vendredi 27 mai 2016

LA VACHE ET LES MOUCHES






« Les Français sont de veaux. »

« le trait le plus détestable des sociétés de classe, la séparation entre le savoir et l'expérience quotidienne. »


Ça viendra des gens, ceux qu'on prend pour des imbéciles, pour des pommes, pour des paumés. Ce sera quelque chose de supérieurement intelligent et subtil. De neuf à nouveau, qui reviendra comme l'esprit oublié de mai 68 dans son meilleur. Dans sa démocratie spontanée, revenue bien à lui, et à personne d'autre, et non dans un spontanéisme révolutionnaire fabriqué par des élites « d'avant-garde ». Les vaches seront bien gardées : par elles-mêmes, par instinct de valeur. Le vrai peuple n'est ni troupeau industriel ni humanité de troupe. Il paît dans le bocage nietzchéen d'un rêve intempestif qui n'est pas américain, les pieds bien sur terre, debout dans sa boue fertile, dans son fumier parfait comme un parfum d'herbe whitmanienne, comme le placenta sacré des mondes animaux baignant les esprits virevoltant sur les eaux libérées.

Mais ça ne créera pas d'imposteurs : on verra clairement, malgré la maladie, les ravages, les zones sinistrées et contaminées, le désespoir et la misère, la haine et le cynisme et l'égoïsme responsable et cruel du manque d'humanité et de repères qui les engendre ; on verra clairement, parfaitement, pratiquement, que ceux que l'on prend pour des gens intelligents, ce sont eux les imbéciles et les (ir)responsables de tout. Aucune force de l'ordre n'occultera cette évidence dévastatrice du mal criminel abouti et advenu. Ces criminels-là contre l'humanité seront écartés sans violence, comme la vache magnifique et douce chasse les mouches de son dos généreux – ces derniers premiers, sales et parasites, honte du genre humain, révélés comme les vrais malheureux, pitoyables comme un obsédé sexuel devant sa pathologie.



 



lundi 16 mai 2016

LA VÉRITÉ # 29 COMME JAMAIS






Ne jamais dire jamais. Pas risquer de mentir, même si c'est pour dire ne mentir jamais. Que veut dire ce jamais ? Que veut dire ce ne pas le dire ? Voila l'impératif catégorique absolu le plus masqué du monde.

Jamais avait il y a peu, avec son point d'exclamation naturel et bien né, la forme d'un refus intérieur farouchement extériorisé, d'un radical cri du cœur . Ne pas dire, lui, par une sorte de superstition que pourrait exprimer un enfant simple veut dire, par peur : il ne faut pas. Et signifier comme une sorte de vague ou mystérieuse acceptation : on ne sait jamais, et comble du paradoxe, en utilisant le mot jamais comme une certitude absolue, tout en l'interdisant ! La peur a des mystères, c'est certain, comme l'incertitude elle-même a ses angoisses subtiles.

Pourtant le vrai jamais n'a rien à voir avec le savoir établi, mais tout avec une illogique intuition intrinsèque – sauf en logique, donc. Quelle est cette logique qui refuse le jamais ? Il faut écarter celle, toute faite de sagesse, et qui pour cette raison même n'a pas grand-chose à voir avec la logique pure et dure. On peut même oser affirmer que, dans ce cas, la sagesse est plutôt la forme prise de la logique naturelle. Non, ce qu'il faut voir, c'est la rationnelle, non celle qui conseille, mais celle qui interdit à demi-mot, et même menace – d'où la peur.

Cette certitude absolument certaine de sa vérité relative, objective tellement qu'elle se permet d'en écraser tout sujet, ce qui est de bonne guerre dialectique, mais aussi et surtout l'être qui parle, ce qui est une sorte de crime contre l'humanité de la parole en tant que telle, comme le savent si bien tous ceux qu'on n'écoute jamais. Tellement sûre de son fait qu'elle l'étend carrément à tout l'univers connu et inconnu, le soumettant à ses lois de rapports croisés comme un barbelé structurel : le camp est sans limites !

