mardi 9 mai 2017

DIALOGUE AVEC R. # 8 L'ARMÉE DES CLONES









Il y a de toute évidence un niveau primordial de la vie et du monde à préserver pour pouvoir pénétrer avec un respect minimum sa réalité cachée comme un mal inavouable et inacceptable, aussi bien aux yeux de la science que de la religion dans leur domination de la nature et la récupération maléfique ou malfaisante de son sens.

Quelle est cette réalité ? Sinon celle de valeurs, vérités ou faits largement étrangers à, et très sensiblement différents d'une certaine culture prétendument civilisationnelle ou supérieure. Ce sont toutes ces choses qui sont, de toute éternité humaine ou pas, vérités et faits de nature, qui nous échappent, mais surtout nous déterminent, font et fondent inconsciemment, sans que nous ayons ni prise ou compréhension sur elles et par là, considérées comme obscures, passionnelles, maléfiques.

Ceux qui travaillent à faire émerger ces valeurs fondamentales, eux, sont, au même titre que les Anciens Premiers l'étaient à un autre niveau, considérés comme de dangereux farfelus, plus ou moins subversifs en période de guerre totale et éternelle contre ces forces dites du mal. Voire, aujourd'hui assimilés à de potentiels terroristes, par la bêtise armée de corruption au pouvoir gérant « au mieux » la planète.

Pourtant, seule la profonde non-violence libératrice de leur réflexion, à la fois religieuse et scientifique, aide à faire lumière sur le dissimulé depuis toujours par cette pseudo-élite dirigeante, sans qu'elle ait même besoin de comploter : le mensonge ordinaire pratique, plus que le mépris des peuples lui-même, suffisant à tout recouvrir.

La nature profonde, comme une forêt, dans sa densité obscure et impénétrable, est ce qui échappe et menace, donc comme hors sa loi, la cité disciplinaire sociale laborieuse et intellectuelle. Beaucoup de traditions de cette orthodoxie de pensée occidentale ramènent vers l'idée d'une forêt marginale, barbare, où se réfugient exclus de la cité ordonnée, sorcières autrefois, certains malades contagieux, rebelles, druides, résistants de tous temps. Un peu comme en montagne, autre figure d'une nature souveraine, indétrônable, dans sa loi propre, invaincue par l'homme des fourmilières.

Il y a aussi l'océan, avec ses valeurs propres de changement perpétuel équilibré, de liberté et d'aventure, ses îles secrètes insoumises, ses pays de cocagne, loin des contraintes d'une urbanité d'ordonnance théorique, de confinement et de règles collectives inhumaines dans leur clôture-même au libre vivant. L'océan avec ses mythes flibustiers, pirates, que récupèrent et absorbent juteusement des « idéaux » commerciaux manipulateurs, comme celui d'Eldorado.

Nous faisons l'hypothèse, après d'autres, que la nature est mère des religions. Non pas mère matérielle, comme il serait simpliste de le penser, mais mère spirituelle de leurs sentiments et valeurs ou intuitions supérieures. Kropotkine a bien montré comment, dans une sorte de fraternité de vie, la nature animale a quasiment tout appris et montré à l'humaine. Alors pourquoi, à un moment donné, une rupture, puis une guerre, si impitoyable, contre cette nature-mère, se sont-elles déclarées ? Il ne s'est pas agi simplement de couper un cordon ombilical un peu trop court, comme on voudrait le faire croire.

Il est plus qu'évident que les valeurs urbaines de domination n'ont jamais fait le poids face aux insondables forces naturelles. Dominations qui ne furent et ne sont jamais que provisoires, leur maintien ayant toujours été un gouffre économique contre-nature, l'une des origines des pires prédations de « ressources » de celle-ci (bois, animaux, eaux…) et exactions (soudards terrorisant les paysans).

Comment ces dominations prédatrices et exterminatrices auraient-elles pu être fondées – en raison morale – autrement que sur de la défense (mot qui en politique signifie aussi, par euphémisme, guerre) de pseudo-valeurs masquant l'angoisse et la culpabilité naturelle, agressive inconsciente, résultant de destructions faites aussi, finalement, à la nature humaine ?

