lundi 24 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 53 ALIEN 1 LE LONG DÉSERT




" Ô mes animaux, êtes vous donc cruels vous aussi ? (...) Car l'homme est le plus cruel de tous les animaux.
C'est en assistant à des tragédies, à des combats de taureaux et à des crucifixions que, jusqu'à présent, il s'est senti le plus à l'aise sur la terre; et lorsqu'il s'inventa l'enfer, ce fut, en vérité, son paradis sur la terre. "  Nietzsche, Zarathoustra





La vérité est compliquée parce qu'elle n'est pas belle. Sans beauté, elle ne peut ni être ni ne pas être, seulement être en souffrance, être souffrance. Partage contraint destructeur. Souffrance, avec lois et règles, qui, au lieu de la diminuer, l'augmentent, la déformant comme le visage d'un noyé dérivant dans la vie.

Du besoin et du désir absolu d'éviter cette souffrance naissent ces peurs qui font l'esclavage et la prostitution, avant la guerre elle-même. D'où l'absurdité d'un monde construit tout autour d'un abîme qu'on ne peut combler, épuisant énergie et liberté dans une course folle – celle du prisonnier lâché zigzagant en vain devant des mitrailleuses nazies ou « unionistes »...

Courant après un idéal qui n'a rien d'idéal, étant essentiellement négatif et déconnecté de la vérité de la vraie vie. Vraie vie par delà les vieilles lois de la force, si bien décrites par Simone Weil. La vraie vérité n'est pas le contraire du mensonge ou son évitement : elle ne lui ressemble en aucune manière, elle est allogène, étrangère, camusienne, divine.

Rien à voir avec le bon vieux confort bourgeois, illusion collective contrainte qui fait tourner en rond la bourrique du système, le manège et la ménagerie. Kerouac constatait qu'il n'y avait pas de lois positives, des « lois pour », de confiance et de valeur, qui mériteraient d'être aimées jusqu'au bout pour ce qu'elles sont, à l'image de celles de nature, nourricière, dignement consolantes et consolidantes.

« Il n'y a que des lois contre. », disait-il avec la tristesse sans doute infinie d'avoir raison ou d'être obligé de se rendre, à elle, là dessus, comme à une sinistre fatalité de temps noirs. Lois qui deviennent par le malheur du pouvoir et pour le malheur collectif de peuples abêtis de peur, des contre-lois, contre-nature, anti-humaines, contre-vérité et contre-réalité, engendrant sans fin la pire des souffrance, la psychologique, psychique, mentale et sentimentale, comme un long désert morrisonnien, celui du si beau texte : « The End ».

Morrison le blakéen, voulait aller au bout du mal pour trouver le bien. Il n'est pas sûr que ce soit le chemin le plus sûr pour beaucoup, il n'est pas sûr que ce soit le pire pour quelques uns : le bien a des mystères parfois barbares, parfois innocents. Mais il parlait de condition de base, de naissance. Kerouac voulait des lois belles, vraies, stimulantes et bénéfiques, satisfaisantes, pures et créatrices comme un bonheur à partager, aristocratiques pour le peuple.

Morrison, fils des sixties, savait par expérience qu'il est trop tard. L'auteur de Sur la Route, fils de la guerre, qu'on peut tout larguer pour trouver Dieu en soi ou en face. Morrison voulait tout tout de suite, ou rien, avant le chamanique passage ultime, non comme un chrétien trop fidèle, mais comme un Indien christianisé révolté. Ils se rejoignaient dans la vérité pure et simple.

Ils ne voulaient rien de cette malédiction relevée si précisément par Nietzsche : la vie n'est ni scandale ni autoflagellation sur le chemin-de-croix d'une illusion masquant une pitoyable condition d'évitement de l'abject et de la saleté du fond du verre et du tonneau. Et donc de leur manipulation débile, de leur entretien courant, de leur perpétuation puante ou raffinée, cynique ou philosophique, commerciale ou éthique, sociale, religieuse ou guerrière, traditionnelle ou moderne.