Derrière cette apparence bonne sous tous rapports à la réalité du « monde de la déficience » tel que défini par Maslow, se cache parfois un mensonge muselant par le bas ce qu'il peut y avoir de plus haut dans l'humain. Son apprentissage obligatoire se fait dès le tout petit âge, qui fait que la superstition scolaire s'impose violemment aux plus démunis psychologiquement, comme vérité absolue des plus grands. Traumatisme garanti pour les meilleurs enfants du méta-besoin. La vérité du cœur ne doit jamais passer avant les autres! Même une fois, les enfants.






dimanche 15 mai 2016

SAMOURAÏ DES FLEURS







Comment un système de gouvernement – y compris et surtout mondial – ne connaissant que des rapports de force, la violence nue ou larvée, ne peut qu'engendrer, à long terme, la bête immonde de la guerre civile et les démons pathétiques et pathologiques de toutes les dichotomies du monde. Quand les divers amortisseurs naturels et méta-culturels permettant d'encaisser non de l'argent, mais de parer, nier et ignorer les chocs de ses griffes d'acier et de feu, comme on terrasse un dragon mental, ont été soigneusement sabotés par des intérêts de chiens sanguinaires déguisés en smoking stylés et rutilants, ceux qui ont beaucoup à gagner aux chocs de compétitivité des forces. Ceux qui ont le plus grand intérêt, misé à fond, à ces chocs déstabilisants répercutés sur des valeurs précises, comme dans un billard de boules sanglantes, il est évident que les secousses, les répliques et les chocs en retour du volcan réveillé feront inévitablement leur basses œuvres.

Quand l'énergie intenable, inconvenable et incompressible d'une jeunesse à la fois abandonnée et condamnée comme un animal reclus à l'abri de la lumière et spirituellement sous-alimentée – voire même empoisonnée – , explosera en redoutable ressort trop longtemps comprimé, les temps du chaos sanglant reviendront, celui des chiens de l'horreur et de la mort, défiant l'humain où qu'il soit. Temps déjà initiés dans des banlieues abandonnées à la drogue et au fascisme, où règnent déjà les maîtres de nouveaux fanatismes identitaires noirs, rouges et verts, autant d'écailles du dragon qui bouge déjà au milieu des fumées, nouveau Golem.

Il y a toujours eu des forces qu'il ne faut pas défier en l'humain, mais l'extrémisme et l'anarchisme moderniste et scientifique, l'appât du gain et la barbarie économique, la volonté de jouir sans limite, les crises des maîtres noirs poussent intrinsèquement au dépassement négatif de ces crises par les massacres aveugles immémoriaux, les négations radicales d'humanité, et toutes les rages attisées de l’ultra-violence. Ainsi, amis du genre humain à gauche d'une imposture de gauche de sinistre mémoire, ne savaient-ils pas ce qu'allait inévitablement engendrer cet acte fondateur de violence, dans le temps imprévisible autant que manipulé désormais, 50 ans plus tard, ceux qui firent mai 68 dans la rue – avec des pavés obscènes : un fascisme tout neuf sorti, accouché de l'Hydre Hydraulique, avec ses vases communicants, brisés et d'expansion.

Un nouveau fascisme pour affronter "logiquement" l'ancien, comme d'habitude, le « traditionnel », cause de tous les maux comme un néo-juif, national et international. Sous Paris plage, sang et os de bêtes innocentes (et immondes mêlées dans le baiser de la mort), exécutées d'une Commune aussi et non plus, déjà, jamais, oubliée, sous les fesses graisseuses d'un Château maudit. Aucun Enragé n'est seul ni spontané, tous sont solidaires, en humanité perdue d'utopies sanguinaires. Le vin, ici, est tiré pour l'éternité : rien ne l'arrêtera, sauf quelque chose d'autre que ce rien transformé en tout, hélas, heureusement. Le mal des rages, hélas, oui, fait des "miracles", comme peste et choléra, alternant leur étonnant pouvoir psychologique, leur terroriste équilibre "productif", prétendument créateur de richesses. Il n'est de richesses qu'humaines, le reste est mensonge.

La guerre totale nouvelle, inédite, "est ouverte", servile, servie, qui vient et monte, déborde, escalade ses crans supérieurs d'horreur psychologique, sera un chef-d’œuvre ultime, défi magnifique et extraordinaire à Dieu et à la Raison, apothéose géniale du mal, dont Mein Kampf ne fut que le brouillon improvisé trop limité. Encore jeu de cet esprit qui s'ennuie pointé par Alain, répétition prématurée, satanisme puéril, illogique, imparfait, précaire : la maladie n'était pas contrôlée, les objectifs trop vagues encore, les ambitions pas assez finalisées, visualisée, simulées, calculées, fixées, gelées, glacées sur le papier décapité.

