mardi 20 décembre 2016

LA VÉRITÉ # 42 PARLER POUR DIRE










On dit trop que certains ne font que parler. Pourtant, parfois – qui devient de plus en plus souvent – parler est la chose la plus difficile au monde – parler juste ou vrai – ce que presque personne ne sait plus vraiment faire. Il y faut pas mal de courage, comme dans un acte ordinaire de résistance au système qui nous submerge et écrase de son indémêlable complexité. Une machinerie à la Star Wars bureaucratise mécaniquement nos esprits, réduisant la pensée à la simple opinion particulière et mal informée, mal adressée, provisoire d'une fiche statistique intégrée au programme d'amélioration globale… 1984 dans les tuyaux.

Les situations où se taire est complicité passive se multiplient à l'infini, prenant l'aspect et l'alibi d'une mystérieuse complexité scientifique, alors que la complexification n'est que détournement, remplacement théorique et rhétorique calculé au millimètre fiscal : la liberté n'est pas un schéma, la réalité non plus, pourtant, au fond, nous sommes matériellement contraints au cadre de ces schémas, à remplacer les vérités par des arguments acceptables, raisonnés, mais infiniment réversibles et flexibles, standards, transformant les réalités qu'elles génèrent en kits de protection et de contrôle.

Au-delà de cette réalité écrasante, la complicité dans la servitude finit imperceptiblement en soutien actif, en ce qui concerne les plus fragilisés – et nous le sommes tous à un moment ou un autre du système – dans une sorte de sensation « survivaliste » de menace personnelle, de sentiment fabriqué d'injustice, qui va inévitablement avec, quand on est trop solidaire de l'injuste pour avoir encore la force de le penser évitable, au moins une fois dans une pensée authentique. Les nazis, ces scandaleux frères humains de la vie moderne ordinaire – pas même tellement fanatisés, pour certains – firent passivement ce que l'on sait, comme on fait « quelque chose de bien comme il faut », comme tout le monde, allant dans le sens de la machine et du monde « nouveau », pas tellement changé, mais qui nous change et défigure.

On dit que parler sans pouvoir agir est la marque de cette coupable impuissance de ne pas savoir se taire, que cette inutilité-là de parler est contre-productive, disqualifiante et dangereuse dans ce monde étrange dans lequel on est arrivé avec tout ça. Ce point de vue est celui du pouvoir et de ses sempiternels calculs d'apothicaire véreux et sacrificateur de Grand Prêtre. Ne pas savoir se taire : demandez un peu aux oiseaux qui restent encore de se taire, de se modérer, de faire du philharmonique, de l'unisson, de la pensée unique, du mili-taire !

On dit que ne pas pouvoir agir est une honte en soi, trahison, abus de confiance envers ceux qui croient et font croire sur parole, et croient donc que parler « utile » c'est agir avec efficacité – ce qui n'a jamais été vrai : vérité et efficacité sont devenus antinomiques à cause de ce pouvoir-même, de ses pratiques de dissimulation ou simulation. Il n'y a plus de parole, on n'a plus les moyens d'avoir une parole, de parler au dessus de nos moyen par rapport à idéal tendanciel, parce qu'on ne croit plus les avoir :« N'allez pas croire que », «Ne laissez pas croire que », « Personne ne vous croira... » (…) Faillite et discrédit généralisés de la parole donnée contre les « on dit » et « on dira, on pensera que. »

Mais on ne dit pas qu'il y a une différence entre mensonge professionnel et volonté profonde de refuser l'inacceptable, refuser cette basse puissance paralysante qui le génère dans sa propagande sur les esprits dans ses hautes fréquences. On ne dit pas que ne pas réussir à relever avec succès le défi vital pour liberté ou la dignité humaine n'est pas un honte : il n'y a pas de honte à accepter un combat inégal en soi, ce serait même plutôt un honneur.

Mais ce mot-même a été officieusement interdit. Perdre ce combat-là est, en ce sens, l'une des plus grande gloire, quand il a été mené avec tout l'honneur humain nécessaire pour relever, contre les faits et leurs brutales limites glorifiées, ce qui est extérieurement perdu. Il n'y a pas d'honneur dans la force brute, encore moins de déshonneur hors d'elle.

La honte, dans ce cas, est plutôt de refuser de refuser. Renoncer à refuser l'inacceptable sous prétexte « d'obligation  de résultat », de rendement (...), comme si le bien ou la vérité pouvait être le résultat d'un calcul, d'un gain, impossible à tenir et obtenir. Pour un humain humain, dans ce sens, l'impossible est impossible. La vérité n'est pas un combat de gestion de rente de situation, c'est une victoire – posthume ou pas – permettant d'accéder à une pensée juste dans la recherche d'un équilibre réellement humain – donc efficace et bon dans ce qui est acceptable ou non. Le taoïsme de l'humain n'est certainement jamais dans quelque ruse de guerre de la course à la puissance, au pouvoir.

On ne dit pas assez que l'objectif de ce combat pour la vérité n'est évidemment pas tant une victoire pragmatique qu'une solution humainement acceptable à un problème qui ne l'est pas en soi et qui donc n'a pas à être  : toute victoire ici n'est que moyen au service d'une vérité acceptable, non un objectif en soi. Vérité dont la force maîtrisée transforme l'inacceptable-même en faiblesse de principe humain évidente à éviter ou neutraliser sans violence avilissante, ni rapport de force mécanique réifiant.

