vendredi 25 novembre 2016

LA VÉRITÉ # 39 LE VIEUX PARADOXE






Dieu nous préserve de vouloir mettre tout le monde dans le même panier, mais il semble y avoir, dans ce pays imaginaire, dans ce sens très particulier d'inconnu et familier à la fois – comme dans le poème de Verlaine, certains fruits défendus et pourris, sorte d'alliance objective entre un certain catholicisme de pouvoir et un contre-pouvoir matérialiste athée – puisque « la sociale » semble bien avoir été sœur jumelle de l'industrielle, bénie de dieux nonothéisés à dessein.

Alliance secrète contre les valeurs profondes, mystiques, d'un christianisme d'Évangile, jusqu'à aujourd'hui – contre d'autres demain, révélatrices, pour parler clair. Sorte d'unité héraclitéenne occulte d'intérêts liés au sommet – au cœur secret de chaque chapelle – permettant le mouvement perpétuel d'un système autour de son axe d'imposture légalisée. Toutes les ivresses du rationalisme instrumental se confondant dans les limites camouflées du cadre de fer entre des mains de velours sanglant.

Comme dans n'importe quel lieu et domaine, le mal réside surtout dans ce que l'on fait des principes – plus que dans leur vérité même, pour finir : une vérité trahie n'est-elle pas infiniment plus cruelle qu'un pur mensonge dont la netteté de la violence n'affecte aucune confiance ni foi ?

Dans un monde ou l'on tait la vérité – et donc où elle n'est ni révélée ni même voilée, elle cesse d'exister, et même de sortir de la bouche des enfants. Nul ne peut plus y croire encore, du fait de son absence objective et évidente, si on peut dire, même si son absence demeure d'autant plus négativement active, et que cette négativité devient plus objective que tout le reste : le cœur du monde s'arrête de battre, le sang vient à manquer, et les montagnes de machines à calculer ne remplacent ni n'y changent plus rien. Comme le Nord, elle manque et les réponses à ce manque ne produisent plus que des manquements.

On ne peut déjà plus guère que croire de force à la non-existence de la vérité, suivre cette non-existence comme des credo et dogmes nouveaux, pratiques et libertaires, confortables. « Tout est permis », et même le contraire de tout dans tous les sens « utopiques » possibles et, pour réaliser l'absence de limites, salement reconnues et respectées, aux désirs jouissifs, rentables et profitables, progressistes-pseudo-éthiques. Absence proclamée comme une guerre sainte. Celui qui ne croit pas à cette non-existence est un social-hérétique moderne doublé d'un anti-démocrate, marginal-fasciste, dangereux sectaire rétrograde, « ennemi de l'intérieur » de cyniques intérêts croisés de force dans la tête des gens de bien. Mais on ne croit ni ne vit de force, on en crève.

Mais cette vérité-qui-n'existe-pas demeure comme ce Dieu dont il faut prouver l'existence pour y croire : il restera toujours à y croire et finalement, encore plus, y croire se révèle objectivement plus difficile et impossible que de croire en une vérité fantôme qui ne peut pas ou plus exister. La vérité demeure, au-delà de sa négation, de sa non-existence : son absence est active, elle est plus qu'un manque, elle est un manquement, un manquement à la vie et à la liberté, par delà la réalité qui l'habille matériellement.

La diversité théorique fait une généralité de ses particularités, contre l'ancienne unité partagée de la réalité d'une vérité universellement particulière, dans sa liaison ou ses liaisons, dangereuses ou pas. Les différents points de vue désarticulés dont chacun est plus incomplet que faux que l'autre, que l'objectivité totalitaire restructure en forme arbitraire cohérente autonome et fonctionnelle de remplacement de la vérité nature et surtout de sa nature – deviennent à proprement parler la construction sociale d'une non-vérité objective, vide et utile à remplir et consommer. Puisque ce genre de construction n'est que de forme et de caricature, de simulacre pur, comme le mal.

La vérité est toujours propre, unique et universelle. Universelle, c'est à dire « transposable », pour reprendre le mot de Simone Weil.
« On nous a toujours appris que ce qui est à nous n'est pas bon, à exister à travers l'autre. » Le propre ne peut être moral parce qu'il n'est pas partagé par le maître. L'Autre ici n'est pas le prochain, c'est celui au service de l'intimité de qui nous sommes, privés d'être, aliénés et attachés au sens strict. Celui le plus volontairement éloigné. C'est un vieux paradoxe romain.








mardi 15 novembre 2016

DIALOGUE AVEC R. # 5 LES MYSTÈRES DU JAZZ






A voir ton commentaire : nous  partageons les mêmes valeurs, à partir des plus "premières", et le même souci de ne pas sortir de l'humanité.

Le pire étant tout simplement que ceux qui en sortent le font sous l'influence d'idées seulement logiques, à la sensibilité éradiquée ; cette sensibilité anesthésiée fait pression et système contre toute innocence, perdue ou imaginable. Pression qui pousse et somme de choisir entre un bien et un autre bien, présenté comme un mal.

Contre tout retour d'innocence, comme on viole, massacre et brûle pour que rien ne reste que de l'inculture : celle de l'autre, de l'ennemi dont tu parles.

Pour ma part, je laisse maintenant ceux qui veulent vivre avec ce mal imaginaire en mourir à leur aise, mais comme tu le vois, je ne suis pas d'accord pour les autoriser à transmettre le virus, quelles que soit les bonnes raisons invoquées, celui de la violence, d'une façon ou d'une autre, instituée.

Ce système est proxénète dans la mesure où il s'insinue dans la couche de notre intimité morale avec une sorte de légitimité garantie incitative, par le soit-disant « être-ensemble », d'une vie sociale avantageuse et « confortable », mais plus abusive que culturelle consentie : l'acceptation obligatoire et forcée de l'autre et d'une consommation relationnelle solidaire de pure forme – arbitraire réglée – , basée sur l'exclusion du tout-autre dans son éventuel refus, interdit, de cette relation fabriquée, au nom même du principe d'identité dans la différence. Un système particulièrement sale et vicieux né de l'esclavage et de ses fascinantes dialectiques de rendement.