Tout cela importe peu, au fond : la guerre montrera, comme toujours, dans son ignominie supérieurement moderne, que seule une paix intérieure inédite la vaincra, entamée dès sa naissance cachée, quand 68, allumant pour notre malheur celle d'aujourd'hui, éteignit heureusement, sans le voir ni savoir vraiment, innocemment et avec grâce, dans les intérêts croisés qui le manipulait, mais en le voulant, celle du Vietnam. Innocence sereine, seule réponse, aussi et encore et peut-être même d'abord, à opposer aux pleureuses enragées des massacres et horreurs à venir de tous bords. Lucide, efficace comme une lame parfaite, celle dont on ne se sert pas pour trancher dans le vif, mais pour vivre dans sa chair transcendée, mais pour trancher dans le mort et surtout le mourant, l'animal le plus dangereux. Lame au métal de méta pur, loin du trans- et du post- des historiques primaires contaminés. Celle du Samouraï méta-nietzschéen, méta-manichéen. Le Samouraï Fleuri.








vendredi 6 mai 2016

PAUVRE RIMBAUD : LE PÈRE NOËL DU PREMIER MAI


















  1. L'argent serait notre seul espoir humaniste, notre seul espoir de démocratie. N'a -t-il pas libéré les femmes de l'esclavage domestique et de la religion ? Puisque le travail c'est l'argent, c'est de l'argent. Ou plutôt : l'argent serait le symbole par excellence du travail, son sommet, sa perfection, pure et formelle, son abstraction lyrique en quelque sorte. A tel point qu'on ne travaille plus pour travailler en lien avec un besoin vital et métaphysique, humain primaire et supérieur, mais seulement pour la récompense symbolique, sorte d'indulgence laïque moderne, qui ouvre les portes des temples de la consommation avec leurs ailes de désir sans fin. Désir, cette foi laïque qui donne son sens à la vie moderne ordinaire et extraordinaire. Qui ordonne et donne valeur et mesure à chaque chose, ne craignant – c'est le moins que l'on puisse dire – ni la démesure ni la folie des grandeurs. Bien que question grandeur, celle-ci soit finalement devenue plus rare que l'argent lui-même !



  2. Pourtant, ceux qui travaillent dur de leurs mains ou de leur esprit savent combien le travail n'est pas l'argent : ils ne sont pas riches et ne le deviendront pas, malgré leurs rêves naïfs de reconnaissance monétaire trahis. Plus on gagne, plus on dépense, qu'on soit riche ou pauvre. Pas pour les mêmes raisons, il est vrai. Les uns croient justifier leur théorie du bonheur en courant après les illusions d'un bonheur supérieur fait d'inutile confort, les autres courent après un coût de la vie qui se moque éperdument de leurs mérites. Les rentiers savent aussi, intimement, pourquoi l'argent n'est pas le travail. Mais ils ne diront rien : le spleen et l'absurde de leur vie, avoués, déclencheraient des vagues de colère criminelle, puisqu'elle est l'espoir religieux de remplacement des « masses laborieuses ».



  3. Alors pourquoi mentir, se mentir ? Si travailler peut être une sorte de prière ou de grâce, compte tenu de l'absurdité de la vie d'aujourd'hui – dès que l'on supprime l'aliénation ou l'esclavage, ce qui est loin d'être le cas du travail moderne – , ou alors une belle relation avec l'autre – autre utopie douloureuse ici-bas – , comment peut-on oser dire sans rire que l'argent remplit et remplace, directement ou pas, ces fonctions vitales, sociales autant que métaphysiques ? Comment peut-on en arriver à de telles superstitions ?
    Les temps changent, disait Dylan. Aujourd'hui, non seulement les élites osent affirmer impunément que l'argent fait le bonheur, mais elles nous enseignent qu'il fait l'être : il suffit d'en avoir. On dirait que toute la rationalité du monde, et celle de la science officielle d'abord, conspire contre l'être. Que devenir et paraître cherchent à paralyser la liberté, cristalliser la fluidité de l'être pour la couler dans le moule d'une pensée unique économico-platonicienne : Platon ne prisait guère la poésie. Ainsi, l'idéologie des militants de l'enrichissement privé est-elle une pensée fonctionnaire de la finance.