Penser, au sens de penser juste, est évidemment, comme le savaient les Anciens, la seule vraie liberté, une fois les besoins primaires satisfaits de façon autonome – ce qui suppose qu'ils soient intégralement pensés d'abord, pris en compte dans le calcul de chaque valeur supérieure juste ajoutée – On voit l'ampleur et le passionnant de la tâche pour les apocalyptiques Modernes que nous sommes devenus de force – celle de ces choses asservies auxquelles nous tenons tant !

Il faut dire que si cette liberté de penser-là n'a pas la parole, au sens de la prendre et non qu'un pouvoir extérieur à celui qui la porte lui accorde comme une sorte de faveur, si elle n'a que le sens actuel d'une notion juridique signalant l'impuissance d'un isolement dans la masse, et sanctionnant donc une inutilité foncière – non au sens pratique, comme on disait, faussement, la parole pensée inutile à l'action, plus haut – mais dans un sens intellectuel libre et créatif ; ou encore, elle n'a que le sens d'un concept philosophique de système clos d'automatismes intellectuels. Pensée stérile s'il en est, là-même où la liberté d'action se voit progressivement réduite au périmètre prescrit circonscrit d'avance d'un parcours normalisé de combattant désarmé.

Cette pensée-là, neutralisée dans l’œuf, n'est plus que réflexe pavlovien, non ce parcours libre d'une steppe vitale dont la richesse permet à son espace de nourrir et transcender les besoins dans leur pyramide intérieure et universelle, de l'enfance à la vieillesse unifiées. En ce qui concerne l'action, si la fin est dans la manière ou ses moyens, la part la plus importante de sa méthode sera d'abord pensée, comme il se doit, dans le sens commun, et cette pensée contenue non pas dans le contenant conceptuel d'un résultat escompté extérieur à elle-même, mais dans une intention rigoureusement appliquée à chaque chose dans le respect qui lui est dû.

Autant dire que la haute fidélité d'une pensée non automatisée ou collectivisée, donc non matérialiste, non temporelle, au service d'un l'humain mesuré – et non inversé en mesure humaine impériale de toute chose – qu'une parole pensée ne peut se référer qu'à elle-même – jusque et surtout dans son application extérieure. Application dont le critère de validité ou de justesse ne peut pas être, dans sa mesure-même, extérieur à elle. Autant dire encore et simplement que quelque part, il n'y a pas d'application extérieure ou d'intériorité extérieure à l'extérieur.

La fameuse et fatale dialectique des Pères, ici, est un leurre subtil, parce qu'il n'y a pas, à ce niveau, que de l'être ou du néant, sans mélange ni inversion possible. Le déplacement, le décalage est l'ennemi du lien que rien ne remplace ni change de sens.

Ou alors elle s'applique à l'extérieur, mais à partir d'une liberté intérieure – non d'une nécessité logique d'application pure et simple, extérieure à elle-même ou à son point d'application. Liberté intérieure née de sa confrontation fertile avec les limites globales de sa propre nature claire et humaine, consentie, de leur acceptabilité profonde heureuse ou tragique.

L'application juste de cette liberté intérieure idéale incarnée n'est donc jamais plus ni moins qu'une adéquation intérieure juste du résultat, dans l'indispensable visée objective interne d'une réponse à l'acceptable, ou face à un inacceptable demeurant extérieur à son idéal de mesure liée, amoureuse du monde, le temps d'une existence rehaussée dans le sens impérieux de cette volonté naturelle autant que spirituelle. Non vers une vaine victoire du verbe haut, mais vers une libération finale, une sortie du camp dans son cri profond et son souffle parfait.

Voilà de quoi on peut parler et dire face aux « on dit que » assiégeant sans fin, comme un bruit de fond montant en fantasme de tsunami impondérable à l'assaut notre pensée première, quand elle parle encore en nous à l'extérieur du mur, comme dans le film The Wall. Mur des briques sanglantes de souffrances collectivisées et massifiées comme un produit. Tellement collectives, d'être séparés par ces « on dit » exterminateurs, dépersonnalisés, anonyme écrasante loi non écrite, infiniment plus cruelle que celle, illisible, clouée dans le marbre pourri des frontons des Palais, aux enseignes ambiguës des boutiques des marchands du Temple, au nom du peuple. Celle de la peur et de l'esclavage, celle du silence. Celle du mot d'ordre contre la parole libre de parler pour dire, contre ce que parler veut dire.






mardi 13 décembre 2016

PENSÉE ET NON-PENSÉE









Pourrons-nous nous payer encore longtemps le luxe culturel absurde, cruel et inacceptable de croire impunément continuer à croire et faire croire que tous ceux ont essayé de penser – et tant s'y sont usés ! – d'une façon ou d'une autre – non pas le meilleur des mondes, c'est-à-dire le « réaliste » le moins pire – mais, idéalement et pratiquement, comme le fait le fil à plomb, un monde meilleur, positivement meilleur, plus libre et en accord avec nos besoins et nos aspirations les plus profondes, l'aient fait en vain, en pure perte, d'énergie et de temps ou de direction de travail ?

Toute peine un jour est payée de sa peine, la vie est un relais d'ombres montant vers la lumière, remontant du puits de vérité où nos ossements sont jetés par le temps – poussière d'étoile tapissant de sa neige les fruits rouges éclatés sur notre passage vagissant dans le blanc de l’œil du ciel. Pluie de pétales glissant sur la lame de l'âme.