Pour ce qui est du « confort » du jazz dont parles, on retrouve ça dans la caricature et la récupération de toutes les musiques authentiques, c'est un peu ce que je voulais dire en citant la phrase de Beethoven, qui parle d'elle-même à partir de cette vérité insultée.

J'avais effectivement vu dans "Le dernier coup de Ganja" qu'une certaine musique pouvait te parler aussi profondément qu'une autre, sinon plus. Tes remarque sont extrêmement stimulantes.

Et parce que ce que tu y dis parle de quelque chose de trop méconnu pour qu'on n'y insiste pas, surtout en ce moment, et qu'on ne relève pas la forme que tu restitue – à la fois positive et renouvelée – à certaines vérités d'un Islam tellement présenté comme un vecteur d'obscurantisme et de barbarie qu'on se trouve placé devant le paradoxe rééquilibrant et salvateur de voir combien cet Islam peut, sur ce terrain, parfois devancer des principes qui se vantent, justement, mais à mauvais titre, d'une avance civilisationnelle qui serait comme l'une des prérogatives exclusives d'un certain Occident théorique qui finit par ne plus avoir de rapport avec, comme tu dis, la Vérité.

« Il est exact que la musique – que je prends comme une des premières manifestations devant ce qui paraît être impénétrable, indomptable –, vient des profondeurs de notre propre nuit. »

Elle vient sans aucun doute de la nuit des temps, mais qu'est-ce que cette nuit dont l'idée même paraît assez négative ? Ne traduit-elle pas une idée évolutionniste civilisationnelle purement théorique et extérieure à nos êtres en tant qu'humains ? Il me semble que cette nuit des temps comme origine et source est pourtant, encore plus, le début d'une certaine lumière intérieure en accord avec un ordre qui nous dépasse certes, mais aussi nous construit en chaque lieu et instant, toute loi pouvant servir aussi bien à l'esclavage qu'à l'intelligence et à la liberté.

Cela me rappelle dans le sens que certains y mettent, la phrase de ce blanc des plantations américaines du XIXème siècle qui voulait, en substance, par une certaine rééducation « extraire et effacer toute la nuit du cerveau étroit du Nègre ».

On dirait même que l'apparence d'impénétrabilité dont tu parles, utilisée dans ce sens négatif produit l'esclavage lui-même ! et sa raison d'être théorique, comme une sorte d'horizon obscur indépassable en soi très pratique d'une condition humaine culturellement et technologiquement différente, par une sorte d'effet pervers de l'intelligence ou plutôt de son « manque ». Tu sais bien toi-même tout ce que le terme « nuit des temps » implique, par exemple, au niveau humain négatif concernant ceux de la Préhistoire : l'inévitable barbarie obscurantiste, avec sa face ni humaine ni animale, dans la caverne et de son mythe, que je ne partage pas, dans ce sens, avec Platon, même si, symboliquement, il est très juste. Je crois simplement qu'il n'y a pas de nuit sans lumière, c'est la moitié du verre.

Pour ce qui concerne les cultures forestières, elles ont été, particulièrement dans notre système civilisationnel, frappées de la marque du diable, de l'infamie et de la monstruosité face à la « cité céleste » incarnée par un idéal purement et simplement coupé de la nature, derrière les murs de la ville industrielle collectiviste, dès les Romains, chez nous.

Peut-être la vérité était elle aussi que le jazz ou l'art nègre urbain de départ n'était pas intégrable tel quel et qu'il fallait qu'il évolue vers un compromis qui lui permette – comme le noir américain lui-même – de survivre « en enfer ».

Compromis vers un métissage culturel obligé, avec sa structure instinctuelle de base, survivante et même hyperactive sous les couches technico-allogènes intégrées dans le temps de sa durée nécessaire – comme sous-culture provisoire, avant de devenir musique plus ou moins nationale ! On voit de tels métissages culturels, sous des formes plus cultuelles, pratiqués aussi chez des peuples tels que les Tziganes ou les Amérindiens catholicisés, « fonctionner » de façon miraculeusement vivante et « efficace ».

Sans universalité, il semble difficile à une forme culturelle de survivre en tant que telle. Le jazz a survécu par une ouverture totale aux formes brassées par le, et au Nouveau Monde, même venues de l'Ancien, puis de tous les continents, mondialisées. Il a trouvé la formule d'un amalgame original réussi, à partir de certains fondamentaux, en passant par l'expression d'une poésie visionnaire et symbolique directe et sensible de la condition humaine, en usant de tous les procédés possibles à sa disposition, en les associant à une spiritualité cachée et elliptique pour, à partir du ghetto, s'imposer, par delà l'inévitable commercialisation du show-business, comme culture populaire nationale et internationale, embrassant les différences sans jamais les nier. Le contraire du système européen qui le provoqua.

Même le classique lui en rend hommage comme source d'inspiration. L'infini plasticité du jazz est un phénomène étonnant, que ne peut expliquer sans doute que la nature même de sa popularité profonde. Mais il y a sans aucun doute plus : il y a le lien religieux quasi-permanent et latent : il a opéré une sécularisation, doublée d'une inter-racialité fraternelle, parfois excessive et déplacée, mais le plus souvent respectueuse, positive et fertile, en ramenant du même coup beaucoup d'éléments profanes vers une noblesse humaine naturelle perdue dans un monde où tellement de valeurs avaient sombré, au moins en ce qui concerne les années d'après la seconde guerre mondiale.

