lundi 26 juin 2017

DIALOGUE AVEC R. # 9 LE GRAND CLIMATISEUR


" L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une cage, ne laisse pas entrer le soleil (…) elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc. (…) L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. Voilà pourquoi les Indiens ne peuvent être d'accord avec lui. (…) " CHEF FLYING HAWK, SIOUX DU CLAN OGLALA, 1852-1931

" Pourquoi nous anéantir alors que nous vous fournissons votre nourriture ? (...) Que pouvez-vous obtenir de la guerre ? (…) Pourquoi êtes-vous jaloux de nous ? (…) " CHEF WAHUNSONACOCK OU POWATAN, INTERROGEANT LE CAPITAINE JOHN SMITH, VIRGINIE 1607 







A l'origine d'une religion ou d'une science, et encore plus de tout super-groupe humain civilisé, il y a, sans doute, comme l'idée chamanique ou magique, cachée ou implicite – et finalement tellement originelle, traditionnelle, classique, comme le rappelle le philosophe platonicien Alain, de se soumettre à la Nature et à ses « lois ». – Incarnant les dieux des mythologies premières – pour mieux les et se, les soumettre et rendre favorables. Les utiliser, les réorienter à l'avantage humain, et finalement, détourner, modifier à notre avantage exclusif leurs applications et mode d'emploi. Détourner le monde de son axe, modifier son cours : quelle gloire historique, hystérique. Mais Alain, au contraire de la plupart des apprentis-sorciers à la solde de la puissance aveugle, connaissait très bien les limites du jeu de dupes. D'où sa sagesse, cachée comme une vertu première.

Sans doute est-ce là l'un des objectifs de la technique en soi, comme idéologie, scientifique ou religieuse. Soit ouvrir à tous les pouvoirs possibles, liés aux désirs humains, leurs champs d'application recomposés à volonté. A ce niveau du désir de puissance, il semble bien que la technique de réalisation des rêves soit première, à cette différence près que le chamanisme, comme technique première, lui, ne prétend nullement utiliser les forces de la nature et de la sur-nature à son avantage exclusif, sans rien payer ni devoir en soi ou à l'intérieur de soi. Pour rien, pour le plaisir et le confort inutile, décadent.

Le chaman sait parfaitement ce qu'il doit payer de sa personne, de sa santé, de son équilibre, que les opérations magiques sont dangereuses, états passagers dont on ne maîtrise pas l'entièreté du processus. Infiniment loin de là. Et la plus grande différence consiste peut-être en ceci qu'il semble vouer le plus grand respect et même une certaine crainte vis à vis de forces qu'il « utilise », mais avec une sorte de permission naturelle ou innée, dans un sens profane, hérétique, marginal.

Chez lui, l'extraordinaire ne peut en aucun cas être banalisé ni instrumentalisé, comme un vulgaire objet scientifique de masse ou une méthode purement mécanique, reproductible à la façon dont on appuie sur le bouton d'une machine à vivre. Bref, aussi archaïque puisse-t-il paraître, il ne perd pas de vue l'insondable puissance des forces qu'il invoque, avec lesquelles il entre en contact et communication momentanément. En ce sens le premier scientifique lambda venu, derrière sa machine à savoir est, lui, un total inconscient, super-archaïque et primaire en comparaison du premier.

A cette source commune de la science et de la religion, il y a donc comme une ruse de guerre au et de domination du monde. Ruse de ces ambitieux et ambivalents utopistes. Basse trahison pour d'autres, comme le sont les primitifs, dont le rapport dit naïf à la nature et au monde n'est fait que de respect : il sont les primaires de ceux dont le seul pouvoir sur les esprits est de faire croire à leur pouvoir sur la nature. Poudre aux yeux.

Là s'affrontent deux cultures : celle de la nature et celle, purement humaine au sens négatif, du pouvoir pour le pouvoir, comme l'enfant casse ce qui lui appartient en propre, pour le plaisir gratuit de disposer d'un objet soumis à ses caprices. Les théoriciens de la civilisation, entendons surtout occidentale, sont les parents de ces gamins casseurs, dévoyés par le surplus contre-nature de l'accumulation d'objets soumis, destinés à la destruction consommatoire.

Le rapport, négatif, à la Nature des uns n'est que de force, celui des autres, plus sages et vivants, rapport de coopération positive, unitif ou sacré, fusionnel, privilégié, considéré par l'autre culture, celle qui lui est devenue étrangère, concurrente et même ennemie, comme une dangereuse et catastrophique soumission aux instincts les plus bas, vus de si haut, religion naturelle inacceptable et rétrograde pour le progrès et la dignité de l'humain technicien de Dieu ou de l'Ordre des choses. Car pour eux, la liberté n'est que technicienne, confortable et accumulatrice de richesses ou ressources et cumulatrice de forces ou moyens. Cette liberté-là ne reconnaît qu'un seul dieu : celui du plus fort, celui du Maître.

Le primitif est considéré comme un ignorant vivant du préjugé obscurantiste d'origine, jamais dépassé, conservé intouché, préservé, comme un bien suprême face aux vraies lois naturelles révélées par la science moderne de nations technologiques coalisées pour la domination totale du monde, au nom de l'intérêt supérieur d'un genre intégré de gré ou de force à ce super-groupe. La science du moderne est conquérante, elle le revendique « pour le bien de tous », comme n'importe quel obscur ancien empire oriental rusé et fourbe. Ses résultats sont présentés et vendus comme une libération des lois naturelles, supposées avilir l'humain, un peu comme enfanter avilirait les femmes pour un certain nombre d'entre elles à la recherche du corps sans corps, inodore et éternel, sacralisé en un sens négatif, purement idéel et publicitaire.

Les contraintes naturelles sont ainsi devenues inhumaines, sales, répugnantes : on les réserve désormais aux animaux non domestiques en leur ghetto de nature. Par glissement de sens psychologique, elles sont devenues arbitraires, brutales, bestiales, violentes, barbares, d'un autre âge, qu'on pourtant bien connues des anciens qui se souviennent encore, avec nostalgie, de leur douceur réelle et vivante, exaltante même, sans aucunement idéaliser l'affaire. Mais les vieux singes usés doivent disparaître et leur esprit aiguisé avec eux.

Pour les progressistes, la loi naturelle et le retour à la nature sont une inadmissible régression, incompatible avec la liberté humaine super-sociale de choisir dignement un destin conforme aux religions d'idéaux supérieurs à la civilisation animale, animalière ou naturelle, son mode de vie archaïque et insalubre, sa direction de soumission à des forces aveugles et inconscientes, incontrôlables et arbitraires, incompréhensibles, basées sur une pure hyper-violence, infiniment plus destructrices, ces forces, que les bataillons de films les plus mécaniques de guerre sortant Hollywood à la chaîne pour célébrer une civilisation de paix et d'harmonie planétaire et promouvoir la colonisation des derniers esprits naturels échappés.

Il n'est pas inutile de rappeler que, plus que jamais, à ce niveau-là, même si elles se combattent, idéologie religieuse et scientifique amalgamées dans n'importe quel sens – pourvu qu'on ait l'ivresse – se rejoignent et soutiennent souterrainement face à une nature sauvage incontrôlée, très imaginaire, au sens fantasmatique, pour finir, avec la peur de l'autre ou de l'autre monde, pas celui de l'au-delà, celui de l'au-delà du quartier, de la région, de la nation, du continent ou tout simplement de la culture d'héritage conforme.

