lundi 29 juin 2015

LA PLUS FIDELE EXPRESSION DE LA MODERNITÉ, INTRODUCTION A UN DÉBUT DE COMMENTAIRE DE "PHILOSOPHIE DE LA SHOA" DE DIDIER DUMARQUE, PAR GREGORY MION




Petite introduction à un début de commentaire de  PHILOSOPHIE DE LA SHOAH





La modernité ne serait pas une religion, une mystique, une foi, et même une superstition rationnelle ? Il n'y aurait pas de « parallèle divin » au sens large, élargi, lâche et pervers du terme, entre Dieu comme génie du bien et le Diable, celui du mal ? Pourtant les « forces du mal » utilisent, c'est évident, les mêmes qualités, mais inversées, que celles du bien : « Evangile » du nihilisme (…). Le Mal a ses bibles, ses Fleurs, ses textes sacrés, auréolés de science et de mystère, ses idéaux « supérieurs », ses organisations et ses ordres et rituels secrets, contre-culturels, souterrains, ses divins marquis et ses machiavéliques républiques, cités et symboles...



L'idée d'une distinction en profondeur peut être discutée entre union divine et diabolique division qui ne peut être elle-même sans unification, solidification dressée contre l'union première, dont la propagande semble utiliser les mêmes techniques psychologiques, ce qui est logique à partir du moment ou toutes les propagandes se rejoignent dans le principe d'efficacité.


Il y a donc une question qui se pose depuis le début : une propagande produisant son effet inverse, Dieu créant le Diable, à moins que celui-ci, comme propagande, ne soit que pure création du Malin. Si le mal n'était que destruction analytique il n'aurait aucune puissance, celle-ci provenant essentiellement de ses hauts pouvoirs de synthèse. C'est pourquoi la non-participation de Dieu – au sens de ses représentationsà « la solution finale » n'est pas historiquement prouvée. Ce n'est qu'une pétition de principe philosophique. Ce qui en fait d'ailleurs la pierre d'angle retournée des arguments de ses « ennemis ».



S'il est absolument vrai qu'il y a dans la Shoa « totale profanation », ce qui la sacralise de fait : le sacré englobant, au moins « anthropologiquement », le Mal et ses forces insondables autant qu'insoutenables, l'horreur de l'horreur est son sacré même, son essence comme image inversée de Dieu ou du Bien.



«  (…) la logique de la raison instrumentale poussée à son maximum et qui fait de l’homme le centre impérial de son monde ne saurait être inspirée par une vertu religieuse. » Reste tout de même à définir la « vertu religieuse » qui aime parfois « instrumentaliser » la raison. La définir non contre le sens positif qui lui est donné à juste titre ici, mais contre l'interprétation possible de ce sens. Autant nous somme en accord complet pour la désigner, cette raison instrumentale, comme l'une des caractéristiques fondamentales de la modernité, autant nous considérons qu'il existe un pragmatisme transcendantal non instrumentalisant d'une part, et d'autre part, surtout, qu'un pragmatisme instrumentalisant peut être – pour cette raison aussi, une sorte de mystique wasp, pour prendre un exemple apparemment hors sujet.



La Shoa est un rationalisme qui relève de la pulsion, même si nous considérons que cette pulsion n'est pas à proprement parler freudienne au sens instinctuel du terme. Il reste à prouver le lien de nature entre la méchanceté et le crime : le lien, comme indiqué dans le texte est de « culture » au sens moderne du terme, d'une maladie culturelle et non d'un simple malaise dans la culture. La peste émotionnelle n'est rien sans une psychologie de masse injectée et celle-ci l'est encore moins sans « un évangile ».



« Transfiguration négative » : relevons la justesse mystique du terme, hélas, ainsi que celle du constat de l'élargissement du processus conditionnant à l'ensemble des violences organisées et pensées – et surtout intériorisées, sacralisées en normes séculières d'être.