Par delà les aléas historico-politiques de ces années-là (1950 à 80) aux USA, il bousculé un continent européen comme personne et a largement contribué à une renaissance inattendue de ses formes classiques les plus embourgeoisées. Mais quel fut son point de départ humain ? Sinon son incroyable énergie et capacité d'intégration dans le collectivisme social contraint d'un monde protestant qui l'annexa d'abord dans les plantations, pour donner du courage  productif aux esclaves et divertir des maîtres étonnés par sa créativité spontanée teintée de mystérieuse religiosité vocale et chorale. Tout ceci malgré et face à l'individualisme forcené d'un système hyper-sophistiqué de concurrence de tous contre tous dans la lutte pour la survie.

« Les musulmans, comme tu le supposes, ne prient profondément que lorsque le corps est impliqué, avec une vocalise associée. »
(…) il est indéniable que le peuple d'Afrique a conservé ce lien ancestral d'un rythme éternellement associé à l'action, comme si l'effort interne prouvait par là sa réalité. »

Absolument d'accord avec ce que tu pointes : le corps et la vocalise sont « impliqués » comme nulle part ailleurs peut-être, la modulation de la voix n'est pas que naturelle, elle finit par dépasser l'expression de la différence sexuelle normale pour aller l'accrocher très haut, et lui donner une sorte de grâce étrange que l'on ne retrouve -- à ce niveau-là --  que dans certains pays d'Afrique, comme au Mali et chez quelques autres ayant des traditions culturelles, parfois aristocratiques, uniques et spécialisées, plus ou moins liées à l'influence de l'Islam et à d'autres sources encore.

On sait que le jazz vient en grande partie de la voix et tourne autour d'elle : même quand on ne l'entend pas, les instruments la simulent, l'évoquent, la suggèrent et rappellent.

Quand au rythme associé à l'action, mille fois d'accord : les « spécialistes » disent en gros que le jazz est une musique fonctionnelle du et au quotidien, avec ses joies et misères, le travail (…). Allant jusqu'à reproduire bruits et sons de façon incroyablement fine et stimulante, comme accompagnements rythmés de gestuelles professionnelles, dans ses débuts, à partir du blues notamment. D'autant plus qu'il concernait alors des « populations » illettrées, sans plus de repères culturels (blancs) ni moyens ou supports de communication médiatique « de masse » et encore moins inter-personnels.

Pour moi, la double contrainte de milieu : celui de la communauté d'origine, déracinée, mais en obligation de survivance équilibrée absolue (culture détruite, familles dispersées…) et celui d'un milieu totalement étranger, à intégrer au risque de diverses peines et formes de mort intérieure et extérieure – cette double contrainte n'aurait jamais pu être dépassée avec le succès qu'on connaît, même soutenu par une partie des blancs, sans l'harmonisation qu'opéra, on ne sait pas totalement comment d'ailleurs, et c'est là le privilège secret du peuple noir américain dans son âme et son cœur; l'harmonisation qu'opéra une humanité culturelle unifiée par le jazz. 

Amalgame miraculeux, fonctionnant à partir d'un mystérieux universel musical, fonctionnant maintenant partout dans le monde avec des valeurs corporelles et spirituelles – ouvertes, au sens profane, transcendantes au sens sacré. Il me plaît tellement de croire enfin que ces valeurs vinrent sans doute autant du village africain que de la tradition urbaine et rurale européenne revisitée et transfigurée. Pourquoi demander des preuves quand il suffit d'aimer ?

Leurs noces de sang (comme il y a des fraternités de sang) me remplira toujours, comme tellement d'autres humains transformés, d'une joie et d'une innocence téléportatrices  face au mal omniprésent dans ces mêmes traditions, qui les ronge de l'intérieur jusqu'à le pousser dehors, l'expulser – avec et par le jazz – « comme si l'effort interne prouvait par là sa réalité. » Je dirais prière d'un côté, exorcisme de l'autre.


(…) l'espoir venait recouvrir et panser les blessures ouvertes. Seule l'âme innocente était alors capable d'y parvenir ; que dire alors de l'union de ces âmes ? Au point que cela constitue un ciment.

Toutes les analyses se fondent sur ce que l'individu pense (...) l'humanité n'existe plus, seulement caricaturée par des concurrents, des adversaires.»

Que dire en effet de « l'union de ces âmes » ? Sinon qu'elle est surnaturelle et extraordinaire au sens strict, que ce ciment est plus solide que le matériau dont on fait les bunkers et les ghettos ; qu'elle est incroyablement créatrice et libératrice, salvatrice. La voix d'un(e) chanteu(se)r de jazz est parfois si physiquement proche de celle de Dieu, quand le sentiment ("feeling") de son gospel ("God-spel") nous envahit comme une émotion religieuse libre, mais si forte que sa beauté nous lie à quelque chose que nous ne voulions ni pouvions plus croire encore possible ou vivant.

On comprend l'enrôlement protestant. Et l'on voit l'éclatante « démonstration », sans précédent ni vraiment de suite américaine, d'un Martin Luther King sur les pas de Gandhi, malgré la sanglante abréviation qui les attendait. 


Cette voix dans ces voix dépasse l'espace, le temps et la douleur, qu'elle finit par traduire et reformuler en une joie étrange, -- riant et souriant de ses larmes --  suspendue, partagée et triomphante, haut dans l'espoir dont tu parles. Et ce qui se passe et se réalise – sans que nous n'y puissions rien, en dehors de nous, c'est le fait surprenant et éternellement nouveau à chaque fois que le "it" est là, que cette joie étrange (« strange feeling »), nous la ressentions si profondément comme imprenable et insalissable, préservée, à la fois.

Le jazz exprime cet indicible comme une voix différente de celle de l'instrument de musique fait main humaine, et dont la mélopée semble plutôt courir après. Quelle est cette voix, par delà l'individu dont tu parles, ses concurrents et ses adversaires, « unitive » s'il en est et fut, qui nous parle et apaise ?