Que leurs espoirs réunis en dépit de leur infinie et douloureuse dispersion, effacement ou négation, se voient systématiquement pervertis et dévoyés vers une misère de condition. Misère au contraire des désirs et volontés testamentaires exemplaires, accrue, pire encore que celle que l'esclavage et son mensonge socio-religieux ont, depuis les débuts antiques, fabriquée, perpétuée et systématisée avec la rationalité pathologique du désir et de la volonté de puissance dont elles-mêmes sont les esclaves les plus avilis.

Nous ne l'avons jamais pu, mais ceci est notre secret, notre sombre secret. Qui lie et enchaîne les deux lutteurs au milieu des sables, dehors et dedans. Nous ne sortirons pas du cadre et nous subirons son cercle de mort parfait comme un destin, non comme un festin de forces maîtrisées, comme une noce de forces.

Ceux qui pensent, veulent et savent sortir de l'épreuve n'ont besoin ni de preuves ni de force : une seule grâce les délivre, loin des livres, l'âme si près du corps parfois qu'il revit, en attendant, le temps d'une vie. La moindre pousse translucide comme une eau de vie entre les pierres ou les pavés obscurs le sait lumineusement. Parfaite est sa pensée non-pensée du fond de sa geôle imaginaire.





dimanche 11 décembre 2016

LA VÉRITÉ # 41 REMBRANDT ET LE CHRIST SDF


 

 

"Un jeune SDF me causait une fois de l’avenir : « S’il y en a un » a-t-il rajouté. 25 ans il avait. C’était un gars dont on sentait qu’il pensait, qu’il réfléchissait, tout en étant encore sonné du nouveau sort que la vie lui avait fait : la rue. On n’a pas parlé longtemps : le malaise aurait eu vite fait de s’installer. C’était un type solitaire, qui lisait, qui pensait. Et puis quoi, quel horizon pour lui ? Nada.

Un autre, à l’autre bout de la vie, 18 ans de carrière sous les ponts, me faisait lui cette réflexion : nous sommes arrivés au bout d’un cycle, et comme le printemps après l’hiver, immanquablement il y aura un renouveau. Hélas, cela ne se fera pas sans un grand nombre de destructions. Il n’y avait ni peur, ni rancune dans sa voix ou dans ses yeux : un beau mélange de sérénité, de digne détermination, et de lucidité simple, réfléchie mais non-intellectuelle. Cependant, évidemment, son sort le préoccupait en sourdine : comment ça meurt, un sdf ? Qui vient vous retrouver ou vous accompagner dans la mort ? Qui vous enterre, si vous êtes enterré ? Hm ?

Ne sommes-nous pas tous ces sdf ? Ne sommes-nous pas tous, au fond, condamnés à mort, inutiles et sans avenir ? N’y a-t-il pas là une sorte de sagesse inédite qu’il faut faire nôtre, en lieu et place de nos bourgeoises ou scolaires habitudes de penser ? N’y aurait-il pas une sorte de libération devant la prise de conscience de notre destinée ? Si tout a toujours été faux, le vrai n’en existe-t-il pas pour autant ?"

Si tout a toujours été faux

Blog sans nom et sans mots

 

 

***

 

Dans ce Si tout a toujours été faux, il n'y a pas plus de « si » et de « tout », que le contraire : la propagande du mensonge est cristallisée autour d'un noyau de vérité détournée, dévoyée, pervertie, subvertie pour employer un terme ambigu : la subversion est ce qu'il y a de plus facile quand « il n'y a plus rien », comme constatait un Ferré dépassé par son propre négationnisme naïf, « qui tienne », comme le disait un certain Manset, beaucoup plus profondément.

Pas de « si », parce que c'est. Mais pas « tout ». Énormément, presque tout, oui, hélas. Quant à l'avenir dont parlait ce jeune qui n'était plus déjà qu'un sigle abstrait de plus, hélas, si le sien n'était déjà plus ou quasiment plus, celui de tous est bien là – qui contient le sien d'une façon ou d'une autre. Chaque injustice se paie, rien ne se perd : pour une vie détruite, sacrifiée sur l'autel du système, dix en sont salies et contaminées en retour de bâton par une étrange maladie, faite d'indifférence, de schizophrénie, de culpabilité latente et insaisissable, d'instabilité mentale et d'angoisse diffuse, perte de joie et de sommeil. Cet avenir-là est sombre, est donc une épidémie ou une pandémie qui ne fait pas plus de cadeaux qu'on en fait aux condamnés à la rue. Tout se transforme.

Pour un gamin de 18 ans abandonné à la rue, dix rebelles surgissent, plus intraitables les uns que les autres : la nature des chose dans sa justesse de retour de choc n'oublie rien, n'accepte rien du simple inacceptable. Peut-être même que sur ces dix, un ou deux deviendront des fascistes ou des « criminels vengeurs ». Qu'aura gagné le système ? Il a tout à perdre, y compris ce qu'il a de plus précieux : sa raison.  

Sa belle raison pratique et morale, son bel alibi, levier des credo les plus naïfs de sa propagande enfumeuse. On ne jette personne impunément par dessus bord, on n'abandonne personne au bord de la route sans le retrouver bougeant encore dans un de ses placards. « Il y a plusieurs demeures... »

Ainsi n'y a t-il évidemment pas plus d'horizon pour ce gamin anonyme que pour le système lui-même : la puissance n'existe pas, le maître du jeu est en dépendance totale du sacrifié ou de l'esclave, celui-ci, dans sa chute ou déchéance programmée l'entraîne où il ne veut pas aller, vers le crime, le désordre, le chaos – dont personne de sain ou sensé ne peut croire à la soit-disant créativité -- que cette société de consommation nous vend avec toute la séduction possible. 