De l'autre force, celle qui résiste encore et toujours, malgré génocides et anéantissements, les savants remplacements, à l'empire du savoir et des techniques, défiant leur durabilité, habilitée cohérente et structurante. « Rien n'est jamais acquis » est la joyeuse devise magique des Sisyphes sans autre mythe que celui du pur pouvoir, engagés dans la conquête totale des mondes et des forces, dans La guerre des mondes. Devise par défaut, trahissant bien la frontière d'illusion que doit affronter toute idéologie de domination, car comment dominer une force que nous laissons nous dominer ? Ou plus exactement dont nous construisons psychologiquement la domination sur nous-mêmes, tout en en refusant l'idée-même, pour nous l'approprier à notre pur et simple avantage imaginaire ? Nous-mêmes, notre propre Cheval de Troie, notre propre proie. Ah ! Désirs auto-dévorants !

Si la Nature et le Monde ne sont pas cette maîtresse, ce maître, si redoutés et craints à partir de nos impuissances et insuffisances, de nos insatisfactions honteuses et terrorisantes, retournées contre-nous-mêmes comme un fauve esclave se retourne contre le fouet, comment renverser ce rapport de force imaginaire et vide ? Sinon en fabriquant au fur et à mesure l'ennemi, comme dans toute guerre dans son absurdité psychologique, en toute paranoïa officielle, culturelle ? Paranoïa où, pour rappeler Dostoïevski, tout finit par être permis, pour le pire, dans le meilleur de mondes, surtout le mal le plus absolu et résolu. Résolution du problème par sa négation pure, comme exception et confirmation de la règle, en quelque sorte.

En quoi, depuis ses saintes croisades, l'Occident a t-il changé dans sa négation très chrétienne du Christ ? Que reste t-il de sa vérité, de sa liberté, de son bonheur naturel d'être, dans cet enfer parfait, chaque jour réchauffé « à blanc », imposé dès l'enfance comme potion éducative souveraine et bonne ?

« [le templier] ne se comporte pas en homicide, mais, si j'ose dire, en ''malicide''. Il est tenu pour ''justifier du Christ à l'égard de ceux qui font le mal'' et pour défenseur des chrétiens. Vient-il lui-même à se faire tuer ; on sait bien en cela qu'il n'est pas allé à sa perte mais qu'il est parvenu au but. La mort qu'il inflige est donc un bien pour le Christ ; et celle qu'il reçoit, un gain pour lui-même. » Saint Bernard, Éloge de la nouvelle milice.

Le rapport à la nature, sacré ou laïque est un rapport religieux d'abord, mais médiatisé et dévoyé par la culture scientifique moderne, industrielle. Le plus grand paradis terrestre est un paradis mécanique, un système de jouissance animale anti-animal. Dégénérée, coupée de sa source comme de sa mesure par une machination de la traîtrise, une automatisation douce et confortable de la vie sans la vie. Le traître est notre meilleur ami : le Facilitateur Universel, le Grand Climatiseur.

Dans ce sens, la culture scientifique moderne contre-nature dans son esprit et ses résultats n'est qu'un vulgaire produit de remplacement, pacotille au plan commercial, outil, arme de destruction massive, au plan domination. En tant que produit de remplacement, c'est du simili-totémisme, du sous-totémisme, même, pure imposture, camelote, charlatanerie de crypto-religion, de pseudo-science.

Un monde où la nature ne donne plus est un monde mort. Un monde où elle produit est une usine à gaz, une chambre à gaz. Un monde mort, sans dieu ni Dieu. Privé de sens, camusien dans son pire, celui de Caligula. Privé du don et du contre-don, loi éternelle de la vie, celle que le la loi du commerce en soi combat à mort depuis le Temple, et pas seulement chez les primitifs rescapés, mais au fond de chacun à chaque instant, impitoyablement, sous la forme de l'échange le plus total et absolu possible et obligatoire, dans un monde où tout vaut tout et plus rien du tout, brouillard planétaire de mensonge normalisé et de cruel contrôle robotisé. Plus sauvage et aveugle que la plus dure loi de nature, trop humaine, trop solidaire dans la mécanique libre et spirituelle de ses sentiments et liens biologiques d'origine.






mercredi 7 juin 2017

LA VÉRITÉ # 50 NON PENSÉE ET NON PENSER






Ce sentiment si pénible et, si on s'y laisse inconsidérément aller, mortifiant, de dégoût de sa propre crédulité, de ses illusions perdues – mais qui demande et revendique l'illusion ? Et, d'un autre côté, du refus viscéral et définitif de cette crédulité – puisque rien ne l'est jamais, définitif, justement de ce néant ordinaire empoisonnant à petit feu – vendre âme et innocence au plus cynique système inventé, décadente romanité héritée, indélébile marque de l'esclavage.

A quoi sert la lucidité, quand sous-produit d'un nihilisme cherchant à coloniser l'esprit en terrorisme intellectuel, permettant à ce système impérial de corruption de vider les vies comme on presse le citron ? Pas même à l'expérience, aveugle comme on aveugle le cheval ou le bœuf.

On ne résiste pas par logique ou cohérence : le plus rusé politique y perd la raison. Comment ne pas la perdre, avant l'âme et l'être – ou après ? Difficile de se débarrasser de ce qui colle à la peau en eczéma assimilé, naturalisé civilisationnel.

Quelle maladie, demande le naïf ? Nous savons maintenant : il n'y a qu'une peste, un unique choléra. Tout est faux dilemme, pour paraphraser Rimbaud. Que les vieilles ruses usées d'une corruption généralisée. Brave cancer bénin, brave new world, que les progrès permanents d'un monde en marche ne manqueront pas de vaincre. En attendant, attendez. Patientez, subissez, acceptez, oubliez, circulez. Ne faites pas obstacle : tout est pour le mieux dans le pire des mondes.

Subversion générale de chaque vérité simple en problématique systématique, celle du non-penser intuitif, instinctif, expérimenté, unifié et unitif – destruction pure et simple de toute forme de pensée originale et authentique. Par une forme de non-pensée fixée en cadre mort à sens unique, comme ces gros clous pour aveugles sur le chemin de lumière ordinaire, caricature commerciale de sagesse et du sens, commun ou pas.

Corruption fondamentale, fondements et fondamentaux, passant pour mode d'utilité, pour utilité de mode – re-polarisées en leur contraire négatif exact refondé sur la plus belle joie malsaine de table rase de l'humain et de la nature mèrejamais envisagée, jamais aussi froidement, pour les dos, les échines.

Comment s'étonner de ceux par millions, épuisés, éreintés, vidés de leur vie, qui finissent par croire ce n'importe quoi n'importe comment pourvu que ça rapporte, baptisé monde nouveau, qu'on les force, les pieds dans la porte ou dans le derrière, et poings liés, à acheter et vendre, désirer - consommer ?
 
Comment s'étonner qu'ils finissent par confondre lâcher-prise, d'une vieille carcasse caractérielle dure comme arme rouillée d'avant-guerre culturelle, entre marteau et enclume, entre chose et son contraire, toutes devenues doubles contraintes si ordinaires; par confondre, donc, lâcher-prise et trahison. Celle faisant que non-pensée, absence pure et simple, vide enflé de remplacement, usurpe placidement, cyniquement, le non-penser magistral, devenant de plein droit dénaturé la plus haute façon officielle de penser, la plus haute leçon maléfique, ne pensant pas, rien, à rien ni personne ?

