que lors de la naissance de l'esprit de la chevalerie, révolution culturelle, encore active, la plus puissante jamais réalisée en Europe. Celle, seule, qui résolut provisoirement et surtout relativement l'éternel problème du maître et de l'esclave par un syncrétisme toujours inédit : la démocratie pure, seule, n'étant qu'une forme dégradée de la noblesse spirituelle.


*** Pour aller plus loin : Darkhaiker Pearltree, LES GERMES DU FUTUR par Clausd : LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN







lundi 13 avril 2015

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE : LA CHARITÉ CONTRE L'ESPÉRANCE



Commentaire au post La charité contre l'Espérance
du 12/04/15





La charité chrétienne n'a rien à voir avec la survie : elle est l'une des expressions les plus haute de la vie ou l'une des expressions de la vie la plus haute. Mais comme toute forme de charité, si l'on considère que la chrétienté en soi n'a pas le monopole de cette charité particulièrement épanouie dans son esprit, elle exprime quelque chose de plus haut que la vie, qui vaut plus dans son essence ni seulement humaine ni seulement matérielle, de lié au surnaturel de valeurs supérieures.

Elle en est la pure incarnation ou n'est pas. En ce sens et en tant que telle, elle ne peut donc pas être déterminée comme seulement chrétienne. Sans doute un des essentiels sens du Christ.

L'espérance est trop souvent liée à la survie, pas assez à la vie dans sa part charitable et dans sa part supérieure à elle-même. Qu'est-ce qu'une espérance purement humaine sinon une forme d'égoïsme liée au non-respect de la vie que suppose le combat pour la vie au sens américain, le struggle for life, ce darwinisme social-humaniste ? Le vrai combat pour la vie ne peut être séparé de celui pour la vérité, de la vérité – qui est d'abord contre soi-même comme ego humaniste-existentiel. 

Même si rien d'humain ne peut nous demeurer étranger, touchant par là le cœur de la charité, cette part-là, non étrangère, ne peut être séparée du reste dans son tout, qui, lui, d'ailleurs n'espère rien pour autant : il lui suffit d'être pour durer éternellement. Mais cette suffisance n'a rien d'humain.

Il y a donc illusion à croire pouvoir survivre au suicide en séparant les deux choses : charité et espérance, comme on croit pouvoir séparer corps et esprit à partir de leur différence. C'est à partir de cette division (diabolo) contre-nature et contre-spirituelle à la fois, de cette dissociation maléfique, que l'on manipule esprits et corps les uns contre les autres, corps et esprit l'un contre l'autre, comme si une vie était possible sans l'unité supérieure qui les sacralise, dans le divorce qui les viole.





Même si la volonté de maintenir en vie ce couple fracturé est encore plus diabolique que sa fracturation elle-même, puisqu'on les tue réciproquement avec leur amour mutuel séparé et désespéré au nom d'une espérance privée de charité. Le vieil honneur européen disait : mieux vaut la mort.

samedi 11 avril 2015

LA VÉRITÉ # 18 LE MONDE EST PETIT






La loi, au lieu de son intelligence, sa liberté et de sa vérité, est devenue en elle-même, pour verrouiller ces mêmes vertus supérieures, le cadre principal du système : le droit humain a remplacé le divin. Nous sommes donc verrouillés dans un système passé d'un système ouvert, où l'espace des principes étaient beaucoup trop grands pour avoir été inventés par les humains, à des temps fermés, trop petits pour la grandeur humaine.



Système si petit qu'il sera bientôt généré et géré par les machines. Le premier système, celui de Dieu ou de la Nature, conduisait à un niveau d'intelligence supérieure à partir d'à peu prés les mêmes principes. Le second, ayant éliminé le premier comme archaïque, ne mène qu'à un seul bas résultat : emprisonner l'esprit dans les formes complexes de la matière. Le premier ne concevait de droit que par la foi, la mauvaise foi du second fait fi de la foi pour définir la loi du vide humaniste.