Ne pas respecter sa nature profonde, sa vraie nature – comme dit le Taoïsme, c'est n'être ni viable ni enviable. Misérable parmi les misérables – mendiant ou maître, exilé du royaume, en ce monde ou hors de lui, sous-humain, nihiliste en puissance, dont le terrorisme est la seule destination logique et idéologique, existentielle. N'être qu'un existant contre-spirituel, fut-on Premier-ministre, premier magistrat ou premier Évêque, milliardaire ou chef d'état-major (…), dernier des humains devant chaque situation, lever ou coucher du soleil, chaque rencontre.

Souffrance de ce « n'être que », inacceptable insuffisance, irrattrapable manquement, si intolérables au fond, qu'ils nécessiteront toujours – comme une drogue – le moyen le plus violent et radical de l'illusion pure de sa négation et de sa dénégation. Là, Nietzsche, mieux qu'aucun autre, plus concrètement que Stirner, diagnostiqua tout au fond, le cancer d'Occident, l'identifiant dans ses racines profondes et communes, effectives et nocives, toxiques, vénéneuses, incurables, normalisées, instituées, centrales, constitutives et congénitales.

Le système ne serait rien s'il n'était que d'argent. Ou de pure force technique. Il est perpétuation de son propre mouvement d'inertie et bassesse, de néant et de chute, d'effondrement – usine à gaz psychologique et surtout à brouillard, immense écran de fumée. Derrière le rideau, c'est un truc à la K. Dick, le visionnaire, dans son meilleur délire de réalisme.

Machine, simulacre ambigu, gélatineux et tranchant, protéiforme, incertain, informel et mou, visqueux et sec à la fois, flexible et inflexible comme l'esprit le plus rompu et corrompu. Matière étrangère à l'humain, extra-terrestre, extra-territoriale : le mensonge dans sa racine pathologique et pathogène, tentaculaire, monstrueuse, matricielle. Simulacre de vie, s'il en est. Parallèle au Néant, stupéfiant et méfiant, méticuleux et pervers comme un nazi anhistorique dans ses œuvres de « charité ».





lundi 17 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 52 LE DEVOIR DES NATIONS UNIES








« Mr Lane avait décidé que, à toutes les époques et pour toutes les races, ce même amour de la nature (…) cet amour donc était le plus subtil et le plus dangereux des péchés, une idolâtrie raffinée, qu'il faut redouter davantage que la méchanceté grossière, parce que le pécheur grossier sera alerté par la profondeur de son avilissement et en remontera la pente avec effroi, tandis que les malheureux idolâtres de la Nature se laissaient abuser par le raffinement de leur péché et seraient les derniers à entrer dans le royaume. (…) Et Mr Alcott a répondu avec vigueur que c'était parce qu'ils avaient dépassé les simples objets matériels et qu'ils n'étaient plus qu'amour et sensibilité spirituels (…) qu'aux yeux de Mr Thoreau, ils ne semblaient pas apprécier la nature extérieure. » HENRY DAVID THOREAU À RALPH WALDO EMERSON, P.S. PAR MRS EMERSON, 1843


Si les mots ont encore un sens hors du système manichéen qui les emprisonne le temps d'un sens relatif et arbitraire de contrôle de leur expression naturelle, s'ils ont encore un sens historique original et essentiel propre donc, s'ils ont encore un peu de liberté de parole et de conscience, on voit bien que le mot culture, dans une définition non systématique, contient deux racines liées, celle, religieuse, de culte et celle, naturelle, de cultiver, idée hélas devenue de production au sens industriel, production culturelle de masse, par exemple.
 
Les deux pouvant être perçus comme pré-rationalistes, non pas tant au niveau d'incertaines origines, que d'une pratique originale transmise vivante, non comme simple survivance du « passé », mais comme un esprit immortel, proche de la nature dans un destin lié et relié, dans d'horreur du vide des idées abstraites et de leurs théories fragmentant de la réalité.