Nous savions que la machine « ferait le job », comme disent les révolutionnaires économiques et les prophètes financiers. Pas que la machine à penser viendrait si tôt ni si vite remplacer l'archaïque moulin à prières. Plus dure sera « la Chute », celle dont parla Camus, pas celle de l'Empire : la révolte qui ne dit jamais « oui » le qualitatif, l'humain, ne résout rien, elle empire, le plus souvent, avec le vent mauvais qui tue gratuitement de froid, glaçant la vieille âme qui n'existait pas.

Non nous ne pensions pas qu'on pouvait ne pas penser : nous n'avions pas même pensé à l'impensable. Comme toute vraie barbarie, il suffisait de le commettre pour la faire être, pour le faire entrer dans la réalité, aussi impunément que le premier haut crime naturalisé venu encombrant les couloirs de la mort d'une humanité ordinaire bien ordonnée. 

Nous avons oublié l'inoubliable au nom d'une prétendue liberté sans vérité, en forme conforme et confortable de fin de l'histoire, bien concrète et matérielle, celle que nous n'avons jamais voulu regarder en face et "sauvegarder" comme mal absolu, à cause du vertige et du vomi infantiles. A cause du rêve d'avenir et du grand sommeil d'adultes enfantins, sans plus d'esprit ni d'enfance.






samedi 27 mai 2017

BERNANOSIENNES #3 KEROUAC BERNANOS






Que restera t-il de nous ? Souvenirs pour les uns, mémoire pour les autres ? Oublier l'histoire de nos vies, non celle de nos exploits mis en roman, c'est oublier l'humanité. Ce que nous aurons vécu aura été vain, si personne ne prend le relais. La richesse de notre humanité, beauté ou force de ce que nous aurons donné ou transmis, compris et non-compris dans une pure enfance de l'art humain en soi.

Même si nous ne savons pas ce que nous transmettons, exilés si loin en nous-mêmes par l'arbitraire social des guerres civiles culturelles décimant, ravageant l'esprit de nos familles au nom de l'esprit de famille. Il n'y a pas d'esprit de famille, il n'y a que des familles d'esprits.

Bien sûr, c'était loi de nature, qui n'oubliait rien, dont la parfaite haute fidélité de transmission, non contrôlée, demeurait conforme à une certaine vérité de conformité sans conformisme. Conforme à elle-même, non à une idée, image ou caricature fabriquée. L'une des plus grandes leçons de nature, sans doute l'évidente fertilité universelle de la souffrance. Non sacrifice humain inutile, religieux ou patriotique, trop humain, corrompu, perverti.

La nature déjà plus qu'une immense mémoire, tout ce que touche la guerre et le pouvoir. Bientôt devoir de mémoire conformée d'une post-humanité programmée, engrammée. Mais la nature n'est pas une cérémonie, c'est un feu central dont la présence aux cendres tenaces, éternelles dévore le monde des apparences en péril. Feu craint et redouté dont la monstruosité prétendue n'est que le fantasme angoissant provoqué par sa négation consciente inconsciente. La racine du mal : défier ce qui est supérieurement, absolument contre tout arbitraire.

Pas plus que de celle de Dieu, nous ne nous relèverons de la perte de la Nature, aussi évidente que muette pour qui a le sens du sens. Absences corollaires dont on ne se relève pas : on leur fait face en défiant chaque faillite au nom devenu inutile de leur honneur perdu, sans haine, sans amour non plus : le service est compris.

Pertes irrémédiables : chaque enfant qui naît « innocent », privé de leur force vitale et transcendante ne fait que nier et renier, infiniment parfois, au nom d'un gain fantasmatique, plus personne ne relevant ce qu'elles n'ont pu transmettre, à temps, murissant instantanément son esprit d'enfance dans le respect pur et simple ou la foi du charbonnier en herbe, avant la salissure, l'avalanche, le couperet ou le peloton établis et adorés comme veau doré à la bombe.

Ces pertes sont un beau dommage, trou béant au milieu d'une vie valeur sacrée à protéger sans compter. Le compte de cette valeur fait le néant central du malaise pandémique. Chacun irremplaçable, jamais remplacé automatiquement, gratuitement. La nature n'est pas une machine, c'est une œuvre d'art artisanal à chaque fois inspirée non désirante mais unitivement désirée. Les Romantiques révoltés avaient tellement raison qu'ils en sont morts, atterrés seuls contre l'égoïsme de masse d'un système mécanique érigé en superstition cruelle de consommation en soi.

Des visages anciens d'apparitions, proches disparus bercent l'indestructible être intérieur secret à jamais, non d'illusions, mais d'une chanson courage face à la mort qui vient, comme la mère berce l'enfant désespéré, sans illusion, mais dans l'enchantement qui fait la force du Blues. Bluespower. Voix si fragile qu'on ne peut faire taire.

Voix bleue tremblant dans la nuit non d'un trémolo d'opérette, mais de cette plainte éternelle montant, remontant comme le mal de mer de tous les cœurs purs transversaux souillés par la corruption endémique, systémique d'un monde privé d'axe horizontal, remontant un temps aveugle tournant à vide comme voiture renversée.

Ici les héros du quotidien ne sont pas plus riches parvenus, ce sont ceux qui n'ont jamais renoncé, ni dans l'absurdité ni dans la maladie ni dans la solitude : marchant droit devant avec leur faiblesse, soutenus par leur seule bonne volonté nue. « This train... », Jack, avec ou sans bouteille, quelle importance désormais, à Destination, avec son entrée buckenwaldienne spectrale, monumentale ? Georges, l'Espagnol !

Héros ordinaire, petit juste progressant fièrement vers l'oubli, tenant enfants, parents ou amis d'une main ferme et sûre, sans se soucier du prétendu néant du bout du chemin. Quel néant ? Où est le néant ? Là où l'homme n'est ni indispensable ni maître du jeu ? Là où se tient le passage sacré, si redouté par les Usurpateurs du Temps ? « La vie est belle. »

Pourquoi affirmer et faire croire le rien après la mort ? A t-on jamais vu se perdre une seule chose ? Ne se perd que ce qui est perdu, comme néant voulu en soi. Tout survit, à sa place, de nature et d'être, présente ou absente. Qui là a peur ? Mérite-il de parler, d'être écouté ?

Tout Se prolonge, non dans l'héritage automatique d'une reproduction ou production pervertie, mais dans l'esprit qui s'exprime, s'incarne, partage et renaît de l'oubli même. Jamais entier ni absolu, reprenant le chemin ascendant au-delà de chaque illusion de limite d'une conscience enclose et pourrissante. La feuille d'herbe repousse où la vie l'a brûlée en surface un peu plus que le simple Œil-Soleil.

Seul disparaît l'égoïsme illusoire de quelque chose qui survive encore un temps pour croire pouvoir rassurer et payer un tant soit peu (un temps soit peu) l'angoisse irrémédiablement consciente de n'être qu'un rien séparé, d'avoir choisi si servilement l'éphémère néant séparatiste d'un Moi de Compensation. Alors que tout se rejoint au-delà du spectre, indifféremment, avant et après lui.