Quel est le mystère de sa création ?










mardi 8 novembre 2016

LA VÉRITÉ # 38 MINOR JAZZ








Un très proche m'accusait, plus par dépit, mais sans haine – bien que parfois, si l'on n'y prend garde, l'incompréhension puisse virer au mépris, le mépris en haine quand un psychisme, fatigué comme un poisson, est travaillé de savante façon par certaines techniques de manipulation qui nous dépassent autant qu'une pression sociale anonyme nous cerne sournoisement dans le sourire entendu de son visage de société incarné ou instituée m'accusait de « trahir ma culture » par amour du Jazz.

Aurais-je dû avouer et révéler que l'une des racines du Blues est très certainement arabe et qu'elles ont donc aussi, dans ce mystère de l'art, une dimension musulmane ? Que l'Islam est certainement un des piliers conscient de ma culture – inconscient pour ceux qui ignorent dans tous les sens du terme – ce qu'il peut avoir d'universel ?


« Après 13 années d'appel à l'Islam, et de souffrance de la part d'Arabes anciennement païens, Mohammed devient chef de l’État, Yathrib devient Médine, "la Ville illuminée". Là l'Islam peut à nouveau s'épanouir, prendre son essor, et un nouvel ordre social va naître, ayant pour socle, pour centre la mosquée…

Ses idées se condensent tout-à-coup en un ensemble de visions élevées, morales et sociales, embrassant une communauté se voulant immense – mondiale si c'est possible –, et qu'il veut unie, il la veut consciente d'une paix générale, il la veut aussi tolérante, envers tous, musulmans et non musulmans, de quelque race qu'il s'agisse…

Et ce fait est impressionnant. On peut penser aux Perses, qui ont initié cette idées de "Droits de l'homme" au VIè siècle avant J.-C., et plus tard, au hasard, à la"Déclaration des Droits de l'homme" elle-même, en 1789, et même en dernier, à la "Déclaration universelle des droits de l'homme", en 1948... »    R.


Jusqu'où aurais-je dû aller pour défendre cette culture que ce très proche attaquait en croyant défendre celle, la bonne pour lui, celle qu'il considère comme « sienne » ? Au moins jusqu’à lui dire qu'une vraie culture n'est ni propriétaire ni d'appartenance. Que ce ne peut être construction d'un objet ni pur héritage. Que le spirituel n'est pas patrie nationale, mais de cœur. Que ce cœur est un illimité, n'ayant rien à voir avec l'histoire de ses petites histoires, pour le dire poliment.

Mais on ne sait plus parler – sous la pression sociale, croissante en période de guerre psychologique et culturelle, de la vérité officielle d'un prétendu monde émergeant défendant « autrement » l'ancienne culture particulière du groupe humain « d'origine » – sans plus d'humanité, auquel on nous enjoint d'appartenir sans réserve ni réflexion, puisque toutes deux ennemies du combat « culturel » pour la domination ; on ne sait plus parler à ses proches, dont on finit, comme tout le monde, par craindre les reproches directs de non-conformité au système de pensée unique qui nous tient en laisse familiale et professionnelle.

Pour finir, il faudra bien avouer un jour à tous nos proches sans exception – au risque même du divorce spirituel – sans crainte ni langue de bois domestique, que si l'humanité en tant que qualité humaine n'est plus une référence et que, comme la dignité, parce qu'elle devient de jour en jour l'objet d'un mépris de plus en plus ouvertement partagé et parfois celui des plus abjectes moqueries et humiliations, il devient aussi et autant du plus haut devoir moral et intellectuel de refuser absolument cette ignominie de la prétendue modernité explicative des temps, cette chose abjecte et sous-humaine que nous finirons un jour ou l'autre par accepter comme une fatalité atmosphérique.

Et rappeler encore, dans le même temps qu'aux caricatures affichées du juif d'un temps qui semble avoir finalement beaucoup de mal à passer « de mode », répondent insidieusement autant qu'officiellement – ce qui marque déjà une limite inacceptable en soi – quelles que soient les raisons instrumentales ou idéologiques invoquées – répondent donc celles du Prophète en tant que symbole implicite de civilisations et du peuples visés dans leur ensemble par une mafia intellectuelle internationale osant se dire « démocrate », et que ceci est accompli, comme tant d'autres actes ailleurs au nom de la religion, au nom de la liberté citoyenne et d'une institution proclamée de cultures et de peuples finalement déclarés supérieurs, à laquelle nous sommes implicitement sommés de nous rallier comme citoyens de base intégrés du cosmopolitisme commercial et financier dominant la planète.

Il est grand temps de dire non à cette terreur politico-médiatique sournoise et fascisante qui justifie d'ores et déjà quasiment toutes les guerres du nouveau siècle avant de valider les civiles et culturelles à venir ici en France, en Europe ou ailleurs.

Pour ceux à qui l'humanité, au le sens plein du mot, ne parle pas – et il y en a de plus en plus – il n'est que de leur rappeler, simplement, la condition qui fut faite à ceux qu'on parqua dans les camps d'extermination avant destruction de leur vie et la négation de leur être, pour « en finir ». Et comment tout cela commença, dans l'air empesté du temps et du quotidien des têtes.

Ces exterminés-là auraient, mieux que quiconque, "expert" ou pas, put définir ce qu'est la négation de l'humain, autant qu'aujourd'hui, ceux qu'un certain fascisme pseudo-islamique détruit avec une ferveur morbide et une jouissance psychologique obscène, fascisme tout aussi « révolutionnaire » que celui de leurs ancêtres et précurseurs européens nazis.

Comment avons nous pu faire – en 30 ans seulement de formatage psychologique, de la jeunesse d'abord – pour oublier, nous, leurs petits enfants  spirituels ? De combien de millions de morts et d'horreurs allons-nous payer ce négationnisme mou, mondialisateur, moralisateur, et contre-universaliste collectif dur ?