Concernant la Nature, celle-ci a été concrètement tronçonnée, puis pragmatiquement éclatée entre deux coins à bois : la religion « monothéisée » et la science analytique, instituées successivement au sommet du pouvoir autoritaire unifié. Pour ce qui est de la valeur relative abstraite des idées technicisées, il est de toute première urgence de saisir que l'analytique et le quantitatif sont, après la soumission totalitaire au Dieu monothéiste, responsables de la fragmentation du monde et de la nature. Le monde, la nature, l'humanité dissociés sont leur chef-d’œuvre au noir, d'obscurité, d'obscurantisme.

Le Grand Tout autour duquel tout s'organisait organiquement et s'équilibrait dans le temps et l'instant à la fois, a éclaté, volé en éclats, en domaines, en spécialités, en champs, en ordres dits nouveaux dont le désordre interne n'a que l'alibi d'une tragi-comique prétention de chaos créateur ou de destruction créatrice, comme illusion centrales des diverses pseudo-religions qui font rage au sein de cette anarchie positiviste-commerciale de reconstitution de synthèse, de reconstruction et de remplacement de la réalité première ou éternelle qui constituait l'âme du monde des Premiers.

Grand Tout par rapport auquel tout s'ordonnait par pure foi, a explosé sous la pression dissolvante du relativisme de la raison pure généralisée par une violence et une énergie inédites, celle du désespoir rationnel au bout de ses logiques déclarées et cachées.

S'ils ont donc un sens vrai et premier, les mots transmis sont aussi le vecteur d'une culture en voie de disparition, puisque le remplacement progressif ou le glissement du sens leur fait une impitoyable guerre de direction, d'amarrage ou d'arraisonnement : la langue et son intégrité ont sans doute toujours été un incroyable champ de bataille et d'horreur, entre colonisations, lois, pratiques, massacres et asservissement, réemploi et dévoiements ou corruption.

Par exemple, depuis le coup d'état intellectuel du structuralisme, on nous dit que les mots n'ont plus qu'un sens de communication, commutatif, dialectique, relatif, tributaire et attributif, social pur, systémique et instrumental, objectif. Sans doute pour mieux masquer leur génocide mondial. Combien de langues disparaissent chaque année ? Combien de bibliothèques orales ? Combien d'histoire humaine ? Combien de cultures, de spiritualités, de civilisations « solitaires » pour reprendre le bon mot de Claude Lévi-Strauss ?

En ces temps de barbarie techniciste, c'est un honneur de parler des mots anciens ou disparus, et surtout de leur sens ancien lié à une histoire perdue, effacée, réécrite, qui est aussi celle de nos filiations spirituelles conscientes et inconscientes, non au sens institutionnel, mais au sens primaire et naturel, spontané, animal, instinctif profond, non comme le mal « bestial », mais comme le bien naturel, l'équilibre, le bon sens, le sens commun ou celui de la vie naturelle, donnée, respectée, source d'équilibres vitaux partagés et menés à leur perfection évidente et indiscutée par tellement de sociétés « solitaires » – qualifiées parfois par de très grands esprits de « résidus » indubitablement possibles de grandes civilisations, disparues en fin de cycle, pour certains...

Le mot civilisation parle, lui, de cité, de civilité, de citoyenneté, de civisme, d'unité urbaine morale et comme spritualisée, d'organisation disciplinaire tentaculaire, de son ordre collectif fermé, de son cadre fabriqué, construit de toute pièce ou sur un mythe arrimé orienté vers la puissance et la défense d'intérêts coalisés et communs. L'idée dans ce mot : civilisation, nous parle de communisme et de super-socialisme, de socialisation spécifique, impériale, colonisatrice, hégémonique, de technique sociale et de surhumanité sociale-progressiste. Il y a aussi quelque chose, comme ces assemblages de pierres défiant l'éternité, d'irréversible ou plutôt, l'expression d'une forme de volonté qui se veut irréversible, imperméable comme un vieux mur de deux mètres d'épaisseur de forteresse romaine. Il y a l'idée d'une frontière absolue, d'une sécession définitive, d'un « empire pour mille ans ».