Tant que l'objectif de la loi ne sera que l'efficacité technique dans la gestion sociale des affaires, il n'y aura plus, comme on dit, de morale, ni publique ni privée. Tant qu'elle ne demandera plus un respect absolu de valeurs en accord avec les convictions profondes des sentiments innés les plus hauts, les plus généreux, elle n'organisera que la soumission à la loi du plus fort, généralisée comme un cancer lent, aux normes hors-sol du pouvoir et de la puissance, à l'apesanteur toxique de théories économiques ne légitimant qu'un délire décroché. Par contre – le juste n'étant pas la puissance, même publique – , elle ne fera, cette prétendue loi, qu'organiser le chaos et la révolte qui va avec, pour la bénédiction de son auto-renforcement.

L'objectif caché de ce monde légaliste formel, soviétique, si on veut, derrière la légitime révolte de naïfs et crédules citoyens standardisés, lobotomisés, ne visant qu'à les faire tomber, d'une manière ou d'une autre, à un moment où un autre, du plus haut au plus bas de l'échelle sociale, sous le coup de la loi. Chaque pensée, chaque parole, chaque acte, chaque sentiment, chaque travail, chaque jouissance, chaque œuvre devant, en bien ou en mal, recevoir sa sanction juridique ou judiciaire : bénédiction ou condamnation.



Ce totalitarisme de l'Office Juridique va plus loin que les catholico-protestants qui l'ont précédé : le contrôle se systématise au fil des décennies, à la fois à l'international et en descendant toujours plus profondément dans toutes les structures de la vie privée survivante, sursitaire. L''objectif est la colonisation du psychisme et du spirituel, évidemment, comme toujours.

 Il ne doit plus y avoir de hasard libre ou relatif entre le marteau et l'enclume, il ne peut plus, désormais, exister pour la pièce humaine travaillée, que de la nécessité absolue, libérale, morale, psychologique, civique, réglementaire. Une nécessité de droit administrativo-commercial. Le reste devenant potentiellement soit interdit soit illégal, soit non encore traité.



Tout ce qui n'est pas validé est virtuellement donc, illégal ou nouveau marché : voilà « la danse des esprits modernes », celle qu'on nous fait jouer, comme d'autres le firent faire à des êtres anéantis, au son d'un violon pitoyablement émouvant et dérisoire, dans un camp psychologique ou un autre... « Nul ne peut l'ignorer. » Nul n'ignore l'horreur, première leçon de l'Histoire. Il n'y a de terrorisme qu'intellectuel, seconde leçon, actuelle et inactuelle. Qu'elle soit de Dieu ou d'État, qu'importe le flacon de Constantin ?



Non seulement le monde est rond, mais il est petit. De plus en plus petit. L'augmentation de l'hominidé l'a rapetissé. 

Nietzsche l'avait prédit dans un sens, Camus, dit dans un autre : le suicide sera le problème numéro 1 de notre temps. Face à la sur-puissance technicienne du cadre de la condition moderne, la désertion logique et l'émigration vers des mondes « meilleurs » – déjà malheureusement initiée par celui de la drogue et ses suicidés de la société – , ne pourront qu'avoir des impacts épidémiologiques incalculables – fenêtres ouvertes sur le grand vide des pathologies du bocal.



En attendant « la reprise », les tentatives, dérisoires mais combien rentables, de substitution d'un plaisir et d'une jouissance psycho-industrielles calibrées, aux plus profondes et éternelles aspirations à la liberté et à la vérité (…) – ces rebelles invariants désormais au mieux condamnés, au pire criminalisés – ces minables tentatives, criminelles justement, auront pitoyablement échoué.  

Par delà les prédictions d'Huxley, la continuité dite laïquement, scientifiquement, psychique de la République Humaine deviendra aussi insaisissable que les flux climatiques déréglés.

Totalement violente et pathologique, imprévisible et irrationnelle, comme l'animal traqué, apeuré face à un système d'immobilisation écrasant et immobilisé à la fois lui-même, par et sur la totalité de ses écrans noirs et curseurs fous, fébrilement pointés, à la K. Dick à son "mieux", sur l'inessentiel stirnérien d'électrons psycho-dandysés.








vendredi 10 avril 2015

LA CHENILLE ET LE PAPILLON




L'Absurde, dit Camus dans ses Carnets, c'est quand on voit « en toute lucidité les limites de la raison » pure. 