Aujourd'hui le jazz fait partie du business obligatoire établi, mais demain, qui écoutera encore, libre en eux-même, comme d'autre le firent de Radio Londres, une « musique de dégénérés contre-culturels » en résistance, issue pour partie du sang spirituel d'une « sous-culture barbare » du Moyen-Age, quand le monde progressiste-fasciste pseudo-chrétien aura été provisoirement réactivé par ce même business établi en ses comptoirs de l'éternel autre côté du manche ou de la batte, pour jouer sur les deux tableaux à la fois ?

De quels « traîtres » faudra t-il donc logiquement applaudir la pendaison en musique ou se taire ?

Qu'avons-nous donc tant à dire des actes de dictatures lointaines non-autorisées que nous ne pratiquions déjà en esprit et « morale » moderne, économique et financière appliqués au monde conquis sous couvert de civilisation, comme nous le faisions allègrement il y si peu déjà, dans tant de nos colonies oubliées, et comme nous n'avons cessé de le faire depuis, avec nos associés et partenaires « officiels », sous couvert de modernisation, de normalisation et de mondialisation ?

 
On connaît la musique : les meilleurs polars, joués en blues mineur, lancinante mélodie, la logique du plus fort, réglée comme du papier, et tout en bas, la signature avec du sang jamais séché, ajoutant le crime à la trahison, et le mensonge culturel et cultuel, pour recouvrir les corps en famille. Vive la tragédie du jazz, vive la joie du jass ! Autant que Mozart, Jean-Sébastien et Vivaldi ! Et Ludwig, qui refusa un jour « de jouer pour des porcs » !













jeudi 3 novembre 2016

DIALOGUE AVEC R. # 4 POUR QUE TOUT NE CONTINUE PAS COMME AVANT JUSQU'À LA FIN DES TEMPS








 



« Dieu et vérité, car ces deux termes sont convertibles (…)

Lorsque j'ai appris qu'Hiroshima avait été anéantie par une bombe atomique, je laissai paraître aucune émotion. Je me dis tout simplement : "l'humanité court à son suicide si elle n'adopte pas la non-violence" »

Mahatma Gandhi

« Il y a toujours dans le monde quelques hommes inspirés et c'est un trésor inestimable que de pouvoir les approcher. »


Platon





***





" C'est la ville où fut construite la Ka'ba, 3000 ans avant, par Abraham ; c'est dire que ce pays n'était pas inconnu des Prophètes passés.

Le fait est devant lui, il établit la continuité des Prophètes, et donc de ce dogme unique – que chacun pourtant s'attache à différencier... L'évidence est là : devant ce Dieu unique, la religion est une Vérité première ? Et il voit là, la continuité se faire, et non se disperser…


Médine, "la Ville illuminée". Là l'Islam peut à nouveau s'épanouir, prendre son essor, et un nouvel ordre social va naître, ayant pour socle, pour centre la mosquée…
Mais il faut y voir bien plus. La vision islamique développée par cet état – par ce Prophète éclairé, grandi, libéré par son extraction de la Mecque –, s'est révélée à lui, et il la révèle à tous.

Ses idées se condensent tout-à-coup en un ensemble de visions élevées, morales et sociales, embrassant une communauté se voulant immense – mondiale si c'est possible –, et qu'il veut unie, il la veut consciente d'une paix générale, il la veut aussi tolérante, envers tous, musulmans et non musulmans, de quelque race qu'il s'agisse…


Son action n'est ici que spirituelle, comme sa mission, mais l'humanité ne se nourrit pas de mots, il veut les appliquer, leur donner cette force de l'âme, cette énergie consciente en l'homme, un élan à transmettre à toute la terre.

"... Liberté de conscience – musulmans et non-musulmans... sécurité et protection contre n'importe quelle menace venant de l'extérieur... justice et abolition des crimes et pratiques immorales... Caractéristiques de cette nouvelle société dominée par l'usage de la charité, à laquelle s'ajoutait – en remplacement de l'avidité et de l'égoïsme –, la compassion, le souci de toute personne vivante..." .

Ses bouleversements apportés dans des domaines variés de l’État, actions quasiment politiques, mais aussi sociales et familiales, rendant à la femme une dignité qu'elle avait perdue, puis au peuple une honnêteté disparue, une honorabilité, instituant un certain respect entre les gens. Et les musulmans n'étaient pas insensibles à ces améliorations, visibles, développant par là une certaine fierté dans une population enfin rehaussée.




A la Mecque, période qui a duré 13 années, Mohammed a reçu 83 sourates (en général les versets les plus courts), et dont les thèmes principaux peuvent être réunis en un fonds dogmatique.

Le Prophète est ici vecteur de "la bonne parole" ; il transmet la parole divine. Et les versets annoncent un changement radical ; ils débutent par l'Eminence : le Dieu unique. Désormais, Ici donc se trouve l'ossature du dogme perdu, conditions qui doivent présider aux actions de l'homme, en vue de parfaire sa conduite, en attente du jugement de Dieu…

Déjà la Thora, descendue, Abraham, puis Jésus, avaient édicté les choses. Pourtant le temps a bouleversé l'esprit des hommes et, en perdition, un polythéisme les a noyés. Leur cœur s'est endurci, il a séché, et ils ont cherché ailleurs de nouveaux maîtres, plus compréhensifs sans doute, plus silencieux. Il faut donc répéter à nouveau les qualités qui doivent guider les actions des hommes.

Et Mohammed est chargé de préciser les choses :

D'abord, l'unicité de Dieu, et par conséquent l’affirmation du pur monothéisme, et la réfutation de toute idolâtrie. La Résurrection et le Jugement dernier : chaque être devra rendre des comptes au Tout-Puissant. Les nobles vertus : le croyant s’oblige à faire siennes les qualités comportementales telles la véracité, la fidélité, la générosité, l’honnêteté, le courage, etc.