L'idée de culture fait penser au peuples d'abord. Celle de civilisation, aux élites « éclairée-éclairantes ». Y a-il là opposition ? Y a t-il élite sans peuple, et inversement ? C'est ce que ne sait que trop la coalition culturelle civilisée décrite par Lévi-Strauss dans Race et histoire.

Le revolver de Goebbels exprime bien, sans complexe ni filtre, le non-dit masqué-justifié de ces méga-coalitions claniques, impériales nationales pour le progrès dans la conservation expansionniste des avantages réunis contre toute communauté réelle insoumise étrangère à la loi de la force du nombre, des armes, ou de moyens technologiques contre-nature. Voyez 1914 et ses horrifiques apothéoses, après lesquelles le sort et la question résistante des « prétendues » cultures spirituelles fut apparemment définitivement réglé, comme le meurtre de masse, plus tard, devait permettre de le démontrer « pour mille ans » à toute dissidence, en Russie comme ailleurs, hors couleur idéologique.

Le progrès culturel existe t-il ? S'il existe, peut-il être social, national ou international ?
On ne peut, après les XIXèmes et XXèmes siècles surtout, assimiler progrès de civilisation et progrès culturel : la civilisation en voie de mondialisation est devenue commerciale, scientifique et technique. La culture authentique, elle se définit par une spécificité ouverte, spirituelle ou universelle, non par une spécificité fermée par des normes ou des lois matérielles.

Deux directions dont les différences ne peuvent être réunies en coalition d'intérêt : le spirituel ni l'universel n'ont jamais été en concurrence avec le temporel ou le droit ; les valeurs de vie, avec les techniques d'exploitation des ressources. Il y a cohabitation plus ou moins équilibrée et heureuse, dans la mesure où une unité spirituelle ou morale sous-tend et unit chaque direction. Encore faut-il qu'elle soit authentique.

On ne moralise pas des sciences éclatées, autonomisées, on ne « scientifise » pas l'éthique, les mœurs ou la nature, on respecte ou pas ce qui fonde une science holistique, équilibrée, inclusive, pacifique, universelle. Prétendre le contraire est un leurre pour cervicaux formatés en série, ruse de guerre des civilisations, éternelle manœuvre des pouvoirs coalisés en place pour l'hégémonie « humaniste » économique.

Entre « les choses de la vie » il y a une dynamique qui vient de leur différence, non de leur concurrence supposée : y a t-il une identité de nature entre un chêne et un acacia ? Ils ne sont nullement en concurrence pour la vie, il sont sa diversité inaliénable, imprescriptible, celle qui fait son équilibre, libre et heureux, ou pas. Le péché d'essentialisme, en soi et dans l'idée, est une hérésie contre nature, évidemment, comme le racisme ou le rationalisme ou le monothéisme intégriste. Il y a d'autres civilisations que les dominantes, que l'humaine, d'autres « coalitions », qui ne sont pas de guerre ou d'hégémonie culturelle, mais de vie, de nature.

« Les arbres ont un comportement social, ils partagent leur nourriture avec leur congénères via leur système racinaire et s'avertissent mutuellement par des signaux chimiques lorsque des prédateurs attaquent l'un d'entre eux. Ils s'allient étroitement avec des champignons, ainsi qu'avec certains animaux pour leur reproduction. Les forêts sont des superorganismes (…) » REVUE SILENCE N° 456, LE LIVRE DU MOIS, LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, PETER WOHLLEBEN

La Nature, jusqu'à preuve du contraire, n'est faite que d'essences, plus ou moins subtiles et différenciées, plus ou moins rares, jamais instrumentalisables, mesurables ou comparables en termes quantitatifs, puisqu'elles définissent la liberté de ce qui est et demeure en devenant, là où rien ne se perd ni ne se gagne, si l'on n'y modifie pas les subtils équilibres universellement ordonnés et distribués selon une apparence de hasard qui n'a rien de scientifique ou de spirituel. Chaque Église ici a des limites au-delà desquelles commence l'hérésie : l’Église humaine, hélas, ne sera jamais plus qu'une expression subtile ou grossière du temporel le plus brutal, le plus brut, spirituellement le plus bas.