Nature humaine, qui, comme leur qualité d'humain pour « les sauvages », fut et est aujourd'hui niée par certains docteurs des deux sciences ? Autrement dit : ce monde de domination est bâti sur une illusion de toute-puissance dominante très proche de l'idée de monothéisme, à tel point qu'on se demande parfois laquelle engendre l'autre.

« Tu n'auras qu'un seul Dieu. » Les premiers tyrans ne furent-ils pas d'une cité, comme le père ou la mère indigne tyrannise sa famille, ou une famille en tyrannise une autre ?


Il semble qu'il devint très tôt impossible d'imaginer ou concevoir ce Dieu, chez nous, autrement que comme Le-Maître-Absolu. Il semble qu'il devint très tôt impossible de l'imaginer, ce Dieu, ailleurs et autrement que comme Maître dans sa Cité, des stocks, des cheptels, des armes et des secrets de puissance.

L'ennemi ne devint-il pas, de fait, tout hors les murs, hors leurs limites et loi ?

Une certaine citoyenneté de Dieu donc, fermée sur elle-même – jalouse comme une femme – n'a t-elle pas fini par secréter une rationalisation scientifique de ces limites d'appartenance productives, fabriquant une sorte de « génie religieux » de leur gestion profitable au détriment de tout extériorité aux murs ou extériorité à ce génie consacré ?

Ce qui nous intéresse est l'idée de ce mal extérieur, étranger, insoumis, devenu, au fil du temps historique, ennemi de "la" civilisation, et semblant, à nos yeux, n'être qu'une projection inversée du mal qu'elle impose au monde. Puisqu'il s'agit bien d'imposition mentale et intellectuelle ou sentimentale, un peu comme le bourreau accuse la victime d'être à la source responsable de ce qui lui arrive comme punition immanente dont il est le bras armé.

La destruction du monde était inévitable, étant si mal fait, jugent les fausses élites, qu'il fallait infailliblement le défaire et refaire à son image enclose comme analyse domestique du monde, pleine de ressources fortifiantes et structurantes d'une collectivité para-militaire d'urbanité de conscience religieuse et de pratiques « rapprochées ».

Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est ce moment où la spiritualité s'est disjointe de la nature, et pour quelle raison. Quel doute, fabriqué et imposé, provoqua et provoque toujours la disjonction ? Disjonction que les japonais, par exemple, ne comprirent jamais, du fond de leur « christianisation ».

Moment, peut-être aussi, où est né un certain monothéisme, peut-être lui-même lié à une agriculture, administrée parallèlement à une proto-religion de masse, dans ses prototypes urbains « d'élevage » humain.

Sédentarisant, fixant tout, fonctionnarisant tout dans du législatif et du comptable sacralisés, spécialisant l'ensemble des activités naturelles, orientées et encadrées vers une unique production de richesses et ressources vers la puissance pure, dont la gestion engendra, comme en Égypte ancienne, une armée de fonctionnaires de la vie quotidienne, et peut-être plus tard ailleurs, celle de la famille citoyenne laborieuse, parallèle à celle des prêtres pour le spirituel. Chez ceux-là les dieux gestionnaires ne pesaient-ils pas les âmes comme de vulgaires céréales ?

« Le culte des dieux dans les cités grecques, comme le sera la religion romaine, est essentiellement une affaire politique, académique. Le culte des dieux concerne la piété et les vertus des citoyens, et par là, le succès et la conservation de la cité. » (Victor Cousin, Œuvres de Platon)



Il est sans doute aussi lié, ce moment, à un autre, pré-monothéiste (on peut avoir du mal à envisager un passage brutal, sans transition, entre polythéisme et monothéisme). Parallèlement à la guerre, facteur essentiel d'évolution du système – hélas – il y a aussi la chasse, sorte de moment originaire, intermédiaire et pré-martial, dont la guerre éternelle s'inspire d'ailleurs toujours, le dénaturant totalement, via l'industriel de masse moderne : 1914 comme abattoir rationalisé, chasse au gibier humain à la Grosse Bertha, avions de chasse, chasseurs alpins... La chasse à l'homme comme sport de combat, l'homme réduit à l'état de gibier, parqué, puis exterminé méthodiquement.