Ici donc se trouve l'ossature du dogme perdu, conditions qui doivent présider aux actions de l'homme, en vue de parfaire sa conduite, en attente du jugement de Dieu...



Après l'Hégire, l'installation des compagnons musulmans à Médine a duré 10 ans.
Mohammed avait reçu là 28 sourates (en général plus longues), et dont les thèmes majeurs se sont peu à peu diversifiés :

Et ces "Hadiths" sont donc logiquement à séparer du corpus coranique, reflétant surtout les conséquences d'une assimilation, d'une bonne compréhension.

Il s'agit, dans les principes de base d'une concentration humaine, de fondements essentiellement sociaux : la famille – le rôle de chacun dans un respect mutuel, éventuellement les droits, devoirs et prérogatives, mariage, divorce, succession, etc. –, puis la famille dans cette société, les comportements, la justice, et jusqu'aux signes particuliers, la tenue, la nourriture, les interdits, etc. Le tout défini d'une façon parfaite et exhaustive, en fonction des éléments dominants de l'époque.

Il y a donc eu, d'une part l'illumination religieuse, avec ses bases incontournables, puis un glissement vers une "mise en pratique", un pragmatisme adapté.

Il reste que le Prophète Mohammed – en kamis ou en uniforme –, usait semble-t-il, des deux fonctions à Médine ; il en usait comme d'un système équilibré – pour le meilleur bien sûr –, mais avec fermeté.

Mais à la mort du Prophète Mohammed, la nouvelle religion de paix a semblé avoir perdu la raison, avec la disparition du Prophète lui-même."  


                                                                                                                      R.





***





La continuité des Prophètes de ce dogme unique : le monothéisme ? Il faudrait peut-être réfléchir à la notion d'unicité, pour la voir dans un sens d'unité d'un spirituel méditerranéen-occidental comme source du monothéisme – monothéisme, qui apparemment, n'est pas en lui-même évident puisqu'il semble s'agir aussi d'un mouvement d'unification aboutissant à un nouveau polythéisme à travers de nouvelles unités civilisationnelle, sortes de superstructures multinationales d'une sorte d'impérialisme « spirituel ».

La difficulté de l'unicité spirituelle est de finir dans une unification pratique qui ne peut, à terme, que la transformer en un conformisme de la force dont la forme ultime, dans les faits, n'est pas étrangère à un dogme tribal élargi par la pure logique de pouvoir. Il y a un problème du spirituel et du temporel qui n'est pas réglé par le dogme religieux ou laïc de séparation, puisque le second n'a fait qu'inverser l'exclusion du premier. Pour moi, le dogme est le premier héritage tribal, pas forcément le meilleur : celui de la force, habillée d'autorité nécessaire, économique ou logique.

Plus grave : c'est une négation de l'unité de la vie, de sa diversité et de sa transcendance au nom d'un principe pratique collectif purement organisationnel, et sa structure unidimensionnelle est liée, par son histoire même, au mouvement monothéiste en Occident, dont les aboutissement révélés ont donné les fascismes, dont le dernier prend l'apparence « islamique » que l'on sait. Je n'aime pas les désirs collectifs : ils manquent d'unicité et d'authenticité, leur formalisation légale ou réglementaire me semble malsaine comme celle d'un fantasme.

Ce qui m'intéresse est l'unité première et dernière, non des pouvoirs ou des savoirs, mais de l'être et de la vérité et la manière dont cette unité est vécue et transmise, dans le contenu concret de son sens illimité, non dans l'absurdité pratique de ses limites, liée à sa collectivisation rationnelle et matérielle.

L'unicité n'est, dans un sens, ni dans la concurrence ni dans l'expansion : elle n'a rien d'externe, elle n'a pour but que d'être ce qu'elle est, fidèle à sa racine, et sa finalité ne s'exprime que par ses fruits. C'est en ce sens que chaque religion apporte ses fleurs et sa sève en vue de la vérité et de la paix, de la liberté, du sens du monde et de la vie.

Le fait religieux comme signe ou trace de l'unicité du sens spirituel, et à l'intérieur de ce sens comme principe premier et directeur de la vie, des aspirations humaines, un sens historique de continuité et d'intégration de son esprit, de ses institutions et pratiques, puisque l'histoire est aussi son signe divin, en Occident et Moyen-Orient monothéistes, en vertu de la création et de l'action du Dieu unique au sens de seul Dieu autant que dans celui d'Unificateur, ici : jusqu'aux Protestants.

Aussi bien vis à vis de l'étranger ou du « barbare » que du peuple intérieur – jusqu'à sa propre « famille » – païen ou des clans polythéistes (...), il n'y a pas énormément d'alternatives : c'est soit la conquête spirituelle, soit la conquête par la force, conversion, persuasion, ou guerre ou encore mieux la première par la seconde, fut-elle, comme ce fut assurément le cas pour Mahomet, tempérée de miséricorde. Miséricorde permettant l'émergence d'une sorte de chevalerie du pouvoir et des codes, même si hélas, comme pour l'Occident chrétien, cette chevalerie ne tint que par quelques parfaits, le temps exceptionnel d'une poignée de vies exemplaires, saintes ou héroïques.

Tout dépendant sans doute de ce qu'on met dans la balance de spirituel et de temporel, d'aristocratie vraie et de démocratie authentique, et des moyens de transmission, émergeant de l'Islam de Mahomet, malgré et outre le fait qu'il ne semble pas y avoir travaillé particulièrement, hormis la transmission du Livre, classique et conforme au niveau aristocratique spirituel et pratique.

