lundi 24 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 53 ALIEN 1 LE LONG DÉSERT




" Ô mes animaux, êtes vous donc cruels vous aussi ? (...) Car l'homme est le plus cruel de tous les animaux.
C'est en assistant à des tragédies, à des combats de taureaux et à des crucifixions que, jusqu'à présent, il s'est senti le plus à l'aise sur la terre; et lorsqu'il s'inventa l'enfer, ce fut, en vérité, son paradis sur la terre. "  Nietzsche, Zarathoustra





La vérité est compliquée parce qu'elle n'est pas belle. Sans beauté, elle ne peut ni être ni ne pas être, seulement être en souffrance, être souffrance. Partage contraint destructeur. Souffrance, avec lois et règles, qui, au lieu de la diminuer, l'augmentent, la déformant comme le visage d'un noyé dérivant dans la vie.

Du besoin et du désir absolu d'éviter cette souffrance naissent ces peurs qui font l'esclavage et la prostitution, avant la guerre elle-même. D'où l'absurdité d'un monde construit tout autour d'un abîme qu'on ne peut combler, épuisant énergie et liberté dans une course folle – celle du prisonnier lâché zigzagant en vain devant des mitrailleuses nazies ou « unionistes »...

Courant après un idéal qui n'a rien d'idéal, étant essentiellement négatif et déconnecté de la vérité de la vraie vie. Vraie vie par delà les vieilles lois de la force, si bien décrites par Simone Weil. La vraie vérité n'est pas le contraire du mensonge ou son évitement : elle ne lui ressemble en aucune manière, elle est allogène, étrangère, camusienne, divine.

Rien à voir avec le bon vieux confort bourgeois, illusion collective contrainte qui fait tourner en rond la bourrique du système, le manège et la ménagerie. Kerouac constatait qu'il n'y avait pas de lois positives, des « lois pour », de confiance et de valeur, qui mériteraient d'être aimées jusqu'au bout pour ce qu'elles sont, à l'image de celles de nature, nourricière, dignement consolantes et consolidantes.

« Il n'y a que des lois contre. », disait-il avec la tristesse sans doute infinie d'avoir raison ou d'être obligé de se rendre, à elle, là dessus, comme à une sinistre fatalité de temps noirs. Lois qui deviennent par le malheur du pouvoir et pour le malheur collectif de peuples abêtis de peur, des contre-lois, contre-nature, anti-humaines, contre-vérité et contre-réalité, engendrant sans fin la pire des souffrance, la psychologique, psychique, mentale et sentimentale, comme un long désert morrisonnien, celui du si beau texte : « The End ».

Morrison le blakéen, voulait aller au bout du mal pour trouver le bien. Il n'est pas sûr que ce soit le chemin le plus sûr pour beaucoup, il n'est pas sûr que ce soit le pire pour quelques uns : le bien a des mystères parfois barbares, parfois innocents. Mais il parlait de condition de base, de naissance. Kerouac voulait des lois belles, vraies, stimulantes et bénéfiques, satisfaisantes, pures et créatrices comme un bonheur à partager, aristocratiques pour le peuple.

Morrison, fils des sixties, savait par expérience qu'il est trop tard. L'auteur de Sur la Route, fils de la guerre, qu'on peut tout larguer pour trouver Dieu en soi ou en face. Morrison voulait tout tout de suite, ou rien, avant le chamanique passage ultime, non comme un chrétien trop fidèle, mais comme un Indien christianisé révolté. Ils se rejoignaient dans la vérité pure et simple.

Ils ne voulaient rien de cette malédiction relevée si précisément par Nietzsche : la vie n'est ni scandale ni autoflagellation sur le chemin-de-croix d'une illusion masquant une pitoyable condition d'évitement de l'abject et de la saleté du fond du verre et du tonneau. Et donc de leur manipulation débile, de leur entretien courant, de leur perpétuation puante ou raffinée, cynique ou philosophique, commerciale ou éthique, sociale, religieuse ou guerrière, traditionnelle ou moderne.

Ne pas respecter sa nature profonde, sa vraie nature – comme dit le Taoïsme, c'est n'être ni viable ni enviable. Misérable parmi les misérables – mendiant ou maître, exilé du royaume, en ce monde ou hors de lui, sous-humain, nihiliste en puissance, dont le terrorisme est la seule destination logique et idéologique, existentielle. N'être qu'un existant contre-spirituel, fut-on Premier-ministre, premier magistrat ou premier Évêque, milliardaire ou chef d'état-major (…), dernier des humains devant chaque situation, lever ou coucher du soleil, chaque rencontre.

Souffrance de ce « n'être que », inacceptable insuffisance, irrattrapable manquement, si intolérables au fond, qu'ils nécessiteront toujours – comme une drogue – le moyen le plus violent et radical de l'illusion pure de sa négation et de sa dénégation. Là, Nietzsche, mieux qu'aucun autre, plus concrètement que Stirner, diagnostiqua tout au fond, le cancer d'Occident, l'identifiant dans ses racines profondes et communes, effectives et nocives, toxiques, vénéneuses, incurables, normalisées, instituées, centrales, constitutives et congénitales.

Le système ne serait rien s'il n'était que d'argent. Ou de pure force technique. Il est perpétuation de son propre mouvement d'inertie et bassesse, de néant et de chute, d'effondrement – usine à gaz psychologique et surtout à brouillard, immense écran de fumée. Derrière le rideau, c'est un truc à la K. Dick, le visionnaire, dans son meilleur délire de réalisme.

Machine, simulacre ambigu, gélatineux et tranchant, protéiforme, incertain, informel et mou, visqueux et sec à la fois, flexible et inflexible comme l'esprit le plus rompu et corrompu. Matière étrangère à l'humain, extra-terrestre, extra-territoriale : le mensonge dans sa racine pathologique et pathogène, tentaculaire, monstrueuse, matricielle. Simulacre de vie, s'il en est. Parallèle au Néant, stupéfiant et méfiant, méticuleux et pervers comme un nazi anhistorique dans ses œuvres de « charité ».





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