Dans ce moment particulier, où la meute des chasseurs remplaça les trappeurs solitaires, il a pu y avoir basculement progressif entre l'ancien respect du à une nature-mère ou à un règne nourricier, comme le font les Premiers, et une exploitation mécanique, systématique, comme dans une battue, des ressources où le rapport mécanisé à la vie prélevée ou supprimée se transforme « révolutionnairement » en automatisme de production-destruction médiatisé par une machine-organisation objective et objectivante, et donc déconnectante, opérant une disjonction de plus en plus profonde avec la réalité vraie et transcendante de la nature-mère.

Nous voyons là, après d'autres, la seconde cause de la rupture humain-nature, après celle du doute jeté sur les valeurs. Sans préjuger lequel précède et engendre l'autre dans un monde dont la confusion est l'arme suprême de la grande séparation. Si je sépare arbitrairement, je confonds sens, ordre, vérités, libertés dans l'unité du tout – que je nie, renie et dénie infiniment.

La guerre de religion, autre discipline maudite, mais fondatrice, occidentale, largement partagée avec un certain Moyen-Orient monothéiste de même famille spirituelle, développa à travers ses croisades de masse un mouvement « spirituel » systématique de destruction de la nature des instincts en vue de son asservissement « spirituel » total : la figure de l'hérétique étant d'abord celle d'un ennemi allié en Diable aux Forces du Mal, celles censées habiter tout corps naturel, libre et spontané, physique ou social.

La nature insoumise devint pure et simple incarnation du mal. La figure de cet infidèle étant celle de l'Autre, dans sa pure différence subjective, personnalisée, normalisée. La nature, dans sa puissance immoralement généreuse et partageuse, sa « luxuriante » diversité, son autonomie quasi-absolue – son irréductible distance – et ses mystères sacrés n'est-elle pas le symbole même de toute hérésie ? N'est-elle pas, depuis toujours, défi absolu pour les deux sciences du sacré et du profane ? Le paysan-même, cet enraciné profond et têtu, devint l'ennemi et la honte, la culpabilité : paganus, le païen.

Le monothéisme, non pas tant cette exclusivité urbaine, finalement, close sur elle-même, mille fois dénoncée en vain, qu'un tout inclusif de force et d'autorité militaire, dont l'ampleur d'unité établie demeure insaisissable à l'humanité naturelle ordinaire. Exclusivité inclusive trop bien totalitaire en ce sens que tout s'y réduit, que rien ne lui échappe. 

Le mystère de la nature s'y dissout dans le labyrinthe intellectuel d'un divin inaccessible, construit comme une muraille de Chine dogmatique que seul, apparemment, un Christ parvint à percer et fissurer un peu, un court moment humain historique si éphémère, avant que les portes de la Cité Divine ne se referment violemment sur une « liberté spirituelle » nouvelle, industriellement dupliquée par une théologie autorisée sur l'empire, le protégeant prétendument contre cette nature extérieure par définition hostile et cruelle, ou au contraire, dans le cas de celle du Christ, simpliste, irréaliste, scandaleusement non-violente - quand on pense à la guerre.

Transformant tout abri ou vecteur légitime du christianisme primitif en forteresse barbelée imprenable, monolithique, écrasante, orchestrée comme une légion romaine robotisée, à l'image de la spectaculaire machinerie du Colisée.

Avec ses soldats, ses fonctionnaires et ses gladiateurs de Dieu, paradoxalement sacrifiés aux Fauves de Nature. L’orthodoxie spirituelle comme un pal ou une crucifixion intérieure, en attendant le grand-oeuvre de l'Inquisition, ses dépeçages et écorchements sacrés, séparant bon grain conformé de la diabolique ivraie de nature.