Pourtant, ici, dans la nature, chaque direction différente ne fait que le tour de l'ensemble sans le remplacer ni le modifier ni le résumer. Elle n'est qu'un rayon soufiste du cercle, ni plus ni moins. Le cercle n'est pas et ne sera jamais humain. L'humain fait partie du cercle à condition de les respecter en tant que tels, ce cercle et cet humain. Nature et transcendance, en tant qu'elles constituent une culture authentique, doivent être respectées au même titre que l'humanité des personnes : ce sont des valeurs positives éternelles qui se fondent et confondent, confortent et consolident mutuellement. Et non des valeurs soit traditionnelles ou religieuses, soit progressistes ou marchandes.

Ainsi, les objectifs que donne Lévi-Strauss aux plus hautes instances civilisationnelles ne doivent-ils pas concerner l'aspect culturel d'un peuple ou d'un groupe, ce qui est si délicat, dans la contiguïté logique moderne, de ne pas assimiler, toujours très dangereusement, avec l'aspect civilisationnel pur et simple, pur domaine du relatif. Il ne peut concerner dans ce qu'il nomme le « vivre ensemble », que des aspects pratiques, matériels, transitoires et provisoires, non des racines premières insondables, si profondes qu'on ne peut qu'ignorer ce qu'elles enracinent humainement et même économiquement, écologiquement et ce qu'elles transmettent et communiquent. Y a t-il une science de l'amour cosmique ? Heureusement non : à partir de quel point fonder la droite qui en ferait le tour ? La racine du crime est toujours de confondre ses désirs avec la réalité : voyez la morale pratique.

La question étant que quand on nie, par principe, scientifique ou pas, ou pire : quand on « oublie  involontairement », le transcendant, il reste difficile de le respecter en tant que tel, puisque rien de tel ne peut plus apparaître, différentiellement. Nous pensons particulièrement ici, au traitement spécial opéré par les autorités soviétiques (et bien d'autres, partout ailleurs) aux religions chamaniques. Traitement à mettre en parallèle avec tout racisme, scientifique ou pas, de droite, de gauche et du milieu, entre deux chaises :

« (…) la mission des institutions internationales est double ; elle consiste dans une part dans une liquidation, et pour une autre part, dans un éveil. Elles doivent d'abord assister l'humanité, et rendre aussi peu douloureuse et dangereuse que possible la résorption de ces diversités mortes, résidu sans valeur de modes de collaboration dont la présence à l'état de vestiges putréfiés constitue un risque permanent d'infection pour le corps international. Elles doivent élaguer , amputer s'il est besoin, faciliter la naissance d'autres formes d'adaptation. » CLAUDE LÉVI-STRAUSS, RACE ET HISTOIRE 

Nous ne voyons pas bien à priori quel est ce corps international dont parle l'ethnologue. Par contre, nous voyons clairement ce que les multinationales ont toujours fait et continuent à faire, tranquillement et officiellement. Et s'il s'agit d'une allusion au terreau des fascismes qu'il faudrait désertifier ou stériliser, par exemple, il serait judicieux de se méfier de ne pas, finalement, reprendre quelques unes de leurs orientations « supérieures », de gauche ou pas, en essayant de les interdire au nom d'un idéal humaniste multinational, dont on ne comprend pas bien les fondements éthiques, notamment.