  1. Assuré de leur place au paradis fiscal, ces curés du profit ont beau jeu de critiquer et de moquer la vieille culture catholique continentale post-romaine. Le monde change, et l'ancien, le vieux ne peut plus vivre à crédit, profitant des privilèges d'une richesse accumulée, honteuse et accaparée, tout en gardant un troupeau béni de pauvres, de pauvres bénis des dieux et d'ascètes professionnels soucieux de spiritualité. Plus exactement ce monde ne peut plus vivre le fondement entre deux chaises. Son aristocratie terrienne intérieure ne peut pas continuer à nous leurrer, nous les bons bourgeois du bon droit. Continuer à croire et faire croire, dans un monde ouvert aux « marchés du travail », pouvoir vendre, échanger ou justifier les signes de son argent, sa valeur comme fruit d'un travail démocrate. Le droit divin a été – Dieu merci –, disent-ils, dans leur belle mue progressiste, avec la componction altière qui fait ses ministres éternels, remplacé par celui de l'argent lié au mérite, comme le seigneur l'est à Dieu. Voilà pour le nouveau sens du monde, un sens moderne.
    Il n'est pas jusqu'aux écologistes de partis, derniers rejetons idéalistes du système continental en question, qui soient encore crédibles, dans leur désir de privation pour tous au nom du bien général. Voilà ce que vont inlassablement répétant les libéraux bon teint à leurs manettes et leviers, dans les prêches de leur expertise économique.

  1. Pour eux, le seul mot d'ordre est privatisation. L'avantage de la formule est que, quand on possède tout, on ne se prive de rien ! Leurs formules font mouche : elles préparent les révolutions continentales et même mondiales à venir : qui ne voudrait pas jouir absolument – larguant toute entrave, naturelle ou culturelle – ou s'enrichir absolument, sans frein ? Un catholique d'avant-guerre ? Les plus pauvres ? Les plus jaloux ? L'égalitarisme a été construit sur la jalousie, qui le détruira, les systèmes, construits sur l'argent le seront par lui.
    Mais en attendant, dans un monde intermédiaire – sans doute fait, à l'image d'autres régimes apocalyptiques que nous avons connus récemment et oubliés, pour mille ans, où il n'y aura plus de valeurs – toutes arbitraires, injustes ou ascétiques post-puritaines, collectivistes niant la personne humaine par des droits sociaux innés – cette contradiction instituée de maîtres-penseurs de la richesse, dans le sens négatif de sociétés dites avancées dans la dénaturation de l'être humain – ; dans ce meilleur des mondes sans valeur intrinsèque naturelle ou culturelle, bientôt caressable enfin, l'argent sera la boussole et le compas, le fil à plomb. Ce sera une Renaissance inégalée pour le parc humain en progrès vers l'industrie de l'être nouveau, bâti supérieur, digitalisé, pour l'homo post-humanus le vieil humain obsolète et préhistorique, comme nos grand-pères scandaleusement étaient encore, une fois enterré et oublié, clients parfaits pour la négation qui nous prend déjà par la main avec sa faux mémorielle d'argent massif.

  1. Il n'y aura plus que des valeurs, pardon, des coûts de fabrication : le mot valeur a t-il jamais voulu dire quelque chose de concret, de palpable, aussi bien sur le plan moral que financier ? N'aura t-il pas fallu attendre la bourse pour que ce mot ait un vrai sens ? Ce qui vaut ne peut être qu'utile, profitable pour un riche ou un aspirant à la richesse. Comment un utilitarisme, fut-il dit « chrétien », aurait-il pu concevoir que la pauvreté ait jamais pu être un idéal ? Comment un riche pourrait-il concevoir que la richesse ne soit pas un idéal pour le genre humain ? Comment l'enrichissement ne permettrait-il pas idéalement un humanisme « pragmatique » supérieur ?
    A ces trop métaphysiques questions, on peut répondre que l'humanisme véritable, s'il fait de l'homme un des centres du monde – et non pas son centre ni sa mesure exclusifs –, l'humain, lui, n'a jamais été ni son centre ni sa mesure propres : il en est une partie essentielle, il est loin d'être le tout. La démocratie elle-même, si essentielle soit-elle, n'est pas le tout : elle exprime un besoin qui la dépasse infiniment. Seule une déficience de fait la justifie. Deuxièmement, la pauvreté – plutôt volontaire : ne posséder ni jouir plus que nécessaire, possession et jouissance n'étant que des moyens primaires nécessaires – n'est qu'un moyen rationnel et naturel de satisfaire, et de se consacrer à des besoins secondaires infiniment supérieurs aux limites du réalisme primaire, comme la liberté, la créativité ou la spiritualité (...) Un humanisme qui se respecte ne peut être que pragmatique, pas plus qu'il ne pourrait ne pas l'être.