La totalisation théologique de force de certains monothéismes autoritaires est, comme tout pouvoir, nécessaire en elle-même. Tautologie secrète, implicite, intrinsèque, participant plus d'une certaine superstition d'immanence imposée à rebours, derrière le masque d'incarnation institué, que d'une unité d'harmonie positive, révélée dans un partage qui devrait pourtant révéler, aussi, la profonde démocratie divine de la nature comme création face aux forces illimitées, à affronter sans violence.

Totalité verrouillée pour « les siècles des siècles » par de subtiles dialectiques doctorantes somnifères aux ordres, ordonnées. Alors que les saints ordinaires, simples ouvriers esclaves du bien théorique, s'épuisent à assurer l'impossible intendance d'un sens plombé, doublé et dénaturé, détourné de Dieu, devenu quasi-suicidaire : voyez le modèle christique exemplaire évoqué plus haut.

C'est que rien du quotidien du troupeau ne doit échapper, plus peut-être encore chez les révolutionnaires de la réforme scientifique que chez les mystiques, plus primaires ; ne doit échapper à cet englobant systématique, pas même les pires des maux, qu'ils activent, par là extraordinairement, en leurs croisades les plus démentiellement rationnelles.

Ce tout, inamovible et non-immobilisable par sa masse-même, est un cadre d'airain, d'abord pharaonique, s'il n'était romain rectifié en fait catholique de cruauté au nom du bien et de la douceur du Christ : le sacrifice archaïque est ici éternel-nécessaire, bien pire que chez les « sauvages ». Éternellement, universellement perpétué et répété, comme une seconde nature, d'emprunt et de cérémonie noire, derrière la blanche colombe affichée.

On peut même se demander, à ce moment de la réflexion, si le bon côté du monothéisme ne viendrait pas, finalement du bon côté des forces polythéistes qu'il a su se soumettre, dans une intelligence partagée de ce qui le dépasse, sans doute en grande partie semée par le Christ de héritage culturel. Sa douceur et tolérance sont une pure hérésie. Double hérésie, puisqu'elle se réclame directement du Père.

N'a t-il pas, finalement, combattu les docteurs du système d'abord ? Pour les plus pauvres et humiliés, au cœur du Temple ? Il est en tout cas à noter que nombre de polythéismes acceptent la validité multiforme du message du Christ, et que même, peut-être, il les protège comme aucun du programme d'anéantissement.

Le polythéisme, évidemment, en soi, n'a pas plus de vertu que le monothéisme en lui-même, s'il n'est qu'un relativisme au service du mal, dans une banalisation et un laisser-faire couverts par un culte fabriqué dans le sens du vent mauvais de de la puissances nue et froide. Mais il a la vertu des Premiers : celles des limites dans le mal, données par les limites de son pouvoir, positif ou négatif.

Le territoire n'est pas l'empire, il reste proche de la nature, des limites et de l'expression diversifiée de leurs essences données, pour ne pas dire ordonnées.

Le polythéisme divise naturellement les pouvoirs, comme celui des sexes, mais au naturel, comme dans une démocratie « éprouvée », si on veut le voir dans le sens d'une unité diversifiée retrouvée plus que dans celui d'une division irréconciliable de celle-ci, fabriquée par de l'humain résiduel désaxé cherchant à justifier une décadence suicidaire, mécanisée par la fatalité d'enchaînements matériels dévoyants, autant de rouages tournant fous au milieu du champ de bataille.

Il suppose peut-être aussi une certaine égalité intelligente, faite d'équivalence plus que de nivellement, interdisant tout pouvoir d'ingérence mutuel potentiel. De plus, par sa nature même, il nécessite un minimum d'accord, d'entente et d'équilibre entre les puissances qu'il symbolise : une guerre civile ou de civilisation entre celles-ci n'est pas plus plausible ni réaliste que la supposée lutte pour la survie dominant toute nature ou d'une nature dominante réputée impitoyable.

Les rapports polythéistes semblent plus de friction superficielles de voisinage, un peu rugueuses, que de guerre ouverte et déclarée, comme dans certaines mythologies un peu trop élaborées pour être vraies. Il est rare qu'un règne animal en supprime un autre de par sa seule expansion d'existence totalisante, sauf pour l'humain fanatisé par sa propre image caricaturée.