D'où inévitablement cette rage violeuse, profanatrice de la profonde sérénité de nature. "Insupportable" indifférence à la trahison humaine comme liberté ou intelligence, si ridiculement proclamée arrachée à la si pratique tyrannie de ce que l'on a sacrifié, de ce qui ne veut ni ne peut disparaître, contraint à l'apparence, au simulacre, au montage, à reconstruction plus « fidèle » que nature. Délire collectif punitif : l'inutile « à la sueur de son front. »

Caricature de ce qui est, reconstitué en studio. Virtualité procuratrice d'un néant créatif stérilisateur, infiniment reproductible, labyrinthiquement malléable et émotionnel dans la théorie imprimée de la géométrie variable de pensée unique, icône clonée, mentale et sentimentale, stylisée, flottante sur l'océan karmique des chaos organisés aux portes sanglantes des désespoirs logiques et biologiques hurlant au ras du mal débordant du vieux vase rouillé sur le globe rongé.

Nous haïssons cette indifférence douce et distante d'un monde qui refuse que nous refusions de l'aimer absolument tel qu'il est, en dehors de nous et des pseudo-valeurs de remplacement, pour ne pas dire d'usurpation et d'imposture. Le monde, la nature sont sans condition, c'est ce qui rend la nôtre, à nos yeux narcissiques pervers, insupportable, injuste et cruelle, infernale, et finalement réglée par l'incontrôlable dérèglement : la loi comme plus haute expression de l'anarchie de marché et d'industrie.

Combien devons-nous à ceux qui nous ont faits, élevés, éveillés, nourris, protégés, encouragés, aimés sans retour ? La Machine ne fabrique que maladies, malaise, tension, angoisse et désespoir. Rouage mou immense, rond comme la pensée unique, l'idée fixe à leur potence subtile et inutile. Machine à violence à partir du désir irrépressible de roue libre comme chien enchaîné hurle sa haine du néant et de l'absurde, du manque et de la souffrance. Roue d'Inquisition avec ses milles Questions sans raison ni réponse autres que le mal du mal. Machine de Guerre Intestine. Digestion à fragmentation lente.

Machine molle des beats de salon ou d'expo, de manif, ou d'école avec leur précieuse et spectaculaire révolte artiste à la Pyrrhus, avant dégénérescence programmée ou suicide productif, esclavage derrière l'illusion mécanique, dès qu'elle n'est plus le fruit et le rêve d'un amour artisanal ou artistique, poétique. « La poésie ne se lave pas » disait un poète, par delà l'hygiènisme moral progressiste-libéral des avant-gardes de guerre culturelle. Qu'elles se lavent elle-mêmes le cerveau et le reste.

Jouet tragique de forces chaotiques seulement contraintes entre marteau et enclume de l'idée fixe, obsessionnelle, psycho-pathologique. Non. Sereinement, héroïquement, solitairement, solidairement non. Pacifiquement non. Éduquer vers l'humain, briser ces chaînes-là, non celles de nature libre, spontanée, adaptée, exprimée, vécue. Le sens ancien, non pas archaïque ou dit réactionnaire, mais premier d'un monde enserré d'illusion vitale de masse, débrayé, effrayé de sa propre servitude utile de marié « sans- culotte. »





mardi 9 mai 2017

DIALOGUE AVEC R. # 8 L'ARMÉE DES CLONES









Il y a de toute évidence un niveau primordial de la vie et du monde à préserver pour pouvoir pénétrer avec un respect minimum sa réalité cachée comme un mal inavouable et inacceptable, aussi bien aux yeux de la science que de la religion dans leur domination de la nature et la récupération maléfique ou malfaisante de son sens.

Quelle est cette réalité ? Sinon celle de valeurs, vérités ou faits largement étrangers à, et très sensiblement différents d'une certaine culture prétendument civilisationnelle ou supérieure. Ce sont toutes ces choses qui sont, de toute éternité humaine ou pas, vérités et faits de nature, qui nous échappent, mais surtout nous déterminent, font et fondent inconsciemment, sans que nous ayons ni prise ou compréhension sur elles et par là, considérées comme obscures, passionnelles, maléfiques.

Ceux qui travaillent à faire émerger ces valeurs fondamentales, eux, sont, au même titre que les Anciens Premiers l'étaient à un autre niveau, considérés comme de dangereux farfelus, plus ou moins subversifs en période de guerre totale et éternelle contre ces forces dites du mal. Voire, aujourd'hui assimilés à de potentiels terroristes, par la bêtise armée de corruption au pouvoir gérant « au mieux » la planète.

Pourtant, seule la profonde non-violence libératrice de leur réflexion, à la fois religieuse et scientifique, aide à faire lumière sur le dissimulé depuis toujours par cette pseudo-élite dirigeante, sans qu'elle ait même besoin de comploter : le mensonge ordinaire pratique, plus que le mépris des peuples lui-même, suffisant à tout recouvrir.

La nature profonde, comme une forêt, dans sa densité obscure et impénétrable, est ce qui échappe et menace, donc comme hors sa loi, la cité disciplinaire sociale laborieuse et intellectuelle. Beaucoup de traditions de cette orthodoxie de pensée occidentale ramènent vers l'idée d'une forêt marginale, barbare, où se réfugient exclus de la cité ordonnée, sorcières autrefois, certains malades contagieux, rebelles, druides, résistants de tous temps. Un peu comme en montagne, autre figure d'une nature souveraine, indétrônable, dans sa loi propre, invaincue par l'homme des fourmilières.

Il y a aussi l'océan, avec ses valeurs propres de changement perpétuel équilibré, de liberté et d'aventure, ses îles secrètes insoumises, ses pays de cocagne, loin des contraintes d'une urbanité d'ordonnance théorique, de confinement et de règles collectives inhumaines dans leur clôture-même au libre vivant. L'océan avec ses mythes flibustiers, pirates, que récupèrent et absorbent juteusement des « idéaux » commerciaux manipulateurs, comme celui d'Eldorado.

Nous faisons l'hypothèse, après d'autres, que la nature est mère des religions. Non pas mère matérielle, comme il serait simpliste de le penser, mais mère spirituelle de leurs sentiments et valeurs ou intuitions supérieures. Kropotkine a bien montré comment, dans une sorte de fraternité de vie, la nature animale a quasiment tout appris et montré à l'humaine. Alors pourquoi, à un moment donné, une rupture, puis une guerre, si impitoyable, contre cette nature-mère, se sont-elles déclarées ? Il ne s'est pas agi simplement de couper un cordon ombilical un peu trop court, comme on voudrait le faire croire.

Il est plus qu'évident que les valeurs urbaines de domination n'ont jamais fait le poids face aux insondables forces naturelles. Dominations qui ne furent et ne sont jamais que provisoires, leur maintien ayant toujours été un gouffre économique contre-nature, l'une des origines des pires prédations de « ressources » de celle-ci (bois, animaux, eaux…) et exactions (soudards terrorisant les paysans).

Comment ces dominations prédatrices et exterminatrices auraient-elles pu être fondées – en raison morale – autrement que sur de la défense (mot qui en politique signifie aussi, par euphémisme, guerre) de pseudo-valeurs masquant l'angoisse et la culpabilité naturelle, agressive inconsciente, résultant de destructions faites aussi, finalement, à la nature humaine ?

Nature humaine, qui, comme leur qualité d'humain pour « les sauvages », fut et est aujourd'hui niée par certains docteurs des deux sciences ? Autrement dit : ce monde de domination est bâti sur une illusion de toute-puissance dominante très proche de l'idée de monothéisme, à tel point qu'on se demande parfois laquelle engendre l'autre.

« Tu n'auras qu'un seul Dieu. » Les premiers tyrans ne furent-ils pas d'une cité, comme le père ou la mère indigne tyrannise sa famille, ou une famille en tyrannise une autre ?