  2. Il faut aller au fond des choses et les dire. Mais c'est risqué au quotidien conforme. En Europe occidentale, en Occident, à l'Ouest, culturellement, il existe au moins trois races de chrétiens portant ce titre, tout provisoirement honorifique, avant que les vents ne tournent à cette maudicité fatale qui fait de l'histoire ce que l'on sait, plus dans l'oubli et le remplacement que sur les toits médiatiques, qu'elle rémunère comme faiseuse d'opinion, comme faiseuse d'anges. Il y a les chrétiens d’Église, les chrétiens de Protestation et les chrétiens d’Évangile. Ce que prétendent les Protestataires à propos de leurs ennemis Romains a toute les chances de ne pas être faux, compte tenu du choix, qu'ils ont historiquement fait, sans aucun doute en bonne connaissance de cause ; choix de sécession au double jeu qu'ils dénoncent, paragraphe 5, de la part des continentaux. Protestataires en leurs comptoirs ultra-marins fortifiés, défroqués du spirituel gouvernés par les loges, le WASP (…), ces tartuffes font la leçon de morale pragmatique aux « fonctionnaires de Dieu ». C'est de bonne guerre de religion : on évangélise d'abord… Mais le double jeu nouveau, révolutionnaire des Protestataires doit aussi être montré, qui, au mieux, ne vaut pas mieux.


     
  3. Quelle est la nouvelle carte, la nouvelle donne ? Le mérite et le risque individuel, personnel, face au dieu de la fortune. L'argent, c'est comme Dieu : il suffit d'y croire et de le provoquer plutôt que l'invoquer, pour qu'il existe en soi et pour soi, si on peut dire. Sauf qu'ici, l'argent rien que pour soi et Dieu pour tous, ou le profit pour soi et les dettes pour tous, c'est du miraculeux : une ruée vers l'or en règle séculière, fièvre mystique d'un nouveau genre, rationnel et moral, dépassant les vieilles oppositions : réconciliant le monde le temps de l'appât, – rebaptisé ici du terme de démocratie, démocratie au travail, si on veut – puisque le gain réel – après déduction de crise – , lui, n'est que pour quelques rares élus finaux.
    Tout est permis à une cause sacrée, la croisade pour un monde d'argent merveilleux à la Disney est un conte incroyable pour les nouveaux croyants, rêve collectif contraint et obligé comme un passage à tabac de l'être au cœur même du néant de l'égoïsme rationnel. Cette croisade pour « les forces du bien », de la démocratie et de la liberté exclusive d'entreprendre mobilise, génère, fabrique et invente une énergie de transformation et de transfiguration inédite.
    La Passion non du Christ, mais de la jouissance sans entrave soulève les montagnes, recompose une humanité de « melting-pot », écrémé suprême, transmutation supérieure du monde : Prométhée s'est donné du bois pour une "éternité" matérielle. Gloire du mérite et du risque recouvrant comme marée noire celle des anciens héros et saints confondus, enfarinés, roulés dans le goudron comme nos goélands. Le courage au travail « productif » produit l'argent qui fait l'humain semblable aux dieux, voire à Dieu lui-même, si l'on s'en réfère à certaines déclarations de banksters. Un Dieu, ici, comme la démocratie : purement commercial. Un beau simulacre moderne avant le désert brûlant.