Peut-être le polythéisme est-il comme un populisme négatif quand il joue sur un trop-plein de misère écrasante, retournant ses vertus contre lui-même dans un cadre faussé et renversé par un monothéisme d'oppression, retourné en mal dans son besoin vital d'expression et de libération, un peu comme Hitler voyait la "liberté" du 3ème Saint Empire Germanique Noir.

Il en est assurément de même pour le monothéisme de système quand il invoque la menace potentielle de sa négation théorique par l'existence même, sacrilège, de ce qui diffère absolument de lui et fabrique une indifférence criminelle, criminogène homologuée et cataloguée comme les anciens grimoires sur le Diable.

Dans les deux cas, les imaginations seules sont malades, non les saines vérités  qui fondent les bonnes intelligences réciproques, qui semblent plus fonctionner comme une respiration culturelle de l'évolution humaine autant que de nature, qui la nourrit en et à son sein.



On peut s'autoriser à penser que le monothéisme a créé la science moderne, comme toutes les autres "valeurs", du reste – même l'athéisme ou le matérialisme, par exemple. Le dualisme, qui nous vient de loin, du Moyen-Orient sans doute, semble bien être, oui, l'une des pierres angulaires d'une morale guerrière ou exterminatrice, comme source des rapports de barbarie les plus violents dictés entre ces deux pôles, unique et divers, empirique et universel.

Il semble évident qu'à un moment, l'impérialisme culturel monothéiste établi ait construit « le bien » comme une sorte d'armée de principes sur-entraînée par des théologiens choisis, placés sous contrainte d'un résultat proclamé à l'avance comme victoire totale et exterminatrice de l'un sur l'Autre. Cet « Autre », peuple premier ou nature première, considéré comme responsable – comme limite naturelle à abattre – de tout échec de domination pure, ou comme obstacle premier à son établissement définitif comme Cité réelle-spirituelle de Dieu. Comme une faille dans la muraille, fissurant l'esprit fanatique unique.

L'histoire de séparations est celle des trahisons éternelles dans le combat pour le pouvoir – d'abord culturel – permettant de vouer un culte au moi de sa propre puissance humaine restreinte-totalitaire et de bétonner psychologiquement ainsi l'illusion pseudo-créatrice d'un empire temporaire. Après le Moi, le Déluge.

Ainsi, le Diable, le diabolo, le diviseur apparaît-il comme la faille impossible et impensable dans le système : comment le mal est-il-Dieu-pensable ?

La vraie question étant pourtant de savoir si la religion est aussi une morale, et si cette religion dite révélée, dans le cas du monothéisme, est le produit d'une technique de construction politico-philosophique masquée, ou l'expression de forces naturelles universelles dans leur formes morale, rituelles ou extatiques, et philosophiques dérivées.

L'Autre, comme cette faille impossible, comme l'inévitable faillite à venir, reculée aux éternités d'un système qui ne fait que s'éterniser, usant et abusant, comme tout pouvoir, de tout bois.

A cette dernière question, les Peuples Premiers ont répondu, depuis le début de leur culture éternelle, le plus simplement du monde, et sont, pour cela, accusés de simplisme primaire et obscur, contre-productif, rétrograde et subversif. Comme un danger : pour que la guerre continue, il ne doit pas y avoir de réponse : le doute permet tout, la certitude limite le pouvoir de ce tout, autant que, dans un autre sens, elle l'ouvre.

Mais, surtout, le Premier valide en quelque sorte, de façon non-interventionniste et raisonnée, au fond, la réalité de la coexistence de forces extérieures à l'humain, « naturelles », surpuissantes, face auxquelles ils s'incline, dans un sens, mais sans pour autant avoir la prétention pathologique de le penser ou de le réformer, ou même de l'acheter, à bon compte et bénéfice indu, par des pratiques spéculatives de dévotion particulière, extrémistes ou démesurées, déraisonnables, irréalistes, utopiques ou fantasmatiques, machiavéliques.