L'absence de création de clergé et de pouvoir religieux séparé – qui apparemment, viendra plusieurs décennies plus tard, indique sans doute une volonté prophétique-divine de conserver une unité indivisible des deux mondes, célestes et terrestres, afin de préserver une unité de vie à la fois terrestre et spirituelle entre un peuple religieusement uni à partir de ses branches hétérogènes et un pouvoir-autorité soumis aussi à  l'unicité d'un principe de vie englobant, harmonisant et surmontant ses démons pratiques logiques.

L'expérience montrant trop souvent que « tout pouvoir absolu corrompt absolument », sauf peut-être à lui donner une autorité qui le dépasse et l'équilibre dans des limites conformes aux principes universels d'humanité et d'égalité réels entre les personnes devant Dieu, et non en fonction des intérêts d'une poignée de profiteurs dominant et le spirituel et le temporel.

En ce sens, je suis profondément pour un dialogue chevaleresque renouvelé et mené à terme, comme toi sans doute, mais où chacun conserve non ses idoles, mais le sens premier et profond de sa langue spirituelle transposée et traduite lors de ce dialogue. Même si je ne saisis pas bien la notion d’œcuménisme dans son esprit : pourquoi chercher à reconstruire une unité perdue ou n'ayant jamais existé dans la forme (par exemple la forme d'un clergé), par des techniques ou intentions surajoutées inévitablement liées à des pouvoirs institués, infailliblement séparés, effectivement faillibles ?

L'important du dialogue n'étant pas, comme l'ont montré les grecs et notamment Platon, le dialogue de vérité ? Pourquoi ne pas faire des bouquets de vérités, avec des tons, des assortiments, des formes, des harmonies, des analogies où chacun puisse se retrouver dans ses valeurs et parler à l'autre ?

Pourquoi ne pas créer un « grand art » religieux  et philosophique plutôt qu'une grande messe ? L'art n'est-il pas d'abord divin, non utilitariste, comme son inspiration ? Pourquoi la vérité serait-elle technique ou science annexée ? Ces deux dernières appliquées – n'est pas là la sévère leçon de la modernité – n'ont-elles pas infiniment (au sens pratique d'abord) montré leur incompétence et leur inutilité dans ces domaines ? Qui a dit que l'histoire avait un être ?

Ce dialogue suppose évidemment un dépassement multilatéral des dogmes qui, finalement, demeurerait dans le droit fil des exigences de continuité d'un spirituel uni, faisant retour à lui-même dans une sorte "d'ummah" post-islamique autant que post-chrétienne ou judaïque, après dépassement des polythéismes, permettant peut-être de réintégrer la part maudite du mal – tribal, mais aussi impérial fasciste moderne et industriel – barbarie cruelle, inhumaine, la discutant pied à pied, face à face, principe à principe, mot à mot, logique à logique, éthique à éthique.

Dans ce sens, la continuité réelle du mouvement monothéiste amorcé sur des siècles – surtout de guerres et de conquêtes – ne serait-elle pas d'opérer une rupture de discontinuité de ces mouvements partiels et divisés de l'Unique, d'une unité idéale ou révélée, transcendante ou instituée, mais fragmentée, aussi contradictoires et stériles que les premières tribus immobiles venues ?

Non de les unifier dans une mondialisation industrielle du religieux, faite de nouvelles normes de synthèse, mais de montrer leur unité unique complémentaire de vision et de révélation, autant que d'aspiration profonde à une spiritualité enracinée qui permette le respect de l'autre dans sa différence climatique interne et par là l'enrichissement pratique de la recherche de la vérité relative ou absolue ? Unité de la racine céleste et de l'arbre de la forêt.

Mais permettant, encore mieux, de réintégrer la part divine : tout le bien élevé des spiritualités disparues, effacées par les rouleaux compresseurs d'Occident et d'ailleurs, au fil des siècles et des conquêtes spatiales ou mentales. Pour ce dialogue à venir, on peut l'espérer – pour ne pas désespérer de la vie humaine, de ses possibilités et limites pour l'instant plombées par la force la plus nue et sale, il faudrait inévitablement, dans le respect le plus absolu du spirituel authentique, établir des règles de transposition et d'échanges, d'équilibrages, voire d'arbitrages, hors de toute violence autoritaire ou dogmatique, pour contrer d'abord les si tristes résultats de cette monomanie de domination et de pouvoir sur les esprits d'abord.

Comme pour les « frères tribaux » de Mahomet, on ne peut, concernant toutes les tribus du monothéismes d'une part, dans un premier temps, que s'écarter de ces pouvoirs corrompus et barbares, finalement formes négatives revenues des polythéismes combattus à raison, comme de tous les clans religieux des deux mondes d'Occident et d'Orient. S'en écarter en respectant absolument toutes les vérités premières, détournées, à partir desquelles ils ont cru pouvoir bâtir leurs éphémères et anarchiques empires religieux et étatiques.

Pour les uns il y aurait des pertes énormes – irréelles, puisque permettant un retour au réel humain transcendant – dans le rééquilibrage ou la réévaluation; pour les autres, des réhabilitations fabuleuses et émouvantes qui redonneraient, comme le Coran l'a fait pour les Arabes -- comme tu dis -- une dignité et une noblesse, un honneur à l'incroyable cohorte des "humiliés et offensés" de ce monde, depuis que le temps est temps dans leur espace commun et particulier.

L'héritage spirituel non propriétaire d'une humanité vraie est à reconstruire et réhabiliter hors des structures du passé et du présent, avec des matériaux réutilisés à partir de chaque éternité de leur culture propre et de leurs propres principes d'indétermination, divins et scientifiques classiques, enfin libérés de leur mauvais usage : celui du mensonge et de l'écart, volontaire (morale) ou pas (science) d'avec la vérité.