La destruction d'un seul entraîne inévitablement celle de tous, dans sa logique même : la rivalité dans la course au pouvoir est toujours impitoyable, irrationnelle. Le tour de chacun viendra en son temps, sous des motifs anodins et anonymes, mais bien dans leur ordre : aucune illusion à se faire. Comme disait Morrison : « Nul ne sortira vivant d'ici. » Il n'y a pas de destruction créatrice, il faut choisir.

A l'autre bout de la vie, du pont de la vie, le vieux, l'ancien, « celui qui marche devant » (Manset) parle de sagesse, ayant observé les lois de la nature, qui ne concerne pas seulement la course démesurée et inhumaine à la puissance. Nous savons depuis bien longtemps que la vérité, sortant de la bouche de certains enfants, sort aussi de celle de certains clochards. 

Et si nous sommes tous, effectivement, des SDF sans le savoir, nul n'est inutile d'être né humain ici et maintenant : il est un signe, une signature et ceux qui signent leur vie ou leur mort avec leur sang ont un pacte avec Dieu et la Nature. Nous avons retenu la leçon des juifs allemands, et de tant d'autres. Comme nous retenons déjà celle des musulmans...

Tous deux – Dieu et Nature – veillent sur leur mémoire avec un sens du devoir étrange et surnaturel dont ferait bien de se méfier les bien-pensants de la pluie et du beau temps. L’œil de Caïn les tient plus sûrement dans la nécessité que celui de Dieu, dans sa main aveugle et noircie. Quant à la nature, elle venge l'innocent sacrifié au centuple : abattez un arbre sain, observez quelque mois plus tard les rejets et repousses !

Rien de plus utile à la vie que la mort et certaines souffrances inacceptables, regardez comment insectes et virus se battent et surmontent les obstacles les plus cruels, les plus massifs, les plus insurmontables. Si l'inhumanité était insurmontable, ça se saurait : elle aurait gagné, triomphé, elle ne serait pas en guerre contre le monde entier, elle le commanderait. Or elle ne fait que le révolter toujours plus, par delà le possible

Là commence la sagesse humaine, qui donne d'abord de soi, pour être, dans toute la patience nécessaire, sans compter. Il n'y a pas de sacrifice, il n'y a que des avances sur salaire, et pour certains le reliquat à payer sera mortel, fulgurant ou lent, selon le logique choix des choses.

La prise de conscience est diverse, infinie, partout, permanente. Elle amène la vérité des vraies valeurs, celles qui parlent par delà la vie et la mort, par delà les vérités truquées, les masques, les rôles, les fonctions, les attributs, les tribus, les déterminations d'un « hasard matériel » non maîtrisé ou criminellement livré à lui-même dans un ridicule et misérable geste de divinité usurpée ou singée. 

Il n'y a pas de hasard : on ne meurt par par hasard, ici ou à Alep, on ne vit pas par hasard et cette nécessité ne sera jamais éclaircie tant que nous ne serons pas libres de nos vie comme de nos morts. Liberté que ne peut nous procurer qu'une pensée juste – celle de celui qui a fait le chemin, celui du système, celui de la Croix. Pensée que ne pourra jamais nous procurer le système, à laquelle accèdent seul les élus ou éveillés du combat pour la vie qui ont pu passer le mur de verre séparant le moi du soi :

« Il n’y avait ni peur, ni rancune dans sa voix ou dans ses yeux : un beau mélange de sérénité, de digne détermination, et de lucidité simple, réfléchie mais non-intellectuelle. »





 

 

mardi 6 décembre 2016

LA VÉRITÉ # 40 C'EST UN SYSTÈME



"On répète souvent que la situation est objectivement révolutionnaire, et que le "facteur subjectif" fait seul défaut; comme si la carence totale de la force même qui pourrait seule transformer le régime n'était pas un caractère objectif de la situation actuelle, et dont il faut chercher les racines dans la structure de notre société !
                                                                                      Simone Weil, 1934





C'est un système dit social – apparemment, seulement apparemment – juste, basé sur une économie dite réelle, en réalité juste imaginé par l'obscur pouvoir fonctionnel de la richesse retenue, accaparée, imméritée, arbitrairement et même illégalement détenue – pour la richesse conservée en soi, jusqu'à plus soif, jusqu'au pourrissement stérile, c'est à dire pour l'argent pur, inutile et gaspilleur dans un sens, manquant dans l'autre, évidemment.

Argent pur basé sur sa pauvre loi débile, exclusive et inclusive, implicite et explicite – présentée comme la panacée universelle, le remède miracle à la guerre et à l'injustice humaine et même divine. Le Talisman moderne. Tout ceci n'a rien à voir avec l'économie au sens strict. Les docteurs de l'argent comparent souvent celui-ci à l'eau, avec ses savants circuits, ses cycles mystérieux, ses merveilleuses et bienfaisantes irrigations, ses cercles vertueux, fertiles et prospères, ses promesses illimitées, ses vertus curatives et apaisantes, sa féminité féconde, efficace, sacrée (…) Ces prêtres-là ont pris le pouvoir là où il était tombé : tout au fond de l'abîme, celui de la puissance esclave née de la servitude machinique de guerre ou pas.

Mais qui peut retenir une poignée d'eau ? Une inondation spontanée du changement climatique ou la plus humble et invisible remontée d'humidité ? L'eau ne vit que libre, dans son sens propre, non domestiqué, non dirigé, non programmé – à l'inverse, justement des circuits financiers. Elle perd ses vertus au fond des réservoirs, confinements, des stockages, des accumulations. Détournée de ses cycles, de ses cours naturels, elle perd son sens, le climat devient fou, entraînant les pires catastrophes, celles que nient les sceptiques de service ou en service commandé.