Il semble qu'il devint très tôt impossible d'imaginer ou concevoir ce Dieu, chez nous, autrement que comme Le-Maître-Absolu. Il semble qu'il devint très tôt impossible de l'imaginer, ce Dieu, ailleurs et autrement que comme Maître dans sa Cité, des stocks, des cheptels, des armes et des secrets de puissance.

L'ennemi ne devint-il pas, de fait, tout hors les murs, hors leurs limites et loi ?

Une certaine citoyenneté de Dieu donc, fermée sur elle-même – jalouse comme une femme – n'a t-elle pas fini par secréter une rationalisation scientifique de ces limites d'appartenance productives, fabriquant une sorte de « génie religieux » de leur gestion profitable au détriment de tout extériorité aux murs ou extériorité à ce génie consacré ?

Ce qui nous intéresse est l'idée de ce mal extérieur, étranger, insoumis, devenu, au fil du temps historique, ennemi de "la" civilisation, et semblant, à nos yeux, n'être qu'une projection inversée du mal qu'elle impose au monde. Puisqu'il s'agit bien d'imposition mentale et intellectuelle ou sentimentale, un peu comme le bourreau accuse la victime d'être à la source responsable de ce qui lui arrive comme punition immanente dont il est le bras armé.

La destruction du monde était inévitable, étant si mal fait, jugent les fausses élites, qu'il fallait infailliblement le défaire et refaire à son image enclose comme analyse domestique du monde, pleine de ressources fortifiantes et structurantes d'une collectivité para-militaire d'urbanité de conscience religieuse et de pratiques « rapprochées ».

Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est ce moment où la spiritualité s'est disjointe de la nature, et pour quelle raison. Quel doute, fabriqué et imposé, provoqua et provoque toujours la disjonction ? Disjonction que les japonais, par exemple, ne comprirent jamais, du fond de leur « christianisation ».

Moment, peut-être aussi, où est né un certain monothéisme, peut-être lui-même lié à une agriculture, administrée parallèlement à une proto-religion de masse, dans ses prototypes urbains « d'élevage » humain.

Sédentarisant, fixant tout, fonctionnarisant tout dans du législatif et du comptable sacralisés, spécialisant l'ensemble des activités naturelles, orientées et encadrées vers une unique production de richesses et ressources vers la puissance pure, dont la gestion engendra, comme en Égypte ancienne, une armée de fonctionnaires de la vie quotidienne, et peut-être plus tard ailleurs, celle de la famille citoyenne laborieuse, parallèle à celle des prêtres pour le spirituel. Chez ceux-là les dieux gestionnaires ne pesaient-ils pas les âmes comme de vulgaires céréales ?

« Le culte des dieux dans les cités grecques, comme le sera la religion romaine, est essentiellement une affaire politique, académique. Le culte des dieux concerne la piété et les vertus des citoyens, et par là, le succès et la conservation de la cité. » (Victor Cousin, Œuvres de Platon)



Il est sans doute aussi lié, ce moment, à un autre, pré-monothéiste (on peut avoir du mal à envisager un passage brutal, sans transition, entre polythéisme et monothéisme). Parallèlement à la guerre, facteur essentiel d'évolution du système – hélas – il y a aussi la chasse, sorte de moment originaire, intermédiaire et pré-martial, dont la guerre éternelle s'inspire d'ailleurs toujours, le dénaturant totalement, via l'industriel de masse moderne : 1914 comme abattoir rationalisé, chasse au gibier humain à la Grosse Bertha, avions de chasse, chasseurs alpins... La chasse à l'homme comme sport de combat, l'homme réduit à l'état de gibier, parqué, puis exterminé méthodiquement.

Dans ce moment particulier, où la meute des chasseurs remplaça les trappeurs solitaires, il a pu y avoir basculement progressif entre l'ancien respect du à une nature-mère ou à un règne nourricier, comme le font les Premiers, et une exploitation mécanique, systématique, comme dans une battue, des ressources où le rapport mécanisé à la vie prélevée ou supprimée se transforme « révolutionnairement » en automatisme de production-destruction médiatisé par une machine-organisation objective et objectivante, et donc déconnectante, opérant une disjonction de plus en plus profonde avec la réalité vraie et transcendante de la nature-mère.

Nous voyons là, après d'autres, la seconde cause de la rupture humain-nature, après celle du doute jeté sur les valeurs. Sans préjuger lequel précède et engendre l'autre dans un monde dont la confusion est l'arme suprême de la grande séparation. Si je sépare arbitrairement, je confonds sens, ordre, vérités, libertés dans l'unité du tout – que je nie, renie et dénie infiniment.

La guerre de religion, autre discipline maudite, mais fondatrice, occidentale, largement partagée avec un certain Moyen-Orient monothéiste de même famille spirituelle, développa à travers ses croisades de masse un mouvement « spirituel » systématique de destruction de la nature des instincts en vue de son asservissement « spirituel » total : la figure de l'hérétique étant d'abord celle d'un ennemi allié en Diable aux Forces du Mal, celles censées habiter tout corps naturel, libre et spontané, physique ou social.

La nature insoumise devint pure et simple incarnation du mal. La figure de cet infidèle étant celle de l'Autre, dans sa pure différence subjective, personnalisée, normalisée. La nature, dans sa puissance immoralement généreuse et partageuse, sa « luxuriante » diversité, son autonomie quasi-absolue – son irréductible distance – et ses mystères sacrés n'est-elle pas le symbole même de toute hérésie ? N'est-elle pas, depuis toujours, défi absolu pour les deux sciences du sacré et du profane ? Le paysan-même, cet enraciné profond et têtu, devint l'ennemi et la honte, la culpabilité : paganus, le païen.

Le monothéisme, non pas tant cette exclusivité urbaine, finalement, close sur elle-même, mille fois dénoncée en vain, qu'un tout inclusif de force et d'autorité militaire, dont l'ampleur d'unité établie demeure insaisissable à l'humanité naturelle ordinaire. Exclusivité inclusive trop bien totalitaire en ce sens que tout s'y réduit, que rien ne lui échappe. 

Le mystère de la nature s'y dissout dans le labyrinthe intellectuel d'un divin inaccessible, construit comme une muraille de Chine dogmatique que seul, apparemment, un Christ parvint à percer et fissurer un peu, un court moment humain historique si éphémère, avant que les portes de la Cité Divine ne se referment violemment sur une « liberté spirituelle » nouvelle, industriellement dupliquée par une théologie autorisée sur l'empire, le protégeant prétendument contre cette nature extérieure par définition hostile et cruelle, ou au contraire, dans le cas de celle du Christ, simpliste, irréaliste, scandaleusement non-violente - quand on pense à la guerre.

Transformant tout abri ou vecteur légitime du christianisme primitif en forteresse barbelée imprenable, monolithique, écrasante, orchestrée comme une légion romaine robotisée, à l'image de la spectaculaire machinerie du Colisée.

Avec ses soldats, ses fonctionnaires et ses gladiateurs de Dieu, paradoxalement sacrifiés aux Fauves de Nature. L’orthodoxie spirituelle comme un pal ou une crucifixion intérieure, en attendant le grand-oeuvre de l'Inquisition, ses dépeçages et écorchements sacrés, séparant bon grain conformé de la diabolique ivraie de nature.

