lundi 21 août 2017

TROIS FEMMES OU LA BLESSURE FERTILE






Trois femmes m'ont appris la liberté. La première la chevalerie. La seconde le Christ. La troisième la vérité. Trois femmes m'ont appris la guerre et la résistance parce que la vérité de la paix n'est pas sa possibilité ni son espoir, mais son instantanéité absolue. Elles m'ont appris que la blessure de l'enfance ne guérit pas ni ne se guérit. Que cette blessure est sacrée : elle ne se referme, en surface, que par la blessure qu'elle inflige au système, qu'elle tient en respect comme un dragon vicieux ou une hydre séduisante. L'enfance ne demande pas la guérison, mais la même chose que la vieillesse : elle veut la liberté.
La liberté n'est pas la guérison, elle est au dessus et au-delà de toute médecine, de tout bien-être. La liberté est au dessus de la vie et de la mort : elle guide sans rien préserver. La paix est un douloureux combat contre le mal et ses racines subtiles. C'est un Christ dans le désert.

Ces trois femmes ont été trahies pour des idées pratiques de survie aveugle, quand elles ne se sont pas sacrifiées pour la liberté sociale du peuple et de la personne humaine concrète et incarnée dans un corps vivant. La première a été un modèle de paix, la seconde de guerre et la troisième d'intelligence. La blessure de leur mort est un symbole éternel, un hymne intérieur chantant comme le soleil de juin, pleurant comme la pluie d'octobre ou soufflant comme le vent de décembre. Elles sont la marque d'une intégrité naturelle qu'aucun raisonnement ne change, qu'aucune raison n'atteint, elles sont le sang de la passion pure fertilisant la terre et la lavant de la misère. Trois femmes m'ont appris à être homme.
Aucune ne m'a appris à être mari ou père de famille. Elles m'ont appris à partager le bonheur et ses rares moments, pas ma vie, qui est à Dieu et nul autre, fut-il curé, évêque ou pape.

Ces trois femmes savaient que la guerre est le centre du monde et qu'elle ne peut cesser que si nous cessons d'être ce monde de violence instituée et de peur établie en forme de « paix intérieure ». Ménagère, psychologique, familiale, civile, classique et sociale, nationale et mondiale. Elles savaient qu'il n'y a pas de remède au mensonge ni à la trahison et qu'il faut aller au bout des blessures qu'ils infligent pour les vaincre, sans s'épargner aucune souffrance ni sacrifice. Elles ont montré qu'il est hors de question d'accepter l'inacceptable et que la paix ne peut surgir que de l'acceptation de cette vérité première animale, humaine, naturelle et transcendante.
Elles m'ont clairement indiqué qu'il n'y a pas d'issue hors de cette voie. Elles ont, chacune à leur manière, tragique ou muette, exprimé qu'il ne peut y avoir d'oubli que si la paix est une mémoire rétablie et honorée. Que la paix est respect. Et que celui-ci, armé ou désarmé, est le seul moyen d'éviter la guerre, dès qu'il se pare de la patience de l'amour que seul Dieu donne et reprend.

Elles m'ont appris, dans ce monde shakespearien et kafkaïen, à être et à ne pas être, sans que cela soit la question, ni remis en question. Que le reste est sans valeur, illusion, rêve dangereux comme une nouvelle guerre, une nouvelle trahison.






dimanche 6 août 2017

LA VÉRITÉ # 54 DU CAPITAINE CONAN À AL CAPONE




" ILS ONT PERDU LE CENTRE DU MONDE."
 Peau de la Vieille Hutte, FILM LITTLE BIG MAN





 
Certains « parlent trop ». D'autres se taisent trop, sans que cela soit un problème pour autant : il faut « savoir mentir », « savoir se taire », savoir pratique, savoir être, long apprentissage de mort-vivant. On dit que les cimetières sous la lune sont pleins de gens qui n'ont pas su se taire. Oublier Bernanos pour continuer à vénérer un Saint Georges Reliquaire, dans la paix impeccable du Mal des gens de bien qu'il affronta, en vieux chrétien, jusqu'à la fin, « devenu fou ».