À Auschwitz, « il ne s’agit nullement de connaître pour mieux s’orienter dans la nature, mais il s’agit bel et bien d’axiomatiser à l’extrême pour mieux servir la production de cadavres. » Il s'agit pourtant, conformément au projet cartésien global de rectification de la nature humaine d'un hygiénisme racialiste, d'eugénisme industriel, d'une certaine gestion de la ressource : comment ne pas penser à ces troupeaux de vaches possiblement folles – abattus en masse si folle et absurde – récemment, sans faire le lien avec ce camp ? 

Nous sommes bel et bien dans une orientation vers une « nature perfectible » : le type. Usinée, avec son rebut logique, par ailleurs recyclé (savon, expériences...). Il s'agit de refaire le monde humain, la nature humaine, ni plus ni moins, conformément à une certaine raison instrumentale, elle-même définie par une mystique folle, celle-ci produisant cette logique technologique du camp de la mort comme solution finale à son projet, et non l'inverse, que serait une logique technologique hors sol produisant une mystique automatisée de pantins-types ou clones passés au « contrôle qualité ».



Même si, comme Ellul l'a dit, le système technicien crée un milieu de remplacement de la nature, un ersatz, un terreau de synthèse à partir duquel, et dans lequel la mystique déracinée du spirituel va se ré-enraciner en idéologie de mort, en peste idéologico-émotionnelle

Ce qui compte n'est pas tant le résultat en lui-même que l'horreur réalisée de la visée déhumanisée, celle de l'abattoir fordien au sens propre, "rêve" ici réalisé en toute « naïveté » nazie.



La validité de la visée cartésienne ne peut être ni défendue ni même critiquée : critique t-on un fou ?

On ne le suit pas, sauf comme un Hitler de la métaphysique. Ainsi, Français, nous, comme « peuple spirituel » de Descartes, devons-nous aller jusqu'au bout de la barbarie révolutionnaire intérieure inoculée pour connaître l'aboutissement logique du nazisme extérieur ultérieur : Todd n'a pas tout à fait tort quand nous voit, à son grand regret, comme un peuple fasciste.



Ce fascisme est fondé sur une perversion du sentiment religieux de la connaissance en volonté de puissance, de contrôle et de mise en esclavage de la nature dans un premier temps, et de sa reconstruction humaniste mécaniste parfaiteou technologique – dans un second temps, selon le dogme positiviste du projet d'un monde meilleur, amélioré, et pas seulement du meilleur des mondes, naturalisé, colonisé par « le génie humain » du progrès post-humaniste illimité et « sauvage » (« l'ensauvagement méthodique »).



« (…) la technique, (...), pour Heidegger, n’est pas seulement une collection de moyens pour parvenir à une fin, mais un arraisonnement de l’être (...) Par arraisonnement de l’être, il faut entendre une mise à la raison de l’être, une sorte de formalisation dangereuse de ce qui fait l’intimité de l’existence humaine, quelque chose qui relève d’un calcul agressif vis-à-vis de tout ce qui est. »



Oui, absolument. Mais la question est de voir et savoir ce qui permet cet arraisonnement : le vaisseau de l'Être n'est-il pas devenu fantôme ? 

« Un usage déraisonnable de la technique » appartient à l'idée moderne de « neutralité théorique » de celle-ci, comme si dans un monde où tout est lié, quelque neutralité que ce soit était un choix mystique sécuritaire possible. Un être arraisonné est un être fantôme, abandonné dans toute sa tradition. Cette idée, Ellul l'a montré, ne peut, concrètement, n'être que propagande, ne peut être. C'est sur cet être fantôme arraisonné que la technologie cartésienne pré-fasciste prend pied et racine, comme sujet et son propre objet.



La Shoa comme « début d'une dévastation humaine », oui. Mais comme aboutissement, encore plus véritablement : peut-on vraiment croire à la spontanéité du phénomène ou du mouvement ? 

Pourquoi les historiens des idées ou de la culture se gardent-ils de remonter aux sources ? Lourd mystère : aucune voie de dégagement, de secours, n'est apparemment prévue, même de la façon la plus réaliste possible... Il n'y a pas de plan B dans l'impasse mortelle , mortifère dans laquelle l'esprit cartésien s'est rué et engouffré : l'avidité et la frénésie mécaniste ne peuvent plus que robotiser, dans leur fuite en avant, la totalité de l'Être accessible comme objet, qui est d'abord celui du sujet qui pense la mesure et mesure la pensée. 

