jeudi 20 avril 2017

LA VÉRITÉ # 49 OUROBOUROS






 " Mais l'action est saine et raisonnable toujours; c'est la pensée qui a besoin de règles; c'est la pensée qui a besoin d'objets (...) Vous trouverez ici le point malade de toute nos pensées. C'est toujours une faute de vouloir prouver l'existence par raisonnement, au lieu d'aller voir et toucher la chose existante. "                                                                                                                          Alain






Nous ne voulons pas vraiment respecter ces règles, pourtant nécessaires au sens de la raison, bien que nous prétendions croire en elles, parce que nous ne les faisons pas : seule la vérité fait les règles. Pas les règles, en soi, faisant la vérité. Non. La vérité de leur vérité. Que valent donc des règles sans vérité ? Demandez aux nazis.

Sans vérité, que certains nomment vertu ou mesure, ou nécessité, valeur (…) notre rapport aux règles ne serait qu'une sorte de religiosité méthodique organisationnelle, celle d'un ordre formel ou pur, logique, conventionnel, arbitraire, comme un monde entier, finalement privé de sens, comme chez certains communistes aussi.

Cet ordre-là n'est-il pas la formule maudite d'une sorte d'anarchie négative, favorisant le pire arbitraire ? L'arbitraire du fonctionnel ? Permettant au doute méthodique de tout contester et de ne s'accorder avec rien ? Le très scientifique chemin du plus grand chaos ? Pourvu que les machines soient libres de cracher leur production satisfaisante et au-delà, s'il existe !

Qui ne construit pas une vérité prétendue « constatée » ? La vérité fait les règles, mais nous avons construit une science pour lui faire concurrence, machine à calculer totale, factotum avec ses lois manipulables, et ses vérités dévorantes, trop relatives, faites plus de doute que de confiance.

Mais au moins, tout est-il permis ! Nous avons abandonné le sens de la nature, considéré comme trop contraignant ou dégradant. Mais nous avons construit des lois arbitraires mille fois plus contraignantes, totalement destructrices de la vérité de ce qui est. Sales, abjectes, ignobles, inhumaines.

Nous avons sacralisé la machine folle, plus encore que la molle des beats, idole avec ses lois propres, étrangère à toute raison naturelle vivante, dans sa pure autonomie mécanique, ses exigences systématiques ruineuses, ou même son simple et désastreux entretien. Il faut tout lui sacrifier, comme aux antiques dieux noirs, ces baudelairiens avant la lettre, mais finalement plus civilisés que notre système d'objets déracinés à la Dali.

Nous avons déraciné les lois du monde, alors qu'en aucun cas elle ne peuvent être détachées de Dieu ou du Principe supérieur qui les crée. S'il y a une machine belle et vraie, c'est celle du monde, vu par des yeux extérieurs, dont l'objet du regard mécanise, comme la caméra, la vérité profonde coulant à sa surface, dans une vérité trop pure, trop solaire. Nous sommes devenus extérieurs, étrangers, ennemis.

Dieu auquel nous ne voulons plus croire un seul instant d’hypothèse ou d'évidence, au sens de réalité intrinsèque du monde autant que principe supérieur, parce qu'il n'est pas esclave à notre service exclusif, comme cette science sans lui, prouvant qu'il n'est ni ne peut être instrumentalisé dans et par une preuve comme objet pensable reproductible, etc...

Nous nous faisons dieux nous-mêmes, très logiquement, sans même le vouloir : notre nature humaine a horreur du vide, à tel point que, sans Dieu, elle n'aspire qu'à se nier pour définitivement nier le vide de Dieu comme perte essentielle à oublier et taire. Omerta du savoir.

Nous n'attendons plus de messie qu'humain ou post-humain, contre Dieu et la Nature, contre nous-mêmes et nos libertés premières, devenues invivables et incroyables. Nous n'avons jamais aimé les règles que nous ne nous sommes pas données nous-mêmes. Ceux qui respectent celles que nous ne nous donnons pas sont, à nos yeux aveuglés et apeurés, fascistes ou primitifs devenus inadmissibles, primates primaires, brutes obscurantistes et criminelles, dangereuses. Archaïques tyrans, oppresseurs de notre volonté d'esclavage profonde, présentée comme liberté, ou plutôt sécurité sociale.

Nous avons tellement peur de perdre ce qui ne se retient pas. C'est la règle du maître humain, rien qu'humain, et de sa loi, rien que sa loi, fabriquant Dieu à son image, celle de L'État industriel moderne pur et dur. Celui qui fait les règles du nihilisme humaniste progressiste, transgressif comme révolution la plus barbare et violente, la plus lâche. L'universalisme démesuré de cette règle retourne à la violence la plus nue, dans son absence de règle d'humanité élémentaire et mesurée partagée. Où est le progrès ?

Le serpent humaniste se mord la queue dans une auto-dévoration endogame : comment pourrait-il être plus la mesure du monde que la religion la plus archaïque ? La règle ne peut en aucun cas être l'absence pure et simple de règle, donc venir de l'extérieur ou de l'intérieur seulement ? 

Accord et équilibre ne peuvent provenir d'un autisme monogame, monothéiste, monomaniaque et unidimensionnel, vautré sur le plateau, doré ou nivelé, d'une balance truquée ou faussée entre les mains sales d'un fou prophétique. Fanatique ou pragmatique, programmatique... qu'importe le côté qui penche ?




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