Et l'économie en vérité, est comme l'eau, non celle canalisée par les apprentis-sorciers d'un monde meilleur que ce qui est depuis le début et sera jusqu'à la fin, mais celle libre et magnifique d'une nature respectée et améliorée en elle-même à partir d'elle-même et pour elle-même, dans un sens. Ce sens qui nous fait profiter naturellement de ce qu'elle offre sans rien demander en retour, au contraire de n'importe quel profiteur motivé par le gain, mandaté pour sauver l'humanité ou la planète. La nature a t-elle jamais eu besoin d'aide avant la grande catastrophe humaine de la modernité industrielle et commerciale ?

Une économie qui n'est pas au service de tous n'est pas une économie si c'est un système collectif d'avidité pure, sacralisée. Liquidateur, aveugle, insatiable, auto-centré. Ce n'est qu'un système de remplacement, organe artificiel greffé sur la maladie elle-même. Il ne produit aucune valeur saine comme on dit à la Bourse, aucun équilibre stable, durable, aucun ordre, aucun développement réel ou long, ne s'accorde avec aucune transcendance, aucune vérité universelle, il ne fait que les combattre pour les soumettre à sa dictature séparée, pestiférée.

Dictature abstraite de consommation du monde. Consommation à vide, stérile et puérile, dans une mécanique de désir illimité, de souris au cerveau auto-satisfait à chaque stimuli de plaisir psychologique programmé par le savant fou. Docteur Folamour. Empereur du vide et du mal : il donne son sens au pire, et toutes les explications en prime, gratuitement, à qui les cherche vraiment. Qui a dit que quoi que ce soit était illimité ? Que quoi de ce soit était limité ? La vérité est entre les deux, comme toujours.

C'est une avidité de servo-obsédés désaxés en col blanc, liquidatrice du monde et de soi, liberticide, qui se jette aveuglément -- toujours plus! toujours plus! -- plus loin dans le grand feu fou de son propre anéantissement jouissif et cruel, puissant d'un pouvoir indéfiniment provisoire. Fuite en avant décervelée vers une « puissance » illusoire et stupéfiante de domination, de masse et de vitesse – poids mort, résidu rechutant toujours plus autour de l'orbite vicieuse d'un point de néant et de négation astronomiqueilluminisme de l'arrivisme.

Opportunisme absolu des voies sans retour autour du mal où le pragmatisme de la misère ne fait que profiter des situations, et de ce qui apparaît comme leur « rente » aux plus barbares imbéciles, jusqu'à l'impossible,l'absurde, avec ses techniciens calculateurs, ses tableaux de bords, ses vecteurs, ses courbes, ses axes, ses schémas, ses cycles théoriques, ses prévisions, ses sondages et pourcentages, ses chocs et contre-coups...

C'est une machine folle, exterminatrice, sans pilote, automatisée au coup par coup, bricolée comme une véhicule téléguidé défectueux, comme un engin de survie de Bidonville Planétaire, de fortune et de hasard expérimental, dans un monde d'agents-doubles, déglingué, rafistolé, rapiécé de bric et de broc, dont la bonne marche comme la faillite permet indifféremment toutes les spéculations, tous les abus, tous les profits, tous les arguments, tous les avantages, les inconvénients, et de fabriquer chaque bonheur individuel à partir de tous les malheurs. Un principe d'auto-dévoration, d'auto-consommation, d'auto-consumation. Comme dans les bons films de science-fiction US.


« Horreur économique », mécanisme sorti de sa place, qui n'a rien à voir avec l'économie, évidemment. L'économie pouvait être au service du bien, du pauvre, du faible, de la réalité et de la vérité autant qu'à celui du riche et du fort. Un recours, pas une condamnation. Elle était un espoir dans la réalité, pas un leurre ou une idéologie : elle ne vivait pas encore à crédit, elle était ce crédit, son honneur, non cette ignominie anonyme qui endette et tue, massacre et soumet, désespère et pousse au crime. L'économie était le peuple et ses élites non séparées, non divergentes. Le travail réuni, l'épargne, le sacrifice joyeusement consenti dans le fond, non – « exigé » – , comme l’Éternel Débiteur exige en soi , à la maison, au travail ou en cauchemar.

Il y a une économie de l'esclavage comme il y a une économie de la liberté : chacun peut l'expérimenter et le vérifier à son petit niveau personnel dans la grande dimension morale de la Vie donnée par son sens immédiat et supérieur par la beauté et la grâce pure de son être naturel et transcendant, mais nous avons choisi la fourmilière sacrificielle, la divinisation du quantitatif relativiseur.

Relativiseur d'humanité, du bien personnel et commun et, malgré la machine à rêve, à vivre et à exister qui recouvre et étouffe le monde et la vie de sa carcasse matérielle inutile et préhistorique, nous ne ferons pas l'économie de chaque choc en retour de réel absurde, de vrai faussé, de mal nécessaire, de néant profitable, de régression évolutive, de maladie fertile, de misère créatrice, de perte retrouvée, de chute assumée, de naufrage volontaire et de perdition salutaire. Nous allons connaître toutes les vérités de la vérité et de notre vérité, en long et en large, pour une éternité de temps perdu sans beaucoup d'espoir.