La totalisation théologique de force de certains monothéismes autoritaires est, comme tout pouvoir, nécessaire en elle-même. Tautologie secrète, implicite, intrinsèque, participant plus d'une certaine superstition d'immanence imposée à rebours, derrière le masque d'incarnation institué, que d'une unité d'harmonie positive, révélée dans un partage qui devrait pourtant révéler, aussi, la profonde démocratie divine de la nature comme création face aux forces illimitées, à affronter sans violence.

Totalité verrouillée pour « les siècles des siècles » par de subtiles dialectiques doctorantes somnifères aux ordres, ordonnées. Alors que les saints ordinaires, simples ouvriers esclaves du bien théorique, s'épuisent à assurer l'impossible intendance d'un sens plombé, doublé et dénaturé, détourné de Dieu, devenu quasi-suicidaire : voyez le modèle christique exemplaire évoqué plus haut.

C'est que rien du quotidien du troupeau ne doit échapper, plus peut-être encore chez les révolutionnaires de la réforme scientifique que chez les mystiques, plus primaires ; ne doit échapper à cet englobant systématique, pas même les pires des maux, qu'ils activent, par là extraordinairement, en leurs croisades les plus démentiellement rationnelles.

Ce tout, inamovible et non-immobilisable par sa masse-même, est un cadre d'airain, d'abord pharaonique, s'il n'était romain rectifié en fait catholique de cruauté au nom du bien et de la douceur du Christ : le sacrifice archaïque est ici éternel-nécessaire, bien pire que chez les « sauvages ». Éternellement, universellement perpétué et répété, comme une seconde nature, d'emprunt et de cérémonie noire, derrière la blanche colombe affichée.

On peut même se demander, à ce moment de la réflexion, si le bon côté du monothéisme ne viendrait pas, finalement du bon côté des forces polythéistes qu'il a su se soumettre, dans une intelligence partagée de ce qui le dépasse, sans doute en grande partie semée par le Christ de héritage culturel. Sa douceur et tolérance sont une pure hérésie. Double hérésie, puisqu'elle se réclame directement du Père.

N'a t-il pas, finalement, combattu les docteurs du système d'abord ? Pour les plus pauvres et humiliés, au cœur du Temple ? Il est en tout cas à noter que nombre de polythéismes acceptent la validité multiforme du message du Christ, et que même, peut-être, il les protège comme aucun du programme d'anéantissement.

Le polythéisme, évidemment, en soi, n'a pas plus de vertu que le monothéisme en lui-même, s'il n'est qu'un relativisme au service du mal, dans une banalisation et un laisser-faire couverts par un culte fabriqué dans le sens du vent mauvais de de la puissances nue et froide. Mais il a la vertu des Premiers : celles des limites dans le mal, données par les limites de son pouvoir, positif ou négatif.

Le territoire n'est pas l'empire, il reste proche de la nature, des limites et de l'expression diversifiée de leurs essences données, pour ne pas dire ordonnées.

Le polythéisme divise naturellement les pouvoirs, comme celui des sexes, mais au naturel, comme dans une démocratie « éprouvée », si on veut le voir dans le sens d'une unité diversifiée retrouvée plus que dans celui d'une division irréconciliable de celle-ci, fabriquée par de l'humain résiduel désaxé cherchant à justifier une décadence suicidaire, mécanisée par la fatalité d'enchaînements matériels dévoyants, autant de rouages tournant fous au milieu du champ de bataille.

Il suppose peut-être aussi une certaine égalité intelligente, faite d'équivalence plus que de nivellement, interdisant tout pouvoir d'ingérence mutuel potentiel. De plus, par sa nature même, il nécessite un minimum d'accord, d'entente et d'équilibre entre les puissances qu'il symbolise : une guerre civile ou de civilisation entre celles-ci n'est pas plus plausible ni réaliste que la supposée lutte pour la survie dominant toute nature ou d'une nature dominante réputée impitoyable.

Les rapports polythéistes semblent plus de friction superficielles de voisinage, un peu rugueuses, que de guerre ouverte et déclarée, comme dans certaines mythologies un peu trop élaborées pour être vraies. Il est rare qu'un règne animal en supprime un autre de par sa seule expansion d'existence totalisante, sauf pour l'humain fanatisé par sa propre image caricaturée.

Peut-être le polythéisme est-il comme un populisme négatif quand il joue sur un trop-plein de misère écrasante, retournant ses vertus contre lui-même dans un cadre faussé et renversé par un monothéisme d'oppression, retourné en mal dans son besoin vital d'expression et de libération, un peu comme Hitler voyait la "liberté" du 3ème Saint Empire Germanique Noir.

Il en est assurément de même pour le monothéisme de système quand il invoque la menace potentielle de sa négation théorique par l'existence même, sacrilège, de ce qui diffère absolument de lui et fabrique une indifférence criminelle, criminogène homologuée et cataloguée comme les anciens grimoires sur le Diable.

Dans les deux cas, les imaginations seules sont malades, non les saines vérités  qui fondent les bonnes intelligences réciproques, qui semblent plus fonctionner comme une respiration culturelle de l'évolution humaine autant que de nature, qui la nourrit en et à son sein.



On peut s'autoriser à penser que le monothéisme a créé la science moderne, comme toutes les autres "valeurs", du reste – même l'athéisme ou le matérialisme, par exemple. Le dualisme, qui nous vient de loin, du Moyen-Orient sans doute, semble bien être, oui, l'une des pierres angulaires d'une morale guerrière ou exterminatrice, comme source des rapports de barbarie les plus violents dictés entre ces deux pôles, unique et divers, empirique et universel.

Il semble évident qu'à un moment, l'impérialisme culturel monothéiste établi ait construit « le bien » comme une sorte d'armée de principes sur-entraînée par des théologiens choisis, placés sous contrainte d'un résultat proclamé à l'avance comme victoire totale et exterminatrice de l'un sur l'Autre. Cet « Autre », peuple premier ou nature première, considéré comme responsable – comme limite naturelle à abattre – de tout échec de domination pure, ou comme obstacle premier à son établissement définitif comme Cité réelle-spirituelle de Dieu. Comme une faille dans la muraille, fissurant l'esprit fanatique unique.

L'histoire de séparations est celle des trahisons éternelles dans le combat pour le pouvoir – d'abord culturel – permettant de vouer un culte au moi de sa propre puissance humaine restreinte-totalitaire et de bétonner psychologiquement ainsi l'illusion pseudo-créatrice d'un empire temporaire. Après le Moi, le Déluge.

Ainsi, le Diable, le diabolo, le diviseur apparaît-il comme la faille impossible et impensable dans le système : comment le mal est-il-Dieu-pensable ?

La vraie question étant pourtant de savoir si la religion est aussi une morale, et si cette religion dite révélée, dans le cas du monothéisme, est le produit d'une technique de construction politico-philosophique masquée, ou l'expression de forces naturelles universelles dans leur formes morale, rituelles ou extatiques, et philosophiques dérivées.

L'Autre, comme cette faille impossible, comme l'inévitable faillite à venir, reculée aux éternités d'un système qui ne fait que s'éterniser, usant et abusant, comme tout pouvoir, de tout bois.

A cette dernière question, les Peuples Premiers ont répondu, depuis le début de leur culture éternelle, le plus simplement du monde, et sont, pour cela, accusés de simplisme primaire et obscur, contre-productif, rétrograde et subversif. Comme un danger : pour que la guerre continue, il ne doit pas y avoir de réponse : le doute permet tout, la certitude limite le pouvoir de ce tout, autant que, dans un autre sens, elle l'ouvre.