  4. Folie rebelle, pionnière contre jalousie mesquine de l'entre-soi continental, nouvelles frontières, la frontière, disons plutôt le front, la guerre perpétuelle – non plus la paix, depuis que « la paix c'est la guerre ». Paradoxe fameux, efficace comme un réflexe conditionné : si tu veux la paix…
    Pour se détacher de la richesse et de ses illusions, il faut pouvoir être riche : Satan tente le Christ. Ceux qui n'ont rien deviennent des névrosés, des obsédés… Sois puissant pour aider, pour partager, aimer, comprendre, pouvoir parler… Si tout ça était bien vrai, ne pourrait-on le voir et le toucher, comme le nez d'un puissant au milieu de sa figure ? L'argent serait donc la seule alternative à la guerre, en vérité ? Et même à l'esclavage (!), aboli aux USA parce que trop onéreux, alors que celui-ci aurait produit la guerre civile (on suppose de le nord était plus riche) ?… Ajoutez la mythologie à la superstition, vous aurez une foi parfaite, confite à point.



  5. La Terre continentale ancestrale ne serait qu'un capital contre-productif, archaïque, voire fasciste avec ses valeurs aristocratico-mystiques d'un côté, écolo-bolchéviques de l'autre. La seule vérité serait qu'il faut toujours être plus rentable, productif, enrichi pour être toujours meilleur dans le combat pour la vie ou la science, le progrès : par la vertu intrinsèque, évolutionniste du marché, l'argent se met spontanément au service du monde et de ses malheurs aléatoires, il donne la mesure du mérité lié au travail. Parce que le travail lui-même, en dehors de ce qu'il rapporte, tout le monde s'en fout : ce n'est qu'un moyen pratique de s'enrichir, c'est à dire d'espérer un jour ne plus avoir à travailler. Le travail n'est qu'un valorisateur, pur moyen instrumental, non plus vocation qui nous dépasse et aide à dépasser. C'est un job interchangeable, une tenue homologuée d'intérimaire
     
    On ne le répètera jamais assez aux simples d'esprit. L'argent n'est pas la jalousie des frustrés ou des peine-à-jouir, c'est une question de jouissance, de joie sans culpabilité, nous susurre t-on. Mais si l'argent engendrait joie et bonheur, cela se saurait, se verrait ! vous dites-vous. Oui, mais ici, seule la valorisation de l'ego, non de la personne à l'intérieur de qui il a été implanté – par le travail, ou plutôt son symbole – compte, si loin de la vraie vérité. Le bon travail, le vrai, a t-il besoin d'ego ? Voilà pourquoi il doit être remplacé par sa valeur théorique comme une plus-value plaisir purement psychologique : c'est une nouvelle culture, on vous dit! Celle du bonheur dont parlait Nietzsche. Seule la valorisation. Pas le Beaujolais. « Noël sur terre ! » Une révolution. Rien que du bonheur !




mardi 3 mai 2016

OCÉANOGRAPHIES # 2 JOUR DEBOUT














Alors que le dévoiement progressif vers une corruption irréversible arrive au bout de sa course, de son processus de décomposition avancée, ces gens-là, manquant sans doute d'imagination, mais plus sûrement de radicalité véridique et de courage créatif, ou plutôt de sa capacité en elle-même – conformisme oblige – cherchent désespérément, disent-ils, comment traduire ce qui se présente comme un mouvement de démocratie participative en élément de démocratie représentative, supposé être son état normal indépassable. Tellement d'argent est en jeu dans cette normalité endettée.

Comme si une rupture radicale n'avait pas eu lieu, remettant en question le principe de représentation en lui-même, comme extrinsèque à la vérité des gens et du monde. Il y a là une méprise, pour ne pas dire une tromperie rouée consistant à confondre avec une ingénuité cynique et calculée, expression et représentation.

L'expression – à commencer par celle du mot-concept « représentation » – ne représente rien si elle ne renvoie d'image qu'à l'extérieur, qu'une image extérieure, étrangère et rapportée, si elle est de remplacement, plaquée à partir d'une réalité de surface calculée, sans profondeur ni épaisseur vécue, sans expérience réelle de sa vérité, exprimée par une forme ou une autre, transitoire par nature : on ne stabilise pas la vie, fut-elle celle de la démocratie – pas plus que celle d'une relation amoureuse inappropriée, utopique ou née d'un malentendu, et encore moins basée sur un mensonge. Le problème de ces gens-là, au pouvoir pour très peu de temps encore, est d'avoir cru qu'ils pouvaient seuls utiliser impunément des formes transitoires pour prétendre défendre les éternelles, les stabilisées, les récurrentes, les invariantes anthropologiques. Le problème est que le transitoire des formes est réel, lui, dans la vraie vie, enraciné même dans le déracinement : il n'y a pas de transitoire du vide, le transitoire est plein de vérité, il en déborde même.