La vérité est que l'économie n'est pas faite pour gagner de l'argent, mais pour ne pas en perdre. Non pas pour ne pas en perdre au profit de ceux qui y gagnent, plus que les autres, et spéculent : si personne ne perd, personne ne gagne : tout le monde y gagne parce que personne n'y gagne directement. On ne fait pas payer cette économie-là, elle est gratuite – pour ceux qui ont le plus comme pour ceux qui ont le moins. Ne pas perdre d'argent c'est ne pas gaspiller d'un côté et ne pas investir à perte de l'autre : il y a solidarité totale de tous les côtés, sans parler du lien entre pollution et gaspillage. Rien de plus gratuit que le payant et inversement. L'économie est solidaire ou n'est pas.

Il n'y a rien qui ne puisse être recyclé, qui puisse échapper à la vraie loi d'une économie raisonnée, raisonnable, naturelle, à échelle humaine, à n'importe quel bout de la chaîne de n'importe quoi. Ce qui ne peut être recyclé doit disparaître, comme ce qui ne peut être réparé, transformé. Aucun objet, aucune machine ne doit avoir de durée de vie autre que celle liée aux structures matérielles et organiques de la vie propre de ce qui les compose. 

Il faut donc, comme chez les paysans d'autrefois, un esprit créatif d'équivalence et de transposition au sujet de ce qui entoure nos vies personnelles et collectives. Imaginer un milieu matériel naturel – et non pas un environnement industrialisé – organique, libre, accessible, réparable, qui ne tombe jamais en panne définitive, traversant le temps et l'espace, toutes leurs usures naturelles par une qualité absolue au meilleur marché, au moindre travail, à partir d’éléments purement recyclables et renouvelables, régénérés.

Pour cela il faut d'abord un état d'esprit soit libre et démocratique, que tout soit à la portée de tout le monde, dans la mesure des simples compétences et besoins. Aucune norme ne devrait être plus qu'élémentaire et de bon sens responsable personnel et collectif. Chaque groupe humain de base restant libre de les gérer au mieux pour son propre compte en les rendant librement compatibles ou pas, en fonction de leurs échanges et volonté, avec les autres, définissant donc un caractère transcendant renouvelé aux objets – un caractère anti-standard, artisanal, à la fois reproductible et unique, permettant d’ouvrir la créativité au-delà des barrières matérielles naturelles, tout en gardant la mesure, le respect et le sens premier de ces barrières et limites immanentes de sens réel.

Il faut rendre vie à une matière artificialisée, neutralisée, pervertie et asservie à un usage étranger et contraire à son sens naturel. Lui rendre ce sens taoïste, son autonomie dans le Grand Tout, sa place, sa mesure, son harmonie, réintégrée et libérée dans ses fonctions naturelles de cycles et de vie. Retrouver philosophies et économies des anciens peuples premiers, prospères, mais sans gaspillage. Et la première économie est pour nous, l'humain : la reproduction et l'utilisation de l'humain doivent être équilibrées par un sens supérieur à la simple gestion matérielle des ressources, raisonnable et transcendant à la fois, respectueux et fidèle, continu et élémentaire jusque dans la liberté de ses complexités viables et nécessaires à l'équilibre général, à l'économie générale.

Les sociétés humaines, pas plus que les autres, ne peuvent pas ressembler à des élevages industriels. Rien de ce qui est humain ne peut être rationalisé au-delà de, ni contre ses propres valeurs – qui ne seront jamais celles de la quantité pure, de la masse et de la démesure, comme les Grecs anciens l'avaient si bien compris. Qu'attendons-nous pour y réfléchir ? Faut-il aussi financer, chiffrer nos réflexions pour qu'elles soient crédibles à nos propres yeux malades ? Serions-nous déjà au cœur du système en nous-mêmes, comme le pressentait déjà en 1934 Simone Weil ? Intellectuels, propagandistes, pédagogues aurait-ils, dès lors, parachevé leurs basses œuvres ? Qui leur répondra en « pensant », pour répondre à l'injonction de Nietzsche ?





dimanche 4 décembre 2016

POËSIES I VRAIES RIVIÈRES I INTRO











POËSIES I























 
VRAIES RIVIÈRES I
INTRO



L'ANCIEN PAYS






« (…) le Pays Doré. C’était un ancien pâturage, dévoré par les lapins et que traversait un chemin sinueux (…) Dans la haie mal taillée qui se trouvait de l’autre côté du champ, des branches d’ormes se balançaient par masses épaisses comme des chevelures de femmes. Quelque part, tout près, bien que caché au regard, il y avait un ruisseau lent et clair. Il formait, sous les saules, des étangs dans lesquels nageaient des poisson dorés. »

GEORGE ORWELL, 1984





Prologue





Tout simplement, Vraies rivières, dédié à un double essentiel  et universel : les rivières du monde, nos vies-mêmes...
Chacun connaît ou plutôt méconnaît une rivière, tragiquement à l'agonie, suppliciée par une civilisation schizoïde décadente, suicidaire, génocidaire.

Les rivières sont vivantes. Comme tous, toutes évidemment « humainement » liées, autant que liées entre elles. Vraies rivières, sorte de « prière » naturelle pour le retour un jour, tellement incertain d'une « vraie vie » – dignité « perdue »... Non «  retour » à une nature  oubliée, seulement une attente intraitable, précise et exigeante, patiente et douloureuse – jamais oublieuse.

Vraies rivières, peut-être, avant tout, un adieu aux armes, adieu à la paix serpentante, nerveuse ou opulente.

Avoir traversé forêts et clairières, découvert des « passages »... permettre d'aborder d'autres rivages, à l'apparence fidèle, plus naturels, lumineux, apaisés.