Mais, surtout, le Premier valide en quelque sorte, de façon non-interventionniste et raisonnée, au fond, la réalité de la coexistence de forces extérieures à l'humain, « naturelles », surpuissantes, face auxquelles ils s'incline, dans un sens, mais sans pour autant avoir la prétention pathologique de le penser ou de le réformer, ou même de l'acheter, à bon compte et bénéfice indu, par des pratiques spéculatives de dévotion particulière, extrémistes ou démesurées, déraisonnables, irréalistes, utopiques ou fantasmatiques, machiavéliques.

Avec ce paradoxe, pourtant incroyable, qui fait que les pratiques primaires et archaïques paraissent trop passionnelles et physiques. Transe incontrôlable, transports déraisonnables aux yeux des civilisés de système à pensée religieuse rationnelle unique. A tel point que les Premiers apparaissent d'abord aux yeux occidentaux comme des animaux sous-humains, puis comme des créatures diaboliques, à séparer du reste évolué de l'humanité et convertir de force par le fer ou le feu, sous haut risque de contagion instinctuelle et de dérèglement mécanique des âmes « bonnes » d'un système monothéiste conquérant. Matériel humain à araser et utiliser comme on rase et débite la forêt primaire.

Au bout du bout de cette déforestation, de ce déracinement de l'Humain Premier, n'en n'est-on pas arrivé à scier la branche sur laquelle nous étions assis ? Ne connaissant plus qu'un humain industriel, aux défenses et à l'intelligence naturelles anéanties face à un moi aliéné et un monde « environnant » dénaturé, dans univers à la K. Dick, où le simulacre règne et extermine l'originel et l'original comme une sorte d'ennemi de classe systémique ? L'armée des Mécas, si on inverse un peu la vision du film « E.I ».

Où est la barbarie aujourd'hui, comme hier ? N'a t-elle pas toujours commencé dans la façon, justifiée par Dieu ou la Science (on en connaît des nazies, plus triomphantes que jamais), dont on traite nature et animaux ? Façon que les barbares Amérindiens ne comprirent jamais et tenaient tout logiquement, mais expérimentalement, pour cause d'un suicide civilisationnel planétaire programmé ?

Quelle est cette façon d'être, devrions-nous répéter après eux, pour essayer de répondre à leur avertissements précis, assurés avec un minimum de vérité et de conscience universelle première ?

Mais nous ne le ferons pas avant d'avoir sombré plus bas encore : que tout aille plus mal encore, si c'est possible. Nous ne sommes pas allés assez loin pour voir et admettre que « tout est bien dans le meilleur des mondes », que toute critique constructive n'est qu'une répréhensible tentative de démoralisation de l'Armée des Clones et doit être sévèrement « découragée », pour employer une formule paramilitaire bien lissée.

Pourquoi certaines civilisations sont-elles devenues mortelles, alors que d'autres demeurent immortelles ? On ne construit pas une culture sur la guerre, le pillage ou la copie. Ni sur la lâcheté ni sur la violence.

On ne construit pas une civilisation contre-nature, contre une autre, comme un monothéisme armé. Parce qu'une civilisation vraie, fut-elle des plus primaires ou sommaires, apporte des réponses vraies à la vraie condition humaine, en haut comme en bas, dans toutes ses dimensions polythéistes, en accord avec celles du vivant visible et invisible. Elle n'est donc exemplaire que dans la mesure exaltante où elle tire l'humanité vers le haut à partir du bas sans les séparer, en les unifiant un seul mouvement dans toutes les directions vers le passage de lumière d'une autre vie : la mort comme fin en soi est un épouvantail clérical pourri pour esclaves et tyrans abêtis.

Qu'est-ce que le doute destructeur vis à vis des lois naturelles, sinon celui du mensonge et de la corruption, emmurés dans leur décadence et perversion. Dans l'offensive absurde et cruelle, larvée et molle, sournoise, d'une obsessionnelle et victimaire offense "défensive" à la vie et ses valeurs, face à une loi naturelle limitant et relativisant leur si pitoyable et éphémère exception agonisante ? Le fait de ceux, légion aujourd'hui, que Frédéric, dans son meilleur, nommaient des contempteurs de la vie.

Que vaut ce crachat scientifique de masse ? Où est sa prétendue puissance ? On ne rentre ni dans la vie ni dans la mort en les méprisant, là est, peut-être, la première leçon des Premiers. Mais nous ne l'entendrons pas : nous avons toujours préféré celle du mal, celle qui fait si mal de "faire" le bien, qu'il faudra donc épuiser scientifiquement. Les nazis, nos « frères spirituels » de sang ont initié le mouvement final de la solution.









lundi 24 avril 2017

DIALOGUE AVEC R. # 7 UN BEAU JOUR





"Malheureusement, mon âge ne me permettait plus de modifier profondément des dizaines d'années de façonnage." Atlas le Père

"  L'imagination produit sans cesse des signes capricieux, comme sont ces folles liaisons d'une chose à une autre très différente, ou bien ces assonances, et ces rythmes aussi, qui sont d'abord comme des jeux de tambours. (…)
Et l'inspiration n'est jamais qu'une confiance héroïque en la nature animale, comme si les mille bruits du monde et cette pluie du monde sur le corps ne faisaient qu'un avec la partie la plus raisonnable. D'où vient que la raison prend corps, et au rebours, que ce monde prend droit et beauté. "   Alain



***




« C'est un beau jour pour mourir » disaient certains guerriers Indiens Peau-Rouge avant une certaine bataille, peut-être celle de Little Big Horn. La mémoire indienne se perd, mais son esprit subsiste pour l'éternité du camp de concentration. Le combat trempe et détrempe, le reste n'est qu'eau tiède pour civilisé douteux.

Parlant de la mort, passage aussi sacré que celui du sexe ou de la naissance, par delà la nostalgie d'une vie vécue avec les bonheurs et les malheurs d'une trajectoire globalement de plus en plus tragique et absurde ; par delà les rituels migratoires du peuple des oiseaux, à l'aventure si peu compréhensible aux yeux pourrissants des parqués civilisationnels ; par delà ces rituels sacrés, effectivement, non sans parallèle secret avec les trajectoires désaxées de nos modernes existences ; par delà les transhumances universelles futures de notre esprit personnel vers le Grand Esprit Indien ; par delà tout ceci, il y a une façon de rendre hommage aux animaux, au végétal et au minéral, frères de vie et de sens, qui rehausse l'âme, la libérant de toute nostalgie mal placée, de toute illusion de mort spirituelle, avec ses effrayantes angoisses de solitude et séparation.

Pour lui, la Cigogne en est le signe. Chacun a ses signes familiers secrets que la raison instrumentale ignore.

La mort, plus encore que la vie est voyage : suffisamment de traditions de bon sens l'indiquent – y compris au cœur obscur, mais battant, de leurs expériences les plus limites. L'appréhension avant le grand départ est humaine, et même féminine, au sens de déchirure vitale ou don de soi, jusqu'au fond du corps. La mort est parthénogenèse sacrée, celle de la mère mourante dans l'accouchement, avant que renaisse l'esprit naturel de son âme immortelle survivante, de nouveau offerte à la Vie.

Le monde animal et cosmogonique précolombien en Amérique, mais aussi ailleurs, dans bien d'autres steppes végétales ou minérales, voire marines, sait combien la mort est sacrée en elle-même, au seuil de lumière du tunnel blanc, chacun un jour le vit, enfant sortant de la Matrice sans voir ni savoir pourtant, mais avançant déjà, animal humain tombé ici-bas.