C'est pourquoi cette dévastation ne peut être proprement pensée dans son origine ou son histoire : la cause et l'effet sont le même sujet aliéné, réifié dans son auto-cannibalisation méthodique. Il n'y a plus de sujet sans objet, de maître sans esclave pour son servo-moi pensant-pensé-étant...













jeudi 25 juin 2015

LA MUSICA # 2 PETITE APPROCHE DE L'INAPPROCHABLE







Une culture ne peut être faite de bric et de broc, en patchwork ou pot pourri, sauf à l'intérieur d'une même branche diversifiée selon l'espace temps. Il n'y a pas de message culturel – même s'il y a parfois des miracles comme la chevalerie ou le jazz, ceux-ci confirmant la règle sans l'infirmer, n'en déplaise aux opportunistes politiques de l'anthropologie culturelle.



S'il y a des intérêts de fortune, il n'y a ni hasard dans la culture ni culture du hasard. L'idéologie multiculturaliste est une machine de guerre de l'uniformisation de l'espèce et de son génie multiforme, les formes culturelles n'étant pas le fruit du hasard spontané de l'évolution de l'énergie matérielle. Elles ont un sens propre actif convergent.



Convergence naturelle et surnaturelle, organisme spirituel vivant de l'humanité elle-même, sorte de variation temporelle infinie vérifiée de ses qualités les plus hautes et profondes. La musique est un exemple de cette qualité unissant les différences formelles, mais respectées dans une métaphysique transcendant ces formes s'écoulant vers un sentiment océanique d'union dont la divinité vécue n'est à démontrer que pour ceux que Camus nommait les « tubes digestifs ».



Le respect, le sentiment de plénitude, plutôt que celui du manque qui nous anéantit aujourd'hui, que chacune de ces formes particulières, dans leur meilleur (l'excellence ayant été prise en otage par le perfectionnisme posthumaniste), provoquent, indique une sorte de partage à la fois instinctif et supérieur d'un ordre parfois étrange, parfois élémentaire.



Mettre en concurrence des formes ou styles musicaux, picturaux, littéraires, religieux, artisanaux ou de vie, répond plus à une visée spéculatrice instrumentale de leur sacré qu'à une aspiration profonde et fidèle de leurs formes originales et originelles.



Ce que la musique exprime n'a rien de commun avec la propagande psychologique, le conditionnement commercial ou clérical, même si, parce qu'elle porte en elle un esprit supérieur, elle est trop souvent récupérée et utilisée comme pur moyen vers le bas, simplement efficace pour toucher les gens dans la part intime de leur être à dévoyer rationnellement.



Cet être mu et ému, relié aux formes pures et gratuites, mystérieuses, subtiles et indicibles dont les ondes agissent en se répandant dans l'air qui les porte (plus que dans le fil électrique qui les transporte), comme un miracle de générosité et de liberté naturelle et culturelle, les portant à l'ouïe d'un espace-temps de vie d'un monde devenu de pure barbarie de contrôle matériel en le fissurant de l'intérieur.



La seule chose que l'art nous dise depuis le début, au sens simple et profond, ce sont les correspondances et analogies de vie et de sens, passant par des formes orientées magnétiquement dans leur variations apparentes de hasard temporel; et que ces liens, ces connections, ces lignes convergent mystérieusement ou supérieurement dans le cœur humain et plus qu'humain du monde comme expressions plus hautes, comme unité meilleures que celles de la puissance ordinaire, réunies au delà des opportunités temporelles dans leur mesure et démesure de hasard et de limite.