Il ne faut pas s'y fier : le monde humain, tissu de ruses et de contre-ruses, peut-être plus encore que de mensonges : elles donnent leur sens relatif des hauts-fonds.

La plus subtile de ces ruses demeure plus innocente, qui ne cherche rien tant que de laisser librement sa nature essentielle s'écouler entre les mailles du rétiaire rationaliste, et se reformer, plus loin, les indomptables eaux du monde d'avant le malheur du « progrès ». D'avant le Déluge et le Niagara.

Enfin, par delà la nécessité de rendre infiniment infructueuse toute chasse à l'homme, finira bien donc par se découvrir non pas le havre fantasmatique et égocentré de quelque fuyard affairiste de plus, mais un monde donné, non souillé par l'Enjeu ni le Cirque, – à qui garde les yeux non crevés l'épée du lumière à la main.

Monde oublié, sous le Réel hégélien de l'histoire officielle, en ce qui concerne notre Occident et la partie contaminée d'un Orient qui nous est beaucoup plus qu'un continent étrange ou on ne sait quelle organisation mystérieuse malfaisante…
Monde-temps depuis toujours futur simple, ni composé ni décomposé, vif argent, de poésie oubliée, vivace comme nos espoirs secrets, enracinés trop loin dans la souffrance, sourires figés d'anges perdus au fil des générations et des dégénérescences programmées par la Main Invisible.


***












Lunaire - Monde des eaux, ventre ancien d'où nageurs nus nous tombâmes tous un jour d’août ou de novembre - rivières mourantes, nos veines tranchées d'où giclent les larmes de sang d'une terre trois fois violée – Myosotis. Pluie de myosotis. Kerouac ou Cohen à leur plus triste. Suspendue. Croissant d'Orient déchiré. Nuages d'encre sur ta frange d'or. Alpes, Occitanie, Maroc. Memoriam. I do not forget you. « Même le plus noir nuage... »
















Elles avaient toutes
la même odeur
d’origine

Vertes Rivières
rousses terriennes chairs
riant en tous sens

Sentimentales lourdes
chevelures d'eau
tombant à pic

Œil bouillonnant
des tempêtes d'automne
dispersant follement les mât

Le monde brûle
l'eau de la soif
évaporée du désert de l'amour

Loin des petites Mississippi
rincées à l’œil du dedans
Quand le vent se fait froid

À l'affût
du liquide qui frise
sous le regard gris des blocs gluants

Anges légers sautillant
sur nos jours bleuis
ne touchez pas aux mouettes

Être ce pli enrobé miroitant noir
sous le soleil artificiel
d'un matin d'octobre

Coquille de moule plantée
comme une main encore enfantine prie
crevant la vase bleue des jours

Dans la présence du temps
l'éveil profond
et relatif à la foi

Coureur des bois épuisé
remontant par cœur de mourantes
rivières premières

Le Serpent à plumes
ondoie au milieu des fées
des eaux dormantes

Sillage silencieux
Colvert solitaire
sur le dos du Dragon










vendredi 2 décembre 2016

DIALOGUE AVEC R. # 6 L'UNIVERS A T-IL JAMAIS CESSÉ ?






J'ai dit que je ne voyais pas la raison d'être de la Trinité, ce qui ne m'empêche pas d'observer ses logiques. Il y a une sorte de question centrale, sempiternellement récurrente, comme le mal : la divinité ou non du Christ. Pour moi, elle se résume à celle de la divinisation de la vérité, permettant d’asseoir le dogme.
Je dis simplement que l'absolutisation de l'Absolu le relativise dans le mauvais sens, et donc, dans tous les cas, le tue.

L'Absolu incarné est un Relativiseur Unitif qui a quelque chose de sacré, mais il ne se définit pas ou mieux, n'est pas par ce sacré, qui n'est pas son origine, sa raison ni sa fin. Ce Relativiseur Unitif révélé et incarné par le Christ, après d'autre et avant d'autres – même si le Christ est évidemment indépassable et imperfectible, permet et conduit au Pardon, à l'Intelligence, au Perfectionnement du Cœur, à la Miséricorde et à l'Amour. Ce qu'entre autres choses, il incarne et indique à partir de l'humain et non de l'Absolu, même si l'Absolu le lui révèle dans ce sens.

Pour moi, le plus important du Christ est ce genre de vérité, cet esprit de vérité, ni relatif ni absolu, qui est Ailleurs. Autant que le fait qu'il ne soit pas l'artisan d'une sagesse trop humaine de plus, ce qui fait qu'il n'est pour moi ni humain ni divin, mais les deux unis, ne menaçant ni l'un ni l'autre, mais les servant comme une seule et même cause qui le dépasse. Il est l'unité perdue, que l'on peut nommer primordiale, mais sans obligation profonde dans un sens : la vérité n'est pas historique-linéaire. Je dis donc simplement : qui peut exclure au nom du Christ ? Qui peut exclure le Christ ?

Peut-être est-il, dans un sens « divin », inclassable ou insituable, mais s'il avait été Dieu, il l'aurait dit. Être fils de Dieu est un lien spirituel unitif, pas une identité d'être – tout le monde le sait. Alors, pourquoi dire le contraire ? Nous savons bien que toute vraie famille est seulement spirituelle : la vérité du sang n'existe que transcendée, comme le sexe. C'est pourquoi « le statut » du Christ m'est indifférent : seuls comptent son Message, sa Vérité et leur universalité. Qu'ils soient prophétiques ou divins, quelle importance ? La divinité incarnée n'est-elle la Vérité dans sa vérité, ou ses vérités ?