Des limites ferment certaines frontières de forces et d'esprit, par delà l'abandon de la chrysalide devenue inutile obstacle. La mue accouchante nous rejette et pousse hors des jupes de la vie, dont les limites éternelles finiraient par étrangler toute liberté spirituelle à la façon du cordon ombilical non coupé, lové autour du cou nouveau né dans le sommeil de sa vie terrestre, qui l'étrangle.

Le soleil levant dissout les monstres de la nuit des spectres d'Occident.
Une Mer du Nord trop froide et agitée, leur fait, un jour, incertain comme ses brumes ou les cornes préhistoriques d'un inconscient malade, perdre le sens de toute mesure, pour le noyer sans pitié dans un abîme tragique de conquêtes vides. Faisant oublier, dans les brouillards mystiques d'un mal trop barbare en ses ressacs de haine et d'instincts mal avinés – célébrant la joie malsaine d'un insondable crime « sacré » collectif, franchi « bestialement » autour des feux maudits de l'abandon et de la colère aveugle. Le mal fait, en ses flammes glacées, oublier la douce lumière d'Afrique dont l'humain un jour naquit, peut-être, plus que singe.

Oiseaux de paradis, pacifiques gorilles là-haut, rythmes cardiaques, légers et vifs comme un tsunami de gazelles et éléphants. Depuis trop longtemps le Nord massacre le Sud et l'Ouest l'Est. Le mal est au fond de cœurs ravagés par des houles de folie barbare sans plus de repères spirituels.

Nous aurons affaire bientôt à ces limites sacrées franchies, foulées aux pieds, souillées et sauvagement effacées, dans un choc du retour qui paralysera les puissances spectrales de poussière mortifère. Gitans et Indiens d'Amérique l'ont dit et prédit clairement. Reste à mettre nos esprits malades en règle et en position, si nous ne voulons pas être définitivement anéantis dans notre mémoire vive.

Il est temps de retourner aux Prairies des Ancêtres et du Grand Esprit, d'abandonner une bonne fois nos oripeaux puants de sous-chrétiens des caves, labyrinthes et autres catacombes, pour sortir au grand jour, à la claire lumière du jour, pour mourir en Christ solaire libéré au milieu de l'Arche et de la Voûte des forêts d'Amazonie ou des déserts de Gobi, pour y construire une cathédrale de paix universelle, sans Kant ni Hegel.

Il est temps de réveiller, dans la mort-même, comme dans un grand jour pour mourir, l'esprit amérindien d'un Christ Chaman revenu, nous libérant enfin, après des millénaires de cachot mental et spirituel, de la faux étroite de paysans asservis de misères contre une culture-mère violée, souillée de mille manières abjectes, dont la catholique n'est pas la moindre entre autres abominations.

Sortir de Rome, égout à ciel ouvert, cloaque et pénitencier mental d'Occident, impitoyable lupanar de puissance et de cruauté en ses théâtres d'ombre, de sang et de crachats, avec sa religion néronienne assise sur un pauvre Christ crucifié, jouissant d'une déchéance se répandant comme une peste fasciste toujours nouvelle sur une Europe celtique asservie, exsangue et obscurcie, mûre pour la servitude technologique de pointe de l'épée.

Nulle faux macabre ne fauchera plus nos éclatantes têtes  : nous entrerons debout dans la mort, lavés des immondices existentiels de l'esclavage mental et sentimental, non pour rejoindre les paradis artificiels d'enfants-soldats sacrifiés sur l'autel maudit, mais la beauté immense et majestueuse, infinie, de la Prairie Première, américaine ou mongole, libérés des miasmes emmurés de la négation du mal blanc de nature par l'usurpation noire d'un pouvoir détourné, récupéré et retourné. Une sorcellerie maudite, maquillée de mauvaise science, manipule et dégénère la vraie vie au nom du bien et de la morale dite civilisée, contre toute santé et liberté dans leur immortelle spiritualité animale.

C'est un beau jour pour mourir d'être immortel. L'oiseau est signe de Dieu, non mauvais présage romain d'une gauche sinistrée. Heureux celui qui lui parle en ami, non en oiseleur mielleux, cachant la glu. Il n'y a pas de cage pour l'Oiseau Totem, il y a un mât qui monte au ciel d'une terre sacrée, voilée de tendresse et de tristesse. Le drakkar vide, avec le corps d'un Christ qui brûle, va droit au soleil levant, sur le Gange ou une mer nordique, sans témoin, hors la rive qui pleure en silence, guidé par des eaux-mères cicatrisantes et électrisantes, libérant leurs ondulations porteuses autour d'un l'axe magnétique alternatif.

Seules ces eaux façonnent, le reste n'est que rêve stagnant, au mieux, cauchemar mouvant, au pire. Elles portent la trajectoire, comme descente finale à la mer rimbaldienne. Le reste n'est que superstition d'une science trois fois maudite, mille fois criminelle. La mort nous lave, plus vraie que la propagande des post-humanismes passés ou à venir. Nous, esprits libres de France en ses campagnes éternelles abandonnées par les princes maudits d'une modernité occupante. Aux pillards et aux soudards.

Voir comme meurt l'animal sauvage, serein et solitaire, la surhumaine simplicité avec laquelle il endort sa douleur et sa vie qui s'éteint. Silence et paix. Prétendre à un héroïsme plus vrai est le premier crime contre-nature des religions de la puissance et du mal. Pourquoi l'accepter ? la mort permet tout, sans rien autoriser. Ce tout enfin retrouvé. « La vie est double, la mort est simple » dit une sagesse cachée. Voir la paix de cette mort, divine hauteur, son secret de nature, si démocrate fin, généreuse, retour enfantin à la mère, sans raison ni plus de pouvoir terrestre inutile et pesant.

Alain est matérialiste. les Premiers, eux, avaient une inspiration animale, spiritualité animiste ou chamanique. La nôtre, fidèle à la nature et aux traditions qui la prolongent sans la trahir, non comme le font ces sciences dites naturelles modernes ou certains barbares de la loi de la jungle, est taoïste, ou mieux, taoïste chrétienne, celtique chrétienne. Le corps y prend raison, la beauté se fait monde, renversant l'optique de l’œil nu aveuglé du philosophe athée ou théiste des salons, des ors, des bistrots ou des sacristies.

Un beau jour, solaire, où même l'ombre est chaude, vivante et nécessaire, en toute spiritualité, loin des frimas insomniaques d'un certain esprit universel fasciné, loin du sommeil profond des logiques liées des formules gravées au fer rouge. Pour mourir.

La faillite programmée des religion modernes d'Occident n'hypothèque ni n'anéantit nullement la validité des spiritualité animalières des religions premières dans leur pure magie blanche – dont nul n'ose plus aujourd'hui parler sans trembler de crainte, valeur violentée et torturée entre marteau théologique romain inactuel, mais invétéré, et enclume scientiste positiviste révolutionnaire actuelle, mais débile.

On ne peut mourir idiot, la pire des morts. Nous savons depuis le début humain que nulle intelligence renaissante ou durable ne vient seule de l'humain, ce que notre science moderne, exclusivement politique et économique, impose d'ignorer mécaniquement avec la dernière cruauté. Les oiseaux aussi se cachent : le jeu des forces n'est rien sans celui de cache-cache de la Mère.