Des termes comme liquidation, diversités mortes, résidus sans valeur, vestiges putréfiés, risque d'infection, amputer, ne parlent pas vraiment ni clairement dans le sens précis de ces fondements-là, mais rappellent, dans leur autonomie hors système, des méthodes et logiques tragiquement, tristement inacceptables, aussi bien au niveau intellectuel que scientifique. Elle rappellent aussi, le traitement infligé aux nations Indiennes d'Amérique et peuvent justifier, au final du temps qui a passé, le racisme et la barbarie ordinaires qu'elles eurent à impitoyablement subir.

On connaît l'histoire de la plupart des « missions civilisatrices » connues, et surtout les dessous de cette histoire de la honte et de l'ignominie, le plus souvent. Trop souvent pour ne pas le prendre en compte, sous les raisons d'État des « coalitions » dominantes. L'ethnologue ne fait qu'effleurer « honnêtement » (reconnaissance minimale du mal absolu, comme, au hasard, le génocide – la plupart du temps non reconnu – évidemment) « le sujet » sans prendre vraiment prendre conscience du tragique et du criminel, de la négation culturelle et humaine, par delà les charniers mêmes, qu'il charrie trop souvent, comme si le sens de l'histoire raisonnée et raisonnable de l'humanité suffisait à caler son futur fauteuil d'académicien sur des montagnes de cadavres, hélas nécessaires et mineures, utiles et logiques, par delà les erreurs, si humaines.

Comment porter ce jugement sur des cultures que, par définition on ignore et nie, au moins dans leur dimension métaphysique ou transcendantale, autant que naturelle ? Puisque celles-ci, par définition, ne peuvent exister en soi bien matériel ? Sinon par infection ou contagion interne, par sa propre culture, comme parle si bien lui-même, dans le texte, notre expert de service, du risque exogène d'infection, sans voir la poutre pourrie et puante sur laquelle il est confortablement assis ?

Aucune culture authentique n'aurait jamais dit qu'il faut en rire. Il faut arrêter de détruire par une pensée détruite : là est l'impensable qui se refuse, comme un Camus eut l'insigne honneur de le faire, de signer et de persister – jusqu'au platane de service, Nobel compris. Camus pour qui la culture n'était nullement une institution, mais la vraie « patrie ». Sans doute la guerre, ou plutôt la Résistance lui aiguisa t-elle le jugement juste comme il faut.








dimanche 9 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 51 LA CULTURE DU MENSONGE ENGENDRE CELLE DE LA CORRUPTION






La culture du mensonge, c'est quand « les gens mentent tellement ! »
Celle de la mauvaise foi comme argument philosophique, politique et surtout de vente. Les anciens appréciaient : « il y a trop de liberté ». Confondant prendre des libertés et liberté au sens pleinement noble du terme, qui ne peut se définir sans principe moral.

Mensonge, surtout quand les mêmes personnes complètent : «  Je ne crois pas que quelqu'un ne puisse pas ne pas mentir (y compris donc moi-même qui parle ou toi à qui on parle ou qui nous parle). Exit donc toute possibilité de vérité ! Le vrai serait illusion et de dictature morales, piège pire que celui du faux, du vrai faux, du faux vrai établis ou subis ! Confusion généralisée permet tout, et le contraire de tout : « Tout est permis » dans le Meilleur des Mondes possible, enfin advenu.

Le mot mensonge dérive ici, et le mot est plutôt faible : le terme exact serait plutôt corruption morale, à commencer par celle de la jeunesse, art libéral, professionnel, s'il en est. Au sens de ruse des sentiments, dissimulation délictueuse, confusion des valeurs, escroquerie intellectuelle, tromperie aggravée en argument de vente nécessaire, de survie économique ou « laborieuse » de l'humanité (…)

Pratique doucement frauduleuse, euphémisée, implicite, imperceptible à l’œil nu. Immoralité douce, assumée sereinement, innocemment, dans l'intérêt le plus particulier du général. Puisque l'irresponsabilité est partagée au sens de généralisée, collectivisée, étatisée : les mots ont tous les sens, tordus qu'ils sont dans celui du vent, de panique molle ou de conformisme dur. Quelle importance ? Ce ne sont que des mots, qui ne durent que l'instant où on les prononce, sans engagement aucun, prostitués, abandonnés, gratuits, aléatoires, vidés de sens. Coquilles, formules, des éléments, codes, automatismes, signes systémiques, purs objets.