Limites d'une raison fabriquée comme une mécanique intellectuelle de précision aux usines à rêve d'Iéna, Koenigsberg ou Ingolstadt, manufactures intellectuelles où les docteurs teutons du XVIIIème inventèrent un homme augmenté à partir de lui-même, en pure vertu d'une raison impériale universaliste. Un sage ignoré du XXème, taoïste d'origine anglaise, aurait répondu par une boutade à cette prétention, comique comme un casque à pointe, qu'il ne fallait pas espérer « décoller du sol en tirant sur ses chaussures. »



Les limites de cette raison instrumentale historico-scientifique usinée par un illuminisme manipulateur comme par une secte américaine new-âge de nos jours maudits, Grosse Bertha philosophique pointée la raison transcendentale méditerranéenne, sont évidentes, à crever les yeux de ceux qui en ont encore pour voir, et pas seulement pour pleurer.



C'est bien l'impuissance de cette raison pure, quand un monde nouveau, basé sur elle, domine sans partage, dans une euphorie positiviste obscène comme un char d'assaut, notre vieux monde dit périmé, pour le précipiter dans la barbarie inédite d'un indéracinable fascisme mondialisé, loin des rêves de paix perpétuelle d'une humanité purifiée de sa nature...



Peste camusienne, rationalisme pragmatique, idéalisme intellectuel (côté pile, côté face) qui détruit sous ses chenilles logiques toute sagesse et toute grandeur humaine, en un mot toute noblesse, qu'il nous faudra bien un jour réinventer, comme le notait précisément Camus encore, toujours dans ses Carnets. Condition première pour retrouver cette qualité d'humain véritable qui commence à nous manquer terriblement. Et que cette raison pratique ignore et nie infiniment, jusqu'à la fin de tout, fin liant indissolublement capitalisme et apocalypse.



Cet instrument de guerre totale au monde est une culture plus barbare encore que ne le fut le catholicisme romain qui l'engendra – comme la folie engendre le désespoir et inversement sans fin, en folie nouvelle. Maux jumeaux à la source de la décadence virale de notre civilisation, de sa course technologique à l'abîme, imposés de force comme mirage collectif rationnel d'une rédemption humaniste d'un système fonctionnant hors sol, hors toute vérité humaine ou du monde.



L'Héroïsme, lui, consiste à faire face seul, Place Tien'anmen de l'esprit moderne, de façon solidaire, chaque jour où la peste s'étend et gagne sur ce que Dieu fait. Faire face à cette horreur de la guerre intellectuelle pour la colonisation des esprits. L'horreur de cette guerre psychologique, de cette terreur intellectuelle subie dès l'enfance avec ses blessures invalidantes, ses gueules cassées, ses martyrs (…) vaut hélas, celle de l'autre, l'objective, la trop sale pour être faite trop souvent entre civilisés... kantiens.



Cette guerre intérieure totale, dans notre résistance passive sans espoir immédiat, nous savons maintenant que nul n'y survivra mentalement sans une sorte de retournement minimum de milieu pour l'humain épargné restant. Retournement qui, d'où qu'il vienne, ne sera pas seulement une remise en question et en place de la Technique, mais aussi et encore un Retour non à, mais de la Nature comme valeur et source relativement suprême.  

Retour qui ne passe pas par un « non », par une révolte productive asservissante, mais par un « oui », le oui d'une révolte d'affirmation majeure d'une métaphysique retrouvée, dévoilant le sens positif caché d'une Nature à défendre.



N'avons-nous pas été encore assez au bout de la nuit des défis imbéciles et criminels d'un certain humanisme de domination ? 