L'utilisation d'expédients transitoires, informels, changeants, illisibles, provisoires, aléatoires, conjoncturels, arrivistes et opportunistes, bref de sentiments d'affichage et de postures théâtrales de composition et de compromission, de prostitution secrète ou cynique, de trahison masquée ou ouverte ; l'omerta et le chantage, l'hypocrisie établie, tout ceci et tellement d'autres bassesses encore, de pressions et d'oppressions inconnues ou inconnaissables, ont provoqué une réaction en chaîne salutaire, un sursaut, un réveil, une prise de conscience, une rupture qui renvoie purement et simplement le manque de confiance à son envoyeur tireur de ficelles et à sa faute professionnelle : à force de tirer sur la corde de la comédie, nos démocrates de représentation ont fini par se montrer tels qu'ils sont : irrécupérables pour la vie, la vérité ou la justice.

Ils ont et sont perdus aujourd'hui, ces mauvais comédiens qui jouent une pièce qui ne les a jamais fait vibrer eux-mêmes, celle d'une vie dite publique comme on disait d'une fille, à qui ils ne font que prendre sans donner, se servant au lieu de servir, avilissant et la vie et leur fausse république de Tartuffes. Ils sont perdus parce qu'ils ne savent pas comment prendre et comprendre l'incertitude qui leur est renvoyée, son indétermination formelle liée à l'incrédulité montante, au dégoût, au mépris, au manque de respect engendrés par leurs pratiques inacceptables au moins, criminelles au pire. Ils ne savent comment interpréter le désamour général, l'indifférence et le lâchage naturels qui ne leurs sont même plus adressés, mais signifiés supérieurement, silencieusement. Les chaises vides finissent par envahir les institutions les plus assises dans leurs certitudes de pouvoir, par un travail de sape intérieur infiniment supérieur à celui qu'ils ont eux-même cru pouvoir opérer sournoisement sur la vie la plus naturelle des gens. Cette saleté là est la leur d'abord, leur basse œuvre.

Ils ne savent plus que dire ni répondre : ils attendent de voir ce qui va se passer, comme un chien attend des miettes sous la table, espérant un moment d'inattention pour vider les plats à sa portée. Ils voient toute cette énergie populaire, cette espérance sociale, ces sentiments supérieurs et ces idées nouvelles ou renouvelées leur passer sous le nez sans avoir leur mot à dire, sans pouvoir les voler par un discours et leur faire rendre des profits bien privés au nom de l'intérêt général. Des paroles osent les contredire ou les ignorer, ce qui est pire, comme s'ils n'étaient plus même la circonférence du cercle. Tout va aller sans eux, même si ce n'est qu'un moment relatif – c'est déjà ça, la survie debout contre la couchée –  : le temps que les gestionnaires de service, ou en clubs, trouvent le moyen de plancher, d'acheter ce qui se passe avant de pouvoir l'analyser chimiquement et le contre-faire avec le génie habituel des faussaires de leur système.

Ces paroles libres et naïves, mais tellement essentielles de vérité avec lesquels seront fabriqués les mensonges de demain. Non, il ne faut pas les salir : il faut les laisser se perdre dans le sable du désert. Rien de ce qui est vrai n'est négociable : tout est acceptable en bloc. Comme un morceau de vie qu'il faut apprendre à respecter, réapprendre à aimer et à défendre, ce qui est négociable est faux, truqué, calculé, prévu, plié. Nul ne sait quand ni comment la vérité passera, mais l'important est qu'elle passe, pas l'impasse temporaire : il n'y a pas d'impasse pour la vérité, il n'y a que des passages, des portes, des relais, des rebonds, des retours, des résurgences, des rappels de continuité au cœur même des ruptures les plus profondes, de reflets ondoyants, montaigneux. Les ruptures ne sont que de niveau, pas de réalité comme le croient les manipulateurs de la com universitaire. Elles ne sont que de camp ou de champ d'ignorance, apparence, jeux de lumière naturelle. Celle du jour debout dans sa marche solaire et solitaire.