Il faut bien mentir un peu pour gagner beaucoup, se compromettre un peu pour passer les compromis vitaux de vie politico-commerciale. Où est le mal ? Le relativisme n'est-il pas raisonnablement le seul universel rassurant et raisonnable, assurant la paix des ménages, et surtout la richesse des nations ? Comment diriger ceux d'en bas, nos bas instincts, sans mentir un peu ou beaucoup, avec amour et raison pure ? Dans les compromis de bon aloi ? Toute vérité n'est-elle pas haïssable, invivable ? Inadmissible ? Ennemi subversif, terrorisme intellectuel ?

Sur le sens des mots, leur odeur et ce qu'on leur fait, Camus a eu quelques formules définitives, à ne pas oublier. « Oui, j'ai une patrie : la langue française. »

Il est évident de voir, sans même avoir lu 1984 d'Orwell, que la première corruption est celle des mots et de la culture : l'industrie culturelle implique le dévoiement vénal du sens des mots, leur soumission au statut d'argument binaire de combat commercial, rabaissé au rang d'objet contrôlé , approuvé par l'économico-financier, ce que le structuralisme, dans son délire systémique n'a ni vu ni prévu, à moins d'avoir été tout simplement basse valeur révolutionnaire pré-vendue. De Saussure précurseur néo-libéral de la langue du IVème Empire (si on lui intègre le communisme idiot post- nazi) ?

Ainsi, est-il non moins évident que la corruption culturelle s'est servi de la « contre-culture » des seventies, notamment, et de la promotion politique d'hérésies de générations abusées et dévoyées, trop longtemps étouffées dans leurs religion naturelle ou leur altérité spirituelle – parfaitement corrélées en général – pour saper un ancien système romain dont l'ambition économique demeurait limitée par un dogme trop rigide pour le financier qui la sous-tend, et qui exigeait, pour arriver à ses fins totales, un nouveau syncrétisme entre « matérialisme social » traditionnel et « spiritualité matérielle » moderne. « Jamais assez », devise de Bête Immonde dans ses alliages criminels-progressistes.

Dans ce sens toute culture authentique, ancienne ou nouvelle a été radicalement dénaturée et dévoyée en quelques décennies d'aboutissement au financier global par ce cheval de Troie idéologique-mystique, dont l'étendue et les moyens (on ne peut pas parler de fin au-delà de lui) demeurent opaques, obscurs et imperméables pour des décennies, au minimum et dans le meilleur des cas – plus qu'improbable.

Quand le mensonge institué est à la fois carburant et moyen, l'espace et le temps sont pris en otage dans une illusion indéfinie qui les domine pour le temps long nécessaire à leur complète régénérescence naturelle interne et spontanée, mythologique et logique, après destruction provisoire. Son institutionnalisation provisoire, maintenue par ruse et force, comme pour chaque empire avant décadence, est le cœur atomique de tout système de domination et d'esclavage. Celui que le Christ défia avec succès, ou Gandhi, par un combat résolu pour la vérité pure et désarmée, mais maintenue jusqu'au bout du moi humain, momentanément et tragiquement désincarné ou réincarné, peu importe les mots à ce niveau de combat spirituel.

Mais on peut aussi parler, et même tout autant, des Amérindiens insoumis et révoltés, qui entrèrent si paisiblement et fièrement dans le génocide, le combat sans issue, et l'extermination lente et abjecte des « réserves », au nom de leurs valeurs supérieures foulées aux pieds : ni la contre-nature ni l'esclavage n'allant, non plus, à ces peuples premiers. Ils dénoncèrent avec une vigueur peut-être inégalée, infiniment fraîche la « langue fourchue » des promoteurs d'un système qui n'eut rétrospectivement rien à envier au nazi, plus tard, qui s'en inspira aussi un minimum, comme tant d'autres : les voies du mal sont infiniment inter-pénétrables et connectées.