L'Héroïsme consiste, entrés de force dans les rangs sanguinaires de cette armée mercenaire de l'esprit du mal occidental avancé, à maintenir coûte que coûte celui de générosité, de non-violence inutile à la Gandhi, de non-puissance, et aussi de non-agir taoïste face à la réalité du monde, permettant de ne pas fabriquer de réel anthropomorphe, simulé, toxique et suicidaire. Maintenir cette générosité au fond du piège-même refermé sur nous, au fond-même des basses-fosses dans lesquelles nos esprits, pataugeant dans un sang mêlé d'excréments, captifs, fascinés ou terrorisés ont été jetés ou abandonnés.

Il faut sortir de ce camp de la mort par le haut, par une raison astronomique qui dépasse les battements de nos cœurs chronométrés, bientôt pucés.



Seule cette dissidence spirituelle, religieuse ou pas (là n'est ni la question ni le flacon : c'est la chenille et le papillon, pas le char d'assaut de l'oeuf ou la poule des docteurs en logique) nous rendra notre honneur perdu d'humains et notre grandeur libre au sein, sensible et sensuel à la fois, d'une Nature transcendante, ni barbare ni étrangère. 

Qui n'est pas femme idéale à dominer, mais mère réelle « à obéir », unique, infiniment préférable à toute idée automatisée de justice familiale élargie au genre humain abstrait aligné, calculée par les fous du Labo Folamour & Co. 



lundi 6 avril 2015

MUSIQUE # 1 LE ROI ET L'OISEAU




La Grande Normalisation, être ou la norme. Sommés de « nous bouger », d'évoluer, de rendre des comptes sur ce que nous sommes, il nous faut nous mettre aux nouvelles normes ou mourir.

Nous adapter au nouvel ordre mondialisé, à ses standards, à son mainstream, sa pensée unique, comme on dit. Intégrer l'Empire Romain, ses us et coutumes en forme de lois scientifiques, présentées comme autant d'éthiques de la protestation du droit. La morale ne faisant plus le droit, au contraire : les affaires font le droit du canon.



S'adapter ou mourir : « Ave Caesar... ! » Et non seulement mourir, mais pire encore – la psychologie, cette crypto-religion moderne, a trouvé pire ! –, mourir idiot, exclus, marginalisé, assisté, coûtant trop, « charge » insupportable, à oublier sur le bord de la route pour un monde qui n'a plus le temps ni les moyens d'être grand ou généreux : plus nous accélérons la cadence infernale, plus le monde rétrécit, plus nous approchons de l'aube nouvelle d'un empire néo-positiviste total, plus il devient petit, réduit, étroit, borné, compté comme nos jours et comme les siens, ce monde.



Il nous faut nous mettre aux nouvelles normes, celles de la messe du futur. Nous ne pouvons plus continuer comme ça, à être ce que nous avons toujours été, comme avant, où tout était pire, barbare et improductif, inhumain. 

C'est que tout a commencé et finira avec la Science. Cet esprit magique qu'il faudra bien, si nous voulons non survivre « heureux » en élevage, mais retrouver notre grandeur perdue et celle du monde avec, abandonner à ses délires obscurs et ses fantasmes impériaux, ou mourir, justement ! 

Le plus difficile sera de divorcer d'avec ces sciences dites humaines, qui sont la base même de notre nouveau conditionnement industriel médiatique : la psychologie de masse, depuis 1914 en gros, a rejoint la technique de propagande pour des noces  toujours plus barbares.



Cet "esprit" qui, depuis, instrumentalise la science en technique pour mieux demander au monde de rétrécir et de s'adapter à l'immensité relativiste de son empirisme immobiliste.

Dans ces conditions, comme l'avait pressenti Ellul, il n'est plus question de citer ses sources, qui, face à la Police de la Pensée, demeureront aussi secrètes que l'être qu'on nous somme de ne plus être. La citation normale des sources est le premier contrôle mental

Comme Frédéric, il faut oublier cette mise aux normes de l’échafaudage et le jeter avec l'eau du bain, pour ne garder que le bloc blanc des mots. La pensée unique ne peut rien devant une pensée unie. Ce qui compte, désormais, c'est l'unité intérieur-extérieur : comme en musique, ses silences font sa force. C'est l'intérieur jour l'essentiel. Le reste n'est que réduit obscur.