Le monde tel qu'il est et fut, et ne va plus, en serait incroyablement rééquilibré et régénéré dans son esprit et son ouverture obligée – un peu comme face à une révélation, devant l'apocalypse à venir. Révélation de son unité secrète, essentielle et existentielle, salie et défigurée par une histoire du mal angélique- gestionnaire du bien contre la nature et l'humain, s'épuisant à s'épuiser sans remplir les conditions réelles pour le faire. Et peut-être, comme par une sorte de miracle, l'unité de vérité révélée permettrait de chasser des esprits malades du mensonge, l'obsession malsaine d'une caricature d'unicité forcée, dénaturée et déspiritualisée du pouvoir et de la liberté – comme pitoyable et misérable compensation de l'anarchie opérée par l'empire du mensonge collectif.

Dans ce contexte de dialogue universel, on peut en effet parler pratiques, droit, morale (…) concernant l'humanité, dans leur infinie diversité d'application : c'est l'esprit divers qui compte, pas la matière humaine en elle-même, mais ce qui l'anime, l'élève, la transfigure et transpose, non dans sa séparation ou propriété du bien, mais dans son approche volontaire et désirante, consentante; non dans la contrainte dogmatique, mais dans l'aspiration montant de son animalité racinaire personnelle et collective vers l'âme cachée et humiliée du monde qui la cultive, nourrit et mène vers sa vérité, seul lieu où fleurit la liberté supérieure d'être, créative et pleine de foi dans la vie et son sens.

Il faut que la nécessité du dogme se transfigure en nécessité d'une liberté de tout responsable de tout, avec et après Dieu, sans rien laisser au hasard d'un arbitraire humain spéculatif ou intellectuel. En ce sens, l'humanité est à construire : rien n'a encore été fait de tel, sauf, peut-être, initié un moment qui dure encore par un Gandhi que si peu ont suivi dans la brèche et le mouvement de respectueuse rupture  de discontinuité des traditions vivantes.

Évidemment à construire sur une spiritualité supérieure aux religions déterminées de racines directionnelles. De cet enracinement « polythéiste » dans un sens, il faut produire des branches et des fruits « monothéistes » non greffés et fidèles, rapportés ou syncrétisés de toute pièce, mais comme des aboutissements rationnels du spirituel, sortes de disciplines équivalentes aux scientifiques.  Convergentes dans leur renforcement mutuel – fidèles aux lieux et temps qui les produisent, avec le même génie entêté et déterminé, vers et à son dépassement par le haut – tout en sachant rendre à César le mal qui lui appartient pour l'éternité historique des sacrifiés et crucifiés, bien encagé dans des limites naturelles indépassables, elles, comme condition ou définition négative du bien.

Mahomet usa d'un système équilibré, mais il en existe d'autres. Comme le chrétien ou l'hindouiste dans, ou de la visé de Gandhi (…), faits aussi de continuité, de clarté et de fermeté, mais dont la position face à la violence, position minoritaire s'il en est – malgré l'évidence éclatante de sa victoire.  Qui demeure apparemment éternellement révolutionnaire et conservatrice, en ce qu'elle renonce à la violence et à la conquête – même des esprits, la remplaçant par un équilibre vital relatif, mais créatif et libre, de vérité.

Vérité à laquelle même la science moderne a pitoyablement renoncé au milieu du chaos déclenché par le tribalisme scientifique et ses mercenaires !

Leur aspect révolutionnaire cependant s'enracine dans un respect de conservation de valeurs de vérité vivante et incarnée qui, dans les deux cas de révolution-conservation, a montré et démontré une force universelle dont la raison franchit les limites de la puissance matérielle « au service » d'un « spirituel » politique, trop souvent invoqué comme cœur battant et "combattant" d'une nécessité qui commence par le nier à cause et par la cause "primante" de la quantité, du temps et de l'espace, pour ne lui concéder que des limites uniquement liées à celles de cette puissance primaire, toujours idolâtrée finalement, sous une forme prétendument améliorée et améliorable et perfectible, « unique » et incontournable, faussement universelle, mais vraiment mondiale, comme le mal répandu et "propagandé".

Il serait sans aucun doute bénéfique aux religieux comme aux scientifiques d'appliquer le doute méthodique de Descartes à chacune des allégations de validité de l'esclavage matériel que l'idolâtrie antique comme moderne invoque à ce sujet, et de les examiner avec l'attention suprême d'une humanité aussi intransigeante dans la liberté spirituelle et ses critères de vérité que celle, surfaite et impuissante, qui préside et mène le monde à la catastrophe, derrière le masque dogmatique du savoir établi des "autorités autorisées" dans chacune des disciplines, exactes et inexactes de ce dit savoir.

Il faut aller vers une connaissance et une reconnaissance humaine, non trop humaine, mais rien qu'humaine, avant que d'envisager quelque plus-qu'humain que ce soit dans la pratique et l'esprit, ce que fit apparemment Gandhi dans une démarche allant du pire vers le meilleur de lui-même et des autres, pour rejoindre les valeurs les plus hautes et les plus belles, les plus motivantes et libératrices, au quotidien et autour de soi, partout dans le monde.

Dans cette démarche, il me semble qu'il faut prendre l'humain depuis ses origines, personnelles et d'espèce, sans rien oublier ni retrancher, ni se focaliser sur le mal ou la violence plus que nécessaire, avant transfiguration et orientation révélée par et à partir de chaque vérité étudiée et expérimentée transcendantalement. Lieux et maisons communs d'où peut jaillir un partage de connaissance hors des limites matérielles disciplinaires d'un savoir sorti lui-même de ses propres limites

Pour cela, il faut inévitablement, au niveau transmission, pure ou pas, des écoles et des centres libres – et même de liberté, religieux ou scientifiques, peu importe par où on commence la connaissance puisque la terre est ronde et l'univers peut-être aussi, pour le fous de Dieu ou de la Vérité, où chaque chose ait une place non figée, vivante et ouverte, en mouvement perpétuel autour de son axe divin.