Il n'y a pas plus de vérité humaine qu'inhumaine – pour nous, humains. Nous ne sortons du dilemme apparent que par la vie et l'incarnation de cette vérité éternelle révélée par le Christ, ses disciples officiels ou spirituels, matériellement possibles ou impossibles, mais toujours dans la Miséricorde, non dans l'intellect pur, s'il n'est intelligence du cœur d'abord. Tout en affirmant haut et fort que le cœur n'a pas de privilège : il est choisi, il ne choisit pas, et c'est Dieu qui choisit, pas le cœur humain a priori. Il y a des disciples du cœur, pas de discipline ni de devoir. Il n'y a, là, que la Grâce.

Là est l'Absolu, nulle part ailleurs, effaçant les efforts personnels ou collectifs, les héritages avantageux, ouvrant la porte de la liberté et de l'amour close sur nos certitudes sécuritaires, entr'ouvrant le sens si proprement universel d'un génie humain agrandi à l'infini par le monde, le cosmos, l'éternité : l'univers a t-il jamais cessé d'être Un ?





vendredi 25 novembre 2016

LA VÉRITÉ # 39 LE VIEUX PARADOXE






Dieu nous préserve de vouloir mettre tout le monde dans le même panier, mais il semble y avoir, dans ce pays imaginaire, dans ce sens très particulier d'inconnu et familier à la fois – comme dans le poème de Verlaine, certains fruits défendus et pourris, sorte d'alliance objective entre un certain catholicisme de pouvoir et un contre-pouvoir matérialiste athée – puisque « la sociale » semble bien avoir été sœur jumelle de l'industrielle, bénie de dieux nonothéisés à dessein.

Alliance secrète contre les valeurs profondes, mystiques, d'un christianisme d'Évangile, jusqu'à aujourd'hui – contre d'autres demain, révélatrices, pour parler clair. Sorte d'unité héraclitéenne occulte d'intérêts liés au sommet – au cœur secret de chaque chapelle – permettant le mouvement perpétuel d'un système autour de son axe d'imposture légalisée. Toutes les ivresses du rationalisme instrumental se confondant dans les limites camouflées du cadre de fer entre des mains de velours sanglant.

Comme dans n'importe quel lieu et domaine, le mal réside surtout dans ce que l'on fait des principes – plus que dans leur vérité même, pour finir : une vérité trahie n'est-elle pas infiniment plus cruelle qu'un pur mensonge dont la netteté de la violence n'affecte aucune confiance ni foi ?

Dans un monde ou l'on tait la vérité – et donc où elle n'est ni révélée ni même voilée, elle cesse d'exister, et même de sortir de la bouche des enfants. Nul ne peut plus y croire encore, du fait de son absence objective et évidente, si on peut dire, même si son absence demeure d'autant plus négativement active, et que cette négativité devient plus objective que tout le reste : le cœur du monde s'arrête de battre, le sang vient à manquer, et les montagnes de machines à calculer ne remplacent ni n'y changent plus rien. Comme le Nord, elle manque et les réponses à ce manque ne produisent plus que des manquements.

On ne peut déjà plus guère que croire de force à la non-existence de la vérité, suivre cette non-existence comme des credo et dogmes nouveaux, pratiques et libertaires, confortables. « Tout est permis », et même le contraire de tout dans tous les sens « utopiques » possibles et, pour réaliser l'absence de limites, salement reconnues et respectées, aux désirs jouissifs, rentables et profitables, progressistes-pseudo-éthiques. Absence proclamée comme une guerre sainte. Celui qui ne croit pas à cette non-existence est un social-hérétique moderne doublé d'un anti-démocrate, marginal-fasciste, dangereux sectaire rétrograde, « ennemi de l'intérieur » de cyniques intérêts croisés de force dans la tête des gens de bien. Mais on ne croit ni ne vit de force, on en crève.

Mais cette vérité-qui-n'existe-pas demeure comme ce Dieu dont il faut prouver l'existence pour y croire : il restera toujours à y croire et finalement, encore plus, y croire se révèle objectivement plus difficile et impossible que de croire en une vérité fantôme qui ne peut pas ou plus exister. La vérité demeure, au-delà de sa négation, de sa non-existence : son absence est active, elle est plus qu'un manque, elle est un manquement, un manquement à la vie et à la liberté, par delà la réalité qui l'habille matériellement.

La diversité théorique fait une généralité de ses particularités, contre l'ancienne unité partagée de la réalité d'une vérité universellement particulière, dans sa liaison ou ses liaisons, dangereuses ou pas. Les différents points de vue désarticulés dont chacun est plus incomplet que faux que l'autre, que l'objectivité totalitaire restructure en forme arbitraire cohérente autonome et fonctionnelle de remplacement de la vérité nature et surtout de sa nature – deviennent à proprement parler la construction sociale d'une non-vérité objective, vide et utile à remplir et consommer. Puisque ce genre de construction n'est que de forme et de caricature, de simulacre pur, comme le mal.

La vérité est toujours propre, unique et universelle. Universelle, c'est à dire « transposable », pour reprendre le mot de Simone Weil.
« On nous a toujours appris que ce qui est à nous n'est pas bon, à exister à travers l'autre. » Le propre ne peut être moral parce qu'il n'est pas partagé par le maître. L'Autre ici n'est pas le prochain, c'est celui au service de l'intimité de qui nous sommes, privés d'être, aliénés et attachés au sens strict. Celui le plus volontairement éloigné. C'est un vieux paradoxe romain.