Cette certitude sonore, dans et de la musique, libère des moments d'éternité retrouvée, Rimbaud cherchait trop loin, dans un monde de compétition mortifère, faussement mortifiante, de moi bruts et d'esclavage, qui le ruinent diablement et irrémédiablement

Dans l'exil brûlant à froid de cet enfer désirant à vide, La Musica, ange intouchable, mais retrouvé au creux de l'oreille interne d'un entendement interdit, non pas subversif, mais enfin vrai, dépossédant libérateur ; parle, nu, de lumineuse innocence.




jeudi 11 juin 2015

LA VOIE DU MILIEU DÉVOYÉE (TAO ET LIBÉRALISME)



" Parmi les avantages nombreux et énormes des machines automatiques et efficaces, il y a celui-ci : elles sont complètement à l'épreuve des fausses manœuvres. Mais tout gain doit se payer. La machine automatique est à l'épreuve des fausses manœuvres; mais précisément pour cette raison, elle est également à l'épreuve de la grâce. "  Huxley



La ruse, le mensonge et l'imposture centrale du libéralisme : faire croire à chacun qu'il est accepté selon sa nature et sa culture dans la mesure où il s'intègrera dans un cadre-milieu prédéfini hors de, et sans lui, sans lien avec la nature de quoi ni de qui que ce soit, sauf celle de l'argent, qui est contraire à toute nature, par définition, comme ersatz pur.


Milieu limitant la liberté en prétendant garantir une sécurité échangée contre la soumission à des valeurs sociales érigées en absolu dans leur fonctionnement machinique, quant à leur autorité imposée comme supérieure par la force du nombre dominant ou d'une loi sacralisée, mais relativisée selon les circonstances et les statuts des "agents sociaux", dans une application contrôlée, mais orientée hors de toute vérité humaine.



Relativisation purement liée à un système technicien économique présenté comme social-protecteur-progressiste parce que commercialement libre. La liberté et l'initiative, comme dans un système communiste de marché plutôt que d'État, étant soumis à la loi du plus économiquement fort et subtilement médiatisé par une démocratie de principe dans son fonctionnement formel de représentation pure ou d'image.



Démocratie imaginaire ou imaginaire démocratique organisé comme religion séculière ritualisant désirs et besoins sur l'autel de la rationalité de marché, autre forme du matérialisme dialectique, par l'intermédiaire d'experts techniciens sacerdotaux désacralisés, mais auréolés de la gloire économique et médiatique de leaders guerriers de masse conquérants de la nature, organisant la pression sociale des contraintes conscientes et inconscientes.



La morale psychologique nécessaire à l'ordre systémique établi est la condition de base liée à son acceptation passive et active. Dans l'ordre libéral, « chacun est libre » dans le cadre de la loi économique sous-jacente à la prospérité de sa puissance protectrice et tutélaire.

Dans le cadre-milieu de la conscience citoyenne relativisée et normalisée à la violence naturelle mathématiquement tempérée de cette loi présentée comme incontournable loi de la vie, contre celle d'entraide et de mesure propre ou partagée.



Hors champ, hors morale, hors dignité, hors vérité, hors réalité humaines ou inhumaines, ce système social technique autonome, produit un droit social pur contre, et de toute liberté de conscience, et le devoir impératif de soumission absolue (de la caricature humaine mystifiée en "moi") de celle-ci à l'arbitraire d'un milieu de synthèse, au double sens des termes : mafieux et technique, mafieux et économique, médiatisés et sacralisés par le juridique étatique central de la Machine à Vivre.



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mardi 9 juin 2015

L'OEIL DANS LE CIEL

L'expérience des tranchées, celle des camps, enfin celle de la mondialisation de la loi du marché de l'argent désignent l'étendue et la profondeur du mal moderne.

Malaise enracinant ses métastases en place de Dieu dans un cœur de civilisation trahi par ses élites, ses clercs et ses classes.

La voie sans issue du futur de la sécularisation forcée de l'humain et du monde permet de délimiter le cercle des destructions à venir et des remplacements de synthèse en expérimentation au Laboratoire Recherche et Développement.

Des cendres bues des pluies noires d'Hiroshima et Fukushima, une raison supérieure, retrempée au divin sacré de la mort, renaîtra d'une lumière infiniment supérieure à celle de l'oeil oedipien du triangle négrier dans le ciel dickien.


Un immense sourire de Bouddha Sanglant tombera sur le monde obscurci de la souffrance universelle, une grâce nouvelle se lèvera sur les ruines temporelles des citadelles somatotoniques dressées au ciel de Dark City.