Sans même parler « d'abstention », amicale ou pas, au plan « professionnel » strict, ou de « précaution » pratique, technique, nécessaire, à préciser en préalable explicite, l'implicite ne pouvant être « objectif » que pour de sales initiés ; ni de « la rétention » pure et simple d'information : le pouvoir est toujours « stratégique » dans un monde en guerre réaliste (pas le temps de penser, d'être ou vivre), ouverte ou secrète ; sans même tout cela, il n'est pas acceptable de ne pas dire les choses comme elles sont, à un niveau professionnel correct et honnête, et encore plus à un niveau humain élémentaire ou vital. « À l'école de la poésie, on n'apprend pas... » disait un vieux lion.

Le reste est fascisme, mou, moelleux ou purifié par le feu sacré. Mais le fascisme serait la bonne réponse à l'anarchie à répétition comme le fusil. Anarchie à l’œuvre permanente et unique, comme la révolution, la technologique, du système moderne. Pour continuer à prospérer et « donner du travail », et donc du sens dans un monde où la voyoucratie est vue comme le dernier héroïsme, hélas crédible, pauvres de nous, la dernière foi qui vaille ce que vaut l'argent, depuis l'implosion de 14, partout productive et recyclée, implantée. Du Capitaine Conan à Al Capone.

Que l'on parle trop et doive se modérer dans la forme ; ou pas assez, et doive se bouger la langue pour s'expliquer en vain, le problème est le même : on ne peut pas en rester sans agir, il faut se mettre d'accord comme de vrais « partenaires » au poker menteur, rouages de la machine que l'industriel permet, à l'inverse de l'humain. Il n'y a donc plus, comme disent les Américains, que du problème humain, pas de souci technique à la robotisation de la vie et des âmes. Que le grand bluff de l'impossible francisé. De l'incroyable et du formidable.

Les choses « qu'on ne comprend pas », tout le monde en a sa responsabilité : trop facile de faire retomber sur quelqu'un, au hasard, l'erreur standard ou réglementaire apparente des mots, de communication. De trouver des boucs-émissaires. Si l'on est incapable d'aller chercher la vérité, avec ses limites bien nettes et propres, alors aucun travail valable et intelligent, créatif, n'est possible. Plus que production et reproduction sérielles. Choix qui commence par les mots : toute propagande ne le sait que trop, qui les utilise tous, à sa sauce pimentée, celle du Chef de Clan, de Gang ou d'État, jamais d’œuvre.

Basse-cuisine mafieuse commençant et finissant par la langue, celle du bœuf. De chaque instant pratique professionnel, obsessionnel ou confessionnel. D'où la personne est évidemment exclue comme un étranger inassimilable, incompatible ; comme le sentiment des affaires, faute impardonnable, péché puritain. Langue se tient, non pas pendue, mais de bois, comme la gueule, bouche bien cousue d'un mort égyptien sur le billard des grands-prêtres embaumeurs des pyramides du pouvoir ou d'un Fédéré encaissé de force de 1871.

Liberté d'expression : Lingua Tercii Imperii. Chaque mot, chaque parole, ainsi ; un beau jour pour mourir, sous le vernis et l'étiquette, pourrit lentement, mais sûrement, jusqu'à l'agitation du bocal. Ces Stranges Days de Lord Jim, rejetés sur nos rivages de vieux parapets du Moyen-Âge, traversé l'Atlantique dans son rideau de fer blanc et de verroterie écumant le monde « libre ». Tous ses chevaux hennissant d'affolement little-big-hornien dans le naufrage planétaire des débarquements de Reconquête. Depuis une Démocratie arraisonnée en douceur, subtilement devenue d'opinion contrôlée, vulgaire marque commerciale supérieure de terroir, rachetée en promesse de réserve Indienne.