Avec ce paradoxe, pourtant incroyable, qui fait que les pratiques primaires et archaïques paraissent trop passionnelles et physiques. Transe incontrôlable, transports déraisonnables aux yeux des civilisés de système à pensée religieuse rationnelle unique. A tel point que les Premiers apparaissent d'abord aux yeux occidentaux comme des animaux sous-humains, puis comme des créatures diaboliques, à séparer du reste évolué de l'humanité et convertir de force par le fer ou le feu, sous haut risque de contagion instinctuelle et de dérèglement mécanique des âmes « bonnes » d'un système monothéiste conquérant. Matériel humain à araser et utiliser comme on rase et débite la forêt primaire.

Au bout du bout de cette déforestation, de ce déracinement de l'Humain Premier, n'en n'est-on pas arrivé à scier la branche sur laquelle nous étions assis ? Ne connaissant plus qu'un humain industriel, aux défenses et à l'intelligence naturelles anéanties face à un moi aliéné et un monde « environnant » dénaturé, dans univers à la K. Dick, où le simulacre règne et extermine l'originel et l'original comme une sorte d'ennemi de classe systémique ? L'armée des Mécas, si on inverse un peu la vision du film « E.I ».

Où est la barbarie aujourd'hui, comme hier ? N'a t-elle pas toujours commencé dans la façon, justifiée par Dieu ou la Science (on en connaît des nazies, plus triomphantes que jamais), dont on traite nature et animaux ? Façon que les barbares Amérindiens ne comprirent jamais et tenaient tout logiquement, mais expérimentalement, pour cause d'un suicide civilisationnel planétaire programmé ?

Quelle est cette façon d'être, devrions-nous répéter après eux, pour essayer de répondre à leur avertissements précis, assurés avec un minimum de vérité et de conscience universelle première ?

Mais nous ne le ferons pas avant d'avoir sombré plus bas encore : que tout aille plus mal encore, si c'est possible. Nous ne sommes pas allés assez loin pour voir et admettre que « tout est bien dans le meilleur des mondes », que toute critique constructive n'est qu'une répréhensible tentative de démoralisation de l'Armée des Clones et doit être sévèrement « découragée », pour employer une formule paramilitaire bien lissée.

Pourquoi certaines civilisations sont-elles devenues mortelles, alors que d'autres demeurent immortelles ? On ne construit pas une culture sur la guerre, le pillage ou la copie. Ni sur la lâcheté ni sur la violence.

On ne construit pas une civilisation contre-nature, contre une autre, comme un monothéisme armé. Parce qu'une civilisation vraie, fut-elle des plus primaires ou sommaires, apporte des réponses vraies à la vraie condition humaine, en haut comme en bas, dans toutes ses dimensions polythéistes, en accord avec celles du vivant visible et invisible. Elle n'est donc exemplaire que dans la mesure exaltante où elle tire l'humanité vers le haut à partir du bas sans les séparer, en les unifiant un seul mouvement dans toutes les directions vers le passage de lumière d'une autre vie : la mort comme fin en soi est un épouvantail clérical pourri pour esclaves et tyrans abêtis.

Qu'est-ce que le doute destructeur vis à vis des lois naturelles, sinon celui du mensonge et de la corruption, emmurés dans leur décadence et perversion. Dans l'offensive absurde et cruelle, larvée et molle, sournoise, d'une obsessionnelle et victimaire offense "défensive" à la vie et ses valeurs, face à une loi naturelle limitant et relativisant leur si pitoyable et éphémère exception agonisante ? Le fait de ceux, légion aujourd'hui, que Frédéric, dans son meilleur, nommaient des contempteurs de la vie.

Que vaut ce crachat scientifique de masse ? Où est sa prétendue puissance ? On ne rentre ni dans la vie ni dans la mort en les méprisant, là est, peut-être, la première leçon des Premiers. Mais nous ne l'entendrons pas : nous avons toujours préféré celle du mal, celle qui fait si mal de "faire" le bien, qu'il faudra donc épuiser scientifiquement. Les nazis, nos « frères spirituels » de sang ont initié le mouvement final de la solution.









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