La communication et ses techniques, inventées par ces nazi après Rome et ses pouvoirs « éternels », n'est jamais « meilleure » que quand elle ment et se ment au nom du bien et de Dieu. « Les bons – furent toujours le commencement de la fin – (…) Chez qui y a-t-il les plus grands dangers pour l'avenir des hommes ? N'est-ce pas chez les bons et les justes ? » , affirmait Nietzsche.
Gandhi, lui, combattit autrement le mal, n'hésitant pas à dire la vérité sur sa propre personne dans ce qui n'était ni bon ni juste. Les Confessions kérouaquiennes à la Dostoïevski ont joué le même rôle devant Dieu.

Le sourire commercial obligatoire comme un rictus réchauffé, la jupe courte strictement taillée, le rouge-à-lèvre tumescent réglementaire, la cravate à fantaisie standard sertie de l'inflexibilité rapace du bleu sombre de la nuit urbaine, tous ces codes tapinant les principes dits-naturels de socialités fixées avec des boulons d'acier trempé chromé, assortis de l'insistant chantage des sadiques de la suggestion sans preuve ni forme identifiable au commun d'une masse dite laborieuse, troupeau décervelé de production fanatique, tout ceci, bien au-delà de 1984 : les Romains avaient déjà tout réglé, prévu et codifié, dans le public et le privé, puis les théologiens d'au Nom de la Rose. Les nazi le portèrent à sa perfection mondialisée, toujours inégalée, référence secrète, ou pas. « Pourquoi faire la gueule quand on vous assassine ? Souriez dans les petits supplices ! »

Les Chinois, raffinés anciens de la cruauté, en leurs supplices « des cents morceaux », avaient au moins l'humanité de droguer les condamnés. Mais Sade , ce négateur ? Son sourire pourri n'est que calcul malade, la noblesse d'un mal qui s'assume y est absolument absente : son satanique « républicanisme » du romantique bien public par le mal n'a rien de romantique, effectivement. Il n'y a, dans son ignominie littéraire si prisée des Bastilles intellectuelles, qu'un positivisme spéculatif de basse cuisine, privatisation d'état du mal absolu au nom d'une raison pathologique-pavlovienne de le faire impunément en bande organisée moralement au dessus des lois. Automatisme psychique pur, dialectique. Pas d'état d'âme, comme on dit si bien. Juste l'administration des choses, entendez humains compris. A-t-on jamais vu pire fanatisme noir depuis Rome ou certains fascisants grecs antiques ?

Un bordel romain de haut-bas niveau, débordant à ciel ouvert, à son pire, avait, sans doute, étonnement moins de cruauté psychologique incarnée : la dégénérescence barbare avait-elle besoin de mensonge pour commettre sans frein ses ravages de bêtes dénaturées ? La folie n'était pas encore bannie par la raison perverse. Elle n'était que tragique, dans son pire, même si elle jetait déjà les bases du grotesque à venir des empires suivants : le mensonge officiel, partout répandu, "peste émotionnelle", disait Whilelm de "Écoute, petit homme", comme une épidémie, infiniment pire que la folie franche. Monde post-nazi où le monde ment et se ment, concours permanent de mesquinerie et masques naturalisés.

Raffinement romain, léger et cruel comme la lame la plus aiguisée des Saint-Barthélémy, la plus empoisonnée, celle de la langue dans le fourreau doré de son omerta molle. Hitler a gagné beaucoup de temps, tout au bout du compte en Suisse. Répit inutile, dérisoire, temporel, millimétré, parfait. La souffrance et la patience éternelles du monde à venir vaporiseront jusqu'au fantôme calciné de sa nuit et de ses longs couteaux, par leur sérénité de mort naturelle et première. Le mensonge même est leur arme inversée et renversante au sens strict : aucun bas, ici, ne tient bien longtemps en haut.